jeudi 26 juin 2014

Tim Willocks - "Les Douze Enfants de Paris" (Sonatine)



"Les Douze Enfants de Paris"
Tim Willocks
(Sonatine)

Ados / Adultes


L'histoire :
Mattias Tannhauser, Chevalier de l'Ordre de Malte, de retour d'Afrique du Nord, arrive à Paris, ville-labyrinthe qu'il ne connait pas, pour y retrouver son épouse, Carla, enceinte de huit mois, et son beau-fils Orlandu, élève au collège d'Harcourt. Merveilleuse musicienne, Carla a été invitée au mariage de la catholique Marguerite de Valois, soeur du Roi Charles IX, et du protestant Henri de Navarre. Cette union, loin de réconcilier les deux cultes, ranime de vives tensions religieuses, politiques et sociales. Le trouble est palpable au sein de la capitale en ce samedi 23 août 1572. Tannhauser comptait sur son beau-fils pour lui dire où rejoindre Carla, mais Orlandu a disparu. Les sombres pressentiments du Chevalier ne font que se confirmer. Nous sommes à la veille d'un des épisodes les plus sanglants de l'Histoire de France...

Mon avis :
Ce deuxième tome (après "La Religion") nous ensevelit pendant trente six heures sous un Paris de flammes, de sang, d'excréments, d'humeurs de toutes sortes, de puanteur, de hurlements, de mort. C'est le "massacre de la Saint-Barthélemy" que nous avons tous étudié en cours d'Histoire mais dont nous saisissons ici toute la barbarie et toute l'absurdité. Nous retrouvons Mattias Tannhauser à la recherche, dans ce chaos, de celle qui est maintenant son épouse et qui porte leur enfant, Carla de La Penautier. Ces personnages principaux ont beaucoup changé depuis Malte. Tous deux sont en proie à des doutes qu'ils ont peur d'affronter. Cette épreuve va-t-elle leur apporter des réponses ou aura-t-elle raison de leur amour ? Pour Carla, d'une assurance un peu hautaine et froide à Malte, sa maternité la rend lumineuse et fragile à la fois. Pour Mattias, au contraire, quelque chose en lui s'est éteint. Si sa force physique est intacte, on ne reconnait plus l'ancien Janissaire et l'homme libre qu'il était devenu et que l'on aimait. Il n'a plus ce charme et cette sensualité qui nous troublaient. Son esprit tactique et aiguisé s'est évanoui. Il semble subir les événements. Il erre dans les rues de Paris, égaré dans une guerre sans règles, et même la violence à laquelle il s'abandonne ne lui procure ni révulsion ni soulagement. L'amour d'Amparo, et l'humour et la vaillance de Bors de Carlisle lui manquent (ainsi qu'à nous, lecteurs, également) plus qu'il ne veut se l'avouer. Carla et Mattias sont tous deux impliqués malgré eux dans des haines qui ne sont pas les leurs, exactement comme ces enfants qui vont croiser leur chemin. Des enfants qui subissent la folie de leurs aînés. Dans cette anarchie où règne la confusion totale, doivent-ils tous se protéger des sentiments d'amour et d'amitié parfois plus cruels et douloureux que les coups d'épée ? Pour tous, la seule façon de ne pas perdre la raison est de céder à une certaine forme de mysticisme ou de spiritualité. Il n'y a ici ni courage ni bravoure mais juste sauver sa peau, survivre, souvent au péril de ceux que l'on aime. Toutefois, dans ce décor apocalyptique, quelques-uns trouveront la Rédemption et un enfant naîtra.

Un tableau de cendre et de sang au coeur d'une ville et d'un peuple indomptables !
Fascinant et obsédant !

(dans ce blog, plus haut, "La Religion" et quelques repères historiques)

jeudi 15 mai 2014

BIENTÔT...




Bientôt sur ce blog...
Dossier spécial sur l'oeuvre de Tim Willocks
Géant de la Littérature Britannique contemporaine

"NOUVELLES ANGLAISES CONTEMPORAINES" - "CONTEMPORARY ENGLISH STORIES" de Martin Amis, Graham Swift, Ian McEwan (Folio bilingue)



"Nouvelles anglaises contemporaines"
"Contemporary English Stories"
Martin Amis
Graham Swift
Ian McEwan
(Folio bilingue)

Ados / Adultes


"EAU LOURDE" - "HEAVY WATER"

Martin Amis :
Né en 1949 dans le comté de Wales, au sud-ouest de l'Angleterre, professeur d'ateliers d'écriture à l'Université de Manchester, le fils du célèbre romancier Kingsley Amis domine de longue date la scène littéraire britannique avec ses livres corrosifs - une vingtaine - sur la société anglo-saxonne contemporaine. En témoignent non seulement ses romans, du "Dossier Rachel" en 1973 à "La veuve enceinte" en 2010, en passant par "Money, Money" et "Chien jaune", mais également ses essais controversés sur le féminisme et sur les attentats du 11 septembre 2001.

"Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre" (Gallimard)

L'histoire :
John est un grand gaillard de quarante-trois ans mais il a l'esprit d'un petit enfant. John et sa mère font une croisière. Cadre exotique, buffets à volonté, soirées dansantes, karaokés... et un ennui tragique... La mer, la piscine, l'aquarium, l'alcool... et les larmes qui coulent sans discontinuer sur le visage de John...


"LA LECON DE NATATION" - "LEARNING TO SWIM"

Graham Swift :
Si Graham Swift n'a pas, en France, la notoriété de ses compatriotes et contemporains Martin Amis, Julian Barnes ou Ian McEwan - tous nés entre 1946 et 1949, et composant une génération exceptionnelle d'écrivains britanniques -, la faute n'est pas à chercher du côté d'un talent qui serait moindre ou secondaire, mais plutôt dans l'essence même, discrète par nature et par force, de ce talent : composer une matière romanesque qui entretient, avec la vie, une proximité d'une évidence saisissante, et même stupéfiante. Né en 1949 à Londres, études à Cambridge, mémoire sur la Littérature et la Ville, Swift publie "Hors de ce monde" et "L'affaire Shuttlecock" et reçoit, en 1983, de nombreux prix pour son troisième roman "Waterland" ("Le pays des eaux", Laffont). "La dernière tournée" est récompensé par le Booker Prize en 1996. Le passé, l'obsession des guerres mondiales et la présence de la mort comptent parmi les thèmes majeurs de l'écrivain.

"J'aimerais tellement que tu sois là" (Gallimard)

L'histoire :
Un jour de vacances ensoleillé, au bord de la mer, un père donne une leçon de natation à son fils pris en otage entre ses deux parents incapables de savoir s'ils se sont jamais aimés...


