jeudi 4 février 2016

"City on Fire" de Garth Risk Hallberg (Plon, 2016) - Premier roman


Garth Risk Hallberg est né en 1978 à Baton Rouge, en Louisiane. Il grandit en Caroline du Nord, auprès d'un père romancier et d'une mère enseignante. Après un cursus universitaire à Saint-Louis, puis à New York, il publie ses premières nouvelles dans le New York Times Magazine et le Prairie Schooner. Lecteur assidu de Don DeLillo et de David Foster Wallace, deux fois finaliste du National Book Critics Circle Award pour la qualité de ses critiques littéraires, il se lance en 2003 dans l'écriture d'un long roman de 900 pages autour de Manhattan.

2003... Un car le ramène à New York pour la première fois depuis l'effondrement des Twin Towers... Dans les écouteurs une chanson de Billy Joel composée en 1976...

"Les paroles évoquaient le crépuscule du New York des années 1970, un lieu étrange et interlope, à la fois dangereux et excitant, un repaire de voyous, de poètes d'avant-garde et de musiciens punk. Rien à voir avec la ville prospère, propre et sûre qu'elle est devenue ensuite, celle que je connaissais depuis mon adolescence. J'ai éprouvé à ce moment une immense nostalgie pour ce temps que je n'avais pas connu, pour cette ville plus risquée mais plus libre, et à cet instant précis, dans l'autocar, je peux dire que ce moment m'est venu. Pas simplement l'idée du livre, mais le livre lui-même, tel que je l'ai écrit des années après."

Après douze ans de travail, Garth Risk Hallberg nous livre une fresque urbaine ambitieuse qui nous conte admirablement la métamorphose d'une ville.

Contexte historique :

New York - 1976
Durant les années 1960, New York est rongée par les problèmes de logements et d'insalubrité. La ville est très sale et des millions de rats hantent les égouts. La dégradation rapide des logements favorise la spéculation immobilière sous toutes ses formes. Peu à peu, les classes aisées désertent le centre-ville, entraînant la fermeture de nombreux commerces. L'insécurité augmente et de graves émeutes noires éclatent à Harlem. Résultat : en octobre 1975, avec 13 milliards de dollars de dettes,  New York échappe de peu à la faillite. Le gouvernement de l'Etat, les banques et les syndicats s'associent pour éviter le chaos. Les finances sont redressées en moins d'un an.

Le Blackout de 1977 est une panne d'électricité dûe à un orage qui a plongé la ville américaine de New York dans le noir les 13 et 14 juillet 1977. Seul le quartier du Queens ne fut pas touché, dépendant d'un autre système d'approvisionnement électrique. Cette panne déclencha des pillages et des émeutes extrêmement violentes, et se solda par l'arrestation de 4000 personnes.





L'histoire :
Mercer et William, amants depuis plusieurs mois, s'apprêtent à passer ensemble ce soir de Noël 1976 dans leur appartement new-yorkais. Il n'y a pas couple plus improbable que celui-là. L'un, Mercer Goodman, gentil garçon, jeune professeur d'anglais de vingt-quatre ans, cache son embonpoint dans du velours côtelé et rêve secrètement d'écrire un jour le Grand Roman Américain. Actuellement, il est le premier enseignant Noir du lycée Wenceslas-Mockingbird de Greenwich Village. C'est là qu'il rencontre par hasard Regan Hamilton-Sweeney Lamplighter, la soeur de William, qui lui confie une lettre à remettre à son frère. L'autre, William Hamilton-Sweeney, héritier maudit d'une famille richissime, jeune punk Blanc de trente-trois ans, ancien junkie, ancien leader du groupe punk rock "Ex Post Facto", traîne son teint blafard dans New York sans aucune autre motivation que vivre sans entrave. Agacé par l'insistance de Mercer à ce qu'il ouvre cette fichue enveloppe placée constamment sous son nez, William claque la porte. A Grand Central, il croise Solomon Grungy qui lui annonce que les Ex Post Facto vont se reformer et qu'ils vont jouer le 31 décembre dans un club.
Le réveillon de Nouvel An arrive. Charlie Weisbarger, adolescent de dix-sept ans, est fou de joie. Ce soir, il assiste au concert des Ex Nihilo, nouveau nom des Ex Post Facto dont il est fan. Il s'y rend avec Samantha avec qui il compte bien conclure. Mais Sam le plante devant le club. Consciente des sentiments que Charlie éprouve pour elle, elle n'ose pas encore lui avouer qu'elle est la maîtresse d'un type de trente ans, Keith Lamplighter, avec qui elle a rendez-vous maintenant. De son côté, William annule leur soirée prévue au restaurant et invite son compagnon au concert punk. Peu à l'aise avec ce genre musical, Mercer refuse. William s'en doutait. Ulcéré par ce nouvel abandon, Mercer ouvre le fameux courrier destiné à William, y trouve une invitation et soudain décide de se rendre seul à la réception donnée par les Hamilton-Sweeney dans leur "château" de l'Upper West Side. C'est une fois sur place, piégé au milieu des mondains, que Mercer réalise son erreur. Regan, peu ravie, elle non plus, d'être là ni de jouer la comédie de l'unité familiale alors qu'elle annoncera prochainement son divorce d'avec son mari Keith, reconnaît Mercer et lui sauve la mise. Les deux âmes seules et blessées vont partager quelques confidences au balcon de la chambre d'enfant de Regan. C'est alors que Mercer croit entendre des coups de feu plus bas dans la rue...

Mon avis :
Pour avoir bénéficié d'une large médiatisation à sa publication, "City on Fire" suscite bien évidemment la curiosité et l'intérêt pour une épopée annoncée comme "ambitieuse" dans toutes les critiques littéraires. "Ambitieux" est en effet l'adjectif exact pour qualifier ce premier roman. Mercer Goodman, l'un des héros principaux du livre, rêve d'être l'auteur du "Grand Roman Américain". On dit que c'est le rêve de tous les romanciers américains. Et il ne fait guère de doute que c'était également l'ambition de Garth Risk Hallberg. Son travail pour atteindre son but est indéniable : précis dans la construction de chaque phrase, perfectionniste dans le choix de chaque mot, original par les documents qui illustrent son histoire, intéressant dans l'évocation du contexte historique, musical, sociétal de l'époque. Et pourtant... N'est pas Flaubert ou Balzac qui veut. L'écrivain n'échappe pas à de nombreux clichés. C'est lent, trop copieux et interminable !
Personnellement, j'ai décroché à la fin du Livre I (soit environ 170 pages), non pas à cause de la longueur du texte, ni à cause de quelques maladresses pardonnables, ni à cause d'un style un peu académique, mais à cause de la froideur des personnages. Des personnages qui, malgré tous les efforts de l'auteur, ne partagent aucune émotion, restent superficiels et manquent de profondeur. A vouloir être trop "parfait", l'auteur passe à côté de l'humain. 
Toutefois, d'autres lecteurs ont été happés par l'histoire de ce roman-événement. Pourquoi pas vous ?

jeudi 17 décembre 2015

Clin d'oeil...








