mercredi 27 mars 2013

"JANE EYRE" de Charlotte Brontë (Le Livre de Poche Classique)


"Charlotte Brontë a voulu relever le défi de créer une héroïne pas jolie et de la rendre intéressante. Elle a réussi. Malgré l'inégalité de leurs conditions sociales, Jane et Rochester sont égaux par l'esprit. L'amour naît entre eux par la parole. Rochester parle ; Jane écoute; il essaie de libérer l'oiseau de son rire enfermé derrière les barreaux d'une cage morale formée par son enfance misérable. Mais ses souffrances ont aussi donné à Jane un fondement inébranlable d'identité. C'est de sa force intérieure, de sa nature droite que l'ironique Rochester tombe amoureux. Ce roman raconte une grande histoire d'amour, où la tendresse l'emporte sur l'impossible, se devine dans le silence, l'ironie et l'absence. C'est l'histoire très romantique de deux âmes qui se devinent, se cherchent, se reconnaissent, se perdent et se retrouvent.
Catherine Cusset
Auteur de "Un brillant avenir" (Gallimard)


"Jane Eyre"

"Jane Eyre" est une évocation puissante et délicieuse de l'Angleterre victorienne à ses débuts. Brontë y dénonce les conditions scandaleuses dans lesquelles les pauvres subissent la loi des riches. Toutefois, une pudeur chrétienne - rappelons qu'elle est fille de pasteur - l'empêche d'aller trop loin dans ses critiques. Féministe avant l'heure, son regard social et psychologique sur les rapports des couples  lui ont valu, en son temps, les foudres de quelques chroniqueurs victoriens, mais l'admiration, plus tard, de femmes comme Virginia Woolf. Une féminité limitée par les interdits religieux et un remarquable manque d'intérêts pour la procréation, l'attitude de Charlotte Brontë envers les enfants est assez déconcertante. Certains ne manqueront pas d'y voir un funeste présage lorsque l'on connaît les circonstances de sa mort. Proche du conte de "Cendrillon", le succès de "Jane Eyre", jeune fille en marge, sans fortune et laide, est immédiat et l'histoire enflamme l'imagination de myriades de lectrices, elles-mêmes frustrées et révoltées contre l'injustice du sort.



Charlotte Brontë en quelques dates

1816 : Naissance le 21 avril dans le Yorkshire (nord de l'Angleterre). Elle est la troisième fille d'un pasteur. Maria et Elizabeth l'ont précédée. Branwell et Emily naîtront ensuite. Anne viendra au monde à Haworth où le pasteur Brontë exercera.
1821 : Madame Brontë meurt et sa soeur vient de Cornouailles pour tenir la maison de son beau-frère et s'occuper des enfants. Trois ans plus tard, les quatre filles aînées sont envoyées à l'école de Cowan Bridge.
1825 : Maria et Elizabeth succombent à une attaque de fièvre maligne à un mois d'intervalle. Les quatre autres enfants se retrouvent à Haworth où, sous la houlette de Charlotte, ils s'adonnent à la composition littéraire.
1835 : Elle est professeur dans le pensionnat où elle a fini ses études. Mais, hantée par l'écriture, elle peine à enseigner.
1842 : Elle part à Bruxelles avec Emily dans le pensionnat de Mme Héger. Elle s'éprend de M. Héger (il lui inspirera Rochester).
1846 : Elle écrit "Le Professeur" qui sera refusé par les éditeurs.
1847 : Parution de "Jane Eyre".
1849 : Anne meurt, après Branwell et Emily. Seule, Charlotte est désespérée. La même année paraît "Shirley". La popularité de ce roman a fait de ce prénom initialement de garçon un prénom de fille.
1853 : Parution de "Villette".
1854 : Charlotte, qui avait dans sa jeunesse éconduit deux prétendants, cède aux instances d'Arthur Belle Nicholls, vicaire de son père - survivant morose et souvent acariâtre de l'hécatombe familiale et presque aveugle - et l'épouse.
1855 : Elle décède le 31 mars, probablement enceinte.
1857 : Publication de : "Le Professeur".

L'histoire :
Jane Eyre est une jeune orpheline de dix ans. Confiée à sa tante par alliance, Mrs Reed, elle vit un enfer auprès de cette femme d'une sévérité effroyable et sans affection. Ses cousins, Eliza, John et Georgiana, ne lui épargnent non plus aucun sévice ni aucune humiliation. Face à cette famille si despotique et froide, même les domestiques ne se permettent aucun attendrissement envers la petite fille plus que malmenée. Jusqu'à ce matin de janvier, où dès l'aube, Jane est emmenée au pensionnat de Lowood...

Mon avis :
Une histoire haletante et pleine de mystères, d'une écriture à peine marquée par le temps qui se lit aisément et se dévore ! Les quelques longueurs du texte sont vite oubliées grâce au coup de théâtre qui, généralement, s'en suit.
Au-delà du romanesque teinté de gothique de l'intrigue, l'analyse psychologique de chaque personnage, tout en finesse et en justesse, tient une place majeure dans l'oeuvre de Charlotte Brontë. Sans être véritablement critique envers son époque, elle nous livre son regard acéré, presque un témoignage, sur cette Angleterre puritaine du XIXème siècle, sur sa bourgeoisie rurale, et sur le sort réservé aux femmes. Son héroïne, Jane Eyre, surmonte toutes les épreuves, toutes les humiliations, toutes les souffrances, toujours la tête haute. Elle ne se comporte jamais en victime. Elle fait face, avec dignité et volonté, à la rigidité et aux injustices de la société.

Un roman violent, cruel, d'une intelligence et d'une lucidité impressionnantes !
Un indispensable à toutes les bibliothèques !