"SOUS LES DRAPS" - "IN BETWEEN THE SHEETS"

Ian McEwan :
Né en 1948 à Aldershot, dans le sud-ouest de l'Angleterre, fils d'un officier écossais dans l'armée britannique, il a passé une grande partie de sa jeunesse en Extrême-Orient et en Afrique du Nord avant de revenir faire des études de lettres outre-Manche. Avec son recueil de nouvelles "First Love, Last Rites", Prix Somerset-Maugham en 1976, Ian McEwan s'impose d'emblée sur la scène littéraire anglaise, fort d'un regard acéré sur les mensonges et les impasses de la bourgeoisie britannique. Nommé Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique, l'auteur a depuis signé une dizaine de romans - dont certains ont été adaptés à l'écran - tels "L'enfant volé" (Prix Femina étranger 1993), "Amsterdam" (Booker Prize 1998), "Solaire", "Expiation", "Samedi", ou encore "Sur la plage de Chesil" (Prix Médicis étranger 2008).

"Opération Sweet Tooth" (Gallimard)

L'histoire :
Un homme divorcé, père d'une adolescente de quatorze ans, est rongé par une angoisse oppressante, tenaillé entre ses fantasmes et les interdits...


Mon avis sur ces trois textes :
L'amour, ses dérives et ses ambiguïtés, sont les thèmes communs à ces trois nouvelles. Martin Amis l'exprime avec sa férocité et ses atmosphères morbides qui ont fait de lui "l'enfant terrible des lettres anglaises". Pour Graham Swift, toujours tout en réserve et en subtilité, c'est dans leurs silences que ses personnages dévoilent leurs souffrances et leur état d'esprit. Quant à Ian McEwan, chez lui, récurrent dans l'ensemble de son oeuvre, toute vie ordinaire et tranquille bascule inévitablement dans la perversion et la folie.
Une façon de découvrir (pour les lecteurs qui ne connaissent pas encore), par le biais de la nouvelle, l'univers de ces trois monstres de la Littérature Britannique, à laquelle s'ajoute le plaisir de lire leurs mots, leur style, grâce aux textes originaux qui accompagnent la version française. 

Bonheur à l'état pur !!!

"ZOMBIES" de Bret Easton Ellis (10/18)




"Zombies"
Bret Easton Ellis
(10/18)

Ados / Adultes




Bret Easton Ellis est l'icône la plus turbulente et la plus tapageuse de l'Amérique branchée, prince du "Brat Pack" (petit cénacle d'écrivains noctambules). Né en 1964 à Los Angeles, il met en scène des personnages furieusement désinvoltes dont on ignore souvent s'ils regardent le monde en moralistes désenchantés ou en nihilistes convertis à la frime ambiante. Fils d'un promoteur immobilier, ex-musicien de rock, Ellis connaît son premier succès en 1985 alors qu'il est encore étudiant avec "Moins que zéro". Il côtoie la gloire très tôt. Il voit l'argent couler à flots et le rêve américain se faire torpiller dans la tourmente des années 1980. C'est cette époque déboussolée qu'il décrit dans ses romans, en posant son zoom sur une génération suicidaire qui soigne ses idées noires à grand renfort de poudre blanche. Des "Lois de l'attraction" à "Zombies" et à "Glamorama", Ellis ressasse une poignée d'obsessions : faillite des utopies politiques, ennui, vide spirituel, sexe sans amour, triomphe du paraître. En 1991, il fait scandale avec "American Psycho" qui met en scène un golden-boy matérialiste et tueur en série.

"Suite(s) impériale(s)" (Robert Laffont)

Mon avis :
Un retour jouissif dans les années 1980 bien que ces treize nouvelles soient une descente dans un abîme des plus sombres. Une société dominée par l'argent, le luxe ostentatoire, la drogue, l'alcool, le sexe sans amour, le matérialisme et la superficialité. Pas une once de luminosité ni d'espoir. Les personnages, tous sans exception, adolescents comme adultes, sont totalement désabusés, sans illusions, dénués de sentiments et d'empathie. Ils déambulent comme des zombies, sans le moindre objectif, dans une existence sans essence, où le bonheur n'a aucun sens.

Noir, pessimiste, fort !

"L'ENCRE ET LE SANG" de Franck Thilliez et Laurent Scalese (Pocket)


"L'encre et le sang"
Franck Thilliez et Laurent Scalese
(Pocket)

Ados / Adultes




Laurent Scalese est né à Avignon en 1967. Lecteur assidu d'Agatha Christie, de Conan Doyle et de Stephen King, il développe très tôt un goût prononcé pour l'écriture. C'est en participant à un concours de nouvelles policières qu'il se lance dans la rédaction de son premier polar : "Le samourai qui pleure" (Pygmalion, 2000), suivi de "L'ombre de Janus" et "Des pas sous la cendre". Son quatrième roman policier, "Le baiser de Jason" (Belfond, 2005), a reçu le Prix Sang d'Encre des lycéens. Paraissent ensuite "Le sang de la mariée" (Belfond, 2006) suivi de "La cicatrice du diable" en 2009 chez le même éditeur. Laurent Scalese est par ailleurs membre de la Ligue de l'Imaginaire, un collectif d'auteurs, et scénariste pour la télévision et le cinéma.

Franck Thilliez est né en 1973 à Annecy. Ingénieur en nouvelles technologies, il vit actuellement dans le Pas-de-Calais. Il est l'auteur de "Train d'enfer pour Ange rouge" (La Vie du Rail, 2003), "La chambre des morts" (le Passage, 2005), "Deuils de miel" (La Vie du Rail, 2006), "La forêt des ombres" (Le Passage, 2006), "La mémoire fantôme" (Le Passage, 2007), "L'anneau de Moebius" (Le Passage, 2008), "Fractures" (Le Passage, 2009), et "Vertige" (Fleuve Noir, 2011). "La chambre des morts", roman adapté au cinéma en 2007, a reçu le Prix des lecteurs Quais du Polar et le Prix SNCF du polar français. L'ensemble de ses titres, salués par la critique, se sont classés à leur sortie dans la liste des meilleures ventes. Après "Le Syndrome E" (Fleuve Noir, 2010) et "GATACA" (Fleuve Noir, 2011), on retrouve Lucie Hennebelle et Franck Sharko dans "Atom Ka" (Fleuve Noir, 2012).

L'histoire :
William Sagnier est professeur de physique, et aussi écrivain. La femme qu'il aime, son éditrice, Cassandra Brandström, l'a quitté pour rejoindre à Hong-Kong un romancier, Jack Malcombe, qui connaît un succès formidable grâce à son thriller "Bloody Sea" ("Mer sanglante"). Sauf que le véritable auteur de ce livre est Sagnier. Ce dernier vient d'arriver à Hong-Kong dans le seul but de se venger des amants-maudits...

