jeudi 3 octobre 2013

PROCHAINES PRESENTATIONS : MI-NOVEMBRE 2013






"Les Faits Divers dans la Littérature"






"7 FEMMES" de Lydie Salvayre (Perrin)


"7 femmes"
Lydie Salvayre
(Perrin)

Ados / Adultes

Sélectionné pour le Prix Renaudot - Catégorie Essais 2013


Lydie Salvayre est née en 1948 à Autainville. Fille d'exilés espagnols qui ont fuit le franquisme, après une licence de lettres modernes, elle entame des études de médecine et devient médecin-résident dans un hôpital psychiatrique près d'Aix-en-Provence vers la fin des années 1970. En 1983, elle s'installe à Paris et travaille comme psycho-pédiatre dans un dispensaire à Argenteuil. En 1990, son roman "La Déclaration" (Julliard) est salué par la presse. Elle reçoit le Prix Novembre en 1997 pour "La Compagnie des spectres" (Seuil) et ses romans "La puissance des mouches" (Seuil) et "Les belles âmes" (Seuil) sont adaptés pour le théâtre. En 2009, à la demande de France Culture pour le Festival d'Avignon, elle écrit un texte "Matricule des Anges" et elle est accompagnée par le groupe Noir Désir.


Qui sont ces "7 femmes" selon Lydie Salvayre ?
Des femmes pour qui vivre ne suffit pas, pour qui écrire est toute la vie, dont l'oeuvre est l'existence.
Contre toute sagesse et contre toute raison, des femmes qui disent non à la meute de loups régents, qu'ils soient politiques, littéraires, ou les deux, et qui l'écrivent à leur façon.
Des femmes qui se jettent dans la passion sans attendre que le contexte leur soit favorable.
Des femmes qui endurent les blâmes, les réprobations, les excommunications, ou pire, l'ignorance d'une société encore dominée par les hommes.
Des femmes pour qui douleur et création sont liées, pour qui écrire et vivre est une seule et même chose, pour qui vivre sans écrire revient à mourir.
Des femmes, comblées de tous les dons du ciel, qui vécurent presque toutes un destin malheureux, vécurent là où il ne fallait pas, quand il ne fallait pas, et souffrirent d'une douleur "d'être".

"Suivre aveuglément un appel. Mais de qui, mais de quoi ?"
s'interroge Virginia Woolf.


Emily Brontë (1818 - 1848)
Romancière et poète britannique. "Son livre horrifie. Sa brutalité horrifie." écrit Lydie Salvayre. Pour Emily Brontë, la souffrance et la violence, c'est exister. Elle meurt de tuberculose à tout juste 30 ans.

"Les Hauts de Hurlevent" (Le Livre de Poche/Classiques)

"Regardant vers un monde divisé en un gigantesque désordre, Emily Brontë sentit en elle le pouvoir de l'unir en un livre."  -  Virginia Woolf



Djuna Barnes (1892 - 1982)
Journaliste et écrivain américaine. Femme de tempérament, décomplexée, orgueilleuse, violente, insupportable, cruelle avec son entourage, elle passe une majeure partie de sa vie à Paris, à Montparnasse, au milieu des intellectuels français et américains. De retour aux Etats-Unis, son caractère fort et intolérant l'isole de toute vie culturelle et sociale. Elle meurt seule à 90 ans.

"Journal d'une enfant dangereuse" - Nouvelles - (L'Arche)
"Pièces en dix minutes" (L'Arche)


Sylvia Plath (1932 - 1963)
Poète américaine, épouse et secrétaire du poète britannique Ted Hughes. Si ce dernier se fait un nom dans le monde des lettres, elle, passe de désillusions en désespoir mortifère. Blessée par tant d'indifférence, trompée par son mari, seule avec ses deux enfants dans une détresse totale, elle met fin à ses jours. Elle n'a que 31 ans. Ce n'est qu'à titre posthume qu'elle recevra succès et récompenses, notamment le Prix Pulitzer pour l'ensemble de son oeuvre.

"Oeuvres : poèmes, romans, nouvelles, contes, essais, journaux" (Gallimard/Quarto)



Colette (1873 - 1954)
"Plus que sur toute autre manifestation vitale, je me suis penchée toute mon existence sur les éclosions... Le monde m'est nouveau à mon réveil chaque matin et je ne cesserai d'éclore que pour cesser de vivre."
Colette, femme de tous les paradoxes : mondaine et sauvage, sévère et tendre. Mais surtout audacieuse, impertinente, insolente, gourmande, amoureuse, vivante.




Marina Tsvetaeva (1892 - 1941)
"Tout, l'écriture exceptée, n'est rien."
Elle est l'un des plus grands écrivains russes du XXème siècle, dit-on d'elle depuis sa mort. Mais avant, son destin n'est qu'une succession dévastatrice de désespoir et d'horreur. Orpheline de mère à 14 ans, passionnée de littérature française, publiée à 18 ans, femme de convictions et d'aucune concession, elle épouse Sergueï Efron en 1912. Le couple a deux filles, Ariadna (1912) et Irina (1917). Sergueï s'engage dans l'armée blanche. Les conditions de vie sont terribles et Irina meurt de faim. Elle n'a que 3 ans. Les temps sont durs pour les poètes à Moscou. Apprenant que son mari est vivant à Prague, Marina décide de le rejoindre. Elle vit douloureusement son exil, de 1922 à 1939, entre Berlin, Prague et Paris. Elle se confie dans de magnifiques lettres à Rainer Maria Rilke, mais surtout à son grand ami Boris Pasternak. Pourtant, elle continue de publier ses poèmes. Bisexuelle, amoureuse passionnée, un enfant naît en 1925 à la paternité biologique incertaine. Gueorgui. Mour pour sa mère. Gagnée aux idées bolcheviques, Ariadna retourne en URSS en 1937. Sergueï également. Seule avec Mour à Paris, Marina les rejoint en 1939. La même année, Ariadna est arrêtée, torturée, obligée de dénoncer son père, perd le bébé qu'elle attend, et est envoyée au goulag pendant seize ans. Sergueï est arrêté, torturé, mais il refuse de dénoncer sa femme. Atterrée par ce qu'est devenu son pays, Marina se pend en 1941, en laissant une lettre à son fils adolescent. Elle avait 49 ans. Son corps est enterré dans la fosse commune. Sergueï est fusillé quelques mois plus tard.

"Il ne s'agit pas du tout de : vivre et écrire, mais vivre-écrire, et écrire, c'est vivre."