Daphné du MAURIER


Daphné du Maurier

Dame Daphné du Maurier est une romancière reconnue, dans la Littérature Britannique, comme l'un des plus grands talents du XXème siècle. Ses romans se sont emparés de l'imagination de millions de lecteurs. Tandis que le roman anglais traitait (années 30) de l'engagement politique et du totalitarisme, des formes de société et des religions, Daphné du Maurier, à l'écart des influences, produisait une succession de romans parfaitement traditionnels, qui avaient pour ingrédients principaux l'amour, l'aventure, la nostalgie et le suspense. Elle avait le sens du mystère et de la magie des lieux, savait construire une histoire, créer une atmosphère. Mais ce n'est pas là la seule explication de son extraordinaire succès : elle sut faire appel, comme, en vérité, le firent les contes de fées, à ces rêves, à ces terreurs et à ces désirs, à ces forces obscures dans l'inconscient humain, sur lesquels fut fondée au XVIIIème siècle la vogue du roman gothique.
Née à Londres en 1907 et décédée en 1989 en Cornouailles, Daphné du Maurier est la fille de Gerald du Maurier, acteur célèbre à son époque, et la petite-fille de l'écrivain et dessinateur George du Maurier, lequel fut un ami de Henry James et auteur notamment de "Peter Ibbetson". Sa mère, Muriel Beaumont, est également actrice. Daphné du Maurier a deux soeurs, Angela (qui deviendra romancière elle aussi) et Jeanne. Elle fait ses études à Paris, et en 1928, ses premières nouvelles paraissent dans le magazine "Bystander" édité par son oncle. Son premier livre, "La chaîne de l'Amour" est publié en 1931 et obtient un succès immédiat. L'année suivante, elle épouse le général de division Frederick Browning. Ils auront trois enfants.
Plusieurs romans de Daphné du Maurier relèvent du suspense psychologique et criminel, notamment "L'Auberge de la Jamaïque", "Rebecca" (qui fut qualifié de "Jane Eyre du XXème siècle"), tous deux portés à l'écran par Alfred Hitchcock, et "Ma cousine Rachel". Ces trois textes emploient les ressorts propres au roman gothique dans un cadre moderne. D'autres récits ont recours à des éléments résolument fantastiques : le voyage dans le temps dans "La Maison sur le rivage" ; le double dans "Le Bouc émissaire" ; ou la vie après la mort dans "Le Pommier". La célèbre nouvelle "Les Oiseaux" s'avère moins un texte fantastique, comme peut le laisser croire son adaptation cinématographique par Alfred Hitchcock, qu'une oeuvre symboliste sur la guerre donnant lieu à une évocation voilée des attaques aériennes des forces allemandes sur la Grande Bretagne pendant la Seconde Guerre Mondiale. D'autres ouvrages s'apparentent à des chroniques ou des romans historiques. Daphné du Maurier a beaucoup écrit également sur son histoire familiale et sur ses origines françaises : "Gerald, a portrait" (1934), la vie de son père, et "Les du Maurier" (1937). Quelques années après sa mort, sa bisexualité est révélée dans une biographie rédigée par Margaret Forster et la publication de la correspondance de l'auteur. Le secret avait toujours été gardé en raison de l'homophobie de son père.

Sur ce blog, retrouvez "La Maison sur le rivage" à : mai 2011.


"Le Monde infernal de Branwell Brontë" de Daphné du Maurier (Phébus)

On connaît les soeurs Brontë : Charlotte, Emily et Anne. Mais l'on oublie souvent leur unique frère, Patrick Branwell, qui fut pourtant à l'origine de toute la créativité familiale. En 1960, la célèbre romancière anglaise Daphné du Maurier partait à la découverte de cette étrange personnalité.
Poète, romancier et peintre, Branwell Brontë (1817 - 1848) cumulait tous les talents. Et pourtant, tous seront gâchés, l'enfant prodige sombrant dans une sorte de folie.
Dans la solitude des landes désertes du Yorkshire (nord de l'Angleterre), Patrick Branwell invente avec ses soeurs un monde imaginaire. A dix-neuf ans, déjà doué pour la peinture, il s'essaie à la poésie. C'est à cet âge, en janvier 1937, qu'il adresse une lettre à Wordsworth, poète célèbre et vieillissant. Cette lettre restera, hélas !, sans réponse. La maladie mentale, l'alcool, les médicaments finiront par avoir raison de Branwell. Il sera le premier des quatre jeunes Brontë à mourir, quelques mois avant Emily, l'auteur des "Hauts de Hurle-vent", dont le personnage principal, Heathcliff, sauvage et passionné, est inspiré de Branwell. Charlotte, sa soeur préférée, deviendra célèbre avec "Jane Eyre", et Anne avec "Agnes Grey".


Daphné du Maurier et Alfred Hitchcock


Sorti en salles, en février dernier, "Hitchcock", film (biopic*) réalisé par Sacha Gervasi, avec Anthony Hopkins, Helen Mirren, Scarlett Johansson.

Un film vraiment excellent !



(biopic* = film réalisant la biographie d'une personne connue)



"Un film n'est pas une tranche de vie, c'est une tranche de gâteau."


Alfred Joseph Hitchcock est un scénariste et réalisateur américano-britannique né en 1899 à Londres. Maître du suspense, il est considéré comme l'un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma. Il commence dans le cinéma en créant des sous-titres pour les films muets et s'est rapidement initié à toutes les professions. Il signe son premier film comme réalisateur en 1925 avec "The Pleasure Garden" et affine son style en continuant à réaliser des dizaines de films pour des firmes anglaises, notamment, en 1939, "La Taverne Jamaïque", connu aussi sous le titre du roman de Daphné du Maurier : "L'Auberge de la Jamaïque". A la fin des années 30, il est déjà célèbre dans son pays natal et part aux Etats-Unis, où il réalise "Rebecca" en 1940. Les années 50 sont pour lui une période faste. Il y fera une série télévisée intitulée "Alfred Hitchcock présente", ainsi que ses plus grands chefs-d'oeuvre : "Le Crime était presque parfait" (1954) ; "Fenêtre sur cour" (1955) ; "Sueurs froides" (1958) ; "La Mort aux trousses" (1959) ; et les incontournables "Psychose" (1960) et "Les Oiseaux" (1963).

Réalisateur despotique ("Il faut traiter les acteurs comme du bétail.") et perfectionniste, il considérait le tournage comme une étape mineure, étant une simple mise en forme de son storyboard. Bien que considéré aux Etats-Unis comme le plus grand maître du suspense (avec une équipe talentueuse : son compositeur Bernard Herman, ses magnifiques actrices blondes et froides Grace Kelly et Ingrid Bergman, ses vedettes masculines James Stewart et Cary Grant), le monde du cinéma le voyait encore comme un simple fabricant.
Il devient, dans la France des années 50, un des cinéastes les plus vénérés par les critiques, en particulier par "Les cahiers du cinéma" et les futurs cinéastes de "la nouvelle vague". Regardé comme un auteur à part entière, avec ses thèmes récurrents (la culpabilité, la frontière entre le Bien et le Mal, la psychanalyse), il est surtout le maître d'un style bien à lui et fait l'objet de maintes études. François Truffaut réalisa un long livre d'entretiens avec le cinéaste, publié en 1966.
"Pas de printemps pour Marnie" (1964), "Le rideau déchiré" (1966), "L'Etau" (1969), "Frenzy" (1972) et "Complot de famille" (1976) finissent d'asseoir la réputation de celui que les américains surnomment "Hitch". D'ailleurs, en 1955, il obtient la nationalité de son pays d'accueil.

Décédé en 1980 à quatre-vingts ans des suites d'une insuffisance rénale, la légende Hitchcockienne perdure bien des années après sa mort. Truffaut, Chabrol, Polanski, Spielberg, Carpenter, Craven, De Palma sont autant de cinéastes qui puisent allègrement dans l'oeuvre du maître. Gus Van Sant ira même jusqu'à reprendre plan par plan le film "Psychose" pour son "Psycho" sorti en 1998.

Le film "Psychose" est inspiré de "Psycho", livre de Robert Bloch lui-même inspiré du tueur en série Ed Gein, dit "le boucher de Plainsfield".


"L'angoisse n'est pas supportable sans l'humour. C'est le mélange qui fait le plaisir." 