Mon avis :
Nous sommes tous responsables des conséquences de nos choix et de nos actes. Un thème classique, mais efficace...

Un conte fantastique à vous glacer d'effroi !!!

"SILHOUETTE" de Jean-Claude Mourlevat (Gallimard Scripto)



"Silhouette"
Jean-Claude Mourlevat
(Gallimard Scripto)

Dès 13 ans



Jean-Claude Mourlevat est né en 1952 à Ambert, en Auvergne. Il fait des études à Strasbourg, Toulouse, Bonn et Paris, et exerce pendant quelques années le métier de professeur d'allemand avant de devenir comédien et metteur en scène de théâtre. A partir de 1997, il se consacre à l'écriture. Tout d'abord des contes, puis son premier roman, "La Balafre", publié en 1998. Depuis, les livres se succèdent avec bonheur, plébiscités par les lecteurs, la critique et les prix littéraires. Jean-Claude Mourlevat réside près de Saint-Etienne, avec sa femme et leurs deux enfants.

"Terrienne"
"Le chagrin du roi mort"
"Le combat d'hiver"
"La ballade de Cornebique"
"Le garçon qui volait"
"La troisième vengeance de Robert Poutifard"


Une quadra entre rêve et cauchemar... Un ado qui prend définitivement ses distances avec le monde de l'enfance... Un vieil homme dont les jours sont comptés... La terrifiante expérience d'une étudiante française à Londres... Des vacances inoubliables à Ouessant... Des fautes d'accords insupportables... La vie est théâtre ou le théâtre est la vie ?... L'oncle Chris, un être cher... La vie comme une poésie... Un quinqua à la recherche de ses mots...

Mon avis :
Dix textes, des mots simples, justes, implacables... Beaucoup d'émotion... Les larmes ne sont jamais loin... Le rire non plus... La vie dans ce qu'elle a de cruel, d'absurde, mais aussi de merveilleux ! Et la Littérature pour nous guider..

Ensorceleur !

"MATIN BRUN" de Franck Pavloff (Editions du Cheyne)



"Matin brun"
Franck Pavloff
(Editions du Cheyne)

Dès 10 ans



Franck Pavloff :
Né à Nîmes en 1940, Franck Pavloff a été découvert par le grand public grâce à "Matin brun" et son succès incroyable. Spécialiste de la psychologie et du droit des enfants, responsable d'associations de prévention de la délinquance et de la toxicomanie, chargé de la mise en place de projets de développement communautaire à travers l'Afrique et l'Asie, Franck Pavloff ne cesse de bousculer les barbelés et les pensées confisquées.

L'histoire :
Charlie et son ami vivent une époque difficile. Voilà que l'Etat National, après avoir décrété l'élimination de tous les chats non bruns, décide la même chose pour les chiens. Charlie avait déjà dû se séparer de son chat noir et blanc, et maintenant c'est au tour de son ami le labrador noir. Puis, à cause de son opposition aux mesures nationales, le journal "Le Quotidien" est supprimé. Il faut désormais lire "Nouvelles brunes". D'autres lois encore vont être mises en application. Et Charlie et son ami obéissent docilement...

Mon avis :
Ce court texte de dix pages, drôle et grave à la fois, est un hymne et un appel à la résistance contre toutes les oppressions et les privations de liberté.

Un livre familial par excellence !

jeudi 17 avril 2014

PROCHAINES PRESENTATIONS : MI-MAI 2014




La Nouvelle
Histoire d'un récit bref




AMELIE NOTHOMB




Amélie Nothomb :
Née le 13 août 1967 à Kobé au Japon de parents bruxellois, fille de diplomate, Amélie Nothomb passe sa petite enfance entre le Japon, Pékin, New York puis le Laos et le Bangladesh. En 1984, à l'âge de dix-sept ans, elle retourne dans son pays d'origine, la Belgique, et s'installe à Bruxelles pour suivre des études de Philologie romane à l'Université Libre. En 1990, à la fin de ses études universitaires, elle repart au Japon où elle travaille comme interprète pour une grande entreprise et découvre un univers cruel et insupportable. C'est en 1992 qu'elle fait son entrée en Littérature avec son premier roman "Hygiène de l'assassin", un livre de dialogue entre un Prix Nobel incompris et des journalistes. Le livre connaît un succès immédiat et reçoit le Prix René Fallet et le Prix Alain Fournier, alors que certains critiques restent sceptiques sur la capacité d'une femme aussi jeune d'écrire un livre d'une "effrayante maturité". 
Depuis, Amélie Nothomb, qui se définie comme "graphomane", publie un livre par an. Son roman "Le sabotage amoureux", en 1993, raconte une partie de son enfance passée en Chine et reçoit le Prix Littéraire de la Vocation. En 1999, "Stupeur et tremblements" est récompensé par le Grand Prix du roman de l'Académie française. Inspiré de son expérience dans le monde de l'entreprise au Japon, il met en évidences les différences entre la civilisation japonaise et les civilisations occidentales.
L'expérience personnelle d'Amélie Nothomb a toujours influencé son écriture, comme dans "La biographie de la faim" où elle parle de son anorexie ou dans "Le fait du prince" qui traite de l'identité. Entre 2000 et 2002, elle écrit sept textes pour la chanteuse française Robert. En 2009, elle renoue avec ses thèmes favoris, notamment l'autodérision avec "Le voyage d'hiver". En 2011, elle publie son vingtième roman, "Tuer le père". En 2012, elle retourne au Japon pour la première fois depuis le séisme et l'accident nucléaire de Fukushima. "La nostalgie heureuse", en 2013, évoque ce séjour émouvant dans son pays natal.


Mes coups de coeur!

"Hygiène de l'assassin" : Entretien musclé entre un écrivain de renom, vieux, obèse et mauvais, et une jeune journaliste qui ne s'en laisse pas conter...

"Les combustibles" : Un monde dévasté. Faire face à la faim, et surtout au froid. Quand tout a déjà été brûlé pour se réchauffer, il ne reste plus que les livres. Lesquels jeter dans l'âtre ?

"Les catilinaires" : Deux jeunes retraités de l'Enseignement, par besoin vital de silence, de solitude et de paix, emménagent dans une petite maison, sorte de datcha au coeur de la forêt, dans l'espoir de ne croiser personne. Mais c'était sans compter sur leur très étrange voisin. Par gentillesse, ils ne le rejettent pas dès le départ. Très vite, ils sont étouffés par cette unique relation humaine...

