samedi 29 juin 2013

PROCHAINES PRESENTATIONS : DEBUT AOÛT 2013


Vacances féeriques !
Cocktails diaboliques !
Un zeste de fantastique !

"LES DISPARUS DE SAINT-AGIL" de Pierre Véry (Folio Junior)


"Les disparus de Saint-Agil"
Pierre Véry
(Folio Junior)

Seine et Marne, France

Dès 11 ans


Pierre Véry, romancier et scénariste, est né en 1900 à Bellon (Charente). Les paysages charentais formeront les décors de "Pont-Egaré", "Goupi-Mains rouges" et "Métamorphoses". Le goût du jeune Pierre pour la fiction lui vient de sa mère qui berce son enfance de légendes locales et qui alimenteront ensuite son univers romanesque. Son père, professeur de mathématiques, finit par perdre son poste en raison de ses activités politiques. D'abord lycéen à Angoulême, Pierre Véry devient élève au pensionnat de Sainte-Marie de Meaux en 1913, année du décès de sa mère. Il y crée la "société secrète des Chiche-Capon", dont le but est de trouver les moyens de se rendre en Amérique, et qui lui inspirera, adulte, ses romans "Les disparus de Saint-Agil" et "Les Anciens de Saint-Loup". En 1915, il rejoint à Paris son père devenu marchand d'étoffes. Plusieurs petits métiers plus tard, et quelques courses cyclistes et tentatives de tour du monde avortées, il ouvre en 1924 "La Galerie du Zodiaque", une librairie d'occasion. Il commence à côtoyer le monde littéraire, rédige quelques articles pour le "Journal Littéraire" et le "Paris-Journal", et publie quelques nouvelles. Son premier roman, "Pont-Egaré", en 1929, obtient un succès d'estime et se retrouve dans les sélections des Prix Renaudot et Fémina. Mais c'est l'année suivante qu'il reçoit le tout premier Prix du Roman d'Aventures pour "Le Testament de Basil Crookes", un roman policier, et un très bel accueil du public. Véry décide alors de s'engager dans la fiction policière, ou plutôt ce qu'il va qualifier lui-même de "romans de mystères", mélange de merveilleux, de fantastique, de peur et d'aventures. Il s'éteint en 1960 des suites d'un accident cardiaque.



D'après le roman paru en 1936, "Les disparus de Saint-Agil", film français de 1938, a été réalisé par Christian-Jacque, sur des dialogues de Jacques Prévert, avec Erich Von Stroheim et Michel Simon. On peut reconnaître également , parmi les "élèves" : Mouloudji, Charles Aznavour et Serge Réggiani. On dit que Pierre Véry était très fier de cette adaptation.


L'histoire :
Sous une pluie battante, Prosper Lepicq, avocat, et son secrétaire Jugonde déterrent, quelque part dans Meaux (Seine et Marne), un bien étrange trésor : une caissette contenant un crâne, le squelette d'une main, quelques ossements jaunis, et un rouleau de parchemin protégé dans une bouteille scellée à la cire. Sur le document, vingt noms que Lepicq recopie avec soin avant de replacer le tout sous terre.
Vingt ans plus tôt, à la pension privée de Saint-Agil de Meaux, Mathieu Sorgues, dit "numéro 95", jeune élève poitevin de seize ans, quitte à pas de loup le dortoir endormi pour s'isoler dans la salle de classe de sciences naturelles, véritable cabinet de curiosités assez effrayant dans l'obscurité de la nuit. Comme d'habitude, il commence d'abord par allumer une bougie dans le crâne du squelette baptisé Martin. Puis, il s'empare d'un coffret caché sous une planche de l'estrade qui renferme, entre autres secrets, un paquet de cigarettes anglaises. Le lendemain, le numéro 95 sera le premier garçon à disparaître de l'établissement...

Mon avis :
Une délicieuses atmosphère qui rappelle "La gloire de mon père" de Marcel Pagnol, les aventures de Tintin, et l'école de Poudlard de "Harry Potter". A la lecture de cette histoire, reviennent spontanément à notre mémoire collective l'odeur des vieux pupitres en bois, le grattement de la plume sur le papier, l'angoisse de la tache d'encre, les images d'Epinal des livres d'Histoire, le nuage blanc autour du tableau noir que l'on efface, les "bons points", le goût du pain et de la barre de chocolat du "quatre-heures", le gros savon de Marseille poisseux fixé au-dessus du lavabo, le parfum mêlé de cire et de poussière des couloirs, les tabliers en grosse toile grise accrochés aux porte-manteaux... Au-delà de l'époque qu'il décrit, l'auteur touche par ses souvenirs de l'enfance qu'il a gardés intacts et qu'il nous fait partager : le goût de l'aventure, de la découverte de grands espaces, de territoires inconnus, la débrouillardise, la fascination pour la peur, les mystères et les secrets, mais surtout la force de l'amitié.

Une petite merveille à partager en famille !

"LE GRAND SOMMEIL" de Raymond Chandler (Folio policier)


"Le grand sommeil"
Raymond Chandler
(Folio policier)

Los Angeles, Californie, USA

Ados / Adultes


Raymond Chandler est né en 1888 à Chicago, dans l'Illinois. Installé en Angleterre à l'âge de huit ans, après le divorce de ses parents, avec sa mère d'origine irlandaise, il est naturalisé citoyen britannique. Il rentre aux Etats-Unis avec sa mère en 1912 et se prépare à des études de comptabilité. En 1917, il s'engage dans l'armée canadienne et combat en France. Après l'Armistice, il s'installe à Los Angeles, épouse une femme plus âgée que lui, Cissy Pascal, et exerce divers petits métiers. Son premier roman, "Le grand sommeil", rédigé en trois mois, est publié en 1939. Sa célébrité lui ouvre rapidement les portes de Hollywood. Il travaille comme scénariste pour Billy Wilder, Alfred Hitchcock et George Marshall. Lorsque Cissy meurt en 1954, Chandler commence à boire, la qualité de son écriture s'en ressent, et il tombe dans une profonde dépression dont il ne se remettra jamais. Il meurt d'une pneumonie en 1959.




Roman écrit en 1939,
porté à l'écran par Howard Hawks en 1946
avec Humphrey Bogard et Lauren Bacall,
sur un scénario de William Faulkner.
et traduit de l'américain par Boris Vian en 1948




L'histoire :
Un matin d'octobre, dans un quartier huppé de Los Angeles, le richissime général Guy Sternwood convoque chez lui le détective privé Philip Marlowe. Un certain "Arthur Gwynn Geiger, Livres rares et éditions de luxe" le fait chanter à propos des dettes de jeu de sa fille mineure Carmen. Handicapé, gravement malade, épuisé par ses filles, deux jeunes femmes irresponsables, capricieuses, rivalisant de perversité, le vieux général charge Marlowe de mettre un terme à cette affaire de chantage...

Mon avis :
Un livre très intéressant, loin d'être aussi léger que l'on imagine. Un voyage caustique dans l'Amérique des années 1930 après la prohibition, quand les gangsters cherchent d'autres "commerces" que celui de l'alcool, avec la complicité d'une haute société décadente et sous la protection d'une partie de la police en échange de quelques poignées de dollars. Courses-poursuites et filatures nous font découvrir de Los Angeles tous les endroits, des plus chics aux plus sordides, les music-halls, les cinémas, les bars, les zones industrielles, les plages... Et puis "Le grand sommeil", c'est la naissance d'un mythe avec la première apparition de Philip Marlowe, image éternelle du détective privé des romans noirs. Chapeau mou, trench-coat, whisky, cigarette vissée au coin des lèvres, macho, cynique, allergique à toute forme d'autorité, ce type a tous les défauts ! Et pourtant... Philip Marlowe, beau gosse irrésistible, possède un charme ravageur. C'est un privé diablement tenace, efficace, et incorruptible !