"REBECCA" de Daphné du Maurier (Le Livre de Poche)


Affiche du film d'Hitchcock

L'histoire :

Une jeune fille timide, dame de compagnie de la très snob Mrs Van Hopper, en vacances à Monte-Carlo, tombe amoureuse d'un riche veuf de vingt-ans son aîné, Max de Winter. D'humeur inégale, Max peut être tantôt drôle, charmant, généreux ; tantôt taciturne, distant, insensible. C'est lors d'un de ces moments d'abandon qu'avec un étrange détachement il donne à sa jeune compagne un recueil de poésies que lui avait offert sa défunte épouse Rebecca. Quelques semaines à peine après leur première rencontre, Max demande la douce demoiselle en mariage, contrarié de la voir partir le lendemain pour New York. La jeune employée de Mrs Van Hopper ignore si elle accepte cette union par amour véritable ou par impatience de vivre dans le luxe de Manderley, la fameuse propriété des de Winter, dont tout le monde parle avec passion...

Mon avis :
Tout commence comme une gentille histoire sentimentale. Jusqu'à cet instant précis où, enfermée dans sa petite chambre d'hôtel tandis que son fiancé et sa patronne discutent sans doute du mariage à venir, la jeune fille arrache une page du recueil de poésies et brûle la dédicace écrite de la main de la défunte Rebecca à son époux. Un mauvais sort est-il jeté ? D'instinct, le lecteur sait alors que tout va basculer. Et c'est là tout le génie de Daphné du Maurier. Nous lancer sans cesse sur de fausses pistes. Distiller des indices contradictoires. Avec elle, les petits gestes anodins du quotidien deviennent angoisse et terreur. La naïveté et l'innocence de la jeune héroïne ne peuvent nous laisser indifférents. Entre réalité et cauchemars, l'atmosphère est effrayante.

Très réussi ! A lire le soir, c'est évident !


"L'AUBERGE DE LA JAMAÏQUE" de Daphné du Maurier (Le Livre de Poche)

Affiche du film d'Hitchcock


L'histoire :
Dix-sept ans après la mort de son époux, la veuve Yellan s'éteint à son tour, usée par une existence rude, tout entière consacrée à la ferme familiale. Malgré ses sacrifices, elle laisse à sa fille une affaire en déclin. Respectant la promesse faite à sa mère mourante, la jeune Mary Yellan quitte ses terres natales pour aller vivre en Cornouailles, dans la sinistre et crasseuse "Auberge de la Jamaïque", chez sa Tante Patience et son mari Joss Merlyn, un géant brutal et grossier...

Mon avis :
Les fantômes d'Alexandre Dumas, de Walter Scott et d'Emily Brontë hantent, pour notre plus grand plaisir, cet angoissant roman d'aventure. Tous les ingrédients du Romantisme s'y retrouvent : XIXème siècle, taudis répugnant, bourgeois inquiétants, paysans laborieux, voleurs rusés, hiver redoutable, lande désertique, marécages invisibles, brouillard impénétrable, falaises abruptes, mer déchaînée, jeune orpheline aux prises avec une bande d'ivrognes et d'assassins, bad boy au charme ravageur, suspense haletant, rebondissements effrayants, coups de théâtre terrifiants, atmosphère cauchemardesque.

Un vrai délice !


"LE TOUR D'ECROU" de Henry James (Librio)


Henry James, l'ami de la famille du Maurier


"Il avait conscience que la tendresse des vies en fleur est constamment à la merci de la tyrannie individuelle et il détestait toute tyrannie d'un être sur un autre [...]. Son Utopie était une anarchie où personne ne serait responsable de quiconque, sauf de son propre caractère civilisé."
Theodora Bosanquet
Secrétaire de Henry James
"Henry James à l'ouvrage" (Seuil)


Henry James (New York 1843 - Londres 1916). D'origine américaine, naturalisé britannique à la fin de sa vie, cet écrivain est considéré comme l'une des figures majeures du réalisme littéraire du XIXème siècle. On le connaît surtout pour une série de romans importants, d'une grande acuité psychologique, notamment "Washington Square" (1880), "Les Bostoniennes" (1885 - 1886), "Portrait de femme" (1880 - 1881), dans lesquels il décrit, entre autres, la rencontre de l'Amérique avec l'Europe. Le style de ses oeuvres tardives l'a fait comparer à un peintre impressionniste. "Le tour d'écrou", nouvelle parue en 1898, est un texte majeur de la littérature fantastique.


L'histoire :
Réunis pour les fêtes de Noël dans une vieille maison isolée, des amis s'amusent à se raconter des histoires macabres. C'est ainsi que, pour la première fois, Douglas va lire à son auditoire captivé, le récit terrifiant que lui a confié une amie il y a de cela fort longtemps. Le manuscrit, émouvant avec sa couverture rouge fané, relate les premiers pas de la vieille dame en qualité de gouvernante. Elle n'avait alors que vingt ans. Elle avait été engagée par un élégant gentleman au charme redoutable. Il lui confiait la responsabilité de deux jeunes enfants dont il venait d'être le tuteur bien malgré lui et qu'il avait installés dans la demeure familiale à la campagne...

Mon avis :
Au-delà d'un récit fantastique terrifiant, Henry James utilise sa plume irréprochable pour dénoncer les violences faites aux enfants et leur poids irréversible, maléfique et destructeur sur leur développement psychologique. James construit une machination diabolique qui mêle beauté, innocence, douceur, mais aussi laideur, perversité, horreur. Entre la lâcheté, l'ignorance ou l'indifférence de nombre d'adultes face à cette souffrance, ou au contraire aux erreurs fatales que d'autres peuvent commettre dans leur désir de bien faire, il y a la lente progression inexorable vers la folie chez certains de ces enfants qui auraient trouvé refuge dans un monde bien réel à leurs yeux fait de spectres d'ennemis devenus des amis redoutables.
Ou bien tout ceci n'est-il qu'un conte effrayant pour soirées hivernales entre amis au coin du feu...
Cent cinquante pages d'une force et d'une profondeur telles que l'on ne peut que frissonner d'épouvante. Un texte qui marque l'esprit longtemps encore après sa lecture.

Un chef d'oeuvre !


"LA DACTYLOGRAPHE DE MR JAMES" de Michiel Heyns (Philippe Rey)


Theodora Bosanquet (rebaptisée Frieda Wroth dans le roman de Michiel Heyns) : L'énergique, la lucide, l'indépendante Theodora Bosanquet (1880 - 1961) fut la secrétaire de Henry James de 1907 jusqu'à la mort de l'écrivain en 1916. Dans "Henry James à l'ouvrage", elle donne le témoignage unique des méthodes de travail de James, depuis les détails les plus prosaïques jusqu'à ceux de la conception du projet artistique et de son exécution. Avec une finesse, une discrétion, une tenue exceptionnelle, elle montre la force, l'incorruptible détermination, nécessaires à l'accomplissement de l'oeuvre. Elle montre un homme profondément amical, un grand artiste dont la générosité se double d'une stupéfiante modestie. Plus que de l'admiration, c'est une véritable adhésion de la part de Theodora Bosanquet au travail de Henry James, sur laquelle l'écrivain s'appuya sans réserve.



"Lorsqu'il s'échappait du refuge de son travail pour voir le monde autour de lui, il ne voyait qu'un lieu de tourments, où des prédateurs plantent sans cesse leurs griffes dans la chair frémissante d'enfants de la lumière condamnés et sans défense... Ses romans ne sont qu'un exposé récurrent de cette faiblesse, un plaidoyer passionné et réitéré pour l'entière liberté du développement, à l'abri de la bêtise aveugle et barbare."