Très Joyeuses Fêtes à tous !!!

Prochaines présentations : début février 2016





Rentrées Littéraires
Automne 2015 - Janvier 2016



"Le livre de Dina" + "Fils de la Providence" + "L'héritage de Karna" de Herbjorg Wassmo (Gaïa)


Herbjorg Wassmo est née en 1942 dans le nord de la Norvège. Ancienne institutrice, elle se consacre depuis plus de vingt ans à une oeuvre littéraire particulièrement prolifique : livres pour enfants, théâtre, poésie, romans... Elle connaît un succès populaire mondial exceptionnel grâce à la "Trilogie de Tora" et au "Livre de Dina". Elle est aujourd'hui l'écrivain la plus lue en Scandinavie. Ses sagas, à la fois poétiques, pudiques et réalistes, mettent en scène des personnages blessés, tourmentés, en proie aux passions humaines, aux drames familiaux, aux mystères de l'existence et à la soif de liberté. Et puis il y a la Norvège, entre terre, mer et montagnes, que Herbjorg Wassmo dépeint comme personne : sa beauté, sa violence, ses fjords, sa nature sauvage battue par les vents, les caprices de la mer et du climat.

Herbjorg Wassmo a reçu le prix Jean Monnet de la littérature européenne du département de la Charente en 1998 pour "Ciel cruel" (Actes Sud).

Le Prix Jean Monnet de la littérature européenne est un prix littéraire décerné depuis 1995 qui récompense un auteur européen pour un ouvrage écrit ou traduit en français, parrainé et doté par le Conseil Général de la Charente. Le jury est composé d'écrivains, de critiques littéraires et de journalistes (dont Patricia Martin, journaliste à France Inter et critique littéraire au "Masque et la plume", et Henriette Walter, professeur émérite de linguistique).

A lire également : 
"Cent ans" (Gaïa)


"Le livre de Dina"

L'histoire
Automne 1844 dans le nord de la Norvège. Dina, jeune seconde épouse de Jacob, seule à savoir maîtriser le cheval fougueux Lucifer, conduit elle-même chez le médecin, de l'autre côté de la montagne, son mari souffrant de gangrène. Mais le propriétaire du domaine de Reinsnes ne verra jamais le docteur. Quelques heures plus tard, Dina est de retour à la ferme, chevauchant Lucifer à une allure folle. Le traîneau transportant son mari a basculé dans un précipice. Depuis ce jour, Lucifer devient fou à la vue d'un traîneau, Dina perd totalement l'usage de la parole et son comportement fantasque soumet son entourage à rude épreuve. Que s'est-il donc passé dans la montagne ?
Dina est née dans une famille de la bonne société norvégienne, un papa commissaire de police et une maman aimante et douce. Malheureusement, l'année de ses cinq ans, Dina perd sa mère dans un tragique accident domestique dont elle est bien involontairement responsable. Coupable aux yeux de son père, la petite fille est rejetée, ballottée d'un endroit à un autre, livrée à elle-même et peu éduquée. Lorsqu'elle atteint enfin ses seize ans, son père la marie à son meilleur ami, Jacob, veuf de près de cinquante ans et maître du domaine de Reinsnes, comptoir norvégien qui vit du commerce maritime. Deux ans plus tard, Jacob disparaît dans les eaux d'un torrent glacé...

Mon avis :
Une écriture d'une beauté féroce. Une aventure romanesque captivante. Une très belle évocation de l'Histoire de la Norvège du XIXème siècle. Des descriptions extraordinaires d'une nature étourdissante de dureté, de pureté et de liberté. Dina, enfant blessée, se transforme en une jeune femme sauvage, sensuelle, redoutable et affranchie de toute entrave. Des personnages qui gravitent autour d'elle, y compris ses fantômes, aucun n'est secondaire. Ils ont tous leur importance dans ses expériences de la vie. Dans ce roman, Herbjorg Wassmo nous conte bien plus qu'un destin douloureux et ardent. Elle nous brosse le portrait d'une enfant toute seule et délaissée face à un deuil terrible. Elle nous démontre les conséquences tragiques de la lâcheté des adultes dans leur silence, et du poids de la morale et de la religion sur le comportement de la petite fille, sur sa sociabilisation, sur son apprentissage du langage, sur ses dons ignorés.

Une scène magnifique, qui n'est pas sans rappeler "Le festin de Babette" de Karen Blixen, celle d'une fête informelle organisée juste après un incendie réunissant tous ceux qui ont aidé à le circonscrire, fête à laquelle le lecteur est chaleureusement convié et qui éveille délicieusement tous les sens.


Tiré de ce roman, en 2003, "Dina", film du danois Ole Borneda, avec Gérard Depardieu, Maria Bonnevie ("Belle du Seigneur"), Christopher Eccleston ("Docteur Who"), Mads Mikkelsen ("Casino Royale", "Hannibal") et Pernilla August ("Star Wars Episodes I et II").



"Fils de la Providence"

L'histoire :
Comme une forme de malédiction, Benjamin, onze ans, fils de Dina et de feu Jacob, est témoin d'une scène terrifiante impliquant sa mère dans la mort de son amant russe, Léo. Dina, enceinte de Benjamin à la mort de son mari, elle-même orpheline de mère et rejetée pendant son enfance, n'a jamais su et ne saura jamais aimer son petit garçon pourtant avide d'affection, et malgré le lourd secret qui les lie. Heureusement pour Benjamin, sa grand-mère Karen lui transmet l'amour des livres, et Anders, le marin, ne fuit aucune question.
Bien des années plus tard, Benjamin, à présent médecin, reçoit une lettre étrange qui lui demande de venir chercher le violoncelle de Dina à Berlin...

Mon avis :
Si "Le livre de Dina" évoque l'initiation à la vie d'une petite fille blessée, "Fils de la Providence" suit l'initiation à la vie d'un petit garçon blessé, héritier des fantômes de sa mère. Si l'avenir d'une fille se résumait, à cette époque, au mariage, à l'entretien d'une maison et à procréer, le garçon, lui, devait être fort, viril et être capable de nourrir une famille. Aucune faiblesse (et la lecture en était une) ne lui était autorisée. Loin de l'esprit aventureux et des paysages grandioses du premier tome, "Fils de la Providence", écrit en grande partie à la première personne du singulier, est beaucoup plus intime, intérieur. L'histoire se concentre autour de Benjamin, sa sensibilité, son besoin d'être aimé, sa peur de l'abandon et sa soif inépuisable d'apprendre. Des dialogues savoureux sur la philosophie, l'art et la parentalité. Beaucoup de tristesse et de nostalgie dans cette seconde partie mais une très belle étoile d'espoir à la fin.

Encore un clin d'oeil à Karen Blixen à travers le personnage de la très cultivée grand-mère Karen.