Un très bon moment de lecture !

vendredi 28 juin 2013

"STORYTELLER" de James Siegel (Pocket)


"Storyteller"
James Siegel
(Pocket)

Californie, USA

Ados / Adultes


James Siegel :
Quasi inconnu en Europe, l'auteur signe ici son quatrième livre. Le premier, "Dérapage", paru en 2006 aux Presses de la Cité, a été porté à l'écran par Mickael Hafstrom, avec Jennifer Aniston, Clive Owen et Vincent Cassel. Cet ancien publicitaire à succès (les campagnes des soupes Campbell) a réalisé un rêve de jeunesse en devenant romancier. Quitter son job très bien payé pour une carrière plus qu'incertaine, même avec quelques dollars de côté, ce n'est pas banal. Siegel raconte avoir décroché son premier contrat d'édition sur un simple coup de fil : Warner Books lui aurait juste posé comme condition d'avoir un agent.

L'histoire :
Tom Valle travaille pour un grand quotidien de New York. C'est un bon journaliste. Mais il a un tel besoin d'amour et de reconnaissance que, très vite, il dérape. Les bons scoops manquent, alors il les invente. Ses qualités rédactionnelles font que cela dure des mois avant qu'un de ses collègues, plus curieux que les autres, démasque la supercherie. Licencié, humilié, il s'exile en Californie, à Littleton, un trou paumé au milieu du désert. Par pure compassion, il est embauché au "Littleton Journal" où il remplace un certain John Wren, malade, parti sans laisser d'adresse. Tom Valle couvre les manifestations de la région, les marchés d'alpagas, les inaugurations de centres commerciaux, les rodéos, la vente annuelle de livres de la bibliothèque... Et il le fait bien. Mais il a le journalisme d'investigation dans les tripes. Et il semble être bien le seul à flairer l'embrouille après cet improbable accident de la route à la sortie de la ville. A s'étonner du décès soudain de cette centenaire, héroïne locale, en parfaite santé quelques jours plus tôt pour souffler ses bougies. Il y a aussi cette terrible catastrophe naturelle qui a eu lieu dans la région cinquante ans auparavant, sur laquelle il aimerait écrire un article mais dont personne ne veut parler. Le cambriolage de son logement ne fait qu'alimenter davantage ses soupçons...

Mon avis :
Dans une ambiance qui rappelle un peu les grands polars noirs des années 1950, ce thriller totalement machiavélique est construit comme une toile d'araignée autour du héros. Dans cette poussière brûlante du désert de Californie, la vérité flirte avec la folie. Ecrit comme un testament, le dernier article de sa vie, le héros joue avec ses lecteurs, les rend témoin... ou complice.

Terrifiant !

"HYPOTHERMIE" et "LA RIVIERE NOIRE" de Arnaldur Indridason (Points)


"Hypothermie"
"La rivière noire"
Arnaldur Indridason
(Points)

Islande

Ados / Adultes


Arnaldur Indridason est né en 1961 à Reykjavik (Islande) où il vit toujours. Il est diplômé en Histoire, journaliste, scénariste, et auteur de best-sellers internationaux.



L'histoire de "Hypothermie" :

Karen, chargée de communication dans une grande banque islandaise, épuisée par un travail de plus en plus déshumanisé, prend la route ce jeudi soir pour un week-end réparateur loin de tout. Son amie d'enfance, Maria, lui prête son chalet d'été, perdu au bord d'un lac, entre les fjords, les montagne, les plaines et les vallées idylliques. Ce sont les prémices de l'automne. Il fait sombre et froid. Il est déjà tard quand Karen arrive enfin au chalet. Lorsqu'elle pénètre à l'intérieur, l'espoir de calme et de repos se transforme en cauchemar : Maria s'est pendue dans la cuisine.
Le commissaire Erlendur, bien que responsable des affaires criminelles, est le seul officier disponible cette nuit-là, et il se rend donc sur place. Il se sent inutile. Le suicide de cette femme de quarante ans semble incontestable. Mais pour une raison inexplicable, Erlendur est profondément troublé...

Mon avis :
En plus du suicide incompréhensible de cette jeune femme dont Erlendur veut, de manière presque obsessionnelle, connaître les raisons, il y a ce vieil homme, ce père au seuil de la mort qui, pendant des décennies, n'a jamais cessé de rechercher son fils disparu ni de croire en son retour. Erlendur réalise soudain de l'urgence à trouver des réponses. Il réalise soudain, après tant d'années à côtoyer la mort quotidiennement, que "faire son deuil" n'est qu'un terme générique, qu'en réalité la douleur et le chagrin sont des émotions d'une intimité absolue, que l'on ne peut partager avec personne. La souffrance de la perte d'un être cher est-elle comparable lorsqu'il s'agit d'une mort naturelle, accidentelle, des suites d'un suicide ou d'une agression ? D'une personne âgée ou jeune ? D'un enfant ou d'un parent ? Nul ne peut répondre à cela ! Et que dire lors de cas de disparitions ? Face à l'ignorance, certains refuseront avec une volonté inouïe de perdre l'espoir, aussi ténu soit-il. Pour d'autres, la douleur sera telle qu'elle laissera place au désespoir, à la colère, à la culpabilité, à l'impuissance. De la mort ou de la disparition, chacun panse ses blessures à sa façon. Toutes les voies sont possibles : se jeter à corps perdu dans le travail, la psychothérapie, la foi, la philosophie, les médiums...
En ce qui le concerne, Erlendur prend conscience que plus le temps passe, plus il vieillit. Plus la société islandaise change, plus elle lui fait peur. Plus il se pose des questions sur son existence, sur les fantômes de sa famille, moins il obtient de réponses. Mais répondre à une seule question, juste une seule, devient une priorité: où est son frère ?
Lorsqu'il était enfant, son père, son frère et lui se sont perdus dans une tempête de neige. Le père est parvenu à rentrer à la maison. Erlendur aussi. Mais le petit frère n'a jamais été retrouvé. Ses parents n'ont jamais cessé les recherches. Erlendur non plus, à sa façon, par le biais de ses enquêtes, mais il s'est toujours senti coupable d'être "le survivant". Et cette affaire, précisément, va lui imposer de nombreuses interrogations personnelles nécessaires.

Indridason toujours aussi grave, profond et intelligent !
Un roman qui force à la réflexion philosophique et existentielle !
Indridason ne déçoit jamais. Du grand art !


L'histoire de "La rivière noire" :
Le commissaire Erlendur, profondément éprouvé par sa dernière enquête et hanté par les fantômes de son passé, a décidé qu'il était temps pour lui de retrouver les terres de son enfance. Sans se confier à qui que ce soit, il laisse son service aux mains de la perspicace Elinborg et de l'impulsif Sigurdur Oli. Ce jour-là, Elinborg est appelée dans un appartement qu'un quartier ancien de Reykjavik. Un homme a été découvert mort au milieu du salon, le pantalon baissé jusqu'aux chevilles, vêtu d'un t-shirt de femme maculé de sang. Plus loin, dans la poche de sa veste, un flacon de Rohypnol, la drogue du viol...