Theodora Bosanquet
Secrétaire de Henry James
"Henry James à l'ouvrage" (Seuil)



Michiel Heyns  a grandi en Afrique du Sud et a fait ses études à l'université de Stellenbosch puis à Cambridge. Professeur d'Anglais à l'université, il a pu se consacrer pleinement à l'écriture en 2002 après le succès de son premier roman, "Jour d'enfance" (Philippe Rey).

L'histoire : 
Qui, de la dactylographe ou de la Remington, était la plus remarquable ? Qui, de la femme ou de la machine, méritait le plus de considération ? Qui était la plus fonctionnelle ? Les personnages fictifs recevaient sans doute plus de compassion et de sensibilité que la secrétaire ! Frieda Wroth attendait, prête à recueillir les pensées du grand écrivain Henry James et à les transcrire à l'aide de la solide machine à écrire. Non que le romancier fut désagréable. Il était même fort courtois. Mais, naïvement, Frieda avait imaginé partager avec le célèbre auteur, telle une complice intellectuelle, le secret de la création. Alors que les touches de la machine crépitaient, la dictée fut interrompue par l'arrivée d'un certain Fullerton, et Frieda aimablement invitée à partir...

Mon avis :
L'ensemble, hélas, manque de chaleur, de rythme et de romanesque, et l'écriture est un peu confuse. Toutefois, l'idée est originale. La personnalité de Frieda Wroth est pétillante et attachante. C'est une jeune fille ambitieuse et romantique qui n'aspire qu'à croquer la vie à pleines dents et à être indépendante, libre de ses choix. Sa proximité auprès du remarquable écrivain la rend exceptionnelle.

Un destin hors du commun à découvrir !


lundi 4 février 2013

PROCHAINES PRESENTATIONS : MI-MARS 2013




Prochaines présentations : Mi-mars 2013


"Révisons nos Classiques !"




"LA VRAIE COULEUR DE LA VANILLE" - Sophie Chérer (L'Ecole des Loisirs - Médium)




"La vraie couleur de la vanille"
Sophie Chérer
(L'Ecole des Loisirs - Médium)

Dès 12 ans





Sophie Chérer habite en Lorraine où elle est née en 1961. C'est là, entourée d'arbres centenaires et d'écureuils, qu'elle écrit des romans, des articles, des nouvelles, rédige des quatrièmes de couverture pour ses collègues, compose les cinq premiers titres de la série "Mon écrivain préféré", élève sa fille et cultive son jardin. Après avoir voulu être juge, elle est devenue journaliste et écrivain. Pourtant, la question de l'injustice reste au coeur de ses préoccupations, que ce soit dans "Ambassadeur de Sparte à Byzance", "L'huile d'olive ne meurt jamais" ou "A ceux qui nous ont offensés" (L'Olivier). Sophie Chérer est une personne douée d'une énergie considérable et d'un humour à toute épreuve. En 2002, elle a publié "L'enjoliveur", un roman en hommage à son tuteur, Jean Giono. En 2005, le conte "L'ogre maigre et l'enfant fou" a été adapté pour la scène par une troupe de théâtre de l'Ile de la Réunion.


L'histoire :
Une nuit de décembre 1830, Ferréol Beaumont fait un cauchemar. Il se voit en compagnie d'un petit garçon Noir à qui on coupe brutalement la main. Le lendemain, tel un enfant capricieux qui exige un nouveau jouet, il décide de prendre sous son aile un nouveau-né, Noir, orphelin de parents esclaves. Ferréol, héritier d'une plantation familiale de canne à sucre sur l'Ile Bourbon (ancien nom de l'Ile de la Réunion) et de dizaines d'esclaves, est passionné de livres et de botanique, et pense très sincèrement être un "bon maître Blanc".
Le petit bonhomme à la peau noire et douce et qui sent bon le bébé, il faut lui trouver un nom. Les botanistes donnent des noms aux plantes pour les honorer. Les planteurs Blancs donnent des noms aux esclaves pour les humilier, pour se moquer d'eux. Des noms de dieux, empereurs, héros (Jupiter, Zéphir...) ; de vertus (Minutie, Généreux...) ; de villes (Bayonne...) ; de mois et de jours (Janvier, Lundi...) ; de noms grecs (Philogène, Scholastique*...) ; de calembours (Groné, Pacape...)...
Mais Ferréol, lui, ne veut pas faire cela. L'enfant portera le nom du Saint Patron de son jour de naissance et qui signifie, en vieil anglais, "le riche protecteur" : Edmond.
Ferréol ne lui apprendra jamais à lire ni à écrire, parce que c'est ennuyeux et difficile. En revanche, il lui enseignera tout ce qu'il sait en botanique...

*La "Scholastique" (scolastique) désigne l'enseignement de la théologie et de la philosophie dans les universités au Moyen Age. Clin d'oeil à la Rwandaise Scholastique Mukasonga, Prix Renaudot 2012 pour son livre "Notre-Dame du Nil" (Gallimard).


Mon avis :
Ce livre, admirable et fort, conte l'histoire vraie, dramatique, douloureuse, et totalement méconnue, d'Edmond Albius, orphelin, Noir, et esclave, mais aussi génie de la botanique. En 1841, sur l'Ile de la Réunion, à peine âgé de onze ans, Edmond fait une découverte miraculeuse. Trahi, abandonné, il n'en récoltera jamais les fruits ni la reconnaissance. Personnage oublié, seul Marcel Proust mentionne son nom à la fin de "Du côté de Guermantes". Traité comme un petit singe savant, si seulement son maître lui avait appris à lire et à écrire, le destin d'Edmond Albius eut sans doute été différent !
Ce texte décrit avec délicatesse et sensibilité toute la complexité d'une relation, au XIXème siècle, entre un Blanc, héritier d'une plantation et d'esclaves, mais dont la passion se trouve ailleurs, et un enfant Noir, esclave, qui touche du doigt la liberté et l'honneur mais ne recevra ni l'une ni l'autre.

Magnifique, très instructif, et poignant !


"BARBE BLEUE" - Amélie Nothomb (Albin Michel)





"Barbe Bleue"
Amélie Nothomb
(Albin Michel)

Ados / Adultes



Amélie Nothomb :
Depuis la parution de "Hygiène de l'assassin", en 1992, l'écrivain belge est devenue une véritable star et une figure incontournable de chaque rentrée littéraire.

Grand Prix de l'Académie française en 1999 pour "Stupeur et tremblements".
Prix de Flore en 2007 pour "Ni d'Eve ni d'Adam".

Retrouvez Amélie Nothomb pour :
"Antechrista" sur ce blog en août 2010
"Une forme de vie" sur le blog "Le Journal des Libériades" en octobre 2010.