"Oeuvres : Tome 1 - Prose autobiographique" (Seuil)
"Oeuvres : Tome 2 - Récits et essais" (Seuil)
"Marina Tsvetaeva, ma mère" d'Ariadna Efron (Editions des Syrtes)


Virginia Woolf (1882 - 1941)
Ecrivain britannique, faite de contradictions et de violents accès de mélancolie, rongée par les doutes sur sa vie, sur son oeuvre, sur ce que les autres pensent d'elle, solitaire, elle travaille, lit et écrit sans relâche. Elle épouse l'écrivain Leonard Woolf qu'elle estime et respecte infiniment. Ensemble ils fondent une maison d'édition, la Hogart Press. Mais c'est de l'écrivain Vita Sackville-West que Virginia Woolf est amoureuse. Malgré un très honnête succès et une reconnaissance de son oeuvre de son vivant, le monde bascule dans l'horreur et la peur épouvantable de sombrer dans la folie auront raison de ses forces. A 59 ans, elle se suicide dans les eaux de la rivière Ouse, les poches remplies de pierres.

"Une chambre à soi" (10/18)
"Mrs Dalloway" (Folio Classique)
"Correspondance 1923 - 1941" de Vita Sackville-West et Virginia Woolf (Le Livre de Poche/biblio)


Ingeborg Bachmann (1926 - 1973)
Poète, nouvelliste et romancière autrichienne. Son père, membre du Parti National-socialiste, a fait partie du noyau dur des nazis de Carinthie. Bien qu'étant enfant en cette période noire, Ingeborg Bachmann portera toute sa vie sur ses épaules le poids de la Shoah et des monstruosités auxquelles a participé son père. Elle déteste l'Autriche qu'elle fuit constamment : Paris, Londres, Berlin, Francfort, Zurich, Naples et Rome. Belle, réservée, timide, tous les regards se posent sur elle et il se dégage d'elle un charisme unique. Habitée par son grand amour, le poète juif Paul Celan (qui se suicide en 1970), elle attend beaucoup du monde à venir. Elle meurt brûlée vive dans une chambre d'hôtel à Rome. Assommée de somnifères, elle se serait endormie en oubliant d'éteindre sa cigarette.

"Malina" (Seuil)
"Oeuvres" (Thesaurus/Actes Sud)
"Journal de guerre" (Actes Sud)


Mon avis :
Une liberté d'écriture et de ton qui donne un ensemble assez inégal, mais la sincérité de l'amour et de la passion de l'auteur pour ces sept artistes est une évidence. Son admiration pour leur oeuvre et pour leur destin est communicative. Elle donne envie de lire, et c'est bien là l'essentiel !

Un ouvrage très intéressant à découvrir et à partager !


COLETTE

La grande dame brune de la littérature
On se l'imagine toujours entourée de chats, la plume à la main, rêveusement appuyée sur son poing, la mine à la fois mélancolique et insolente, sous la tignasse brune. Grande dame de la littérature, Colette mit longtemps à être reconnue comme telle. Pourtant son écriture n'a pas pris une ride. Emerveillée par la nature, comme elle l'était par la vie, mue par un élan incroyable. Passionnée par tout ce qu'elle put entreprendre, Colette était d'abord une écrivaine appliquée, passant des heures à la table de travail pour sculpter d'un ton limpide des histoires au charme lumineux, autant de bribes du puzzle d'une vie enflammée.

Parfums de scandales
1873 - Sidonie Gabrielle Colette naît à Saint-Sauveur-en-Puisaye (Yonne). La maison natale conservera une place idyllique dans l'imaginaire de Colette. Son enfance est marquée par le ravissement de la nature et une découverte émerveillée de la littérature.
1893 - A vingt ans, Colette, qui a pris pour prénom le nom de son père, épouse Henri Gauthier-Villars, dit Willy, homme de lettres et Don Juan invétéré. Ils s'installent à Paris et fréquentent les salons que Colette ravit avec ses souvenirs d'enfance. Willy la pousse à rédiger ces récits et publie, sous son propre nom, la série des "Claudine". Il lui en restituera la maternité en 1909. Les romans porteront alors les deux noms.



1906 - Colette et Willy se séparent. Elle fait scandale au Moulin-Rouge en se dénudant dans "Rêve d'Egypte" avec la marquise de Belbeuf, surnommée Missy, avec laquelle elle entretient une liaison.




1912 - Mort de sa mère, Sido. Enceinte, Colette épouse Henry de Jouvenel. Leur fille, Colette, surnommée Bel-Gazou, naît en 1913.
1923 - Parution du "Blé en herbe". Colette entretient alors une relation avec son beau-fils, Bertrand de Jouvenel. Se dessine-t-elle à travers la Dame en blanc qui séduit le jeune Philippe ? Le couple divorce en 1925.

1936 - Colette publie "Mes apprentissages", son autobiographie. L'année suivante, elle s'installe avec Maurice Goudeket dans l'appartement du Palais-Royal, à Paris, où elle finira ses jours.
1943 - Parution de "Gigi", qui sera adapté à Broadway avec Audrey Hepburn. En 1945, Colette est élue à l'Académie Goncourt.
1954 - Paralysée depuis plusieurs années par une sévère arthrose, elle meurt le 3 avril. L'Eglise lui refuse un enterrement religieux mais l'Etat lui organise des funérailles nationales dans la cour du Palais-Royal.


Sido
Sidonie, la mère de Colette, est un personnage central de l'oeuvre et de la vie de l'écrivaine. Femme généreuse et lumineuse, elle a appris à sa fille à s'émerveiller de la nature et lui a surtout transmis le goût de la liberté. Colette lui rend hommage dans "Sido" mais aussi dans "Naissance du jour".

Figures de femmes

Qui mieux que Colette a su dépeindre les aspirations et les sentiments des femmes de son temps, en quête de liberté, de reconnaissance, mais aussi d'amour et de sensualité ? On connaît Claudine, l'adolescente naïve et intrépide ; mais aussi Gigi, éduquée pour faire son entrée dans le monde ; Renée, qui vit la bohème, de théâtres en cabarets dans "La vagabonde" ; et Vinca, qui, dans "Le blé en herbe", voit l'enfance et ses innocentes amours s'éloigner.


Gourmande touche-à-tout
Ecrivaine, comédienne, Colette fut aussi une journaliste prolifique. En 1932, elle ouvre également un magasin de produits de beauté rue Saint-Honoré, à Paris ! Elle mène tout avec une insatiable curiosité et un appétit d'expériences, une intense soif de vivre, hérités de sa mère.