Mon avis :
Une enquête dirigée de main de maître par une femme, Elinborg, que l'on a plaisir à découvrir intimement. A l'inverse de son collègue Erlendur, elle n'a pas le temps de s'apitoyer sur son sort ni de céder à ses états d'âme. Professionnelle, compagne, mère de trois enfants, elle jongle entre son travail et sa vie de famille. Elle veille à la fois sur ses enfants adolescents et ses parents vieillissants. Chez elle, elle doit mettre de côté les monstruosités vues sur le terrain et ses doutes, oublier les victimes, les suspects, les témoins. Et pourtant, malgré tous ces impératifs, sans être non plus infaillible, Elinborg est une femme exceptionnelle, d'une grande sensibilité et d'une grande délicatesse autant dans sa vie de famille que dans son travail.
Jamais de détails sordides chez Indridason. Toujours beaucoup de pudeur. Un épisode au féminin parfaitement réussi et maîtrisé, sur un thème aussi sensible que celui du viol, de la perversité, et des conséquences indélébiles sur les victimes et leurs proches. On se laisse prendre de la première à la dernière page. On s'éloigne de Reykjavik, vers des endroits rudes et inquiétants, où se perdent des esprits sombres et blessés.

Un chez d'oeuvre de plus à l'actif de Arnaldur Indridason !


"ENFANT 44" de Tom Rob Smith (Pocket)


"Enfant 44"
Tom Rob Smith
(Pocket)

Union Soviétique

Ados / Adultes


Tom Rob Smith est né à Londres en 1979, d'une mère suédoise et d'un père anglais. Diplômé de l'université de Cambridge, il a passé un an en Italie dans un atelier d'écriture. Il a ensuite travaillé comme scénariste pendant cinq ans. Il vit à Londres. Son premier roman, "Enfant 44", à propos d'un tueur en série d'enfants sous la période stalinienne des années 1950 en URSS, paraît en 2008 et est traduit en 17 langues. L'histoire est inspirée de celle du tueur Andreï Tchikatilo ayant sévi entre 1978 et 1990 à Rostov-sur-le-Don. Le roman est un grand succès mondial, et le réalisateur et producteur britannique Ridley Scott en a acheté les droits (un film prochainement sur les écrans avec Noomi Rapace, Gary Oldman et Tom Hardy).


Contexte historique du livre en quelques dates

L'Union Soviétique (ou URSS) succède à la Russie Impériale.

25 octobre 1917
"Révolution d'octobre" - Fin du Tsar Nicolas II.

1917 - 1921 :
Guerre civile entre les Russes blancs (monarchistes) et les Russes rouges (communistes).

1921 - 1927 :
Mise en place de la nouvelle politique économique.
30 décembre 1922 : Proclamation de l'Union Soviétique.
21 janvier 1924 : Mort de Lénine - Début du conflit entre Staline et Trotsky.
11 février 1924 : Reconnaissance de l'Union Soviétique par de très nombreux pays.

1928 - 1941 - Ere Stalinienne
Elimination de Trotsky.
Economie planifiée.
Totalitarisme stalinien.

Holodomar : grande famine en Ukraine et dans le Kouban en 1932 et 1933 qui aurait fait près de six millions de victimes. Les causes en étaient la collectivisation, les réquisitions excessives de denrées alimentaires auprès des paysans, et les limitations aux déplacements imposées en pleine période de famine. Cette horreur fut médiatisée grâce au livre d'Alexandre Soljenitsyne "L'Archipel du goulag" en 1974.

1941 - 1953 - Ere Stalinienne
1941 à 1945 : Guerre contre l'Allemagne.
1947 : Début de la Guerre Froide entre le bloc de l'Est et le bloc de l'Ouest.
25 mars 1953 : Mort de Staline.

1953 - 1964 - Ere de Nikita Khrouchtchev
Khrouchtchev dénonce les crimes de Staline.
Réformes économiques.
Conquête spatiale.
Octobre 1962 : grave crise diplomatique et militaire avec les Etats-Unis à propos de missiles que l'URSS souhaite installer à Cuba.

A lire :
- "T'étais qui, toi ?... Staline" d'Irène Cohen-Janca et Guillaume Long (Actes Sud Junior)
- "Kolyma" (URSS, 1956) et "Agent 6" (URSS et Etats-Unis, 1950 - 1960) de Tom Rob Smith (Belfond)


"Depuis plusieurs décennies, les gens n'agissaient plus selon leur conception du bien et du mal, mais en fonction de ce qui pouvait plaire ou non à Staline. Leur vie ou leur mort dépendait de ses annotations sur une liste : un trait devant leur nom les sauvait, l'absence de trait les condamnait. Voilà à quoi se résumait le système judiciaire [...]. Les fonctionnaires négligeaient depuis si longtemps leur sens moral que la boussole s'affolait : le nord était au sud, l'est à l'ouest. Quant à distinguer le bien du mal, ils en étaient incapables. Ils avaient oublié comment prendre une décision. Dans une période comme celle-là, le plus sûr était d'en faire le moins possible."


L'histoire :
En 1933, l'Ukraine subit l'une des plus cruelles famines de l'Histoire. Deux frères de dix et huit ans, trop affamés, désobéissent à leur mère. Ils quittent la maison, bravent le froid hivernal et l'insécurité de la tombée de la nuit pour s'enfoncer dans la forêt à la poursuite d'un chat, un vrai miracle quand la population du village en est à ronger les écorces pour avoir l'illusion de se nourrir. Hélas, Pavel, le frère aîné, ne reviendra pas...
Un soir de février 1953, à Moscou, le corps sans vie d'Arkady, un petit garçon de cinq ans, est découvert sur la voie ferrée, fauché sans doute par un train. Leo Stepanovitch Demidov, agent du MGB (police secrète, ancêtre du KGB), est envoyé immédiatement sur les lieux afin de faire taire au plus vite les rumeurs de meurtre émanant de la famille et qui, si elles prenaient de l'ampleur, déstabiliseraient la communauté. Dans la nouvelle société soviétique, officiellement, la délinquance n'existe plus. Les meurtres, viols et vols appartiennent à la société capitaliste. La tâche est d'autant plus difficile pour Leo que le père de la petite victime est membre, lui-aussi, du MGB, et que, pour leur carrière à tous les deux, il doit impérativement le raisonner et le convaincre qu'Arkady a malheureusement succombé à un tragique accident...

Mon avis :
Une autopsie impitoyable et éprouvante de la machine judiciaire stalinienne infernale construite sur la terreur et la cruauté. On assiste à la brutale désillusion d'un homme, sa perte de foi et de confiance en son pays et en ses gouvernants, lui qui avait une telle admiration et une telle fierté. Dégradé, il va quitter Moscou et on va découvrir avec lui des paysages d'une beauté irréelle et indomptable, où la vie est un combat quotidien contre les forces de la Nature.

Un thriller intense, redoutable et nécessaire !


"LE CAMP DES MORTS" de Craig Johnson (Gallmeister)


"Le Camp des Morts"
Craig Johnson
(Gallmeister)

Wyoming, USA

Ados / Adultes


Craig Johnson est né en 1961 dans une petite ville du Midwest. Après ses études, il est devenu pêcheur professionnel, charpentier, camionneur, cow-boy... et a même fait quelques incursions dans le monde du rodéo. Il a également enseigné à l'université et fait un temps partie de la police de New York avant de se consacrer pleinement à l'écriture. "Little Bird", premier volet de la saga mettant en scène le shérif Walt Longmire, a reçu en France le Prix du roman noir 2010 du Nouvel Observateur. "Le Camp des Morts" a reçu le Prix 813. Craig Johnson vit aujourd'hui dans un ranch au pied des Big Horn Mountains, dans le Wyoming.