"L'héritage de Karna"

L'histoire :
Karna, jeune infirmière, meurt en couches dans les bras de Benjamin, impuissant à la sauver bien que médecin. Ce n'est que quelques semaines plus tard que l'homme apprend qu'il est le père de l'enfant. Les yeux de la petite ne laissent aucun doute sur cette paternité. Assumant ses responsabilités, Benjamin revient en Norvège, à Reinsnes, sur les terres de sa famille, avec sa fille Karna. En chemin, il retrouve Hanna, son amie d'enfance venue l'aider à prendre soin du bébé. Hanna, jeune veuve, mère d'un garçon de trois ans, a perdu la spontanéité de son enfance et son sourire. Benjamin ne la reconnaît plus. Le temps lui a échappé pendant ses années d'études à Copenhague, au Danemark. Pourra-t-il un jour rattraper ce temps perdu ?

Mon avis :
Après "Le livre de Dina" sur le thème de l'enfance, "Fils de la Providence" sur le thème de la paternité, voici "L'héritage de Karna" dont le thème est dans le titre : l'héritage. Bien évidemment, il y a l'héritage familial. Mais à l'aube de la révolution industrielle (on pourrait aussi transposer cette histoire de nos jours), il y a également l'héritage que la société transmet à ses jeunes. L'héritage culturel, social, économique, scientifique, industriel, environnemental, architectural, urbain... Ces dernières pages des aventures de Dina et de tous les autres personnages auxquels nous nous sommes grandement attachés sont beaucoup plus sombres et sans doute un peu pessimistes. Les générations passent, les blessures, les secrets, les ambitions, les déraisons, se répercutent et touchent injustement ceux qui n'en sont pas responsables, les héritiers.

Très belle histoire familiale âpre, féministe, écologiste, réaliste et puissante !

"Patte de velours, oeil de lynx" de Maria Ernestam (Gaïa)


Maria Ernestam est née en 1959 en Suède. Elle vit à Stockholm. Eclectique, elle a multiplié les expériences artistiques (chanteuse, danseuse, mannequin, comédienne, journaliste) avant de privilégier l'écriture. Elle est l'auteur de "Toujours avec toi", "Les oreilles de Buster" et "Le peigne de Cléopâtre".

L'histoire :
Sara, Björn et leur chatte Michka quittent la civilisation trépidante pour s'installer douillettement à la campagne dans une charmante maison fraîchement rénovée. Leurs voisins les plus proches, Agneta, Lars et leur chat Alexander les accueillent avec gentillesse. Tout laissait présager des relations sympathiques s'il n'était le caractère querelleur d'Alexander...

Mon avis :
Les personnages ont tous un point commun : ils ont un chat, animal indépendant et indomptable. Tout commence comme une comédie cocasse et chaleureuse mais l'histoire se transforme vite en cauchemar. Frissons exquis !

"L'enfer de Church Street" de Jake Hinkson (neonoir/Gallmeister)



Jake Hinkson est né en 1975 dans une famille baptiste stricte et fondamentaliste du Sud des Etats-Unis (Arkansas). Voué à être probablement prêcheur comme son père, il traverse une profonde crise religieuse durant sa première année de fac. Plus tard, il abandonne complètement l'Eglise. Il travaille dans une librairie, reprend ses études, goûte à l'alcool. Fan de polars noirs, après dix ans d'enseignement, il publie un recueil regroupant ses articles consacrés au cinéma et un premier recueil de nouvelles.

L'histoire :
Sur le parking désert d'une station Texaco à la sortie de la ville de Sallisaw, en Oklahoma, une petite frappe braque un homme gros, à l'allure inoffensive. Mais Geoffrey Webb n'a rien d'une proie facile. C'est un dur à cuire. Le braqueur n'est plus alors celui qui tient l'arme mais celui qui tient le volant du break pourri. L'obèse propose un marché à son agresseur : en échange de trois mille dollars (son portefeuille est plein à craquer de billets), lui tenir compagnie pendant quatre heures, jusqu'en Arkansas, pour parler. Juste parler.
Geoffrey Webb a connu une enfance difficile. Puis, à l'âge de quinze ans, son oncle, fervent pratiquant baptiste, le prend sous son aile. L'adolescent découvre alors le véritable fonctionnement d'une église, le business de la religion, et décide que ce sera là un avenir très lucratif pour lui. Après ses études supérieures, Geoffrey est nommé aumônier à Little Rock, en Arkensas, où il est chargé d'encadrer un groupe de jeunes. La partie peut commencer. Première étape : séduire la fille du pasteur...

Mon avis :
Voici l'histoire d'un jeune homme ambitieux qui pense pouvoir profiter de la naïveté de gens sincères dans leur foi conservatrice. Mais il va très vite être dépassé par les événements et va sombrer inexorablement dans la spirale du mal et de la violence jusqu'à ce que la peur, la médiocrité et le cynisme annihilent toute étincelle de vie. L'écriture pleine de colère et de douleur résonne comme une revanche. L'enfer sur terre existe bien : ses flammes sont à Church Street.

Un premier roman redoutablement efficace !

"Le Pape, le Kid et l'Iroquois" - Anonyme (Sonatine)



L'auteur :
Ecrivain britannique anonyme, fou et génial. Voilà tout ce que l'on sait de lui. Le reste n'est que rumeurs. Toutefois, si vous voulez tout connaître de son actualité et approcher d'un petit peu plus près cet ovni littéraire, likez vite sa page Facebook ! Vous ne serez pas déçus, M. Mystère est un amour avec ses lecteurs...



Au commencement, il y eut... "Le Livre sans Nom" (Sonatine)...


Aux Etats-Unis, près de la frontière mexicaine, à Santa Mondega, petite ville qui n'existe sur aucune carte, un étranger, voix rocailleuse, petite trentaine, gueule d'ange sous sa cape noire, entre dans le miteux "Tapioca Bar", tenu par Sanchez Garcia. C'est le début d'une semaine de carnage, des centaines de personnes abattues froidement et atrocement par "l'homme à la capuche", le Bourbon Kid.

Cinq ans plus tard, des meurtres horribles sont à nouveau perpétrés. Deux jeunes moines de l'île d'Hubal, Kyle et Peto, sont envoyés par le Père Taos à Santa Mondega pour récupérer par tous les moyens, avant la fête de la Lune, une pierre précieuse et magique, "L'oeil de la Lune". La survie du monde en dépend.
Parallèlement, Miles Jansen, inspecteur en chef des enquêtes surnaturelles, arrive lui aussi à Santa Mondega à la demande du gouvernement américain. Il est assisté d'un policier local, Archie Somers, dit "l'emmerdeur", inspecteur en préretraite, obsédé depuis cinq ans par sa chasse au Bourbon Kid...

Les suites indispensables...

- "L'oeil de la Lune"
- "Le cimetière du Diable"
- "Le Livre de la Mort"




Puis entre en scène un nouveau personnage, l'Iroquois, dans "Psycho Killer" (Sonatine)...