Marie-Valentine Chaudon
Magazine Muze - Juillet 2008





"LE BLE EN HERBE" de Colette (Librio)


"Le blé en herbe"
Colette
(Librio)

Ados / Adultes


L'histoire :
Phil et Vinca se retrouvent, comme chaque été depuis leur enfance, en Bretagne, au bord de la mer. Mais cette année, quelque chose a changé. Leurs jeux ne sont plus aussi joyeux ni spontanés. Les deux jeunes gens ont seize et quinze ans. Ils sont gênés, rougissants, silencieux. A côté de Phil, déstabilisé par une vague de sensualité qu'il ne contrôle pas, Vinca semble étrangement sage et raisonnable, un peu trop adulte, ayant déjà tiré un trait sur sa jeunesse. Phil cherche à comprendre, lorsqu'il croise le chemin d'une mystérieuse Dame en blanc...

Mon avis :
Les mots de Colette éveillent tous nos sens. Ses descriptions "innocentes" et poétiques de la nature, en parallèle avec les émois amoureux et les tressaillements de deux adolescents, sont d'une sensualité bouleversante : la moiteur de l'été, la rosée sur les jeunes feuilles vertes, les boutons qui s'offrent au jour, le blé mur prêt à couper... Juste délicieux !
Mais avec la découverte de la passion et de l'initiation à l'amour, Colette n'écarte pas la nostalgie de voir l'enfance s'éloigner, de perdre déjà un pan de sa vie, ni la douleur d'un sentiment non partagé.

Magnifique !!!


"LE FANAL BLEU" de Colette (Fayard)



"Le fanal bleu"
Colette
(Fayard)

Ados / Adultes


Colette nous affirme, ou tente de se persuader elle-même, que l'âge n'a aucune prise sur les sens. "Rien ne dépérit, c'est moi qui m'éloigne", dit-elle. Pourtant... c'est bien avec nostalgie, amertume et tristesse parfois, qu'elle confie, sous la douce complicité tamisée de son fanal recouvert de papier bleu, quelques pages de sa vie : son pupitre-table bricolé qui l'accompagne partout depuis un quart de siècle ; ses proches qui l'ont quittée pour toujours ; les gourmandises de Genève ; les douceurs de Bruxelles ; son ancienne maison et les délices ensoleillés de Provence ; ses chats, ses chiens, et tous ses "visiteurs du soir", animaux de passage au Palais-Royal ; le jardin d'enfants ; la nature, présente dans toute son oeuvre ; se pâmer pour un bon vin ; la joie d'aller au théâtre ; la douleur physique qui la cloue à son fauteuil ; ses voisins attentionnés, Jean Marais et Jean Cocteau ; l'anniversaire de ses soixante-quinze ans ; les lettres et les cadeaux étonnants qu'elle reçoit chaque jour ; ses mots merveilleux qui nous mettent les larmes aux yeux sur son amie de toujours, Marguerite Moreno, son âme-soeur, cinquante années de bonheur et de fidélité que la mort a brisées ; les bijoux en or, seul luxe auquel elle avoue succomber ; le feu dans la cheminée qui rythme ses jours et ses nuits ; ses insomnies ; le clap de fin lorsque l'on pose l'outil d'écriture...

Dernier ouvrage de Colette. Un texte intime et bouleversant d'une amoureuse de la vie jusqu'au dernier mot. Très émouvant !

jeudi 5 septembre 2013

PROCHAINES PRESENTATIONS : DEBUT OCTOBRE 2013



Ecrivaines maudites
Scandaleuses insoumises
Passionnées bouleversantes


"RENDEZ-VOUS EN SEPTEMBRE" d'Anne Vantal (Gallimard Scripto)



"Rendez-vous en septembre"
Anne Vantal
(Gallimard Scripto)

Dès 14 ans


Anne Vantal, née en 1956, a d'abord travaillé en parallèle pour la presse et pour différentes maisons d'édition. Dans ce cadre, elle a signé des ouvrages documentaires et plusieurs beaux-livres sur des sujets divers. En 2003, elle décide de se tourner vers la littérature jeunesse et publie "Pourquoi j'ai pas les yeux bleus ?" chez Actes Sud Junior. En 2005, son deuxième roman, "Chère Théo", est couronné par le prix Sorcières. Depuis, elle explore, au travers de romans destinés aux enfants et aux adolescents, les thèmes qui lui sont chers : les relations familiales, le rapport à l'identité ou la construction de la personnalité au fil de l'enfance. Elle est également l'auteur de deux pièces de théâtre, dont l'une destinée au jeune public. Mère de trois grands enfants, Anne Vantal vit avec son compagnon entre la Bourgogne et Paris.

L'histoire :
Ce 6 juillet, ils fêtent le bac et les vacances. Sur la photo, ils sont onze camarades de la classe de Terminale S. Ils ont tous reçu le Graal pour l'avenir. Ils sont heureux et insouciants. Mais en septembre, que seront-ils devenus ? Qui seront-ils ?...

Mon avis :
Onze destins. Onze portraits courts. Un style direct, sans détours, et des mots d'une émouvante justesse pour décrire comment chacun de ces jeunes va, en quelques semaines à peine, acquérir une nouvelle maturité. De cet été de leurs dix-huit ans vont naître des adultes. Ce passage ne se fera pas sans douleur. Pour aucun d'entre eux.

Bouleversant !


"LES DEBUTANTES" de J. Courtney Sullivan (Le Livre de Poche)



"Les débutantes"
J. Courtney Sullivan
(Le Livre de Poche)

Ados / Adultes

Prix des lecteurs 2013


J. Courtney Sullivan, née en 1982, est écrivaine et journaliste américaine. Diplômée de Smith College à Northampton, Massachusetts, en 2003, elle travaille actuellement au New York Times.

Smith College, située à Northampton dans le Massachusetts, est la plus grande université féminine privée des Etats-Unis et se classe régulièrement parmi les meilleures universités en sciences humaines du pays. Parmi les anciennes élèves, on peut reconnaître Margaret Mitchell (1922), Nancy Davis Reagan (1943), Barbara Pierce Bush (1947), la poétesse Sylvia Plath (1955).


L'histoire :
Elles se sont rencontrées à l'Université de Smith à Northampton et sont devenues inséparables. Celia, issue d'une famille d'immigrés irlandais catholiques. Sally, riche fille à papa orpheline de mère. Bree, poupée Barbie déjà fiancée à son Ken. April, hippie écolo et ardente féministe. Aujourd'hui, en 2006, quatre ans après la remise des diplômes et leur entrée dans la "vraie vie", elles sont excitées de se retrouver au mariage de Sally, la première à franchir cette étape. Celia, Bree et April sont les demoiselles d'honneur. Comme elles pouvaient s'y attendre, une vague de souvenirs et de nostalgie submerge très vite les quatre amies...