L'histoire :
C'est l'hiver dans les Hautes Plaines du Wyoming. On vient de fêter Thanksgiving et la neige tombe à gros flocons sur le comté (imaginaire) d'Absaroka. Il y a un mois, le shérif Walter Longmire a perdu un être cher et la blessure est encore très vive. Ce qui le tient debout, c'est : son poste de shérif ; l'humour vache qu'il pratique avec son adjointe Victoria et sa réceptionniste Ruby ; les soirées-échecs, longues mais rituelles, au Foyer des Personnes dépendantes en compagnie de son mentor, Lucian, shérif à la retraite ; la fidélité de son ami d'enfance, l'Amérindien Henry Standing Bear (Ours Debout) ; revoir bientôt sa fille pour Noël ; et la présence rassurante du chien sans nom, que tout le poste de police a adopté et qui suit Walt partout.
Ce soir-là, c'est "Echecs". Mais lorsque Walt arrive au Foyer, un drame vient de se produire : le décès d'une pensionnaire, Mari Baroja. En état de choc, Lucian est convaincu qu'il ne s'agit pas d'une mort naturelle mais d'un meurtre. Pourquoi en est-il si sûr ? Parce que, avoue-t-il au shérif Longmire médusé, Mari Baroja était son épouse. Personne ne le savait...

Mon avis :
Bien plus qu'une enquête, cette histoire est celle d'une communauté aux origines multiples (anglaise, cheyenne, crow, basque française...), d'une belle aventure humaine unissant des êtres au service de la justice et pour qui les mots "solidarité" et "amitié" ont un véritable sens. Force de ce récit, tous les personnages principaux, loin d'être des anges, sont extrêmement sympathiques et touchants de sincérité. Le chien, énorme boule de tendresse, devient vite un indispensable !
Quant à l'écriture, elle résonne d'une singulière poésie sublimée par un décor et des paysages naturels du Wyoming à couper le souffle sur lesquels veillent les esprits indiens.

Immense terre !
Immense auteur aux allures de cow-boy qui va vite devenir un classique !


N.B. : S'il n'est pas indispensable d'avoir lu le précédent opus pour comprendre celui-ci, la qualité du "Camps des Morts" donne une furieuse envie de découvrir le premier roman "Little Bird", et tous ceux qui ont suivi : "L'indien blanc", "Enfants de poussières" et "Dark Horse" !


"SCIENCE ET VIE" - Hors Série n°263 - Juin 2013 - "10 Crimes Historiques élucidés par la science"





Vous aimez la série TV "Les Experts" ?
Vous adorerez ce hors-série de "Science et Vie" !

Passionnants dossiers !






jeudi 16 mai 2013

PROCHAINES PRESENTATIONS : FIN JUIN 2013





Prochaines présentations : fin Juin 2013

"Le Polar Géographique"





"BEIGNETS DE TOMATES VERTES" de Fannie Flagg (J'ai lu)



"Beignets de tomates vertes"
Fannie Flagg
(J'ai lu)

Ados / Adultes


Fannie Flagg est née en 1944 à Birmingham, en Alabama, aux Etats-Unis. Productrice et comédienne, elle a débuté sa carrière d'écrivain de façon brillante puisque, dès sa parution en 1987, "Beignets de tomates vertes", adapté ensuite au cinéma par Jon Avnet en 1991 (avec Kathy Bates, Mary Stuart Masterson et Jessica Tandy), a séduit des millions de femmes dans le monde entier.

L'histoire :

"Ma mère et ma tante Idgie tenaient un café. C'était rien qu'une baraque en rondins, mais je peux vous assurer qu'on a toujours mangé à notre faim et avec nous tous ceux, Blancs comme Noirs, qui venaient frapper à notre porte."

1985. A Birmingham, au sud des Etats-Unis, au coeur de l'Alabama, Evelyn Couch, femme au foyer, la cinquantaine rondelette, une existence fade et ennuyeuse, accompagne son mari, Ed, à la Maison de retraite de Rose Terrace où il vient rendre visite à sa mère. Ce dimanche-là, avant de rejoindre son mari auprès de sa belle-mère, Evelyn s'attarde au salon des visiteurs pour quelques instants de paix et déguster en toute tranquillité une barre chocolatée. Mais une vieille dame assise à côté d'elle s'empresse d'engager la conversation. Agacée, Evelyn n'écoute que d'une oreille. Pourtant, le dimanche suivant, et tous les autres à venir, elle n'aura qu'une hâte : retrouver le sourire et la bonne humeur de Ninny Threadgoode, quatre-vingt-six printemps, et entendre la suite des aventures de la petite ville de Whistle Stop. Ses étonnants habitants. Son restaurant atypique, le Whistle Stop Café, qui vivait de la gare de triage et qui servait les meilleurs beignets de tomates vertes du sud. Et surtout, un personnage unique, l'intrépide garçon manqué Idgie Threadgoode...

Mon avis :
Ce roman captivant nous plonge au fin fond des Etats-Unis des années 1920 à 1960 : la crise de 1929, le jazz, le Ku Klux Klan, la Seconde Guerre Mondiale, la colère des Noirs qui gronde, la stupéfaction des Blancs qui croyaient que "leurs gens de couleur étaient heureux", le dépeuplement de certaines zones rurales... Au coeur de l'Histoire, la vie quotidienne d'une petite communauté (Noirs, Blancs, riches, pauvres, vagabonds...). Une communauté plutôt unie et humaine malgré ses différences, qui évolue, avec ses joies, ses douleurs et ses secrets partagés, autour d'un café peu ordinaire.
Parallèlement, nous assistons à la naissance, en 1985, d'une touchante amitié entre deux femmes : l'une au soir d'une vie savoureuse, et l'autre qui a perdu le sens de la sienne et ne trouve de refuge que dans les douceurs comestibles.
L'ensemble est baigné des parfums puissants des fritures et épices des plats traditionnels et consistants du sud des Etats-Unis, dont on trouve, d'ailleurs, en bonus, les recettes à la fin de l'ouvrage, et notamment celle des fameux beignets de tomates vertes.
Des personnages attachants et généreux. Un récit tendre et émouvant, plein d'humour et de nostalgie. La fin nous met les larmes aux yeux.

Bouleversant ! Merveilleux !



"LA COLERE DES AUBERGINES" de Bulbul Sharma (Picquier Poche)


"La colère des aubergines"
Bulbul Sharma
(Picquier Poche)

Ados / Adultes


Bulbul Sharma est née en 1952. Elle est peintre, écrivain et professeur d'arts plastiques auprès d'enfants handicapés. Elle habite Delhi. Elle a publié trois recueils de nouvelles : "La femme parfaite", "Mes tantes canonisées" et "La colère des aubergines". Elle est l'auteur et l'illustratrice de plusieurs livres pour enfants sur les oiseaux et les arbres. En 2007, une grande exposition de ses oeuvres a eu lieu à Londres.


"Dida le dit avec des choux-fleurs" :
Ou la naissance de ce livre...

"De l'or en jarres" :
Ou le trésor bien protégé de Buaji...

"Un goût pour l'abnégation" :
Ou le destin d'une parente pauvre...

"En sandwich !" :
Ou deux femmes en compétition culinaire...