L'histoire :
Saturnine arrive à Paris de sa Belgique natale pour prendre un poste de professeur à l'Ecole du Louvre. Elle découvre la difficulté de trouver un logement dans la capitale. Alors pourquoi pas cette colocation chez un certain "Don Elemirio Nibal y Milcar" dont elle vient de lire l'annonce ? En attendant son tour pour visiter l'appartement, Saturnine apprend que les huit précédentes colocataires ont disparu et qu'une rumeur court à l'encontre du maître des lieux...

Mon avis :
Impossible de déterminer ce que cet ouvrage produit en nous, lecteurs. Une chose est sûre : il déstabilise. Tantôt drôle et caustique. Tantôt profond et émouvant. Tantôt glauque et effrayant. Ce que l'on tient entre nos mains n'est pas un livre. Ce n'est pas de la littérature au sens commun du terme. C'est un objet d'art abstrait unique qui nous offre une part de l'univers étrange et fantasmagorique d'Amélie Nothomb, une part de notre enfance revisitée, et c'est exactement ce que nous attendons de ces contes, année après année.


"UNE PLACE A PRENDRE" - J.K. Rowling (Grasset)




"Une place à prendre"
J.K. Rowling
(Grasset)

Ados avertis / Adultes





J.K. Rowling :
Joanne Kathleen Rowling est née en 1965 en Angleterre. Elle a une licence de français et de lettres classiques et a passé un an à Paris dans le cadre de ses études. Son premier job sera pour Amnesty International à Londres. Elle habite alors à Manchester et c'est au cours d'un trajet en train qui l'amène à son travail qu'en 1990, l'image d'un petit garçon brun à lunettes lui vient à l'esprit. Harry Potter est né. Hélas, la même année, la mère de l'écrivain succombe à la sclérose en plaques à l'âge de 45 ans. Sous le choc, J.K. Rowling s'installe, en 1991, au Portugal où elle épouse un journaliste sportif et enseigne l'anglais. Le mariage est catastrophique mais mère d'une petite fille, Jessica, elle revient avec son bébé à Edimbourg auprès de sa soeur Diane, en 1993, et se plonge dans l'écriture de son manuscrit. "Harry Potter à l'école des sorciers" sera publié en 1997. Depuis, J.K. Rowling vit un conte de fée. Ses sept aventures de Harry Potter sont lues par des millions d'enfants dans le monde entier. Les films tirés de ses romans reçoivent le même succès, ainsi que tous les produits dérivés. Sa notoriété lui permet de soutenir de nombreuses actions caritatives. En 2001, elle épouse le Docteur Neil Murray et le couple a deux enfants, David et Mackenzie. Les droits de "Une place à prendre" viennent d'être achetés par la BBC et une mini-série sera bientôt réalisée.

L'histoire :
Ce soir-là, Mary et Barry Fairbrother vont fêter leurs dix-neuf ans de mariage. Barry n'est pas très enthousiaste. Il est gêné par une migraine persistante depuis deux jours. Mais il a tant de choses à se faire pardonner qu'il ne peut décevoir son épouse. Le couple se rend donc au Birdie, le restaurant du club de golf local. Malheureusement, Barry n'en passera pas la porte. Il s'écroule sur le parking, terrassé par un accident vasculaire cérébral et décède dans la nuit. Barry Fairbrother était Conseiller paroissial (l'équivalent de Conseiller municipal). Sa place est donc à prendre...

Mon avis :
Changement de maison d'édition. Changement de traducteur. Changement de catégorie de lecteurs. Etait-ce une bonne idée ? J.K. Rowling nous convie à Pagford, petite ville cossue du sud de l'Angleterre, au coeur de l'intimité de chaque foyer et des querelles de clochers, et nous explique que le monde ne tourne pas rond nulle part, que la corruption est partout, qu'argent, sexe et pouvoir sont indissociables... Bref ! Tout ce que nous savons déjà ! Des romans bien plus ambitieux nous décrivent tout cela avec bien plus de talent et plus d'originalité ! Ce livre-là manque, hélas, de tout : de suspense, de complexité, de subtilité, de qualité d'écriture... L'histoire ne scotche pas. C'est un peu comme si l'auteur s'était interdite de dévoiler et donner libre cours à toute sa fantaisie et à toute son imagination, que l'on sait fertiles et généreuses, à cause, peut-être, de l'estampille "pour adultes". Pire : elle semble ne pas s'être amusée du tout !
Alors, ne perdez pas votre temps ! Gardez intacts la magie des sept volumes de "Harry Potter" et vos merveilleux souvenirs du petit sorcier !
Pardonnons à J.K. Rowling ce petit incident de parcours, et qu'elle nous revienne d'autant plus formidable en Littérature Jeunesse !


"L'AUTRE FILLE" - Annie Ernaux (Nil)


"L'autre fille"
Annie Ernaux
(Nil)

Ados / Adultes

Grand Prix de l'Académie Charles Cros 2012
pour sa version "Audiolib"
texte lu par Annie Ernaux elle-même


Annie Ernaux : 
Née en 1940 en Normandie, Annie Ernaux grandit à Yvetot. Fille unique de petits commerçants, ses parents tiennent un café-alimentation proche de la gare. Professeur de Lettres, admiratrice de Virginia Woolf et de Simone de Beauvoir, elle publie en 1974 "Les Armoires vides", puis ne cesse d'écrire des romans proches de l'autobiographie, presque des documents sur la seconde moitié du XXème siècle, des romans où elle se livre en toute sincérité, des livres vrais, intimes...

L'histoire : 
"Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite", proposent les éditions du Nil à plusieurs écrivains. Annie Ernaux a choisi d'écrire à sa soeur aînée. Une soeur qu'elle n'a jamais connue et dont elle n'a appris l'existence qu'à l'âge de dix ans, au hasard d'une conversation entre "grandes personnes"...

Mon avis :
Ne sortez pas vos mouchoirs ! Cette lettre n'est absolument pas triste ou tragique. Annie Ernaux analyse, avec beaucoup de sensibilité, de justesse et de poésie, la fragilité et l'incertitude des sentiments qu'elle éprouve (ou qu'elle n'éprouve pas) envers cet être qui fut vivant, qui fut aimé, qui fut pleuré, qu'elle n'a jamais connu, mais dont elle a sans doute toujours pressenti l'existence.

Humaine. Emouvante. Sincère. Du grand Annie Ernaux, comme toujours !


"LA GUERRE DE CATHERINE" - Julia Billet (L'Ecole des Loisirs - Médium)



"La guerre de Catherine"
Julia Billet
(L'Ecole des Loisirs - Médium)

Dès 12 ans

Sélectionné pour le Prix Sorcières 2013
Catégorie Romans Ados



Julia Billet est née en 1962 et réside actuellement en région parisienne même si elle préférerait s'installer à la campagne pour pouvoir se consacrer à l'écriture plus calmement. Elle écrit souvent la nuit et a ainsi pu produire, entre autres, "Salle des pas perdus", "Cri de guerre", "De silence et de glace". La mère de l'auteur, Tamo Cohen, passionnée de photographie, a été l'une de ces enfants de la Maison de Sèvres, cachée et sauvée grâce à elle et au réseau de l'OSE (Oeuvre de Secours aux Enfants).