Mon avis :
Un très intelligent mélange entre "Sex and the City", "Le Journal de Bridget Jones" et "Friends". Sur un ton léger, enlevé, très drôle et émouvant, on découvre des filles qui se rêvaient comme dans un roman de Jane Austen. De leur vie étudiante exaltée et passionnée dans ce lieu unique qu'est l'Université de Smith, à leur entrée dans le "vaste monde", on partage avec elles leurs déceptions face à la brutalité du contraste entre ce qu'elles imaginaient et la réalité de la vie.
Illustrés de références à la littérature américaine (John Updike, John Irving, Flannery O'Connor, Eudora Welty, Sylvia Plath*...) et à la poésie britannique (Philip Arthur Larkin, Alfred Tennyson, William Shakespeare, William Butler Yeats, John Keats, Lord Byron...), les héroïnes nous immergent totalement dans leurs questionnements et leurs réflexions sur la condition des femmes de nos jours aux Etats-Unis.

Brillantissime !


Nous évoquerons Sylvia Plath le mois prochain pour "Les écrivaines maudites"*


"LES MOTS DU PASSE" de Jean-Michel Denis (Pocket)


"Les mots du passé"
Jean-Michel Denis
(Pocket)

Ados / Adultes

Grand prix "Femme Actuelle" - Roman de l'été 2013


Jean-Michel Denis, né en 1959, est enseignant. "Les mots du passé" (Les Nouveaux Auteurs, 2012) est son premier roman, écrit après plusieurs nouvelles.


L'histoire :

Lyon - Automne 2003
Nina, étudiante en Histoire, achève la rédaction de son mémoire de Maîtrise. Son professeur ayant dû prendre un long congé de maladie, elle a rendez-vous ce matin avec son remplaçant. Craignant d'être en retard, elle grimpe les escaliers en courant, bouscule un couple, et arrive essoufflée devant la porte du bureau. Elle frappe plusieurs fois. N'obtenant pas de réponse, elle se permet d'entrer. Elle découvre alors sur le sol un corps sans vie, un revolver près de lui et du sang partout. Elle s'évanouit...

La Rochelle - Eté 2003
Au large des côtes rochelaises, entre les îles de Ré, d'Aix et d'Oléron, navigant tranquillement sous un ciel caniculaire, Louis Maller profite de ses vacances avec son fils Simon. Mais bientôt, il est contacté par l'agence de location du bateau. Il doit appeler d'urgence son père à Paris...

Pierre Maller a quatre-vingts ans. Malgré tout l'amour qu'il porte à son fils Louis, il a été un père distant, silencieux, à l'écart du cocon familial. Son épouse et lui se sont beaucoup aimés. Leurs liens étaient forts et sincères, bien au-delà des non-dits. Marie avait compris que Pierre portait sur ses épaules le poids de lourdes blessures. Marie s'est éteinte de la maladie d'Alzheimer sans que Pierre ait pu lui révéler quoi que ce soit. Pourtant, un événement vient de se produire et il n'a plus le choix. Il doit confier son passé à Louis...

Mon avis :
Avec beaucoup d'émotion et un suspense grandissant, on "écoute" les confidences d'un vieil homme qui n'avait que dix-sept ans lorsque la guerre a été déclarée en 1939. Très vite, il va perdre sa naïveté et son idéalisme. Très vite, il va découvrir l'horreur, l'abjection, la barbarie. On "écoute" sa foi en ses amis, en celle qu'il a aimée, en tous ces hommes et ces femmes courageux qui ont croisé son parcours. On "écoute" aussi ses vagues de doutes, de désillusions et de découragements. Entre les souvenirs heureux et douloureux, entre le passé et le présent, entre les regrets et les espoirs, ce texte brillamment écrit, intelligent, dépasse le récit historique. C'est un message fort sur la mémoire.

Un roman captivant et passionnant de bout en bout ! A dévorer !


Ce livre est à conseiller tout particulièrement aux lycéens. Vous aimerez aussi "Le Club des Incorrigibles Optimistes" de Jean-Michel Guenassia (Albin Michel), Prix Goncourt des lycéens 2009.


jeudi 8 août 2013

PROCHAINES PRESENTATIONS : DEBUT SEPTEMBRE 2013




Rentrée de septembre

Une nouvelle aventure...





"LES ENFANTS DU ROI" de Sonya Hartnett (Les Grandes Personnes)



"Les enfants du Roi"
Sonya Hartnett
(Les Grandes Personnes)

Dès 12 ans


Sonya Hartnett, née en 1968, vit à Melbourne (Australie). Parmi les nombreuses récompenses qu'elle a reçues pour son travail, citons, en 2008, le prestigieux Prix suédois Astrid Lindgren. 


Contexte historique :

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, en Grande-Bretagne, ont été organisées des évacuations d'enfants de grandes villes menacées de bombardements vers des zones rurales jugées moins risquées. En général, les enfants partaient avec leur école, ou au moins leur classe, vers un village où ils étaient répartis dans des familles volontaires. Un million d'enfants ont été ainsi évacués. C'est l'un des plus grands mouvements de personnes jamais réalisés dans l'histoire du Royaume-Uni.


L'histoire :
A Londres, au début de la Seconde Guerre Mondiale, à la nuit tombée, toutes les lumières de la ville s'éteignent, et les volets et les rideaux de chaque demeure se ferment à cause d'éventuels bombardements aériens. Ce soir-là, le riche Humphrey Lockwood profite de la fin d'un jeu de cache-cache endiablé avec ses deux enfants pour leur annoncer qu'il est temps pour eux et pour leur mère de se mettre à l'abri à la campagne chez leur Oncle Peregrine. Jeremy, l'aîné âgé de quatorze ans, n'est pas d'accord du tout et se sent suffisamment fort pour être utile à Londres. Mais son père tient bon.
Le lendemain, Jeremy, Cecily, sa soeur de douze ans, et leur mère Heloise prennent le train en Première Classe. A chaque gare qu'ils traversent, ils sont surpris et choqués de découvrir un océan d'enfants de tous âges, de tous milieux sociaux, des évacués qui n'ont pas la chance, eux, de voyager en famille et qui ignorent tout de l'endroit et des gens qui vont les accueillir.
Touchée, Cecily insiste auprès de sa mère pour adopter l'un de ces enfants jusqu'à ce que la guerre soit finie. De mauvaise grâce, Heloise cède et Cecily entreprend le choix d'un évacué de la même manière qu'elle choisirait une poupée dans un magasin de jouets. Son attention se porte sur May, une petite fille de dix ans aux cheveux noir corbeau et aux yeux bleu cobalt.
Maladroite, Cecily se montre très condescendante envers May et insiste sur la fortune de son père. Chez l'Oncle Peregrine, elle présente son invitée comme s'il s'agissait un petit chien, se moque volontiers d'elle et ses mots sont cruels.
Mais très vite, Cecily va s'apercevoir que May n'est pas un jouet, qu'elle sait parler et qu'elle n'a pas sa langue dans sa poche. De plus, une mystérieuse complicité et un respect mutuel semblent naître entre la petite évacuée et le vieil Oncle Peregrine...