"Concours d'agapes" :
Ou les préparatifs épiques d'un mariage...

"La colère des aubergines" :
Ou les raisons obscures d'un divorce...

"L'épreuve du train" :
Ou lorsqu'un homme découvre le quotidien des femmes...

"Folie de champignons" :
Ou l'impossible amour...

"Les affres sans fin de la faim" :
Ou le tourment des traditions...

"Le poisson-lune" :
Ou les surprises d'un pique-nique...

"Qui meurt dîne" :
Ou le bonheur d'une femme...

"Festin pour un homme mort" :
Ou les fantômes de la vie...

"Son pesant de sucre" :
Ou la colère d'un régime...


Mon avis :
Des textes et des récits gourmands, généreusement illustrés de recettes alléchantes et parfumées, qui relatent un épisode, une anecdote, un instant dans la vie de femmes indiennes. D'une plume légère et savoureuse, et avec une neutralité touchante, l'auteur nous offre un délicieux voyage à fleur de papilles dans un pays où chaque repas est une cérémonie dirigée par les femmes et où la nourriture accompagne chaque joie ou épreuve d'une existence.

Un joli ouvrage pour soi,
mais aussi une belle idée pour la Fête des Mères !


"CHOC EN RETOUR" d'Hubert Monteilhet (Editions de Fallois)



"Choc en Retour"
Hubert Monteilhet
(Editions de Fallois)

Ados / Adultes

Prix Arsène Lupin du meilleur roman policier 2009


Hubert Monteilhet est un écrivain français né en 1928 à Paris. Ancien élève des Jésuites, après des études supérieures à la Sorbonne, il est professeur d'Histoire au Lycée Carnot à Tunis pendant dix ans. Il se fait connaître comme auteur de romans policiers avec, en autres, "Les mantes religieuses", Grand Prix de la Littérature Policière, avant de se lancer dans le roman historique. Il revient au roman policier avec "Choc en retour" qui reçoit le Prix Arsène Lupin du meilleur roman policier en 2009. Il fut également longtemps chroniqueur gastronomique du journal Sud Ouest Dimanche.

L'histoire :
En juin 1944, Urbain Desgenettes, chef de l'étoilé Michelin "Mas des Sources", à Vaison la Romaine, est arrêté par erreur par la Gestapo. Il est envoyé à Auschwitz, puis il tombe aux mains des Russes et se retrouve à Novosibirsk, en Sibérie. Il doit sa survie à sa réputation et à ses talents de cuisinier. Grâce à l'intervention de l'Ambassade de France, il est enfin libéré en 1948. Mais un pressentiment l'empêche de se réjouir pleinement de son retour auprès de sa famille et de son restaurant. Il avait raison. Son cousin a pris sa place en cuisine, mais aussi dans le lit de sa femme, et le couple a deux enfants. Le pire reste à venir. Le lendemain, le Commissaire Fontanège apprend à Desgenettes que, sans le moindre de doute, il a été dénoncé à la police allemande. Qui se cache derrière cette lettre anonyme ? Urbain compte bien le découvrir...

Mon avis :
Une histoire étonnante, truffée d'humour et totalement rocambolesque, digne de Maurice Leblanc ou Gaston Leroux. Les noms choisis pour les personnages donnent le ton : Urbain Desgenettes, le Commissaire Fontanège, le chanoine Batifolle, le plombier Claparède, le général Leblanc des Couettes... Un regard caustique et avisé du monde de la restauration. Des menus gastronomiques à vous faire saliver. Mais pas le temps de déguster ! L'aventure, rondement menée au rythme d'une brigade bien entraînée, nous conduit de la Sibérie à Vaison la Romaine, et du Rwanda à Rio de Janeiro en passant par Venise. On termine le repas repu et hilare !


jeudi 28 mars 2013

PROCHAINES PRESENTATIONS : MI-MAI 2013





Les Gourmandises
Des mots et merveilles


REALISME ET NATURALISME


Le Réalisme et le Naturalisme sont deux mouvements littéraires importants dans la littérature française. Ils reflètent tous deux les préoccupations sociales et politiques de l'époque.


Le Réalisme
Le mouvement réaliste se développe à partir de 1848, bien avant le mouvement naturaliste. Mais le terme apparaît en 1857 sous la plume de Champfleury, amant d'Eve Hanska, veuve de Balzac, pour désigner une école littéraire. Ce mouvement puise ses thèmes directement dans le monde contemporain, social et historique. Il s'intéresse désormais à des groupes sociaux, à des situations qui n'étaient pas jusqu'ici considérées comme artistiques, à ce que nos sens perçoivent. Il décrète que tout événement, objet, être, chose ou action est digne d'être un sujet littéraire et qu'il doit être rendu de manière véridique. C'est ainsi qu'émergent les ouvriers, les artisans, ou encore les prostituées, dans le roman. Les thèmes abordés concernent principalement l'influence du milieu sur les individus, la vie urbaine ou provinciale, et les misères et ascensions sociales. Les principes de ce mouvement reposent sur la reproduction la plus parfaite possible de la réalité, et cela implique souvent la documentation sur le terrain et le souci du détail. De plus, le romancier applique les méthodes des sciences expérimentales et la philosophie positiviste. C'est en cela que le Réalisme ouvre la voie au Naturalisme qui prolonge encore plus les méthodes scientifiques.

"La mission de l'art n'est pas de copier la nature, mais de l'exprimer [...]. Nous avons à saisir l'esprit, l'âme, la physionomie des choses et des êtres."
Le Réalisme selon Honoré de Balzac


Le Naturalisme
Le mouvement naturaliste est né de l'influence de la médecine et des sciences expérimentales concernant, entre autres, la psychologie. Le Naturalisme peut être comparé au Réalisme, mais le Naturalisme renforce ou développe certains caractères du Réalisme. Le romancier invente une situation. Il place le personnage chargé d'une lourde hérédité dans un milieu défini (ouvrier, mondain, etc...). Il se propose ensuite d'observer la situation et d'expliquer le comportement de son personnage avec une objectivité scientifique. Chaque roman naturaliste est donc une expérimentation nouvelle. Le Naturalisme étudie l'hérédité et le milieu, le monde du travail, paysans, urbains, et les tares physiques et psychiques. De plus, on note une place importante du monde ouvrier dans le Naturalisme, avec le thème du machinisme et la révolution industrielle.


Les différences entre le Réalisme et le Naturalisme résident donc dans le choix de leurs thèmes et des principes qui les composent.