"Stupeur et tremblements" : Souvent étudié au collège, ce roman décrit avec beaucoup de drôlerie le monde impitoyable du travail au Japon...

"Antéchrista" : Une amitié vampirisante et destructrice entre deux adolescentes. Au nom de l'amitié, que sommes-nous prêts à donner (ou à sacrifier) ? 

"Une forme de vie" : Roman épistolaire entre l'écrivain Amélie Nothomb et Melvin Mapple, soldat de l'armée américaine stationné à Bagdad en Irak...

"Barbe Bleue" : Le conte classique de notre enfance revisité à la sauce Nothomb...


Clin d'oeil de l'auteur ! A votre tour de chercher le mot "pneu" qu'Amélie Nothomb cache malicieusement dans chacun de ses contes !




DELPHINE DE VIGAN





Delphine de Vigan est née en 1966 à Boulogne-Billancourt. Ancienne directrice d'études, mère de deux enfants, elle vit de sa plume depuis 2007.



"Un soir de décembre"
(Points)

Prix Saint-Valentin 2006

Ados / Adultes


L'histoire :
Matthieu a quarante-cinq ans. Il est marié à Elise. Le couple a deux garçons, Paul et Louis. Matthieu travaille dans une société de vente par correspondance de prêt-à-porter féminin. Une vie heureuse et ordinaire. Rien ne le lie à la littérature. Or, un soir il sort d'un tiroir un cahier et il écrit. Quelques semaines plus tard, il envoie son manuscrit à différentes maisons d'édition. Son roman est publié. C'est un succès. Il est invité partout. Il reçoit de nombreux courriers de lecteurs. Parmi eux, une lettre, d'une femme, le trouble...

Mon avis :
Un triangle amoureux classique : le mari, l'épouse, la maîtresse. Une vie bobo. Banale. Presque ennuyeuse. Pourtant, malgré nous, nous nous laissons entraîner dans les méandres de ce quotidien sans rebondissements. Petit à petit, nous découvrons "l'effet papillon" des actes et des erreurs passés de Matthieu. La vie devient soudain roman. Mais qui en est le personnage ? Qui en est l'auteur ? Et nous, sommes-nous personnage ou auteur de notre roman ?

Un livre malin et surprenant !


"Rien ne s'oppose à la nuit"
(Le Livre de Poche)

Prix Renaudot des lycéens 2011
Prix Roman France Télévisions 2011
Grand prix des lectrices de Elle 2012

Ados / Adultes


L'histoire :
Un matin de janvier, la narratrice découvre le corps de sa mère morte dans son appartement depuis déjà plusieurs jours. Deux ans plus tard, aux prises à de nombreuses questions sans réponses, elle décide de se plonger dans l'histoire de sa famille et de raconter "sa" Lucile, sa mère...

Mon avis :
Un hommage émouvant et sincère de Delphine de Vigan à sa mère. Une immersion au coeur d'une famille étonnante, détonante, où la joie et le rire côtoient les drames et les secrets. L'auteur nous implique dans le cheminement de son enquête, de ses recherches, et dans ses questionnements. La dernière partie du récit détaille, jour après jour, l'agonie psychologique, psychiatrique, physique de Lucile jusqu'à son suicide inéluctable. C'est cru, insoutenable, mais c'est aussi une façon pour l'auteur d'exprimer son sentiment de culpabilité et d'impuissance, ses interrogations face à cette spirale de malheurs et de désastres qui s'est abattue sur sa famille, et sur son rôle de mère à son tour.

JEANNE BENAMEUR



Jeanne Benameur :
Née en 1952 à Ain M'Lila en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, elle a cinq ans et demi quand elle arrive à La Rochelle où elle vit toujours. Professeur de Lettres à Mauzé sur le Mignon (Deux-Sèvres) puis en région parisienne, elle vit de son écriture depuis 2001. Elle a été directrice de collection chez Actes Sud Junior et chez Thierry Magnier jusqu'en 2013. Le thème central de son oeuvre est la relation à l'autre et le rôle du livre dans l'ouverture au monde.




 "Les Demeurées"
(Folio)

Prix Unicef

Ados / Adultes


L'histoire :
Ce livre, d'une poésie pure, conte la relation unique qui unit une mère surnommée "l'abrutie" ou "la demeurée" ou, mystérieusement, "la Varienne", et sa fille Luce de laquelle certains disent : Telle mère, telle fille ! Comme pour dire : Elle n'a aucune chance ! La Varienne et sa fille vivent seules, en totale exclusion et dans la peur du monde extérieur. Mais un jour, la petite doit aller à l'école. C'est obligatoire ! L'institutrice, Mademoiselle Solange, semble être la seule au village à croire en Luce...

Mon avis :
Non situé dans l'espace ni dans le temps, l'auteur laisse une totale liberté à notre imaginaire. C'est un univers noir, entre l'absurde et le réalisme, qui siérait parfaitement à celui de l'actrice et réalisatrice belge Yolande Moreau. La trame de ce texte court est la tolérance (ou l'intolérance), la place que nous sommes capables de donner à la "différence", et l'aberration, au regard de Jeanne Benameur, d'un enseignement unique pour tous, qui heureusement fonctionne bien pour la majorité des enfants, mais que deviennent les autres ?

Une histoire originale, poétique, d'une extrême sensibilité, qui touche en plein coeur...
Magnifique conte universel !


 
"Une heure, une vie"
(Editions Thierry Magnier)

Dès 12 ans


L'histoire :
Les parents d'Amélie lui annoncent qu'ils vont se séparer. "Rien ne changera pour toi, ma chérie, tu sais." Mais ils savent tous les trois que ce n'est pas vrai...

Mon avis :
Des parents divorcent, n'expliquent pas, deviennent inaccessibles, vivent sur deux planètes opposées. Une enfant se retrouve au centre de ce puzzle auquel il manque des pièces, assommée de discours sans véritables sens et de promesses non tenues. Son seul désir : connaître les véritables raisons de cette séparation, trouver sa place. Alors, pourquoi ne pas inventer ?
Jeanne Benameur nous propose un regard nouveau sur le divorce : celui de l'enfant exclusivement. Elle met l'accent sur tous les non-dits qui sont en réalité autant de mensonges, et sur notre tendance, nous, adultes, à toujours sous-estimer la capacité des enfants à comprendre les choses, même les plus graves.

Intelligent, pudique et sensible, comme toujours chez Jeanne Benameur !




"Pas assez pour faire une femme"
(Editions Thierry Magnier)

Rentrée littéraire Ados Automne 2013

Dès 13 ans


L'histoire :
Au début des années 1970, juste après Mai 68, une toute jeune étudiante de dix-sept ans passe sa première nuit d'amour avec Alain, étudiant plus âgé qu'elle et militant pour "la lutte"...