Un mystérieux tueur en série, dissimulé derrière un affreux masque jaune et coiffé d'une crête rouge, sème la terreur à B. Movie Hell. Ses crimes sont d'une sauvagerie extrême. Deux agents du FBI, Jack Munson et Milena Fonseca, sont envoyés sur les lieux pour aider la police locale. Mais ils ne sont pas les bienvenus. La petite ville en apparence tranquille cache peut-être des secrets plus effrayants que l'Iroquois...


Nouvelle aventure : "Le Pape, le Kid et l'Iroquois" (Sonatine)...

Quand deux psychopathes sanguinaires se rencontrent, vous craignez le pire ? Vous avez raison...

Perdue sur une route de campagne, au milieu de nulle part, roulant sous une pluie battante, en pleine nuit, Diane aperçoit enfin une station-service, peu avenante mais seul signe de vie depuis des dizaines de kilomètres. Elle s'arrête, demande le plein de la voiture et boit un café réconfortant quand soudain la porte de la boutique s'ouvre sur un homme, grand, baraqué, veste de cuir rouge, masque jaune, tête de mort, crête rouge. L'Iroquois...

Mon avis (du "Livre sans Nom" à "Le Pape, le Kid et l'Iroquois") :

Du 312ème degré assumé !!!
Un grand n'importe quoi parfaitement organisé et maîtrisé !
Fantastique, science-fiction, romance, gore, thriller, roman noir, western, parodie, kitch, comédie, comédie musicale... Fantômes, médiums, sosies, momies, vampires, loups-garous, zombies, monstres, serial-killers, clows inquiétants, tueurs à gages, mafieux, ripoux, agents secrets, rebelles au grand coeur, un pape improbable... Armes de tous poils, courses-poursuites musclées, bourre-pifs et hémoglobine à flots... Mélange des genres, mélange des influences, mélange des générations, chaque lecteur y trouve son compte... C'est rock, pop, disco... Du roman à l'écran... De l'écran au roman... Le tout défile à un rythme d'enfer... Pas le temps de faire une pause... C'est clair ! Ces aventures fantasmagoriques ne font pas dans la dentelle... mais qu'est-ce que c'est bon !!!
Très habile de sa plume : côté pointe d'acier, l'auteur met en scène nos pires cauchemars et ne nous épargne aucune horreur ; côté duvet, il prend un plaisir sadique et jubilatoire à nous titiller les zygomatiques malgré toute cette tuerie. C'est très malin ! On aime ça ! La bande des Dead Hunters nous manque dès la dernière ligne... Qu'elle nous revienne au complet très très vite !!!



A lire aussi (e-book seulement pour la version française) :

"Sanchez - Un conte de Noël" (Sonatine)


samedi 14 novembre 2015

Paris 13 novembre 2015...



La France pleure une fois encore... Aimons-la !

jeudi 5 novembre 2015

Prochaines présentations : mi-décembre 2015








Joyeux Noël !
Mots du monde à offrir...





"Le Flambeau" d'Agatha Christie (Editions du Masque) - Nouvelles


Agatha Christie (1890-1976), l'une des gloires du roman policier britannique, est née d'un père américain et d'une mère anglaise. Elle signe ses livres du nom de son premier mari, même après son divorce et son remariage avec un archéologue dont elle partagera les travaux. Elle a inventé, dit-on, son premier "mystère" en 1920, pour éprouver la perspicacité de sa soeur, grande lectrice de romans policiers. 

Mon avis :
Ici point de Miss Marple ni de Hercule Poirot. Les petites cellules grises se manifestent autrement dans ce genre que l'on ne connaissait pas (ou peu) chez Agatha Christie, c'est-à-dire le fantastique, ces choses que l'on peut imaginer surnaturelles ou au contraire que l'on peut justifier de manière tout à fait rationnelle. Ces douze nouvelles ont été publiées dans un recueil sous le titre original "The Hound of Death and other stories" en 1933, à une époque où la "médecine de l'âme" est en plein essor. La Première Guerre mondiale a hélas laissé son lot de névroses traumatiques et autres pathologies qui ont imposé au monde médical une avancée importante dans la recherche et le traitement des maladies mentales. Ces nouvelles connaissances se sont répandues au-delà du domaine strictement scientifique et la psychanalyse est devenue très populaire. En ce début du XXème siècle où le poids de l'éducation, de la culture et de la morale est très lourd, les gens cherchent des explications aux actes, aux actes manqués, aux pensées, aux rêves... On  parle de conscient, d'inconscient, d'interprétation, d'hypnose... La psychiatrie attire autant qu'elle effraie. Au travers de ses histoires étranges, Agatha Christie pose d'excellentes questions. Que doit-on penser des prémonitions lorsque l'on a la foi ? Quel regard portent un homme de Loi, un homme d'Eglise, un médecin et un homme de la rue sur ces phénomènes ? Comment faire la différence entre prémonition et intuition ou coïncidence ? La voyance, si elle existe, est-elle un don ou un fardeau ? Comment prémunir les crédules contre la manipulation psychologique ? Quel est le pouvoir de l'art, la musique en particulier pour Agatha Christie (elle rêvait d'être cantatrice), dans notre élévation spirituelle et intellectuelle ?

Léger et intelligent
Drôle et inquiétant
Un inégalable talent

"Le papier peint jaune" de Charlotte Perkins Gilman (Editions Des femmes - Antoinette Fouque)



Charlotte Perkins Gilman (1860-1935) est une sociologue et écrivaine américaine. Abandonnée très jeune par son père, elle se retrouve seule avec son petit frère Thomas et une mère peu aimante, incapable de subvenir à leurs besoins, qui sera aidée par des femmes de la famille, et non des moindres : Isabella Beecher Hooker (suffragette), Harriet Beecher Stowe (auteur du roman "La case de l'oncle Tom") et Catharine Beecher (connue pour ses ouvrages sur l'éducation des femmes). Devenue peintre, en 1884, Charlotte épouse Charles Walter Stetson. De cette union naît la petite Katharine Beecher Stetson. Naissance à la suite de laquelle Charlotte souffre d'une grave dépression post-partum, mais elle n'est pas prise au sérieux, les femmes étant considérées à l'époque comme "sujettes à l'hystérie". Elle consulte toutefois un "spécialiste des nerfs" renommé, le docteur S. Weir Mitchell, qui lui ordonne "de ne plus toucher à une plume, un pinceau ou un crayon de sa vie". Elle raconte dans sa biographie qu'elle avait alors presque perdu l'esprit, comme la jeune femme du "papier peint jaune". En 1894, le couple Stetson divorce. Charlotte confie la garde de Katharine à son père et part en Californie. Elle s'engage alors dans de nombreuses organisations féministes et réformatrices. Très active, elle publie essais, poèmes, pièces de théâtre, romans, nouvelles, écrit dans les journaux, enseigne, donne des conférences, voyage et ne cesse de militer, à travers les Etats-Unis et l'Europe, pour le socialisme et les droits des femmes. Elle se remarie en 1900 avec son cousin Houghton Gilman. Un cancer du sein incurable lui est diagnostiqué en 1932. Elle se suicide en 1935, laissant une lettre dans laquelle elle écrit avoir choisi le chloroforme plutôt que le cancer.