"Peignez la vie toute nue, la vie banale telle qu'elle est ; analysez-la avec conscience, et vous verrez le public intelligent se pencher sur votre oeuvre [...]. Il nous faut des oeuvres de vérité en cet âge de science."
Le Naturalisme selon Emile Zola


"LA TERRE" d'Emile Zola (Folio Classique)


Emile Zola et les Rougon-Macquart

Emile Zola est un écrivain français, fondateur du Naturalisme en littérature, dont l'oeuvre principale, "Les Rougon-Macquart", est une vaste fresque en vingt volumes qui raconte l'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire (1852 - 1870). Vouant une véritable passion à Honoré de Balzac, Emile Zola s'inspire de "La Comédie Humaine" pour construire la fresque romanesque qui restera l'oeuvre d'une bonne partie de sa vie. Dès les premières lignes, Emile Zola a une idée très précise de ce qu'il veut faire et de ce qui ne devait contenir que dix volumes. A raison de trois à cinq pages quotidiennes, il va confronter deux familles qui apportent chacune leurs caractères, leurs secrets, leurs hérédités.
Il y a d'abord les Rougon, des commerçants pour la plupart, naviguant dans le monde de la petite bourgeoisie. Puis les Macquart, plus proches de la terre, mais aussi volontiers voleurs et alcooliques. Ces branches vont fusionner et donner naissance à divers protagonistes qu'Emile Zola met dans toutes les situations possibles, dans des univers très différents. Afin d'étudier l'influence du milieu occupé sur chaque personnage et sur son destin, Zola soulève un à un divers pans de la société du Second Empire et du XIXème siècle en général : l'église, le commerce, l'armée, la politique, le monde ouvrier et l'organisation du travail. C'est avec "L'Assommoir", en 1877, qu'il recueille ses premiers lauriers mais aussi ses premières haines. On lui reproche de décrire le monde ouvrier sous un jour beaucoup trop cru. Néanmoins, ce septième roman lui amène gloire et fortune. L'écrivain naturaliste poursuit inlassablement son oeuvre et s'attire de nouveau les foudres des critiques avec le neuvième tome, "Nana", qui parait en 1880. Cette fois-ci, le regard de Zola se porte sur les mondains et surtout leurs vies dissolues incarnées par une jeune fille, Anna, dont l'occupation première, la prostitution de luxe, lui permettra de connaître toute la haute bourgeoisie du Paris du Second Empire. Emile Zola sort encore deux chefs d'oeuvre de cette saga, le grand classique et très documenté "Germinal" en 1885 et "La Bête Humaine" en 1890, véritable thriller avant l'heure. Il clôt cette série romanesque avec "Le Docteur Pascal" en 1893, dans un calme presque relatif. 

"Le naturalisme, dans les lettres, c'est également le retour à la nature et à l'homme, l'observation directe, l'anatomie exacte, l'acceptation et la peinture de ce qui est."
Emile Zola (1840 - 1902)


Les Rougon-Macquart - Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire

La Fortune des Rougon (1871)
La Curée (1871)
Le Ventre de Paris (1873)
La conquête de Plassans (1874)
La faute de l'Abbé Mouret (1875)
Son Excellence Eugène Rougon (1876)
L'Assommoir (1877)
Une page d'amour (1878)
Nana (1880)
Pot-Bouille (1882)
Au Bonheur des Dames (1883)
La joie de vivre (1884)
Germinal (1885)
L'Oeuvre (1886)
La Terre (1887)
Le Rêve (1888)
La Bête Humaine (1890)
L'Argent (1891)
La Débâcle (1892)
Le Docteur Pascal (1893)

"J'ai voulu montrer les ressorts cachés, les fils qui font mouvoir le pantin humain [...], le coeur et le cerveau mis à nu."
Emile Zola



Emile Zola en quelques dates

Gervaise, Nana ou Octave Mouret sont devenus sous sa plume des personnages inoubliables et des témoins des bouleversements du Second Empire. L'écrivain naturaliste est surtout un des symboles du courage et de l'engagement républicain avec son "J'accuse...!".

Portrait d'Emile Zola par Edouard Manet
2 avril 1840 : Naissance à Paris. Fils d'un immigré italien, Francesco Zola. Ami de collège de Paul Cézanne et de Jean-Baptiste Baille, tous trois admirateurs de Victor Hugo. A Paris, Zola échoue au baccalauréat, puis une seconde fois à Marseille à cause d'une sale note... en français. Il parlera si bien de la pauvreté car il l'a vécue.
1862 : Zola est naturalisé Français et évite, par tirage au sort, le service militaire. Employé de bureau chez Louis Hachette, il lit Hippolyte Taine, Emile Littré, Claude Bernard. Il défend Manet et les peintres paysagistes contre les maîtres de la peinture académique.
1869 - 1893 : Publication, d'abord en feuilleton dans divers journaux, puis en volumes, des "Rougon-Macquart". Novateur, Zola fait entrer le vocabulaire et la syntaxe populaires en littérature. On y entend la voix du peuple.
1891 : Président de la Société des gens de lettres.
1898 : Publication du "J'accuse...!".
1898 - 1899 : Il doit renoncer à l'Académie française et s'exiler à Londres.
29 septembre 1902 : Mort à Paris par asphyxie. Officiellement un accident. Plus tard, un couvreur du nom d'Henri Buronfosse, membre d'une ligue nationaliste, déclara avoir volontairement obstrué la cheminée de la maison de Zola.

Dans son oeuvre, Zola a voulu appliquer la rigueur scientifique à la description des faits humains et sociaux, accordant une importance capitale aux déterminations héréditaires des passions humaines. Il a fait un travail de documentation très méticuleux et scrupuleux reposant sur la recherche de coupures de presse (noces, rixes villageoises, accidents et meurtres) ; sur la lecture d'ouvrages tels que "Pensées" de l'Abbé Joseph Roux, et "Histoire des paysans" d'Eugène Bonnemère ; sur ses déplacements sur les lieux qu'il compte décrire ; sur de nombreux témoignages ; sur son expérience vécue. Attiré par les théories socialistes, puis évoluant vers une vision messianique* de l'avenir humain ("Les Quatre Evangiles", 1899 - 1903), il prit parti en faveur de Dreyfus ("J'accuse...!", 1898). Il a laissé aussi des ouvrages de critique d'art ("Edouard Manet", 1867) et de critique littéraire ("Le Roman expérimental", 1880).

Messianisme* : Croyance en l'avènement d'un monde idéal sur terre.


De l'affaire Dreyfus, Zola dit :
"Je n'ai pas voulu que mon pays restât dans le mensonge et l'injustice. On peut me frapper ici. Un jour, la France me remerciera d'avoir aidé à sauver son honneur."


"La Terre" (Folio Classique)

L'action de "La Terre" se situe entre 1860 et 1870. Après la condition ouvrière, ecclésiastique, bourgeoise, artistique, et même volage, de la vie française sous le Second Empire, Zola s'intéresse à la condition paysanne en publiant "La Terre" en 1887, roman violent et crû pour lequel l'auteur sera montré du doigt par les critiques et certains écrivains contemporains ("Le Manifeste des Cinq", cinq écrivains autour d'Edmond de Goncourt et d'Alphonse Daudet). On conseille même à Zola de consulter un spécialiste, le Professeur Charcot, pour soigner ses pulsions morbides.

Contexte historique :
Après le coup d'Etat de Louis Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851, c'est la fin de la Seconde République. Un an plus tard, Louis Napoléon Bonaparte prend le nom de Napoléon III et se fait proclamer empereur des Français. La France connaît alors une période de développement économique. Les chemins de fer s'étendent. De grands travaux sont effectués, comme l'aménagement de Paris par le préfet Haussman. D'abord très autoritaire, Napoléon III devient ensuite plus libéral. En 1864, il accorde aux ouvriers le droit de grève.

L'histoire :
La vie au quotidien, année après année, saison après saison, de la fratrie Fouan (Michel, Louis, Marianne et Laure), de leurs descendants, de tout un village rural. Mais aussi, et surtout, c'est l'histoire de la Terre. Personnage central. Vivante et tant convoitée. Témoin ou complice de toutes les turpitudes, passions et pulsions humaines. A la fois récompense et punition de toute une population. Tout autant féconde, nourricière, source de tous les bonheurs ; qu'exigeante, capricieuse, destructrice, cruelle. Pour la posséder, certains sont capables des pires bassesses, même de tuer. D'autres, pour la servir, vont jusqu'au bout de leurs forces, jusqu'à leur dernier souffle. Quoi qu'il en soit, la Terre, toujours victorieuse, sera la dernière compagne de chacun des personnages...