Mon avis :
Roman d'initiation : à l'amour, à l'engagement politique, à la philosophie, à la rupture avec une famille réactionnaire, à l'indépendance, à la liberté, à la vie tout simplement. Et puis les livres, les livres, et encore les livres comme fondations inébranlables.

Tendre, grave, et magnifique !

ANNIE ERNAUX



Annie Ernaux :
Ecrivain majeur de la Littérature Française, pionnière d'un nouveau style, "l'écriture de soi", son oeuvre suit, presque en temps réel, l'accès des femmes à l'autonomie sociale et sexuelle. 
Annie Ernaux naît en 1940 à Lillebonne, en Normandie. Ses parents tiennent un café-épicerie. Puis, après la guerre, ils déménagent, s'installent à Yvetot, ville martyrisée par les bombes, et ouvrent à nouveau un café-mercerie-épicerie dans un quartier très modeste. Après son baccalauréat, Annie Ernaux commence des études de Lettres à Rouen, ville symbole d'une certaine liberté pour la jeune étudiante qu'elle est, loin de sa famille. C'est bien avant 1968 et l'accès à la contraception. Elle prend alors de plein fouet sa condition de femme, un avortement clandestin, puis une nouvelle grossesse acceptée, un mariage obligé et des examens à passer dans des circonstances difficiles. Professeur de Lettres, publiée, Annie Ernaux raconte, dans l'ensemble de son oeuvre, son enfance, sa vie de femme, sa vie de femme cultivée, ses relations compliquées et douloureuses avec ses parents, entre amour et haine, la difficulté de se comprendre lorsque parents et enfants vivent dans deux milieux sociaux-culturels différents. Le travail littéraire et sociologique d'Annie Ernaux est unique, personnel, empreint d'intelligence et d'une grande sensibilité. Ses mots sont simples, précis, choisis. Ils parlent à chacun d'entre nous et nous invitent, nous aussi, à tenter de retrouver une mémoire collective dans notre mémoire individuelle. Elle est une référence pour de nombreux nouveaux auteurs.

A voir ou à revoir : "Les mots comme des pierres", documentaire consacré à Annie Ernaux diffusé en 2013 sur France 3.

A retrouver, sur le blog "Le Journal des Libériades" : 
  • "Les années" (Gallimard) - en juin 2010
  • "La place" (Gallimard) - en février 2011
  • "L'autre fille" (Nil - collection Les Affranchis) - en mars 2011



"Les armoires vides"
(Folio)

Ados / Adultes


L'histoire :
1973 - Denise, jeune étudiante boursière en Lettres, sort, seule, de chez la "faiseuse d'anges". Dans sa petite chambre de la Cité Universitaire, elle attend. Tandis que l'humiliation lui tord sans pitié l'intérieur du ventre, elle pense à ses parents. Elle, fille unique de modestes patrons d'un miteux café-épicerie, décortique tout ce qui la différencie et l'éloigne de sa famille depuis le collège, depuis qu'elle a découvert la Littérature, depuis que la culture lui a ouvert les portes d'autres mondes qu'elle croyait inaccessibles...

Mon avis :
Premier roman d'Annie Ernaux et une écriture qui se démarque totalement de la Littérature traditionnelle. "L'écriture de soi" est née. Plus que des phrases, ce sont des mots, des émotions, qui sont ici jetés, criés, gueulés, dégueulés sur le papier, comme une urgence à dire les choses, sans aucun instant de répit pour reprendre son souffle. Une langue brutale et crue pour exprimer une colère douloureuse mêlée de haine et de culpabilité. Sans doute le livre le plus dur d'Annie Ernaux. Les fondations de son oeuvre sont posées.

Courageux !



"La vie extérieure"
(Folio)

Ados / Adultes


L'histoire :
Des anecdotes personnelles, des instants surpris dans le RER ou au centre commercial, le regard de l'auteur sur la vie politique et sociale, ses engagements, ses réflexions sur certains faits divers... Des épisodes marquants, drôles, intellectuels, existentiels, qui se sont inscrits dans l'histoire d'Annie Ernaux entre 1993 et 1999...

Mon avis :
Il est très intéressant de découvrir Annie Ernaux dans un registre très différent de celui de ses romans. Les thèmes majeurs de son oeuvre ne sont pas là, mais elle nous ouvre d'autres portes de son "moi".

Une lecture vraiment très agréable !



"L'événement"
(Folio)

Ados / Adultes


L'histoire :
Une scène de vie banale : 1999, dans la salle d'attente d'un grand hôpital parisien, au milieu d'un panel hétéroclite de la population française, la narratrice se prépare avec angoisse à connaître le résultat de son test VIH. Il est négatif. Bien que soulagée, cette expérience n'est pas sans lui rappeler ce terrible jour d'octobre 1963 où, alors étudiante en Lettres à Rouen, elle apprend qu'elle est enceinte, et où elle se retrouve soudain totalement seule face à une décision à prendre, face à l'événement...

Mon avis :
Un témoignage remarquablement écrit, saisissant, bouleversant, tout en puissance et en sensibilité, qui évoque sans tabou chacune des étapes matérielles, psychologiques, physiologiques, médicales, intellectuelles, sociales, d'un avortement (à l'époque clandestin car illégal) et, dans la grande majorité des cas, la solitude des femmes dans cette situation. 

Absolument nécessaire !



"Retour à Yvetot"
(Mauconduit)

Ados / Adultes


L'histoire :
Ce livre est la transcription d'une conférence donnée le 13 octobre 2012 par Annie Ernaux à Yvetot, lieu de son enfance et de son adolescence, où elle retournait pour la première fois en tant qu'écrivain...

Mon avis :
Un texte émouvant et sincère sur les souvenirs, propres à chacun, et sur l'acte d'écrire, par ailleurs illustré de magnifiques photos.

vendredi 7 février 2014

jeudi 6 février 2014

"LE DERNIER AMI DE JAURES" de Tania Sollogoub (L'Ecole des Loisirs - Médium)


"Le dernier ami de Jaurès"
Tania Sollogoub
(L'Ecole des Loisirs - Médium)

Dès 13 ans

Rentrée Littéraire - Automne 2013



Tania Sollogoub :
Changer le monde et "prendre ses rêves au sérieux". Ouvrir les frontières aux nomades, bras ouverts. Lutter contre les yeux tristes des filles de Moscou et les espoirs brisés, bras décroisés. Tania Sollogoub y croit, et le fait. Grâce aux mots et aux chiffres (elle enseigne l'économie quand elle n'envoie pas des romans par La Poste). Grâce aussi à la magie des Baba Yaga cachées dans les forêts russes ou dans la boutique de produits du Massif Central du métro Gare du Nord. Après, elle vous emmènera manger des blinis, vous parlera de "Blade Runner". Et vous de rire. Et vous de rêver. Quelque chose aura changé.