Sa nouvelle "The Yellow Wallpaper" ("La Séquestrée" ou "Le papier peint jaune") a été publiée en 1892 et reste son texte le plus connu. Sous-estimée, aux Etats-Unis comme ailleurs, pendant plusieurs décennies, et notamment après l'obtention du droit de vote des femmes américaines en 1920, Charlotte Perkins Gilman est remise à l'honneur dans les années 1960.

L'histoire :
Ce n'est ni un manoir lugubre ni une maison hantée. C'est une ravissante bâtisse nichée dans la campagne verdoyante et fleurie. Mais ce qui devait être un havre de paix pendant trois mois, un lieu de vacances calme et tranquille, va se transformer en geôle. Un médecin, peu au fait de cette pathologie, prescrit à son épouse, jeune maman souffrant de psychose post-partum, une cure de repos très stricte, dans la plus grande solitude, avec interdiction absolue d'écrire. Ce qui, pour la jeune femme, est un calvaire. Bien qu'elle puisse aller et venir en toute liberté dans la délicieuse résidence, elle s'ennuie atrocement. Elle hait cette chambre, imposée par son époux, dont le vieux papier peint jaune sale lui donne la nausée. Pourtant elle passe des heures à le regarder, à le détailler. Puis, au fil des aubes et des crépuscules, les formes et objets devinés au coeur de chaque lai vont prendre vie, couleur, odeur. Petit à petit, la jeune mère va faire corps avec les murs qui l'entourent...

Mon avis :
Un texte court, lapidaire, qui nous lacère en plein coeur. Les temps de respiration entre chaque bref paragraphe ne sont pas là par coquetterie. Ils sont fondamentalement nécessaires pour nous laisser le temps d'encaisser les coups, de nous imprégner de la souffrance de cette femme, de l'entendre hurler son désespoir, mais aussi de maîtriser nos propres sentiments. La plume est à la fois poétique et cruelle, d'une beauté et d'une puissance déchirantes. Admirable !!!




"The Yellow Wallpaper" est évoqué dans la saison 1 de l'excellente série "American Horror Story" qui dénonce, de manière horrifique et jubilatoire, les tabous et les contradictions de la société américaine.



"Le Treizième Conte" de Diane Setterfield (Plon)



Diane Setterfield, romancière britannique, est née en 1964. "Le Treizième Conte" est son premier roman. Le second, "L'homme au manteau noir", vient de paraître. Son écriture est souvent comparée à celle de Charlotte Brontë. Passionnée de littérature française des XIXème et XXème siècles, elle a consacré sa thèse aux travaux d'André Gide et a enseigné le français jusqu'en 1990, date à laquelle elle a cessé toute vie professionnelle pour se consacrer entièrement à l'écriture.

"Le Treizième Conte" a été adapté pour la télévision britannique en 2013 avec les deux excellentes actrices : Vanessa Redgrave et Olivia Colman ("Broadchurch").

L'histoire :
Près de Cambridge, Margaret Lea seconde son père dans la librairie familiale spécialisée dans les ouvrages anciens. Depuis sa plus tendre enfance, la jeune femme a vécu entourée de livres. C'est dans la boutique qu'elle apprit l'alphabet (Austen, Brontë, Charles Dickens...), qu'elle lut des rapports de hauts faits militaires, des histoires de fantômes, des récits de voyages, des biographies, des journaux intimes..., qu'elle découvrit des langues étrangères, le français en particulier. Son père lui a transmis sa passion, son amour des livres, sa joie de lire. Elle-même auteur de quelques essais, dont l'un consacré aux frères Goncourt, c'est par ce biais qu'elle est remarquée par Vida Winter, écrivain très populaire en Angleterre. Un matin de novembre, Margaret reçoit une longue lettre de la célèbre romancière. Près de soixante ans de carrière, cinquante-six best-sellers, Miss Winter est autant réputée pour sa plume brillante que pour sa beauté froide et ses vies inventées à chaque interview. Mais pour son ultime entretien, elle a choisi de dire enfin la vérité sur son existence. A Margaret. Et à elle seule...

Mon avis :
"On devrait toujours prêter attention aux fantômes, Miss Lea, vous ne croyez pas ?"... Magnifique ode à la lecture et à l'écriture, ce conte gothique mêle habilement réel et imaginaire, et nous entraîne dans un véritable labyrinthe oppressant et cruel. Campagne anglaise au calme inquiétant. Brumes anxiogènes. Bâtisse lugubre. Jardins tourmentés. Silhouettes sépulcrales. Ruines macabres. Personnages tour à tour effrayants et émouvants. Sujet grave que l'enfance et la quête d'identité traité avec une grande sensibilité. Seuls les livres, manuscrits, lettres, journaux intimes..., dans leur lecture ou dans leur rédaction, mènent à la vérité. Un premier roman diablement parfait !!!

"Le Trône de Fer - L'Intégrale 1" de George R.R. Martin (Pygmalion / J'ai lu)





"Laisse les sots voir que les mots te blessent, et leurs quolibets ne te lâcheront pas. S'il leur plaît de te donner un sobriquet, prends-le, approprie-le-toi. Dès lors, ils seront désarmés."
George R.R. Martin
(citation de Tyrion Lannister)





1 - Mes sources

A lire : Magazine "Lire" - Hors-série "Le Trône de Fer"

A écouter :
France Inter - "La Marche de l'Histoire" - "Game of Thrones"

A visiter sur la toile : lagardedenuit.com


2 - George R.R. Martin


1948 :
Naissance à Bayonne, New Jersey, de George Raymond Martin
(il ajoutera le prénom de Richard lors de sa confirmation à 13 ans)

1963 :
Parution dans le magazine "Les Quatre Fantastiques" de sa première lettre de lecteur

1971 :
Master en journalisme à l'université de Northwestern, dans l'Illinois
Première nouvelle, "The Hero", vendue au magazine Galaxy

1972-1974 :
Service social dans les AmeriCorps
à la suite de son objection de conscience à la guerre du Vietnam

1975 :
Premier recueil de nouvelles, "A Son for Lya", qui rafle le Prix Hugo

1977 :
Parution de son premier roman, "L"Agonie de la lumière"

1979 :
Fin de sa carrière de professeur de lettres et déménagement à Santa Fe, Nouveau-Mexique

1984-1990 :
Scénariste pour la télévision,
notamment pour les séries "La Cinquième Dimension" et "La Belle et la Bête"