Mon avis :
Véritable condensé d'humour, de violence, d'émotions, de drames, cet admirable chef-d'oeuvre féroce, cru, politique, est dédié à la Terre et au dur labeur des paysans.

Zola, un Maître, un modèle, un pur élixir, et une furieuse envie de relire toute son oeuvre !



"CLAUDE GUEUX" de Victor Hugo (Le Livre de Poche)


Victor Hugo en quelques dates

(Dans le cas de Victor Hugo, on ne peut faire l'impasse sur quelques rappels historiques pour mieux comprendre son oeuvre.)

Cent cinquante ans après la parution des "Misérables", il est toujours d'actualité. Ecrivain illustre quoique controversé, Victor Hugo, par l'ampleur de son oeuvre et de ses engagements politiques, a gardé une place d'honneur au panthéon des lettres françaises.

26 février 1802 : Naissance de Victor Hugo à Besançon (Doubs). Elevé à Paris, loin de son père, Léopold Hugo, officier dans l'armée napoléonienne.
1804 : Napoléon est sacré empereur.
1807 - 1808 : Voyages en Italie, puis en Espagne, pour rendre visite à son père.
1811 - 1812 : Campagne de Russie.
6 avril 1814 : Adieux de Fontainebleau - Les Cent Jours
18 juin 1815 : Waterloo
1814 - 1815 : Premiers essais littéraires, d'inspiration royaliste.
1822 : Publication des premières odes et mariage avec Adèle Foucher, son amie d'enfance.
1823 - 1826 : Premiers romans : "Han d'Islande", "Bug Jargal".
1827 : "Cromwell". La préface de cette pièce constitue le manifeste du romantisme.
1829 : "Les Orientales", "Le Dernier Jour d'un condamné".
1830 : Révolution de Juillet - Louis-Philippe
1830 : Début de la bataille d'"Hernani", la pièce qui oppose les partisans du romantisme - dont Hugo a pris la tête - et les tenants du classicisme.
1831 : Publication de "Notre-Dame de Paris".
Mars-juin 1832 : Procès puis exécution de Claude Gueux.
1832 : Préface au "Dernier Jour d'un condamné".
1833 : Rencontre la comédienne Juliette Drouet. Leur histoire d'amour durera cinquante ans.
1834 : Parution de "Claude Gueux".
1838 : Parution de "Ruy Blas"
1841 : Elu à l'Académie française après plusieurs candidatures malheureuses.
1843 : Mort de sa fille Léopoldine.
1845 : Hugo devient pair de France.
1848 : Révolution de 1848 - Seconde République
1848 : Maire du VIIème arrondissement, puis député de Paris à l'Assemblée constituante.
1849 : Député à l'Assemblée législative. Se rapproche de plus en plus de la gauche républicaine.
2 décembre 1851 : Coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. Un an plus tard, il se fait couronner empereur sous le nom de Napoléon III.
1851 : Opposant au nouveau régime, Hugo quitte Paris pour Bruxelles, puis Jersey.
1852 - 1853 : Publications contre Napoléon III : "Napoléon le Petit", "Les Châtiments".
1853 : Expulsé de Jersey, s'installe à Guernesey.


Sans Guernesey, point de Hugo. Le charme tourmenté de l'île anglo-normande inspire tellement l'exilé qu'il l'amène à produire, en moins de quinze ans, une oeuvre colossale. Pour mieux épouser l'endroit, il y bâtit une demeure à sa mesure : excessive et remplie de mystères.



1856 : Parution des "Contemplations".
1857 : Procès de "Madame Bovary" (paru en 1856) - Condamnation des "Fleurs du mal" pour outrage aux moeurs.
1862 : Parution des "Misérables".
1864 : Parution de "William Shakespeare".
1866 : Parution des "Travailleurs de la mer".
1869 : Parution de "L'Homme qui rit".
1870 : Guerre contre la Prusse - 1er septembre : défaite de Sedan et destitution de Napoléon III - Troisième République
14 juillet 1870 : Hugo plante un chêne des Etats-Unis d'Europe dans sa maison de Guernesey. Le 5 septembre, il regagne Paris.
Mars-mai 1871 : Commune de Paris - L'insurrection est écrasée.
1871 : Représentant de Paris à l'Assemblée nationale réunie à Bordeaux. Opposé à  la majorité conservatrice, il démissionne. Pendant la Commune, réside à Bruxelles. Sans approuver les insurgés, plaide pour la clémence à leur égard.
1874 : Publication des "Quatre-vingt-treize".
1875 : Sénateur de la Seine.
1883 : Achève la publication de "La Légende des siècles" (amorcée en 1859).
22 mai 1885 : Mort de Victor Hugo. Funérailles nationales. A Paris, deux millions de personnes assistent au transfert de sa dépouille de l'Arc de Triomphe au Panthéon.




L'abolition de la peine de mort

Sous l'Ancien Régime, la prison ne constitue pas une peine à part entière. Il n'y a pas d'intermédiaire entre les peines légères (amendes, par exemple) et les supplices physiques. La peine capitale est prévue dans un grand nombre de cas, et elle n'est pas contestée.

Pendant la Révolution française, l'idée de l'abolition de la peine de mort a souvent été agitée, mais sans résultat. On n'a rarement autant décapité que sous la Révolution. Seul apport de taille : la guillotine. Cette machine a été conçue comme un progrès : elle donnait une mort instantanée et sans douleur, à la différence des supplices des époques antérieures.

Au cours du XIXème siècle, le débat se poursuit avec vivacité. Il conduit partout à une raréfaction des exécutions capitales. Dans certains pays, l'abolition officielle vient parfois confirmer une disparition de fait : Italie (1847, rétablie en 1852, supprimée en 1860) ; Grèce (1862) ; Roumanie (1864) ; Portugal (1866) ; Pays-Bas (1870) ; Suisse (1874, mais certains cantons avaient anticipé) ; Norvège (1905) ; Autriche (1919). Il faudrait également citer certains Etats des Etats-Unis, et beaucoup de pays d'Amérique du Sud.

La première moitié du XXème siècle a connu une tendance générale au rétablissement de la peine de mort.

Depuis la Seconde Guerre Mondiale, la peine de mort tend à disparaître d'Europe. Elle a notamment été abolie en Allemagne (1949) ; en Angleterre (1970) et en France (1981). Aux Etats-Unis, la situation varie selon les Etats. Dans d'autres pays du monde (Iran, certains pays d'Asie...), la peine de mort est toujours en vigueur.


"Claude Gueux" (Le Livre de Poche)

Paru en 1834, inspiré par un fait divers remontant à 1831, "Claude Gueux" est un récit aussi bref qu'engagé : à la fois un tableau de la misère et une magnifique leçon de civisme où Hugo dénonce les injustices sociales de son époque, dans le sillage du "Dernier Jour d'un condamné". "Nous avons cru devoir raconter en détail l'histoire de Claude Gueux parce que, selon nous, tous les paragraphes de cette histoire pourraient servir de têtes de chapitre au livre où serait résolu le grand problème du peuple du XIXème siècle" écrit Hugo à la fin de son récit, après avoir retracé le calvaire de Claude Gueux, un ouvrier au coeur noble contraint de voler pour que sa compagne et son enfant ne meurent pas de faim. Condamné à cinq ans de prison, il purgera sa peine à la centrale de Clairvaux, où il deviendra le souffre-douleur du directeur des ateliers, "un de ces hommes qui ne résonnent au choc d'aucune idée, au contact d'aucun sentiment, qui ont des haines mornes et des emportements sans émotion". Ce tortionnaire qui s'identifie à Napoléon, Claude Gueux finira par le tuer à coups de hache avant de tenter de se suicider avec des ciseaux de couturière et d'être envoyé à l'échafaud. "La morale de cette histoire, explique Hugo, c'est que le peuple souffre et que cette détresse le pousse au crime." Modèle de pédagogie, "Claude Gueux" est aussi un vibrant réquisitoire contre la peine de mort, un des livres les plus fraternels de l'auteur des "Misérables".