La Maison d'enfants de Sèvres (Hauts-de-Seine) fut fondée en 1941 dans une grande propriété qui, jusqu'à la guerre, abrita une communauté religieuse. Sous l'égide du Secours national, elle était, à l'origine, destinée à héberger des enfants de la région parisienne victimes de restrictions alimentaires. Mais elle a évolué, sous l'influence de sa directrice, Yvonne Hagnauer ("Goéland"), en refuge pour les enfants victimes de la guerre et des persécutions politiques. Au cours des années 1942 à 1944, elle a abrité jusqu'à plus de soixante enfants admis clandestinement, cependant que leurs parents subissaient la proscription et la déportation. L'équipe responsable de la Maison a voulu appliquer des formules nouvelles de gestion et d'éducation inspirées de différentes philosophies en développant le sens de la liberté et des responsabilités, et le respect de la vie et de la nature, autour d'activités telles que l'entretien des animaux, quelques tâches ménagères, le jardinage, la cuisine, la musique, la poterie, la couture, la décoration, le théâtre, l'imprimerie... mais aussi l'instauration de l'équivalent d'un tribunal et d'une cour suprême présidés par les enfants eux-mêmes. De nombreux instituteurs et animateurs ont participé à l'aventure, comme Marcel Marceau ("le Mime Marceau"), ou Paul-Emile Victor. La Maison fut rattachée aux services de l'enseignement de la Seine en 1949. En 1951, elle comptait environ cent trente enfants : enfants de déportés raciaux et politiques, orphelins de guerre, orphelins de père et/ou de mère, enfants de mères abandonnées, enfants de familles sinistrées, enfants de ménages dissociés, enfants en danger moral dans leur famille, enfants de familles ouvrières dont les conditions matérielles d'existence contrarient le développement normal, enfants présentant des troubles de l'émotivité provoqués par les événements de la guerre. La Maison de Sèvres n'était pas "spécialisée" comme l'était la plupart des centres créés pour le sauvetage des victimes de guerre. En 1958, la Maison emménage au Château de Bussières. Yvonne Hagnauer la dirigea durant vingt-neuf ans, jusqu'en 1970. Sous la direction d'"Orchidée", de 1970 à 1990, l'internat et le collège furent rattachés au département des Hauts-de-Seine. La Maison fermera ses portes en juin 2009. "Goéland" a été décorée de la médaille des Justes bien des années après la guerre.

(cf : "La guerre de Catherine" / Wikipedia)

Pétain et Laval

Contexte historique :
Le régime de Vichy est un régime politique français qui dura quatre ans, de 1940 à 1944, pendant l'Occupation nazie. Le chef d'Etat en est le maréchal Pétain. Il instaure un régime autoritaire qui rejette la république et la démocratie, "révolution nationale" résumée dans la devise "Travail, Famille, Patrie". Le gouvernement glorifie le travail traditionnel, apporte son aide financière aux familles nombreuses, exclut les Juifs de la communauté française et leur interdit nombreuses professions telles que militaire ou instituteur, contrôle la radio, la presse, les organisations de jeunesse, et s'appuie sur les associations d'anciens combattants. Pétain, poussé par Laval, engage une collaboration d'Etat avec l'Allemagne. En 1942, l'Etat français livre à l'Allemagne les Juifs étrangers de la zone libre. La police française apporte son concours aux Allemands pour les arrêter dans la zone occupée (rafle du Vel d'Hiv - Vélodrome d'Hiver - le 16 juillet 1942). Le régime incite également les jeunes Français à partir travailler en Allemagne, instaure le service du travail obligatoire (STO) et laisse la milice chasser les résistants et les Juifs. En 1944, les forces alliées débarquent en France. Le 9 août 1944, le Gouvernement Provisoire de la République française (GPRF), dirigé par le général de Gaulle, déclare nul et non avenu le régime de Vichy. Le maréchal Pétain fuit en Allemagne. A l'issue de la guerre, il est arrêté, jugé et condamné à mort. Toutefois, en souvenir du héros de la Première guerre mondiale qu'il fut, le général de Gaulle décide de le gracier.

(cf : Vikidia)


L'histoire :
Rachel, élève médiocre et chahuteuse, est confiée, au début de la guerre, à la Maison d'enfants de Sèvres, en région parisienne, où elle reçoit un enseignement original qui l'épanouit totalement. "Goéland", la directrice de l'établissement, et "Pingouin", son époux, sont les pionniers d'une pédagogie nouvelle.
Malheureusement, nous sommes en guerre, et voici maintenant trois ans que Rachel, adolescente juive, n'a plus aucun contact avec ses parents. La loi de Pétain sur le statut des Juifs ne fait qu'accroître son inquiétude. "Pingouin", ayant repéré chez la jeune fille un véritable don pour la photographie, lui transmet sa passion pour cet art et lui confie un Rolleiflex. Cet appareil scellera à jamais le destin de Rachel...


Mon avis :
Voilà un ouvrage qui traite de la photographie de la première à la dernière page et qui ne nous en offre pas une seule, hormis celle de la couverture. Nous aurions été vraiment curieux d'accompagner de quelques clichés notre lecture de ce récit très original.
On pourrait regretter également que l'ensemble manque de rythme, d'aventures, d'intensité dramatique. Certaines scènes immortalisées par le fameux Rolleiflex auraient pu être plus percutantes. Mais l'auteur a choisi de traverser la guerre avec beaucoup de pudeur et de retenue. Son héroïne n'est, en effet, pas une actrice de cette guerre, mais une observatrice. Elle refuse de se voir en victime et de penser à ses parents. D'une écriture très belle et émouvante, Julia Billet nous décrit de très jolies rencontres, de touchantes histoires d'amitié, des enfants qui ne comprennent pas ce qu'il leur arrive, des adolescents qui ne prendront conscience qu'après coup des dangers auxquels ils ont fait face et des risques que des adultes résistants et courageux ont prix pour eux au péril de leur vie.

Image par image, nous assistons indéniablement
à l'éclosion d'un magnifique papillon émergeant de sa chrysalide !


"LE FIL A RECOUDRE LES ÂMES" - Jean-Jacques Greif (L'Ecole des Loisirs - Médium)




"Le fil à recoudre les âmes"
Jean-Jacques Greif
(L'Ecole des Loisirs - Médium)

Dès 12 ans

Sélectionné pour le Prix Sorcières 2013
Catégorie Romans Ados



Jean-Jacques Greif, né en 1944, auteur de livres pour enfants et adolescents, a d'abord été rédacteur dans la publicité de 1970 à 1975, puis journaliste pour le magazine "Marie-Claire". Il a également enseigné le français et la physique, et a écrit de belles biographies de Mozart, Beethoven, Jeanne d'Arc ou Einstein. C'est lors d'un reportage à Hiroshima, en 1985, pour le magazine "Marie-Claire", à l'occasion du quarantième anniversaire du bombardement, qu'il a rencontré le pasteur Tanimoto (présent dans le livre), ainsi que deux jeunes filles opérées aux Etats-Unis. Il pensait à elles en créant le personnage de Yuriko.

