mercredi 16 décembre 2020

"L'allée du Roi" de Françoise Chandernagor (Folio)

Françoise Chandernagor est une femme de lettres française, née en 1945 à Palaiseau (Essonne) dans une famille de maçons creusois alliés aux descendants d'un esclave indien affranchi. Mère de trois enfants, elle a toujours partagé sa vie entre Paris et le Limousin.

Après un diplôme de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris et une maîtrise de droit public, elle entre à vingt-et-un ans à l'Ecole Nationale d'Administration (ENA), d'où elle sort deux ans plus tard "major" de sa promotion. Elle est la première femme à obtenir ce rang. Elle intègre alors le Conseil d'Etat où elle va exercer différentes fonctions juridictionnelles, notamment celles de Rapporteur Général, chargé du rapport public, mais également, à l'extérieur du Conseil d'Etat, des responsabilités administratives dans le domaine économique.

Parallèlement, elle accepte à titre bénévole des missions dans divers organismes caritatifs ou culturels ; elle assure notamment la vice-présidence de la Fondation de France jusqu'en 1988. En 1994, elle quitte l'administration pour se consacrer à l'écriture.

Depuis 1981, date à laquelle elle a publié "L'allée du Roi", Françoise Chandernagor a écrit douze romans (parmi lesquels "La Sans Pareille", "L'archange de Vienne", "L'enfant aux loups", "L'enfant des Lumières", "La première épouse", "La chambre", "Couleur du temps") ; les uns peignent la société contemporaine, les autres sont des romans "dans l'Histoire". Plusieurs ont été traduits dans une quinzaines de langues, et deux d'entre eux - "L'allée du Roi" et "L'enfant des Lumières" - ont fait l'objet d'adaptations télévisuelles. Elle a aussi publié trois essais ("Maintenon", "Liberté pour l'histoire" en collaboration avec Pierre Nova, "Quand les femmes parlent d'amour") et une pièce de théâtre ("L'allée du Roi", représentée à Bruxelles en 1993-1994 et en 2008 avec Jacqueline Bir ; à Paris en 1994-1995 avec Geneviève Casile et en 2009 avec Marie-Christine Barrault).

Depuis 1995, Françoise Chandernagor est membre de l'Académie Goncourt.

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Louis XIV le Grand, dit le Roi-Soleil (1638-1715), roi de France (1643-1715), de la dynastie des Bourbons, fils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche.

Devenu roi à l'âge de cinq ans, celui qu'on appellera le "Roi-Soleil" est marqué par les troubles de la Fronde et subit l'influence de sa mère Anne d'Autriche, la Régente, et de son conseiller, le cardinal Mazarin. A la mort de ce dernier, le jeune roi affirme sa volonté de gouverner seul (absolutisme). Aidé de Colbert, Louis XIV s'attelle à l'unification et à la centralisation du gouvernement et de l'administration. Chef de l'Eglise de France, il révoque l'édit de Nantes promulgué par son aïeul et persécute les protestants, dont il provoque l'exode massif.

Protecteur des arts et des lettres, il fait de Paris et de Versailles, où il fixe sa cour, des hauts lieux du classicisme, qui voient une floraison exceptionnelle d'artistes (Le Brun, Le Nôtre...) et d'écrivains (Racine, Boileau, Molière...).

A l'extérieur, son action est motivée par un souci de renforcer les frontières stratégiques du royaume, la défense du catholicisme en Europe et des prétentions à la couronne d'Espagne. Disposant d'une diplomatie et d'une armée sans rivales, il trouve en un certain nombre de grands militaires, comme Turenne et Vauban, et en Louvois, son ministre de la Guerre, les artisans de sa politique.

Le XVIIe siècle européen est souvent nommé le "Siècle de Louis XIV" tant il est vrai qu'il y a laissé son empreinte glorieuse. Pourtant, quand il meurt au bout d'un règne de soixante-douze ans, il laisse un royaume exsangue.


Madame de Maintenon, née Françoise d'Aubigné, ou plus rarement d'Aubigny (1635-1719), épouse morganatique de Louis XIV, est la petite-fille du poète Agrippa d'Aubigné. Sa jeunesse est marquée par l'emprisonnement de son père, Constant, faux-monnayeur et assassin, et par un exil en Martinique (1645-1647). Elle est éduquée par une tante dans le calvinisme puis confiée à une autre parente, catholique. Placée chez les Ursulines, elle abjure le protestantisme (1649). En 1652, elle épouse le romancier, poète et dramaturge français Paul Scarron.

Devenue veuve (1660), elle est prise sous la protection de Madame de Montespan et devient gouvernante des bâtards royaux (1669). Intelligente et réfléchie, elle est appréciée de Louis XIV auprès duquel elle s'emploie à jouer le rôle d'une "sultane de conscience". Titrée marquise de Maintenon (1674), elle devient dame d'atours de la Dauphine en 1680. Son influence grandissant, elle ramène Louis XIV à ses devoirs d'époux en ruinant les faveurs de Madame de Montespan, et à ses devoirs de chrétien.

Après la mort de la reine, elle épouse secrètement le roi (1683) et continue de mener une vie discrète et dévote. Consultée par le roi sur les affaires, elle a exercé une influence politique qui reste difficile à évaluer et qui a été surestimée : si elle a, sans conteste, imposé l'austérité à la Cour et influé sur la politique religieuse du roi, encourageant la persécution des protestants et approuvant la révocation de l'édit de Nantes (1685), elle n'a, en revanche, fait que pousser discrètement ses sympathies (Fénelon, Louis Antoine de Noailles).