1996 :
Parution du premier tome du "Trône de Fer", récompensé du Prix Locus

2011 :
Lancement de "Game of Thrones" sur la chaîne câblée HBO


"Quand vous créez un monde, il vous faut, dans la mesure du possible, en maîtriser tous les aspects. Il faut faire de votre mieux, car, parmi vos lecteurs, vous allez trouver des experts dans tous les domaines."
George R.R. Martin


3 - Principaux personnages du "Trône de Fer - L'Intégrale 1"



Peyredragon
          Capitale de l'ancienne famille royale de Westeros, dynastie Targaryen, remise à Stannis Baratheon
                    Maison Targaryen
                    Devise : "Feu et Sang"
                    Emblème : le dragon
  • Le prince Viserys, prétendant "légitime" au Trône de Fer, en exil à Essos depuis le renversement et la mort de son père, Aerys II "le dément", et de son frère Rhaegar
  • La princesse Daenerys, sa soeur, épouse du Dothraki Khal Drogo

Port-Royal
          Capitale du Royaume des Sept Couronnes
                    Maison Baratheon
                    Devise : "Nôtre est la fureur"
                    Emblème : le cerf couronné
  • Le roi Robert, dit "l'Usurpateur" ; Lord Stannis, seigneur de Peyredragon, et Lord Renly, seigneur d'Accalmie, ses frères
  • La reine Cersei, née Lannister, sa femme
  • Le prince héritier, Joffrey, la princesse Myrcella et le prince Tommen, ses enfants

Winterfell
          Capitale du Nord
                    Maison Stark
                    Devise : "L'hiver vient..."
                    Emblème : le loup-garou
  • Lord Eddard (Ned), seigneur de Winterfell et Main du Roi
  • Benjen (Ben), chef des patrouilles de la Garde de Nuit, son frère, porté disparu au-delà du Mur
  • Lady Catelyn (Cat), née Tully de Vivesaigues, sa femme
  • Robb, Sansa, Arya, Brandan (Bran), Rickard (Rickon), leurs enfants
  • Jon le Bâtard (Jon Snow), fils illégitime officiel de Lord Stark et d'une inconnue

Castral Roc
          Capitale de l'Ouest
                    Maison Lannister
                    Devise : "Je rugis"
                    Emblème : le lion
  • Lord Tywin, seigneur de Castral Roc
  • Kevan, son frère
  • Jaime, dit "le Régicide", frère jumeau de la reine Cersei, et Tyrion le nain, dit "le Lutin", ses enfants

Vivesaigues
          Capitale du Conflans
                    Maison Tully
                    Devise : "Famille, Devoir, Honneur"
                    Emblème : la truite d'argent
  • Lord Hoster, seigneur de Vivesaigues
  • Brynden, dit "le Silure", son frère
  • Edmure, Catelyne (Stark) et Lysa (veuve de Jon Arryn), ses enfants

4 - L'histoire

(Extrait de "Aux origines du Trône de Fer" par Estelle Lenartowicz dans le "Lire - Hors-série n°20 - Le Trône de Fer")

          C'est l'enlèvement par le prince Rhaegar (fils aîné du roi Aerys II Targaryen) de Lyanna Stark - alors qu'elle avait été promise à Robert Baratheon - qui, en révélant l'étendue de la folie du dernier roi Targaryen, provoqua la chute de sa dynastie. Accusés de conspiration, Rickard Stark et son fils Brandon sont condamnés à d'atroces tortures par Aerys, qui ordonne ensuite qu'on lui apporte la tête de Robert Baratheon et d'Eddard Stark (Ned), deuxième fils de Rickard, déclenchant ainsi la rébellion.
          Indigné par les caprices meurtriers d'Aerys et par son incapacité à mener une justice libre, Robert Baratheon, dit "l'Usurpateur", tente de s'emparer de la Couronne et met en place une coalition avec les chefs des Sept Royaumes.
          De rudes combats opposent les loyalistes aux rebelles, qui remportent au Trident une bataille décisive. Elle conduira bientôt à l'assassinat du Roi Fou par Jaime Lannister, et au massacre de la plupart de ses descendants.
          Débute alors la dynastie des Baratheon, Robert montant sur le Trône de Fer en 283. Après quinze années d'un règne déclinant, marqué par son désengagement progressif des affaires du royaume et le meurtre de Jon Arryn, sa fidèle Main du Roi, il propose à Ned Stark, seigneur de Winterfell, de reprendre le poste.
          A ce moment précis, qui ouvre le premier tome de la saga du "Trône de Fer",  l'histoire que va raconter George R.R. Martin ne fait que commencer...







5 - Mon avis

          Même si l'on est un bon lecteur, difficile de ne pas frémir d'inquiétude en voyant devant soi l'étendue des cinq "Intégrales" du "Trône de Fer" ! Un kilo, ou presque, d'aventures par pavé ! Mille pages, ou presque, de périples par volume ! Et l'odyssée n'est pas terminée !

          Et bien oui, c'est possible ! On se fond avec aisance et bonheur dans cette longue et puissante épopée tout simplement parce que George R.R. Martin est un génie !

          George R.R. Martin a bâti, chapitre après chapitre, un monde extraordinaire, complexe, sombre, où se jouent les coups les plus nobles comme les plus pervers et retors. "Le Trône de Fer" est une saga brillante. Les intrigues sont machiavéliques et excitantes. Les personnages ne sont qu'ambiguïté. Il n'y a pas de bien. Il n'y a pas de mal. Chacun évolue entre honneur et trahison, conquête et défaite, amitié et haine. 

          Les influences littéraires de George R.R. Martin n'étonneront pas : Homère, Shakespeare, Walter Scott, Tolkien, Lovecraft, "Les Rois Maudits" de Maurice Druon, "Le Nom de la Rose" d'Umberto Eco, mais aussi Stan Lee et les Comics.

          La passion de George R.R. Martin pour l'Histoire est également une évidence. Le Moyen Age tient une place prépondérante dans son univers. Mais on reconnaîtra aussi quelques références à l'Antiquité, à la Renaissance, à certains aspects de l'ère victorienne, et bien sûr à notre histoire contemporaine. Ce n'est pas sans raison que nombre d'historiens s'intéressent à "Game of Thrones".

          Il ne faut pas oublier non plus que George R.R. Martin a commencé son travail de titan il y a vingt-ans. Etonnant visionnaire, ses thèmes ont aujourd'hui une résonance toute particulière : la menace climatique, la place des femmes, la religion, le pouvoir et la difficulté de gouverner, les "gens différents" et les marginaux, le sexe, la violence et la vérité sur la guerre, l'exil, l'enfance. Et force est pour nous, lecteurs, de méditer sur tous ces questionnements.

          Grâce à l'intensité et la construction rigoureuse, méthodique de sa trame, grâce à son sens du détail et du réalisme, grâce au soin qu'il porte au dessin psychologique de chacun de ses personnages, grâce à une narration originale et fluide, grâce à un peu de magie distillée avec parcimonie, George R.R. Martin a su réunir dans un même plaisir et dans une même fièvre des lecteurs de tous horizons culturels. Grâce à son talent de fou, il nous emporte dans ses bagages pour un long voyage riche, intelligent et divertissant !