Contexte historique :

  • Le 7 décembre 1941, le Japon attaque Pearl Harbor (Hawaï). A compter de cette date, aux Etats-Unis, cent vingt mille personnes, dont quarante mille jeunes gens de moins de vingt ans, vont être retenues dans des camps, derrière des barbelés, sous la surveillance de gardes armés, au seul motif qu'elles ont des ancêtres japonais (quelques-unes choisiront de repartir au Japon). Madame Roosevelt elle-même contestera l'utilité des camps et l'acte d'exclusion de 1924 qui empêchait les Japonais d'être naturalisés. Des prisonniers juristes ou amis de juriste ont tenté des actions en justice dès le début. L'une d'elles a abouti le 18 décembre 1944 quand la Cour suprême a donné raison à Mitsuko Endo. Aussitôt, le gouvernement a annulé le décret qui chassait les citoyens d'origine japonaise de la côte Ouest et a annoncé la fermeture progressive des camps. Les prisonniers libérés n'ont pas retrouvé leurs biens et sont repartis de zéro. L'acte d'exclusion des Orientaux a été aboli en 1952.
  • Le 6 août 1945, Hiroshima, ville du Japon, devient universellement connue pour avoir été la cible du premier bombardement nucléaire de l'Histoire. L'explosion rase instantanément la ville. On estime le nombre de morts à 250 000.

L'histoire :
Kenichiro, dit "Ken", est un adolescent américain de treize ans tout à fait ordinaire. Il vit confortablement à Los Angeles avec son père, chef d'entreprise, sa mère et sa petite soeur. Jusqu'à ce terrible 7 décembre 1941 lorsque les Japonais attaquent Pearl Harbor. Sur le territoire américain, une chasse aux "sales Japs" est engagée. Ainsi, des milliers d'Américains d'origine japonaise, comme kenichiro, et de Japonais installés aux Etats-Unis depuis des décennies, comme ses parents, sont arbitrairement soupçonnés d'espionnage, et deviennent soudain des ennemis. Le père de Kenichiro est arrêté par le FBI et envoyé dans un camp dans le Montana. Cinq mois plus tard, en 1942, alors que Kenichiro doit présenter à sa classe son exposé sur les loutres de mer, c'est à son tour et celui de sa mère et de sa soeur, de rassembler leurs affaires dans deux valises chacun et de partir. Dans des lettres adressées à Mrs Moore, son professeur d'anglais, Kenichiro raconte son périple jusqu'au camp de Gila River, en plein désert d'Arizona, et son départ pour le Japon en 1943. A Ibara, au Japon, il croise le chemin d'une fille, Yuriko, certes plus jeune que lui, mais qui va lui apprendre tant sur la vie et la nature...

Mon avis :
Cet ouvrage bien documenté évoque un épisode stupéfiant et peu connu de l'Histoire, celui du sort réservé aux Américains d'origine japonaise et aux Japonais installés sur le sol américain, après l'attaque de Pearl Harbor en 1941.
D'abord roman épistolaire bourré d'anecdotes tantôt drôles, tantôt émouvantes, le texte aux mots justes et sensibles devient Journal intime. Il monte alors progressivement en profondeur et en intensité avec l'arrivée de la famille au Japon, la confrontation entre deux cultures que tout oppose, la guerre et la suspicion en toile de fond, mais aussi, tout en délicatesse et en pudeur, de jolies rencontres et de très belles pages de poésie. Puis soudain, nous explose à la figure le récit de l'horreur d'Hiroshima. Sous nos yeux, une fillette découvre avec incrédulité l'enfer. C'est dur. Effroyable. Mais c'est hélas une réalité qu'il est nécessaire de connaître. Le sentiment de culpabilité et les chaînes de solidarité d'un grand nombre d'Américains qui se créent autour des victimes japonaises laissent une impression étrange de gêne et d'admiration.

Un livre remarquable tant pour les ados que pour les adultes !


"La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes de l'homme."
Albert Camus
Combat, 8 août 1945



vendredi 21 décembre 2012

"LES ROMANS DURS" - Georges Simenon (Omnibus)


"Les Romans durs"
12 volumes
Georges Simenon
(Omnibus)

Ados / Adultes


"Cher Père Noël,


Je sais que tu es gentil et généreux, mais que tu n'es pas riche. Toutefois, si un jour tu gagnais beaucoup d'argent, voici un cadeau que je rêve de recevoir.

Bon courage pour la toute proche nuit de Noël !

Je t'embrasse,
Moka"


Georges Simenon est né à Liège (Belgique) en 1903 et mort à Lausanne (Suisse) en 1989. L'abondance et le succès de ses romans policiers (notamment les "Maigret") éclipsent en partie le reste d'une oeuvre beaucoup plus riche. D'abord journaliste, auteur sous différents pseudonymes de romans populaires, il créa en 1931 le personnage de Maigret qui le rendit universellement célèbre. Il publia sous son nom plus de 200 romans, 155 nouvelles et 25 textes autobiographiques.




SIMENON ECHAPPE A MAIGRET
DANS SES "ROMANS DURS"
Eric Lobiot (L'Express) - Extraits du billet publié le 9 août 2012

Dans ses "romans durs", l'écrivain s'affranchit du fameux commissaire et des codes du polar. Pour mieux renouer avec sa grande obsession : la peinture de l'homme nu et seul au monde.
Le label "roman dur", apposé sur certains livres de Georges Simenon, indique ceux où le commissaire n'apparaît pas et dans lesquels l'auteur élargit son champ dramatique et littéraire pour attaquer le drame au plus profond et s'affranchir des codes d'une enquête policière par trop contraignants. Avec Maigret, Simenon se sentait parfois en vacances et faisait le métier en professionnel de la plume ; ici, il prend la littérature à bras-le-corps, invente des modèles stylistiques, dépeint des héros au coeur noir, plonge dans les ombres de l'âme humaine et, plus que jamais, affiche sa devise d'écrivain : "Comprendre mais pas juger". Il brise le cliché de l'écrivain de ligne droite : 117 "romans durs" parus entre 1931 et 1972, date à laquelle Simenon mit fin à sa carrière romanesque. Des histoires situées aux quatre coins du monde - Etats-Unis, Venise, La Rochelle, Gabon... -, écrites ici ou là au gré des pérégrinations de l'auteur, qui n'a jamais totalement abandonné sa casquette de reporter, et, comme d'habitude, menées à leur fin en quelques semaines.


Mon avis :
J'aime Simenon parce que Jules Maigret, Hercule Poirot, Jane Marple et Sherlock Holmes me divertissent et me font du bien, et je ne me refuse pas ces instants-là.
J'aime Simenon parce que, dans ses "romans durs", il tombe le masque et se révèle. Il révèle le brillant écrivain, bien sûr. Un auteur dont l'écriture et les histoires vous happent et vous prennent aux tripes est évidemment un grand écrivain. Son regard est d'une lucidité impitoyable sur ses congénères, femmes ou hommes, sur lui-même, sur nous-mêmes. Nous avons tous notre part d'ombre, d'égoïsme et de perversité. Simenon observe avec pessimisme et gravité le monde dans lequel nous vivons. Un monde sombre. Cruel.
Sans doute parce que je ne me sens pas vraiment à ma place dans ce présent, ses descriptions réalistes, et sans concession, d'une époque révolue, d'une France qui n'existe plus, provoque en moi l'étrange nostalgie d'un temps qui m'est inconnu.
Une littérature qui me donne la chair de poule et qui me fait vibrer de toutes les émotions. C'est cette littérature que j'aime !