Mon avis :
Dans le reflet de cette histoire fantastique et irréelle, se projette l'Histoire de la Grande-Bretagne et l'origine de toutes les guerres : la folie du pouvoir.
Loin de Londres et des grandes villes, protégés dans les campagnes, les enfants, tenus à l'écart de la réalité et de l'horreur de la Seconde Guerre Mondiale, n'en sont pas moins conscients de la tragédie qui se joue autour d'eux.
Cette histoire est celle de la vie d'une famille dans la tourmente. Il n'y a pas de héros. Juste des êtres qui cherchent leur place, leur rôle, leur devoir dans un monde à feu et à sang. Certains vont décevoir, mais d'autres vont surprendre par leur courage. Et puis, il y a cette petite fille, étrangère à la famille, qui porte sa peine, elle aussi, et qui illumine le bout du tunnel.
Longtemps gravé dans notre esprit, ce très beau texte suscite bien des réflexions individuelles ou collectives.

A lire en famille !


"L'ECHO DES MORTS" de Johan Theorin (Le Livre de Poche)


"L'écho des morts"
Johan Theorin
(Le Livre de Poche)

Ados / Adultes

Prix du meilleur roman policier suédois 2007
Prix Clé de verre 2009


Johan Theorin, écrivain et journaliste suédois, est né en 1963 à Göteborg. Il passe depuis l'enfance tous ses étés sur l'île d'Öland, au sud-est de la Suède, où se situe l'intrigue de ses trois romans : "L'heure trouble", "L'écho des morts" et "Le sang des pierres" (Albin Michel).

L'histoire :
Un couple de jeunes cadres aux revenus confortables choisit de quitter Stockholm, ville devenue trop bruyante et trop agitée pour eux, pour installer leurs deux enfants dans un milieu naturel et calme, l'île d'Öland. Leur nouveau refuge est une vaste demeure qui était autrefois destinée aux gardiens de phares et à leurs familles. La particularité de la propriété est qu'elle est, en effet, encadrée par deux phares jumeaux sur lesquels on raconte beaucoup d'histoires et de légendes. En ce début d'hiver qui s'annonce rude, tandis que le couple se familiarise avec les lieux, trois malfrats bourrés d'amphétamines commettent des cambriolages dans le coin ; et Tilda, une jeune recrue de la police de proximité prend son tout premier poste sur l'île.
Un drame va malheureusement anéantir la jeune famille. Un soir, la mère, Katrine, est retrouvée noyée à quelques mètres seulement de chez elle. Son mari, Joakim, va devoir faire preuve de beaucoup de courage et d'efforts sur lui-même pour protéger ses enfants d'un univers, tant humain que naturel, et peut-être même surnaturel, très hostile...

Mon avis :
Un thriller vraiment oppressant qui raconte l'histoire d'une famille sur plusieurs générations viscéralement liée à la mer, avec, bien sûr, dès que l'on parle de la mer et de paysages naturels indomptables, son lot de violentes tempêtes, de drames et de tragédies qui trouvent leur explication dans l'étrange, le fantastique, les légendes, les fantômes.

Excellent !


"AVANT D'ALLER DORMIR" de S.J. Watson (Pocket)



"Avant d'aller dormir"
S.J. Watson
(Pocket)

Ados / Adultes

Prix SNCF du polar 2012


S.J. Watson est un auteur anglais né en 1971. "Avant d'aller dormir" (Sonatine) est son premier roman. Il vit à Londres et a travaillé au sein du NHS (système de santé public du Royaume-Uni) durant plusieurs années. Ridley Scott a acheté les droits d'adaptation cinématographique de ce roman.

L'histoire :
Ce matin-là, Christine se réveille nue auprès d'un inconnu, dans une chambre dont elle ne se souvient pas. Sur les photos accrochées dans la salle de bain, aucun visage ne lui est familier et l'alliance qu'elle porte à la main gauche est un véritable mystère. L'inquiétude devient cauchemar lorsqu'elle ne reconnaît pas son propre reflet dans le miroir. L'homme de la chambre, Ben, lui explique alors qu'ils se sont mariés en 1985, qu'elle a aujourd'hui quarante-sept ans et qu'elle a de grosses pertes de mémoire suite à un grave accident survenu quand elle avait vingt-neuf ans. Depuis, c'est le même rituel chaque matin : lui raconter les années écoulées, leur vie, leur histoire d'amour, l'accident, l'amnésie. Il suffit qu'elle s'endorme pour de nouveau tout effacer...

Mon avis :
Un thriller redoutable ! L'auteur a le souci du réalisme et des détails : la vie quotidienne et l'état psychologique et intellectuel de Christine qui a perdu vingt années de vie et de souvenirs et qui découvre un siècle tout nouveau pour elle, sa solitude, ses doutes, ses angoisses, ses terreurs, car sa situation est effrayante ! Il décrit aussi l'inquiétude et la lassitude de ses proches. Mais aussi le machiavélisme de certains, car le handicap de Christine la rend vulnérable, telle une souris prise au piège entre les griffes de plusieurs chats. Lequel est le plus dangereux ?


"LE DIABLE SUR LES EPAULES" de Christian Carayon (Pocket)



"Le Diable sur les épaules"
Christian Carayon
(Pocket)


Ados / Adultes

Prix "Ca m'intéresse Histoire" du polar historique 2012



Christian Carayon, agrégé d'Histoire et professeur en lycée, vit dans la Sarthe. Véritable cinéphile, il est également féru d'écriture depuis son enfance. Il a signé avec "Le diable sur les épaules" (Les Nouveaux Auteurs, 2012), son premier roman, un thriller historique se déroulant dans le Tarn.