Du même auteur, sur ce blog en juin 2013 : "Au pays des pierres de lune" (L'Ecole des Loisirs - Médium)


"Je demande à tous ceux qui prennent au sérieux la vie, si brève même pour eux, qui nous est donnée à tous, je leur demande : qu'allez-vous faire de vos vingt ans ? Qu'allez-vous faire de vos coeurs ? Qu'allez-vous faire de vos cerveaux ?"
Jean Jaurès - Janvier 1914

Jean Jaurès :
Homme politique français né à Castres en 1859. Brillant universitaire, journaliste et député républicain (1885-1889), il fut ensuite député socialiste de 1893 à 1898, puis de 1902 à sa mort. Fondateur en 1904 du journal "L'Humanité", historien, Jaurès fut le véritable leader du socialisme français, surtout après la création de la SFIO* en 1905. Pacifiste militant, il s'attira l'hostilité des milieux nationalistes. Il fut assassiné le 31 juillet 1914, à la veille de la Première guerre mondiale.              
(cf : Le Petit Larousse 2008)

SFIO : Section Française de l'Internationale Ouvrière, désignation du Parti socialiste français de 1905 à 1971.


 

François-Ferdinand de Habsbourg (1863-1914) :
Archiduc d'Autriche, il était le neveu de l'empereur François-Joseph et héritier du trône depuis 1889. Son assassinat à Sarajevo le 28 juin 1914 préluda à la Première guerre mondiale.







"L'Humanité" : Journal fondé en 1904 par Jean Jaurès. Socialiste jusqu'en 1920, organe central du Parti communiste français de 1920 à 1994, le quotidien en reste depuis très proche malgré une ouverture de ses pages à d'autres composantes de la gauche.




L'histoire :
En cet été 1914, à Paris, alors que Jean Jaurès rédige son éditorial pour le journal "L'Humanité" au lendemain de l'assassinat de François-Ferdinand d'Autriche, quatre adolescents se retrouvent au jardin du Luxembourg et sirotent une limonade. Insouciants, Louis, Antoine et Jules devisent sur les conséquences de la mort de l'archiduc et sur la drôle de guerre qui gronde. Paul, lui, ne dit rien. Paul est amoureux. Il pense qu'elle s'appelle Madeleine. Il ne lui a jamais parlé, mais ce corps magnifique qu'en toute innocence elle dévoile chaque soir derrière un rideau mal fermé le bouleverse...

Mon avis :
Le dernier ami de Jaurès, dans le roman de Tania Sollogoub, c'est Paul, quinze ans seulement, un pied dans l'enfance, l'autre dans l'âge adulte. Il est à un moment de sa vie où ses choix, ses rencontres, ses expériences détermineront son existence. Mobilisable, on l'accompagne avec tendresse dans ses premiers émois, ses premiers questionnements, ses premiers engagements. Grâce à lui, on croise avec beaucoup d'émotion et de respect le personnage illustre qu'était Jean Jaurès. Dans un monde qui s'effondre sous un soleil écrasant, il y a cette petite rue de Paris, miroir de notre société à la veille d'une guerre redoutable. Les esprits s'échauffent, se radicalisent, les tensions montent, mais au fond, chacun espère, veut garder confiance, et tremble. Alors on ferme les yeux. On danse dans les guinguettes et on laisse libre court à la sensualité, au désir, à l'amitié, à l'amour.

Un vrai délice ! Un petit bijou !


"On n'enseigne pas ce que l'on sait mais ce que l'on est." - Jean Jaurès

"KINDERZIMMER" de Valentine Goby (Actes Sud)



"Kinderzimmer"
Valentine Goby
(Actes Sud)

Ados / Adultes

Rentrée Littéraire - Automne 2013


Valentine Goby est née en 1974. Elle étudie à Sciences Po puis travaille pour des associations humanitaires à Hanoï et à Manille. Enseignante en lettres et en théâtre, elle décide de se consacrer à l'écriture et a publié plus d'une vingtaine de livres (jeunesse et adultes confondus). Parmi ses thèmes de prédilection, la place des femmes, le regard que porte la société sur leur corps, et comment l'Histoire les affecte.

L'histoire : 
Suzanne Langlois, ancienne résistante et déportée à Ravensbrück, témoigne dans un lycée. Devant ces jeunes de dix-huit ans, lasse de ce silence face à son histoire à chacune de ses interventions, les mots sortent presque mécaniquement tant elle les a répétés. Pourtant, aujourd'hui, un grain de sable, une élève peu ordinaire. Ses questions fusent, dérangeantes. "Aviez-vous déjà entendu parler de Ravensbrück ? Dans le train, connaissiez-vous la destination ? Quand avez-vous compris que vous alliez à Ravensbrück ? Vous ne saviez pas où vous étiez ? Vous ne saviez rien ce jour-là ?" Et puis cette question, la dernière, fatale : "En fait, vous n'en saviez pas plus sur Ravensbrück alors, que nous maintenant ?" Surprise, Suzanne Langlois se tait et repart chez elle. Elle a besoin de réfléchir, de prendre du recul. Le chagrin, le deuil, la mémoire de "l'autre" sont toujours là. "L'autre", Mila, celle qu'elle est devenue devant l'entrée du camp...

Mon avis :
Une écriture sincère et brute qui touchera certainement les plus jeunes d'entre nous, les lycéens en particulier. Des phrases assénées comme des coups de fouet sur notre émotion à vif. Le thème de la maternité dans un camp de concentration est poignant. Des mots de douleur martelés encore et encore : os, trous, plaies, hurlements, chiens, nudité, urine, excréments, dysenterie, typhus, faim, soif, poux, puanteur, putréfaction... Les corps dans tous leurs états. Le camp, c'est la mort où l'être humain n'a même plus d'ombre.

Magnifique ode à la vie et à la résistance !


A écouter : Le très émouvant "Grand Entretien" de François Busnel, du 11 avril 2013 sur France Inter, consacré à Marie-Jo Chombart de Lauwe, résistante, déportée, puéricultrice de la Kinderzimmer de Ravensbrück, et dont la vie a inspiré ce livre.


"UN HOMME EFFACE" d'Alexandre Postel (nrf/Gallimard)



"Un homme effacé"
Alexandre Postel
(nrf / Gallimard)

Ados / Adultes

Prix Goncourt du premier roman 2013
Prix Landerneau 2013


Alexandre Postel est né en 1982. Professeur de Lettres en classe préparatoire à Paris, "Un homme effacé" est son premier roman.