Gueux : Celui qui fait métier de demander la charité, utilisant au besoin la ruse.


Mon avis :
Ce récit, de l'aveu même de l'auteur, ne raconte pas l'histoire exactement telle qu'elle s'est passée. Construit comme une fable, espérant atteindre toutes les consciences, Hugo donne à ce plaidoyer contre la peine de mort toute sa force, toute sa passion, toute sa révolte. En parfait orateur, Hugo fait de Claude Gueux le représentant du peuple dans la misère, convaincu qu'avec une meilleure éducation et des peines plus justes et plus humaines, nombreux crimes et délits seraient évités.

Ce court texte d'une grande puissance se lit d'une seule traite, avec passion et effroi.
Un indispensable !


"Messieurs, il se coupe trop de têtes par an en France. Puisque vous êtes en train de faire des économies, faites-en là-dessus. Puisque vous êtes en verve de suppressions, supprimez le bourreau. Avec la solde de vos quatre-vingts bourreaux, vous paierez six cents maîtres d'école."
Victor Hugo
"Claude Gueux"


mercredi 27 mars 2013

"JANE EYRE" de Charlotte Brontë (Le Livre de Poche Classique)


"Charlotte Brontë a voulu relever le défi de créer une héroïne pas jolie et de la rendre intéressante. Elle a réussi. Malgré l'inégalité de leurs conditions sociales, Jane et Rochester sont égaux par l'esprit. L'amour naît entre eux par la parole. Rochester parle ; Jane écoute; il essaie de libérer l'oiseau de son rire enfermé derrière les barreaux d'une cage morale formée par son enfance misérable. Mais ses souffrances ont aussi donné à Jane un fondement inébranlable d'identité. C'est de sa force intérieure, de sa nature droite que l'ironique Rochester tombe amoureux. Ce roman raconte une grande histoire d'amour, où la tendresse l'emporte sur l'impossible, se devine dans le silence, l'ironie et l'absence. C'est l'histoire très romantique de deux âmes qui se devinent, se cherchent, se reconnaissent, se perdent et se retrouvent.
Catherine Cusset
Auteur de "Un brillant avenir" (Gallimard)


"Jane Eyre"

"Jane Eyre" est une évocation puissante et délicieuse de l'Angleterre victorienne à ses débuts. Brontë y dénonce les conditions scandaleuses dans lesquelles les pauvres subissent la loi des riches. Toutefois, une pudeur chrétienne - rappelons qu'elle est fille de pasteur - l'empêche d'aller trop loin dans ses critiques. Féministe avant l'heure, son regard social et psychologique sur les rapports des couples  lui ont valu, en son temps, les foudres de quelques chroniqueurs victoriens, mais l'admiration, plus tard, de femmes comme Virginia Woolf. Une féminité limitée par les interdits religieux et un remarquable manque d'intérêts pour la procréation, l'attitude de Charlotte Brontë envers les enfants est assez déconcertante. Certains ne manqueront pas d'y voir un funeste présage lorsque l'on connaît les circonstances de sa mort. Proche du conte de "Cendrillon", le succès de "Jane Eyre", jeune fille en marge, sans fortune et laide, est immédiat et l'histoire enflamme l'imagination de myriades de lectrices, elles-mêmes frustrées et révoltées contre l'injustice du sort.



Charlotte Brontë en quelques dates

1816 : Naissance le 21 avril dans le Yorkshire (nord de l'Angleterre). Elle est la troisième fille d'un pasteur. Maria et Elizabeth l'ont précédée. Branwell et Emily naîtront ensuite. Anne viendra au monde à Haworth où le pasteur Brontë exercera.
1821 : Madame Brontë meurt et sa soeur vient de Cornouailles pour tenir la maison de son beau-frère et s'occuper des enfants. Trois ans plus tard, les quatre filles aînées sont envoyées à l'école de Cowan Bridge.
1825 : Maria et Elizabeth succombent à une attaque de fièvre maligne à un mois d'intervalle. Les quatre autres enfants se retrouvent à Haworth où, sous la houlette de Charlotte, ils s'adonnent à la composition littéraire.
1835 : Elle est professeur dans le pensionnat où elle a fini ses études. Mais, hantée par l'écriture, elle peine à enseigner.
1842 : Elle part à Bruxelles avec Emily dans le pensionnat de Mme Héger. Elle s'éprend de M. Héger (il lui inspirera Rochester).
1846 : Elle écrit "Le Professeur" qui sera refusé par les éditeurs.
1847 : Parution de "Jane Eyre".
1849 : Anne meurt, après Branwell et Emily. Seule, Charlotte est désespérée. La même année paraît "Shirley". La popularité de ce roman a fait de ce prénom initialement de garçon un prénom de fille.
1853 : Parution de "Villette".
1854 : Charlotte, qui avait dans sa jeunesse éconduit deux prétendants, cède aux instances d'Arthur Belle Nicholls, vicaire de son père - survivant morose et souvent acariâtre de l'hécatombe familiale et presque aveugle - et l'épouse.
1855 : Elle décède le 31 mars, probablement enceinte.
1857 : Publication de : "Le Professeur".

L'histoire :
Jane Eyre est une jeune orpheline de dix ans. Confiée à sa tante par alliance, Mrs Reed, elle vit un enfer auprès de cette femme d'une sévérité effroyable et sans affection. Ses cousins, Eliza, John et Georgiana, ne lui épargnent non plus aucun sévice ni aucune humiliation. Face à cette famille si despotique et froide, même les domestiques ne se permettent aucun attendrissement envers la petite fille plus que malmenée. Jusqu'à ce matin de janvier, où dès l'aube, Jane est emmenée au pensionnat de Lowood...

Mon avis :
Une histoire haletante et pleine de mystères, d'une écriture à peine marquée par le temps qui se lit aisément et se dévore ! Les quelques longueurs du texte sont vite oubliées grâce au coup de théâtre qui, généralement, s'en suit.
Au-delà du romanesque teinté de gothique de l'intrigue, l'analyse psychologique de chaque personnage, tout en finesse et en justesse, tient une place majeure dans l'oeuvre de Charlotte Brontë. Sans être véritablement critique envers son époque, elle nous livre son regard acéré, presque un témoignage, sur cette Angleterre puritaine du XIXème siècle, sur sa bourgeoisie rurale, et sur le sort réservé aux femmes. Son héroïne, Jane Eyre, surmonte toutes les épreuves, toutes les humiliations, toutes les souffrances, toujours la tête haute. Elle ne se comporte jamais en victime. Elle fait face, avec dignité et volonté, à la rigidité et aux injustices de la société.

Un roman violent, cruel, d'une intelligence et d'une lucidité impressionnantes !
Un indispensable à toutes les bibliothèques !