L'histoire :
Charles Purseau est un professeur d'Histoire brillant que tout prédestine à une carrière universitaire. Pourtant, il choisit d'enseigner dans un lycée national à Toulouse où il devient austère et ennuyeux.
En 1907, une forte tête s'installe sur les bancs de sa classe. Malgré des débuts difficiles, Charles Purseau s'attache vite à cet élève vif, doué et intelligent, Martial de la Boissière.
Quelques années plus tard, après la guerre, en 1923, ami de la famille, secrètement amoureux de Camille, la fille de Charles, Martial assiste plein de chagrin aux obsèques de son ancien professeur. Il souffre d'autant plus que Camille, à présent institutrice, est fiancée à Edouard. Blessé, il s'éloigne de sa bien-aimée et reprend le domaine viticole et équestre hérité de son grand-père.
C'est Camille qui, l'année suivante, appelle son ami d'enfance, mais aussi le détective amateur remarquable qu'il est devenu au sein du Cercle Cardan, après une mort suspecte dans son village dont personne ne s'émeut car la victime n'était qu'un vieux valet de ferme ivrogne qui a bravé les interdits et en a payé le prix. Chacun sait, au pays, qu'il ne faut pas s'approcher du Pas-du-Diable...

Mon avis :
Que les amateurs des aventures de Sherlock Holmes se réjouissent ! La relève est assurée de ce côté-ci de la Manche, sur notre bel hexagone, grâce à Christian Carayon et à son très sympathique personnage, Martial de la Boissière, que nous espérons retrouver dans d'autres enquêtes.
Entre les histoires de fantômes de Walter Scott et le chien des Baskerville de Conan Doyle, voici une énigme captivante, complexe, fourmillant d'indices et de rebondissements, qui nous anime et nous met toutes les cartes en main pour jouer, nous aussi, au détective et assembler tous les morceaux du puzzle.
C'est aussi une reconstitution historique, sociale et humaine, passionnante d'un petit village du Tarn dans les années 1920. Un village planté au coeur d'une campagne partagée entre une vallée nourricière et une forêt sombre pleine de secrets et de dangers. Un village qui panse ses blessures encore vives de la Première Guerre Mondiale. Un village qui pleure trente pères, fils, frères, époux, fiancés. Les autres, ceux qui sont revenus de l'enfer, sont brisés à jamais dans leur chair et dans leur esprit. Les légendes, les croyances et les superstitions qui se murmurent de génération en génération, de foyer en foyer, révèlent en réalité la peur et l'ignorance, et occultent le rationnel au détriment de la raison et de la vérité.
Parviendrez-vous à découvrir ces fantômes qui hantent les lieux ? A vous de dégainer vos cellules grises et votre sens de l'observation !

Tout simplement excellent !


samedi 29 juin 2013

PROCHAINES PRESENTATIONS : DEBUT AOÛT 2013


Vacances féeriques !
Cocktails diaboliques !
Un zeste de fantastique !

"LES DISPARUS DE SAINT-AGIL" de Pierre Véry (Folio Junior)


"Les disparus de Saint-Agil"
Pierre Véry
(Folio Junior)

Seine et Marne, France

Dès 11 ans


Pierre Véry, romancier et scénariste, est né en 1900 à Bellon (Charente). Les paysages charentais formeront les décors de "Pont-Egaré", "Goupi-Mains rouges" et "Métamorphoses". Le goût du jeune Pierre pour la fiction lui vient de sa mère qui berce son enfance de légendes locales et qui alimenteront ensuite son univers romanesque. Son père, professeur de mathématiques, finit par perdre son poste en raison de ses activités politiques. D'abord lycéen à Angoulême, Pierre Véry devient élève au pensionnat de Sainte-Marie de Meaux en 1913, année du décès de sa mère. Il y crée la "société secrète des Chiche-Capon", dont le but est de trouver les moyens de se rendre en Amérique, et qui lui inspirera, adulte, ses romans "Les disparus de Saint-Agil" et "Les Anciens de Saint-Loup". En 1915, il rejoint à Paris son père devenu marchand d'étoffes. Plusieurs petits métiers plus tard, et quelques courses cyclistes et tentatives de tour du monde avortées, il ouvre en 1924 "La Galerie du Zodiaque", une librairie d'occasion. Il commence à côtoyer le monde littéraire, rédige quelques articles pour le "Journal Littéraire" et le "Paris-Journal", et publie quelques nouvelles. Son premier roman, "Pont-Egaré", en 1929, obtient un succès d'estime et se retrouve dans les sélections des Prix Renaudot et Fémina. Mais c'est l'année suivante qu'il reçoit le tout premier Prix du Roman d'Aventures pour "Le Testament de Basil Crookes", un roman policier, et un très bel accueil du public. Véry décide alors de s'engager dans la fiction policière, ou plutôt ce qu'il va qualifier lui-même de "romans de mystères", mélange de merveilleux, de fantastique, de peur et d'aventures. Il s'éteint en 1960 des suites d'un accident cardiaque.



D'après le roman paru en 1936, "Les disparus de Saint-Agil", film français de 1938, a été réalisé par Christian-Jacque, sur des dialogues de Jacques Prévert, avec Erich Von Stroheim et Michel Simon. On peut reconnaître également , parmi les "élèves" : Mouloudji, Charles Aznavour et Serge Réggiani. On dit que Pierre Véry était très fier de cette adaptation.


L'histoire :
Sous une pluie battante, Prosper Lepicq, avocat, et son secrétaire Jugonde déterrent, quelque part dans Meaux (Seine et Marne), un bien étrange trésor : une caissette contenant un crâne, le squelette d'une main, quelques ossements jaunis, et un rouleau de parchemin protégé dans une bouteille scellée à la cire. Sur le document, vingt noms que Lepicq recopie avec soin avant de replacer le tout sous terre.
Vingt ans plus tôt, à la pension privée de Saint-Agil de Meaux, Mathieu Sorgues, dit "numéro 95", jeune élève poitevin de seize ans, quitte à pas de loup le dortoir endormi pour s'isoler dans la salle de classe de sciences naturelles, véritable cabinet de curiosités assez effrayant dans l'obscurité de la nuit. Comme d'habitude, il commence d'abord par allumer une bougie dans le crâne du squelette baptisé Martin. Puis, il s'empare d'un coffret caché sous une planche de l'estrade qui renferme, entre autres secrets, un paquet de cigarettes anglaises. Le lendemain, le numéro 95 sera le premier garçon à disparaître de l'établissement...