6 - A voir (évidemment !)

"Game of Thrones" - La série TV multi-récompensée...


7 - Vient de paraître...


Conseillé par Guillaume Bourain de la Librairie "Les Saisons" à La Rochelle, un essai, "Les leçons politiques de Game of Thrones", sous la direction de Pablo Iglesias (leader de Podemos en Espagne) chez Post-éditions.


"Je crois que l'humanité suit une sorte d'évolution morale, et que celle-ci n'est pas achevée. Le problème, c'est que cette évolution est en compétition avec notre côté tribal et meurtrier."
George R.R. Martin

jeudi 1 octobre 2015

Prochaines présentations : début novembre 2015






Littérature et Imaginaire
Des mondes fantastiques...

"Hollywood Monsters" de Fabrice Bourland (10/18)



Fabrice Bourland est né à Libourne (Gironde) en 1968 et vit en région parisienne. Lecteur fervent d'Edgar Allan Poe, d'Arthur Conan Doyle ou de Gaston Leroux, il a toujours été inspiré par la littérature dite "populaire". Dans la collection "Grands détectives" chez 10/18, il est l'auteur d'une série qui mêle polar historique et fantastique et dont le héros, Andrew Singleton, est un amoureux de littérature. Dans les années 2000, il a été collaborateur puis rédacteur en chef du magazine "Nouvelle Donne", à diffusion nationale et entièrement dédié à l'actualité du texte court. Il a également dirigé plusieurs collections. Depuis 2012, il se consacre à l'écriture ainsi qu'à des activités de conseil littéraire et d'animations d'ateliers.

L'histoire :
Le détective privé Andrew Singleton, victime d'une vilaine blessure lors de sa dernière enquête, se voit conseillé par son médecin de quitter Londres quelque temps pour un endroit plus ensoleillé. Le climat de novembre, gris et pluvieux, ne favorise pas sa guérison. En cette année 1938, les nouvelles d'Allemagne et d'Italie ne sont pas rassurantes. Aussi son associé et ami, James Trelawney, organise un séjour à Hollywood. Arrivés à destination, Singleton arpente avec jubilation les bibliothèques tandis que Trelawney participe avidement à toutes les mondanités dans le but de rencontrer, bien entendu, des stars de cinéma. Les trois semaines s'écoulent très agréablement et beaucoup trop vite et les compères vont hélas bientôt reprendre le chemin de l'Angleterre. Après une ultime soirée festive, au milieu de la nuit, de retour vers leur hôtel, Singleton et Trelawney se perdent dans les collines. La brume est épaisse et froide, un décor qui rappelle davantage la lande du Dartmoor que la Californie. Ce que les deux amis vont vivre cette nuit-là dépasse de très loin tout ce qu'ils auraient été capables d'imaginer...

Mon avis :
Un ré-gal !!! Ce roman, véritable petite encyclopédie ludique, est une ode au cinéma américain d'avant-guerre. C'est un hommage sincère et enthousiaste à ces cinéastes, comme Tod Browning, pionniers du septième art, et aux acteurs, plus précisément à ces acteurs au physique particulier du cinéma de genre des années 1930-1940. A la fois roman noir et roman historique, "Hollywood Monsters" dépeint avec beaucoup de justesse le douloureux passage de relais entre l'onirique cinéma muet et un cinéma parlant naissant sur le chemin de tous les possibles.Face à une Europe qui, dans quelques mois à peine, subira l'horreur et les flammes, l'apparente insouciance du microcosme hollywoodien semble irréelle. Dans les fêtes où le champagne coule à flots, on assiste à un étrange ballet de stars, les unes en pleine lumière, les autres au soir de leur carrière : Orson Welles, Bette Davis, Errol Flynn, Carole Lombard, Clark Gable, Katharine Hepburn, Howard Hugues, Jean Harlow, Boris Karloff, Maureen O'Sullivan, Lionel Barrymore, Joan Crawford, Béla Lugosi...Mais derrière les paillettes et le glamour, l'auteur rappelle qu'à cette époque, l'Allemagne nazie n'est pas la seule à répandre des théories eugénistes. Deux ingénieux détectives britanniques, sortes de Sherlock Holmes et de John Watson aux allures de Sam Spade* et de Philip Marlowe*, vont démêler les noeuds d'une affaire monstrueuse et diablement effrayante...

Sam Spade est un détective privé de fiction, personnage créé par Dashiell Hammett et interprété à l'écran par Humphrey Bogart dans "Le Faucon maltais" en 1941.

Philip Marlowe est un détective privé de fiction, personnage créé par Raymond Chandler et interprété à l'écran, dans "Le Grand Sommeil", par Humphrey Bogart en 1946, puis par Robert Mitchum en 1978.


Tod Browning (1880-1962) :
Acteur, réalisateur, scénariste et producteur, son film devenu culte, "Freaks" ou "La monstrueuse parade", inspirera des réalisateurs contemporains comme David Lynch ("Elephant Man"). Il a également réalisé "Dracula" et "La Marque du vampire" avec Béla Lugosi, et "Les Poupées du diable" avec Béla Lugosi et Lionel Barrymore (grand oncle de Drew Barrymore).




A voir :
"Ed Wood", film de Tim Burton sorti en 1994, avec Johnny Deep, Martin Landau et Patricia Arquette, qui retrace la vie du réalisateur américain Ed Wood (1924-1978) et son amitié avec l'acteur Béla Lugosi (1882-1956).






"Trois carrés rouges sur fond noir" de Tonino Benacquista (Folio policier)


Tonino Benacquista est né en 1961 à Choisy-le-Roi de parents ouvriers italiens. Pendant son enfance, il est captivé par les séries télévisées, dont "Les Incorruptibles", qui marquent son écriture. A 18 ans, il commence des études de cinéma et de littérature, rapidement interrompues. Les divers métiers qu'il exerce par la suite sont une source d'inspiration pour ses premiers romans : accompagnateur de nuit aux Wagons-lits ("La Maldonne des sleepings", 1989), accrocheur de toiles dans une galerie d'art contemporain ("Trois carrés rouges sur fond noir", 1990) ou pique-assiette mondain ("Les morsures de l'aube", 1992). En 1991, il publie "La Commedia des ratés" où il décrit la vie des immigrés italiens à Vitry et obtient trois prix littéraires. Avec "Saga" (1997) et "Quelqu'un d'autre" (2001), il quitte le polar et se concentre sur l'individu et ses contradictions. Par ailleurs, il réalise une bande dessinée avec Jacques Ferrandez, "L'Outremangeur", adaptée au cinéma en 2002, ainsi que des scénarios pour la télévision et une pièce de théâtre, "Le contrat". En 2001, il adapte pour le cinéma "Les morsures de l'aube", réalisé par Antoine de Caunes. La même année, avec Jacques Audiard, il coécrit le scénario de "Sur mes lèvres", César du meilleur scénario. Il signe ensuite le scénario du film "De battre mon coeur s'est arrêté", couronné également par le César du meilleur scénario en 2005. En 2004, il publie "Malavita" (adapté au cinéma en 2013 par Luc Besson, avec Robert De Niro, Tommy Lee Jones et Michelle Pfeiffer), puis "Malavita encore" en 2008. "Homo erectus", récit d'hommes réunis au sein d'une confrérie informelle pour raconter leurs histoires d'amour, paraît en 2011. Il publie "Nos gloires secrètes", recueil de nouvelles, en 2013.