L'histoire :
Un matin aussi banal que tous les autres, Damien North, timide et peu sociable professeur de philosophie à l'université, découvre que son accès à Internet est refusé. L'après-midi, il est arrêté pour consultation et détention d'images à caractère pédopornographique. L'enfer ne fait soudain que commencer pour ce veuf solitaire, presque invisible jusqu'alors...

Mon avis :
Qu'importe où et quand les faits se déroulent... Qu'importe de ne savoir si cet homme est coupable ou non qu'à la fin du texte... Quant aux crimes commis, nul besoin de les décrire, chacun est suffisamment à même d'en comprendre l'horreur... L'important est de réfléchir sur la brutalité des événements, l'emballement soudain autour d'un seul homme, la présomption d'innocence totalement bafouée, l'impossibilité pour North de se défendre. Tout le monde le lâche : sa famille, ses collègues, la police, les avocats, les médecins... Toute une société s'abat contre lui. Toutes les apparences, même les plus infimes et ordinaires, communes à nous tous, deviennent, contre North, des preuves de sa culpabilité. Où est le vrai ? Où est le faux ? Et nous, qu'en pensons-nous ? Sommes-nous conscients des conséquences si les accusations étaient fausses ? Quel serait notre comportement envers North ? Méfiance ? Dégoût ? Soutien ? Construit en deux parties, "Les jours atroces" et "Les jours féroces", Alexandre Postel dépeint, avec justesse et force, la puissance et la violence des préjugés, des amalgames, de la diffamation, de l'hypocrisie, de la curiosité malsaine, d'Internet, contre une "proie" facile, un personnage victime de sa solitude et de son introversion.

Grave, palpitant, ce livre ne peut pas laisser indifférent !


"LES LUNES DE JUPITER" d'Alice Munro (Points)



"Les lunes de Jupiter"
Alice Munro
(Points)

Ados / Adultes

Prix Nobel de Littérature 2013



Alice Munro est née en 1931 au Canada. C'est là tout ce que l'on sait d'elle. Extrêmement discrète, Alice Munro ne se livre pas. Prix Nobel de Littérature en 2013, elle est la treizième femme couronnée par ce prestigieux trophée qui récompense pour la première fois un auteur de nouvelles, genre littéraire trop souvent considéré comme mineur.

Subtile et profonde, drôle et insolente, si mystérieuse et si limpide à la fois, les thèmes majeurs d'Alice Munro sont l'amour, le désir, la vieillesse et la mort. Elle met en scène des personnages ordinaires, issus d'un milieu social modeste, le plus souvent des femmes blessés mais fortes qui fuient par tous les moyens une vie conjugale douloureuse ou une famille castratrice. Son style, unique, amène de nombreuses interrogations et réflexions et prône un indispensable retour sur soi-même.

Mon avis :
Des histoires simples dans lesquelles chacun de nous peut se retrouver un peu. Les relations femmes/hommes sont compliquées, mais quand le temps passe et que la jeunesse s'efface, c'est encore plus délicat. Les personnages d'Alice Munro sont pris au piège dans les méandres de l'amour et de l'existence, entre soumission, cruauté, lassitude, fatalité, fragilité, désir, combattivité, espoir, fuite, renaissance. Fluide, juste, sensible, souvent sombre mais d'une grande beauté, son écriture presque théâtrale est un peu comme une discussion entre amis. Ses textes n'attendent qu'à être partagés à voix haute.

Admirable !

"EN FINIR AVEC EDDY BELLEGUEULE" d'Edouard Louis (Seuil)



"En finir avec Eddy Bellegueule"
Edouard Louis
(Seuil)

Ados / Adultes

Premier roman - Rentrée Littéraire Janvier 2014

Coup de coeur !


Edouard Louis a 21 ans. Il étudie la sociologie à l'Ecole Normale Supérieure. L'an dernier, il dirigeait, à vingt ans, un ouvrage consacré à Pierre Bourdieu, "Pierre Bourdieu : l'insoumission en héritage" (PUF). "En finir avec Eddy Bellegueule" est son premier roman.

L'histoire :
Il n'y a pas de commencement. Tout semble avoir toujours été ainsi dans ce petit village d'à peine mille âmes, perdu au coeur de la campagne picarde. Là-bas, dans les familles d'ouvriers très pauvres, les hommes doivent être des durs, des mâles, savoir prendre des cuites et se battre, en finir vite avec l'école, aller à l'usine, et mettre une fille enceinte (d'un garçon, de préférence !). Les femmes, pour la plupart, donnent naissance à leur premier enfant à dix-sept ans, sont coiffeuses, caissières, aides à domicile ou mères au foyer et, de génération en génération, subissent le machisme avec fatalité. Dans ce paysage où tout est tracé d'avance, la brutalité de la vie quotidienne est marquée par une violence presque naturelle, la misogynie, la haine de l'autre, le racisme, et l'homophobie. Le tout imbibé d'une grande quantité d'alcool. Alors, dans cet univers recroquevillé sur lui-même, lorsqu'Eddy, garçon d'à peine dix ans, montre quelques différences face à une virilité imposée, ce monde, qui d'ordinaire manque cruellement de vocabulaire, est intarissable pour désigner le monstre, l'anomalie, le danger : pédale, pédé, tantouse, enculé, tarlouze, pédale douce, baltringue, tapette, fiotte, tafiole, tanche, folasse, grosse tante, tata, ou l'homosexuel. Avant même de comprendre de lui-même qui il est, Eddy va subir de toute part la honte, le dégoût, le mépris, les humiliations, les injures, les coups, la douleur...

Mon avis :
Magnifique, cru, brut, implacable, entre témoignage, roman sociologique (cette part sombre du Nord de la France, pour ceux qui connaissent cette région, est bien réelle) et essai, ce livre d'une force rare remue les tripes. On le lit d'une traite, incapable d'abandonner Eddy. Jamais il ne juge, mais de chacun de ses mots transpire la colère de l'auteur et sa souffrance d'avoir été incompris. L'enfance construit l'adulte que nous sommes. Comme Annie Ernaux dans son oeuvre et Edouard Louis dans cet ouvrage le décrivent très bien, entre ce que nous sommes, ce que nous devenons, entre le milieu social, culturel et intellectuel auquel on appartient aujourd'hui, et entre celui d'où l'on est issu, lorsque le fossé entre ces deux mondes se creuse inéluctablement et que la communication devient impossible, une seule solution s'offre à nous : la fuite. Si cette décision est nécessaire, voire vitale, elle est loin d'être facile à prendre, ni à vivre. Même si l'on a reçu une certaine forme d'amour, amour maladroit ou égoïste, il ne peut faire oublier la douleur physique ni la douleur psychologique de l'incompréhension et du mépris.