Mon avis :
Une délicieuses atmosphère qui rappelle "La gloire de mon père" de Marcel Pagnol, les aventures de Tintin, et l'école de Poudlard de "Harry Potter". A la lecture de cette histoire, reviennent spontanément à notre mémoire collective l'odeur des vieux pupitres en bois, le grattement de la plume sur le papier, l'angoisse de la tache d'encre, les images d'Epinal des livres d'Histoire, le nuage blanc autour du tableau noir que l'on efface, les "bons points", le goût du pain et de la barre de chocolat du "quatre-heures", le gros savon de Marseille poisseux fixé au-dessus du lavabo, le parfum mêlé de cire et de poussière des couloirs, les tabliers en grosse toile grise accrochés aux porte-manteaux... Au-delà de l'époque qu'il décrit, l'auteur touche par ses souvenirs de l'enfance qu'il a gardés intacts et qu'il nous fait partager : le goût de l'aventure, de la découverte de grands espaces, de territoires inconnus, la débrouillardise, la fascination pour la peur, les mystères et les secrets, mais surtout la force de l'amitié.

Une petite merveille à partager en famille !

"LE GRAND SOMMEIL" de Raymond Chandler (Folio policier)


"Le grand sommeil"
Raymond Chandler
(Folio policier)

Los Angeles, Californie, USA

Ados / Adultes


Raymond Chandler est né en 1888 à Chicago, dans l'Illinois. Installé en Angleterre à l'âge de huit ans, après le divorce de ses parents, avec sa mère d'origine irlandaise, il est naturalisé citoyen britannique. Il rentre aux Etats-Unis avec sa mère en 1912 et se prépare à des études de comptabilité. En 1917, il s'engage dans l'armée canadienne et combat en France. Après l'Armistice, il s'installe à Los Angeles, épouse une femme plus âgée que lui, Cissy Pascal, et exerce divers petits métiers. Son premier roman, "Le grand sommeil", rédigé en trois mois, est publié en 1939. Sa célébrité lui ouvre rapidement les portes de Hollywood. Il travaille comme scénariste pour Billy Wilder, Alfred Hitchcock et George Marshall. Lorsque Cissy meurt en 1954, Chandler commence à boire, la qualité de son écriture s'en ressent, et il tombe dans une profonde dépression dont il ne se remettra jamais. Il meurt d'une pneumonie en 1959.




Roman écrit en 1939,
porté à l'écran par Howard Hawks en 1946
avec Humphrey Bogard et Lauren Bacall,
sur un scénario de William Faulkner.
et traduit de l'américain par Boris Vian en 1948




L'histoire :
Un matin d'octobre, dans un quartier huppé de Los Angeles, le richissime général Guy Sternwood convoque chez lui le détective privé Philip Marlowe. Un certain "Arthur Gwynn Geiger, Livres rares et éditions de luxe" le fait chanter à propos des dettes de jeu de sa fille mineure Carmen. Handicapé, gravement malade, épuisé par ses filles, deux jeunes femmes irresponsables, capricieuses, rivalisant de perversité, le vieux général charge Marlowe de mettre un terme à cette affaire de chantage...

Mon avis :
Un livre très intéressant, loin d'être aussi léger que l'on imagine. Un voyage caustique dans l'Amérique des années 1930 après la prohibition, quand les gangsters cherchent d'autres "commerces" que celui de l'alcool, avec la complicité d'une haute société décadente et sous la protection d'une partie de la police en échange de quelques poignées de dollars. Courses-poursuites et filatures nous font découvrir de Los Angeles tous les endroits, des plus chics aux plus sordides, les music-halls, les cinémas, les bars, les zones industrielles, les plages... Et puis "Le grand sommeil", c'est la naissance d'un mythe avec la première apparition de Philip Marlowe, image éternelle du détective privé des romans noirs. Chapeau mou, trench-coat, whisky, cigarette vissée au coin des lèvres, macho, cynique, allergique à toute forme d'autorité, ce type a tous les défauts ! Et pourtant... Philip Marlowe, beau gosse irrésistible, possède un charme ravageur. C'est un privé diablement tenace, efficace, et incorruptible !

Un très bon moment de lecture !

vendredi 28 juin 2013

"STORYTELLER" de James Siegel (Pocket)


"Storyteller"
James Siegel
(Pocket)

Californie, USA

Ados / Adultes


James Siegel :
Quasi inconnu en Europe, l'auteur signe ici son quatrième livre. Le premier, "Dérapage", paru en 2006 aux Presses de la Cité, a été porté à l'écran par Mickael Hafstrom, avec Jennifer Aniston, Clive Owen et Vincent Cassel. Cet ancien publicitaire à succès (les campagnes des soupes Campbell) a réalisé un rêve de jeunesse en devenant romancier. Quitter son job très bien payé pour une carrière plus qu'incertaine, même avec quelques dollars de côté, ce n'est pas banal. Siegel raconte avoir décroché son premier contrat d'édition sur un simple coup de fil : Warner Books lui aurait juste posé comme condition d'avoir un agent.

L'histoire :
Tom Valle travaille pour un grand quotidien de New York. C'est un bon journaliste. Mais il a un tel besoin d'amour et de reconnaissance que, très vite, il dérape. Les bons scoops manquent, alors il les invente. Ses qualités rédactionnelles font que cela dure des mois avant qu'un de ses collègues, plus curieux que les autres, démasque la supercherie. Licencié, humilié, il s'exile en Californie, à Littleton, un trou paumé au milieu du désert. Par pure compassion, il est embauché au "Littleton Journal" où il remplace un certain John Wren, malade, parti sans laisser d'adresse. Tom Valle couvre les manifestations de la région, les marchés d'alpagas, les inaugurations de centres commerciaux, les rodéos, la vente annuelle de livres de la bibliothèque... Et il le fait bien. Mais il a le journalisme d'investigation dans les tripes. Et il semble être bien le seul à flairer l'embrouille après cet improbable accident de la route à la sortie de la ville. A s'étonner du décès soudain de cette centenaire, héroïne locale, en parfaite santé quelques jours plus tôt pour souffler ses bougies. Il y a aussi cette terrible catastrophe naturelle qui a eu lieu dans la région cinquante ans auparavant, sur laquelle il aimerait écrire un article mais dont personne ne veut parler. Le cambriolage de son logement ne fait qu'alimenter davantage ses soupçons...

Mon avis :
Dans une ambiance qui rappelle un peu les grands polars noirs des années 1950, ce thriller totalement machiavélique est construit comme une toile d'araignée autour du héros. Dans cette poussière brûlante du désert de Californie, la vérité flirte avec la folie. Ecrit comme un testament, le dernier article de sa vie, le héros joue avec ses lecteurs, les rend témoin... ou complice.

Terrifiant !