L'histoire :
Antoine est un jeune accrocheur de tableaux. Il travaille dans une galerie d'art et prépare avec son collègue un vernissage qui a lieu le soir même. A l'heure du champagne et des petits fours, Antoine ne s'attarde pas. C'est un passionné de billard et ce soir il rencontre le vice-champion de France qui l'a repéré et qui va devenir son entraîneur pour le prochain championnat. Le lendemain matin, Antoine passe à la galerie chercher sa paie. Alors qu'il attend la secrétaire dans le hall, un homme entre, se dirige d'un pas assuré vers la salle d'exposition et le plus naturellement du monde décroche une toile. Antoine est stupéfait. Il s'interpose mais il n'a pas le dessus. L'individu est trop fort. Antoine est déjà évanoui quand une sculpture d'acier lui tombe sur le corps. Il se réveillera plus tard à l'hôpital, amputé de la main droite...

Mon avis :
Une intrigue passionnante qui initie à chaque maillon de la chaîne artistique et marchande de cet univers de l'art pictural. Mais c'est surtout l'histoire d'Antoine, un jeune homme ordinaire, dont les rêves sont brisés, et qui joue les détectives amateurs davantage pour redonner un sens à sa vie et apprendre à maîtriser son handicap que pour retrouver son agresseur. L'art est partout dans ce livre, même dans les choses les plus insignifiantes en apparence. Par exemple, des brouillons de lettres mis bout à bout peuvent devenir un bijou d'écriture. Au lecteur d'être fin limier et d'observer, de percevoir, de ressentir...

"La photo" de Marie Desplechin - Illustrations d'Eric Lambé (Points)



Marie Desplechin est née en 1959 à Roubaix. Journaliste, écrivain, auteur de livres pour enfants et pour adultes, elle participe également à l'écriture de scénarios. Encouragée par Geneviève Brisac, elle publie ses premiers livres : "Rude samedi pour Angèle", "Le sac à dos d'Alphonse" (L'Ecole des Loisirs), puis rencontre un premier succès avec, pour les plus grands, la publication d'un recueil de nouvelles, "Trop sensibles". Elle reçoit le Prix Médicis essai en 2005 pour "La vie sauve", écrit avec son amie Lydie Violet, atteinte de tumeurs cérébrales et décédée cet été.

Eric Lambé est né en 1966 en Belgique. Dessinateur et illustrateur, il a notamment travaillé avec Marie Desplechin sur ses livres "Le sac à main" et "La photo". Depuis 2003, il est professeur à l'ESA Saint-Luc de Bruxelles.

L'histoire :
C'est un dimanche ensoleillé de juin. Des amis, ou plus exactement des connaissances, se croisent tout à fait par hasard à Trouville, en Normandie. L'une d'entre eux va proposer à tous de prendre une photo de groupe. Plus tard, séparément, les six personnages auront le cliché entre les mains et raconteront ce jour d'été, "leur" jour d'été. Il y a Marc, celui qui a immortalisé l'instant, l'observateur, photographe professionnel. Séréna, artiste-photographe célèbre, dotée d'un sacré tempérament. Peter, compagnon occasionnel de Séréna, ancien musicien, star dans sa jeunesse, puis devenu écrivain. Mélanie, à l'origine de la photo, avocate un peu idéaliste. Yasmina, amie de Mélanie, agent de service dans un hôpital, qui ne se sent pas du tout à sa place parmi ces gens. Et une silhouette au fond du jardin...

Mon avis :
On se reconnaîtra tous un peu dans ces portraits à la fois acides et bienveillants, cruels et généreux. Cette photo est totalement révélatrice de toute l'ambiguïté des relations amicales et sociales. De ce roman délicieux, comme pour la photo, chaque lecteur en fera sa propre interprétation. Est-ce utile de préciser que l'écriture de Marie Desplechin est tout en justesse et en sensibilité ?

Un livre intelligent à partager entre amis !

"Les amoureux de l'Hôtel de Ville" de Philippe Delerm (Folio)


Philippe Delerm :
Né en 1950 à Auvers-sur-Oise, il a baigné dès son plus jeune âge dans une atmosphère studieuse et cultivée. Fils d'enseignants, lui-même professeur de Lettres en collège, il épouse Martine, une illustratrice de littérature jeunesse avec laquelle il aura un fils, aussi célèbre que lui, Vincent, auteur-compositeur-interprète. C'est en Normandie qu'il pose ses valises, conquis par "le rythme de vie de la région", et c'est là qu'il prend le goût de l'écriture. Ses premiers textes datent de 1976 mais il lui faut patienter sept ans avant de voir son premier roman édité, "La cinquième saison". Suivent une dizaine de récits jusqu'au succès inattendu de "La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules" propulsé en tête de gondoles en 1997 grâce à l'émission de Bernard Pivot. En mars de la même année, il remporte le Prix des Libraires pour "Sundborn ou les jours de lumière".

L'histoire :
François a quarante ans. Il travaille depuis quinze ans dans une librairie. C'est un solitaire. Il a peu d'amis. Sa vie est assez pathétique et triste. Il ne s'est jamais remis de son enfance bâtie sur un mensonge, peut-être involontaire au départ. Ses parents lui ont toujours fait croire qu'ils étaient les amoureux sur la photo de Robert Doisneau "Le baiser de l'Hôtel de Ville". Plaisanterie ou pas, tout le monde a fini par croire à cette histoire. Le père s'en est totalement convaincu et a obligé sa femme et son fils à construire leur vie familiale et sociale autour de ce scénario, à jouer la comédie en permanence. Pour ne rien arranger, aujourd'hui François est au chômage. La librairie vient de fermer. Il sait qu'il doit rebondir mais ses angoisses le paralysent. Il hait tout ce qui lui rappelle son enfance. Il hait cette photo de Doisneau que l'on voit partout. Et pourtant, inconsciemment, il marche pendant des heures dans les rues de Paris à la recherche de photos en noir et blanc de 1950, comme une forme de nostalgie, comme pour saisir des instants fragiles et éphémères de l'enfant qu'il a été mais qui n'a jamais pu s'épanouir...

Mon avis :
On est au bord de la folie. On ne sait pas si le personnage va sombrer ou se relever. Sa psychologie est complexe. On s'interroge, et on s'inquiète pour lui. Troublant et à méditer...