Plus qu'une plume, plus qu'un écrivain dont on a hâte de lire le prochain roman, Edouard Louis est un être d'une sensibilité exacerbée et bouleversante que l'on aimerait rencontrer !

jeudi 19 décembre 2013

PROCHAINES PRESENTATIONS : DEBUT FEVRIER 2014



Prix et nouveautés littéraires

Coups de coeur...



"BIG EASY" de Ruta Sepetys (Gallimard/Scripto)



"Big Easy"
Ruta Sepetys
(Gallimard / Scripto)

Dès 13 ans


Ruta Sepetys :
Américaine d'origine lituanienne, Ruta Sepetys est née et élevée dans le Michigan et est diplômée en finance internationale. Après avoir vécu quelque temps en Europe, notamment à Paris, elle s'installe à Los Angeles où elle décide de travailler dans l'industrie musicale. Lorsqu'elle se met à l'écriture et publie en 2011 "Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre", sur la déportation d'un adolescent dans les goulags staliniens, roman inspiré de l'histoire de sa famille, elle rencontre un succès international.

L'histoire :
En 1940, Josie a sept ans lorsqu'elle s'installe avec sa mère, Louise, à la Nouvelle-Orléans, ville surnommée "Big Easy", dans le Quartier français de très mauvaise réputation. Louise est prostituée. Elle est pensionnaire de la maison close de Conti Street, tenue par la puissante "Madame" Willie Woodley. Constamment fauchée et attirée par des gens louches et dangereux, Louise n'est pas une mère aimante ni attentionnée. C'est Willie qui assure l'éducation et la protection de Josie, et une poignée de personnes généreuses l'entoure d'amour et d'amitié.
Josie a maintenant dix-sept ans. Elle est une élève brillante. Pour gagner un peu d'argent, elle fait le ménage tôt le matin chez Willie, mais surtout, passionnée de Littérature, elle travaille pour sa plus grande joie à la librairie des Marlowe père et fils qui l'ont accueillie comme un membre de leur famille. Le rêve de Josie ? Rejoindre la prestigieuse université de Smith* dans le Massachusetts. Mais le destin a décidé de lui mener la vie dure...

*: Dans ce blog, en septembre 2013, nous avons déjà évoqué The Smith College, célèbre université féminine privée des Etats-Unis, dans "Les débutantes" de J. Courtney Sullivan (Le Livre de Poche) - Ados/Adultes - Prix des Lecteurs 2003

Mon avis :
Ce livre est né d'une question que Ruta Sepetys posa un jour à son père, venu aux Etats-Unis en 1949 après être passé par un camp de réfugiés en Allemagne : "Qu'as-tu vu à ton arrivée ?". Et son père de lui faire cette réponse surprenante : "J'ai vu de la douleur." Car dans les années 1950, la vie américaine, parfaite et opulente en surface, foisonnait de mensonges et de secrets bien cachés. (cf : Magazine Lire - Novembre 2013)
Pimenté de subtiles touches de romanesque, de polar, d'aventure, de Littérature, d'Histoire, ce roman captivant dépeint avec autant de pudeur que de réalisme la vie difficile dans ce quartier pauvre de la Nouvelle-Orléans des années 1950. L'ambiance, parfaitement recréée, éveille tous nos sens et l'on s'abandonne totalement à l'histoire. Les personnages principaux sont si attachants et émouvants, ils nous font tant vibrer, qu'on les quitte à la fin à grand regret.

Délectable !


"MERRY CHRISTMAS : Christmas Pudding et Le Noël d'Hercule Poirot" d'Agatha Christie (Le Livre de Poche)



"Merry Christmas"
Christmas Pudding
Le Noël d'Hercule Poirot
Agatha Christie
(Le Livre de Poche)

Ados / Adultes


Agatha Christie (1891 - 1976) :
L'une des gloires du roman policier britannique, elle est née d'un père américain et d'une mère anglaise. Enfant, elle rêve de devenir cantatrice. Mais d'une très grande timidité, elle préfère exceller dans l'art des énigmes et du suspense. Elle signe ses livres du nom de son premier mari, même après son divorce. Elle a inventé, dit-on, son premier "mystère" en 1920 pour éprouver la perspicacité de sa soeur, grande lectrice de romans policiers. Auteur la plus lue après Shakespeare ; quatre-vingts romans et autant d'intrigues retorses dans la plus pure tradition britannique ; passionnée de faits divers ; familiarisée aux substances pharmaceutiques dangereuses par sa qualité d'infirmière pendant la Première Guerre Mondiale ; largement inspirée par ses nombreux voyages aux côtés de son second mari, Max Mallowan, archéologue, qu'elle accompagne, de 1930 à 1939, sur tous ses champs de fouilles d'Irak et de Syrie, Agatha Christie imagine le crime parfait, des enquêtes qui tiennent en haleine jusqu'au dénouement final en y mêlant beaucoup d'exotisme, d'humour, et sans jamais craindre de jouer avec tous les clichés anglo-saxons.


  • "Christmas Pudding" (nouvelles)
- Christmas Pudding
- Le Mystère du bahut espagnol
- Le souffre-douleur
- La mort avait les dents blanches
- Le rêve
- Le policeman vous dit l'heure

Six délicieuses nouvelles pour un inoubliable festin de Noël mitonné avec délectation par une Agatha Christie plus malicieuse que jamais... 


  • "Le Noël d'Hercule Poirot" (roman)
L'histoire :
Dans son magnifique domaine de Gorston Hall, le vieux milliardaire Simeon Lee réunit, pour les fêtes de fin d'année, toute sa famille jusqu'alors éclatée depuis la mort de son épouse il y a vingt ans. Quelles sont ses véritables intentions ? Personne ne le saura car, la veille de Noël, le vieillard est sauvagement assassiné dans son bureau...

Mon avis :
Un meurtre effroyablement sanglant, ce qui est rare chez Agatha Christie. Une intrigue démoniaque savamment orchestrée et pleine de surprises. Une affaire savoureuse entre les petites cellules grises d'un trio d'enquêteurs exquis et hauts en couleur : le délicat Hercule Poirot, le grognon colonel Johnson et l'impétueux superintendant Sugden.

Divertissant et jubilatoire !





A voir :

"Petits meurtres en famille"
Excellente mini-série TV d'Edwin Baily
avec Robert Hossein, Antoine Duléry,
Marius Colucci, Bruno Todeschini,
Elsa Zylberstein, Frédérique Bel...

Une adaptation française très réussie !