Après la mort de Louis XIV (1715), elle se retire à Saint-Cyr, dans la Maison royale de Saint-Louis, qu'elle avait fondée en 1686 pour assurer l'éducation des jeunes filles pauvres appartenant à la noblesse. Elle y décède en 1719, quatre ans après le roi, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.

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L'histoire :

A plus de quatre-vingts ans, Madame de Maintenon vit retirée à Saint-Cyr, dans la douce quiétude de la Maison royale de Saint-Louis. En cette fin d'après-midi, elle écrit ce qui sera sans doute son dernier manuscrit qu'elle destine à la future jeune femme que deviendra Marie de la Tour, aujourd'hui pensionnaire de Saint-Cyr, petite fille intelligente, curieuse et malicieuse, à qui la Marquise s'est attachée, et qui ressemble en bien des points à l'enfant que fut Françoise d'Aubigné. Dans sa lettre, Madame de Maintenon se souvient de son long et remarquable destin.

Françoise d'Aubigné naît en 1635 à la prison de Niort où son père, Constant d'Aubigné, voleur et assassin, purge sa peine. Sa mère, Jeanne, sans le sou, enceinte et deux fils aînés à nourrir, a trouvé refuge chez un des gardiens où elle accouche d'une fille qu'elle haïra jusqu'à sa mort, mais, catholique, elle fait baptiser le bébé.

Confiée aux Villette, ses oncle et tante, huguenots farouches, couple sévère mais bienveillant, Françoise passe une enfance heureuse dans la campagne poitevine.

"Cette pastorale peut sembler sans ragoût à des esprits relevés. Rien n'est ennuyeux à contempler comme le bonheur et la vertu. Cependant, j'ai été plus heureuse dans ce temps qu'en aucun autre de ma vie et, si j'avais eu seulement la moitié de la dot que reçurent mes cousines, j'aurais avec plaisir poursuivi cette vie-là dans quelque château du voisinage, épousant, comme elles, un Fontmort ou un Sainte-Hermine. Dieu ne le voulut pas ainsi et me réservait pour un autre destin."

A huit ans, son père gracié, Françoise est reprise par ses parents. La famille embarque pour un triste séjour en Martinique, puis un retour à La Rochelle, quatre années plus tard, dans la misère absolue. De nouveau remise aux bons soins des Villette, l'enfant y reçoit une éducation huguenote plus poussée encore que la première fois. Sa marraine, Madame de Neuillan, fervente catholique, en a ouï-dire et obtient de la reine-mère Anne d'Autriche une lettre de cachet pour récupérer la fillette. Cette dernière n'est pas docile. Dure, impatiente et lasse de son rôle d'éducatrice, Madame de Neuillan envoie sa filleule rebelle chez les Ursulines à Niort, mais, du fait de frais de pension impayés, Françoise revient chez elle. La petite sera parfaite pour travailler à l'écurie.

L'hôtel de Neuillan, à Niort, ne désemplit pas. Tous les beaux esprits de la province y accourent. Françoise d'Aubigné s'apprivoise, observe, écoute, apprend beaucoup sur la géométrie, la géographie, l'astronomie, découvre le grec et le latin, lit des romans, et retient les noms de tous ces "Jean-des-lettres" tels que Pascal, Balzac, Ménage ou Clérambault. Mais, obéissant à sa marraine qui trouve ces lectures dangereuses, l'adolescente doit y renoncer à contre-coeur, et retourner chez les Ursulines, à Paris cette fois. 

La jeune Françoise d'Aubigné ignore alors que d'ici peu, elle sera présentée à Monsieur Scarron, grand érudit, la plume la plus célèbre de la capitale et auteur d'un roman burlesque, "Le Roman comique", dont le Tout-Paris parle...

"Telle quelle, je plus et ma personne finit auprès de Monsieur Scarron ce que mes lettres avaient commencé. Il fut assez touché pour s'inquiéter de mon avenir. J'étais sans dot et sans parents. Il y avait donc peu d'apparence qu'un homme me recherchât en mariage ni qu'un couvent m'acceptât. Je n'avais pas encore fait moi-même de grandes réflexions sur cette triste situation. J'avais seize ans et me berçais de l'illusion des lendemains."

Mon avis :

Une éblouissante biographie, certes romancée, mais remarquablement détaillée et généreuse. On ne peut que saluer l'impressionnant travail de documentation accompli en amont par Françoise Chandernagor. Sa langue est riche, belle, et sa passion pour la Marquise de Maintenon communicative. Je ressors de cette oeuvre conséquente, puits d'informations, un peu étourdie, entre épuisement et ravissement, regrettant de ne pas être un esprit aussi brillant que tous ceux ici croisés. Les pages consacrées à Scarron sont, d'un point de vue littéraire, absolument exquises. L'aventure est fabuleuse et grande est mon envie de découvrir "L'Allée du Roi", adaptation pour la télévision réalisée en 1995 par Nina Companeez, avec la merveilleuse Dominique Blanc (Marquise de Maintenon), Didier Sandre (Louis XIV), Valentine Varela (Madame de Montespan) et Michel Duchaussoy (Scarron).


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