"Simenon, c'est Balzac moins les longueurs" - Marcel Aymé

"J'adore lire Simenon, il me fait penser à Tchekhov." - William Faulkner

"Je ne trouvais plus rien d'aussi bon à lire pour meubler les heures creuses de la journée ou de la nuit jusqu'à la parution des premiers bons livres de Simenon." - Ernest Hemingway


"Maître des profondeurs, Simenon avait un style d'une grande simplicité. C'était un écrivain aussi à l'aise avec la réalité qu'avec la fiction, avec la passion qu'avec la raison. Par-dessus tout, il inspirait cette confiance que les lecteurs réservent aux romanciers qu'ils vénèrent." - John Le Carré



"Je ne pensais pas qu'il était possible d'être à la fois aussi populaire et aussi bon."
Henry Miller
                                                 

"LES ENQUÊTES DE SHERLOCK HOLMES" - Texte et énigmes : Tim Dedopulos (Hachette)


"Les énigmes de Sherlock Holmes"
Texte et énigmes : Tim Dedopulos
Conception graphique : James Pople
(Hachette)

Pour tous


Cent cinquante énigmes proposées par un "Sherlock Holmes" malin, joueur et retors à souhait. Touchant tous les domaines et tous les âges, ces énigmes sont réparties en quatre difficultés : Classique - Simple - Perfide - Diabolique. A chacun son talent !
Joliment présenté comme un livre ancien aux illustrations "XIXème siècle" ravissantes, ce recueil nous invite à développer, de manière très ludique, de nombreuses qualités : réflexion, observation, déduction, perspicacité, logique, sens de l'analyse, connaissances générales, résolution de problèmes...

Une façon très intelligente de divertir toute la famille en attendant le Père Noël !


"LE CHAPEAU DE M. BRIGGS" - Kate Colquhoun (Christian Bourgois)


"Le chapeau de M. Briggs"
Kate Colquhoun
(Christian Bourgois)

Ados / Adultes





Kate Colquhoun, historienne de formation, vit à Londres avec son mari et ses deux enfants.

L'histoire :
9 juillet 1864, à Londres. Le train de 21h45 a du retard. En gare de Hackney, à mi-parcours, le chef de train, impatient de siffler le départ, entend des cris provenant d'une voiture de Première Classe. Deux passagers viennent de découvrir avec horreur, dans leur compartiment, de nombreuses taches de sang encore frais. La lanterne du chef de train révèle également un sac de cuir noir, une canne surmontée d'un pommeau d'ivoire, et un chapeau noir. Plus tard dans la nuit, le corps de la victime sera retrouvé, gisant entre les voies. Un certain Thomas Briggs...

Mon avis :
Cet ouvrage n'est pas un roman mais le récit complet, fouillé, très documenté, du premier meurtre commis à bord d'un train anglais. C'est une autopsie extrêmement méticuleuse et méthodique d'un homicide et de ses incidences sur la société victorienne, et au-delà des frontières britanniques. Malheureusement, ce foisonnement de détails, d'informations, d'énumérations de noms (de personnages et de lieux), d'explications rigoureuses, bien que passionnant et instructif, alourdit le texte et la compréhension du sujet. Une approche plus légère et romanesque de ce fait divers sensationnel aurait ouvert la lecture à un plus large public sans pour autant nuire au souci d'exactitude et au travail remarquable de l'auteur.

A découvrir néanmoins avec beaucoup de curiosité,
comme un document de très grande qualité !


"VELVET" - Mary Hooper (Les Grandes Personnes)


"Velvet"
Mary Hooper
(Les Grandes Personnes)

Dès 12 ans


Mary Hooper, qui vit en Angleterre, écrit depuis plus de vingt ans des romans dont la toile de fond est souvent historique. Elle est, entre autres, auteur de "Waterloo Necropolis" (Sélection Prix Sorcières 2012 et Sélection Prix des Incorruptibles 2013/2013) et de "La messagère de l'au-delà".

Retrouvez "Waterloo Necropolis" dans ce blog à "Octobre 2011"

L'histoire :
Velvet est une jeune orpheline de seize ans. Son père, un être égoïste et cruel, s'est noyé un soir de beuverie il y a un an et Velvet, qui n'a rien tenté pour le sauver, se sent, depuis, terriblement coupable. Pour un salaire de misère, elle travaille très dur à la blanchisserie Ruffold, réputée pour son sérieux. Epuisée, après plusieurs évanouissements, Velvet risque d'être renvoyée. Mais la sévère Mrs Sloane a néanmoins pitié d'elle et lui confie le linge de clients fortunés. Une catastrophe sur un chemisier appartenant à Madame Natasha Savoya, la plus célèbre voyante de Londres, va changer le cours de sa vie...

Mon avis :
Comme pour chacun de ses romans, Mary Hooper se base sur des faits historiques. Elle situe celui-ci dans une période qu'elle affectionne tout particulièrement : celle de l'Angleterre victorienne et édouardienne. Ce récit, romanesque et haletant, décrit à merveille l'engouement de tout un pays, à cette époque, pour les médiums et les séances de spiritisme, y compris au sein de la famille royale et parmi les membres les plus éminents de la société britannique (comme l'écrivain Arthur Conan Doyle, par exemple). De nombreux escrocs ont profité de cet âge d'or. Mary Hooper dévoile de manière passionnante les ficelles de ces mystificateurs. Elle revient également sur un sujet qui lui tient beaucoup à coeur : à l'heure de l'idéal victorien et de la sanctification de la famille, la situation des mères célibataires, et surtout de leurs enfants qu'elles doivent confier à des nourrices sans scrupules, est atroce, et les "fermières de bébés" ont, hélas, réellement existé.

Un roman totalement envoûtant !


"CADEAU MORTEL - CINQ NOUVELLES POLICIERES" - Collectif d'auteurs (Rageot)




"Cadeau mortel - Cinq nouvelles policières"
Collectif d'auteurs
(Rageot)

Dès 12 ans



"Réveillon chez Magali" de Lorris Murail
Entre les huîtres et la bûche, une famille se déchire pour un héritage mystérieux...
Nostalgie. Tendresse. Magie de Noël. Poésie. Très beau !

"Du sang sur la neige" d'Evelyne Brisou-Pellen
Quatre amis, coincés dans un chalet de montagne en pleine tempête de neige, vont vivre leur pire Noël...
Captivant et effrayant. Juste parfait !

"L'habit rouge" de Sarah K.
Une curieuse rencontre le soir de Noël, et les souvenirs ressurgissent...
Terrifiant !

"Comment j'ai tué mon grand-père" de Catherine Missonnier
Dîner de Noël éprouvant chez un richissime et tyrannique grand-père...
Machiavélique et efficace !

"Lettres au Père Noël" de Stéphane Daniel
Qui se cache donc sous ce costume de Père Noël devant la vitrine d'un grand magasin ? Qui s'en soucie d'ailleurs ?
Un joli conte très émouvant !