"HYPOTHERMIE" et "LA RIVIERE NOIRE" de Arnaldur Indridason (Points)


"Hypothermie"
"La rivière noire"
Arnaldur Indridason
(Points)

Islande

Ados / Adultes


Arnaldur Indridason est né en 1961 à Reykjavik (Islande) où il vit toujours. Il est diplômé en Histoire, journaliste, scénariste, et auteur de best-sellers internationaux.



L'histoire de "Hypothermie" :

Karen, chargée de communication dans une grande banque islandaise, épuisée par un travail de plus en plus déshumanisé, prend la route ce jeudi soir pour un week-end réparateur loin de tout. Son amie d'enfance, Maria, lui prête son chalet d'été, perdu au bord d'un lac, entre les fjords, les montagne, les plaines et les vallées idylliques. Ce sont les prémices de l'automne. Il fait sombre et froid. Il est déjà tard quand Karen arrive enfin au chalet. Lorsqu'elle pénètre à l'intérieur, l'espoir de calme et de repos se transforme en cauchemar : Maria s'est pendue dans la cuisine.
Le commissaire Erlendur, bien que responsable des affaires criminelles, est le seul officier disponible cette nuit-là, et il se rend donc sur place. Il se sent inutile. Le suicide de cette femme de quarante ans semble incontestable. Mais pour une raison inexplicable, Erlendur est profondément troublé...

Mon avis :
En plus du suicide incompréhensible de cette jeune femme dont Erlendur veut, de manière presque obsessionnelle, connaître les raisons, il y a ce vieil homme, ce père au seuil de la mort qui, pendant des décennies, n'a jamais cessé de rechercher son fils disparu ni de croire en son retour. Erlendur réalise soudain de l'urgence à trouver des réponses. Il réalise soudain, après tant d'années à côtoyer la mort quotidiennement, que "faire son deuil" n'est qu'un terme générique, qu'en réalité la douleur et le chagrin sont des émotions d'une intimité absolue, que l'on ne peut partager avec personne. La souffrance de la perte d'un être cher est-elle comparable lorsqu'il s'agit d'une mort naturelle, accidentelle, des suites d'un suicide ou d'une agression ? D'une personne âgée ou jeune ? D'un enfant ou d'un parent ? Nul ne peut répondre à cela ! Et que dire lors de cas de disparitions ? Face à l'ignorance, certains refuseront avec une volonté inouïe de perdre l'espoir, aussi ténu soit-il. Pour d'autres, la douleur sera telle qu'elle laissera place au désespoir, à la colère, à la culpabilité, à l'impuissance. De la mort ou de la disparition, chacun panse ses blessures à sa façon. Toutes les voies sont possibles : se jeter à corps perdu dans le travail, la psychothérapie, la foi, la philosophie, les médiums...
En ce qui le concerne, Erlendur prend conscience que plus le temps passe, plus il vieillit. Plus la société islandaise change, plus elle lui fait peur. Plus il se pose des questions sur son existence, sur les fantômes de sa famille, moins il obtient de réponses. Mais répondre à une seule question, juste une seule, devient une priorité: où est son frère ?
Lorsqu'il était enfant, son père, son frère et lui se sont perdus dans une tempête de neige. Le père est parvenu à rentrer à la maison. Erlendur aussi. Mais le petit frère n'a jamais été retrouvé. Ses parents n'ont jamais cessé les recherches. Erlendur non plus, à sa façon, par le biais de ses enquêtes, mais il s'est toujours senti coupable d'être "le survivant". Et cette affaire, précisément, va lui imposer de nombreuses interrogations personnelles nécessaires.

Indridason toujours aussi grave, profond et intelligent !
Un roman qui force à la réflexion philosophique et existentielle !
Indridason ne déçoit jamais. Du grand art !


L'histoire de "La rivière noire" :
Le commissaire Erlendur, profondément éprouvé par sa dernière enquête et hanté par les fantômes de son passé, a décidé qu'il était temps pour lui de retrouver les terres de son enfance. Sans se confier à qui que ce soit, il laisse son service aux mains de la perspicace Elinborg et de l'impulsif Sigurdur Oli. Ce jour-là, Elinborg est appelée dans un appartement qu'un quartier ancien de Reykjavik. Un homme a été découvert mort au milieu du salon, le pantalon baissé jusqu'aux chevilles, vêtu d'un t-shirt de femme maculé de sang. Plus loin, dans la poche de sa veste, un flacon de Rohypnol, la drogue du viol...

Mon avis :
Une enquête dirigée de main de maître par une femme, Elinborg, que l'on a plaisir à découvrir intimement. A l'inverse de son collègue Erlendur, elle n'a pas le temps de s'apitoyer sur son sort ni de céder à ses états d'âme. Professionnelle, compagne, mère de trois enfants, elle jongle entre son travail et sa vie de famille. Elle veille à la fois sur ses enfants adolescents et ses parents vieillissants. Chez elle, elle doit mettre de côté les monstruosités vues sur le terrain et ses doutes, oublier les victimes, les suspects, les témoins. Et pourtant, malgré tous ces impératifs, sans être non plus infaillible, Elinborg est une femme exceptionnelle, d'une grande sensibilité et d'une grande délicatesse autant dans sa vie de famille que dans son travail.
Jamais de détails sordides chez Indridason. Toujours beaucoup de pudeur. Un épisode au féminin parfaitement réussi et maîtrisé, sur un thème aussi sensible que celui du viol, de la perversité, et des conséquences indélébiles sur les victimes et leurs proches. On se laisse prendre de la première à la dernière page. On s'éloigne de Reykjavik, vers des endroits rudes et inquiétants, où se perdent des esprits sombres et blessés.

Un chez d'oeuvre de plus à l'actif de Arnaldur Indridason !


"ENFANT 44" de Tom Rob Smith (Pocket)


"Enfant 44"
Tom Rob Smith
(Pocket)

Union Soviétique

Ados / Adultes


Tom Rob Smith est né à Londres en 1979, d'une mère suédoise et d'un père anglais. Diplômé de l'université de Cambridge, il a passé un an en Italie dans un atelier d'écriture. Il a ensuite travaillé comme scénariste pendant cinq ans. Il vit à Londres. Son premier roman, "Enfant 44", à propos d'un tueur en série d'enfants sous la période stalinienne des années 1950 en URSS, paraît en 2008 et est traduit en 17 langues. L'histoire est inspirée de celle du tueur Andreï Tchikatilo ayant sévi entre 1978 et 1990 à Rostov-sur-le-Don. Le roman est un grand succès mondial, et le réalisateur et producteur britannique Ridley Scott en a acheté les droits (un film prochainement sur les écrans avec Noomi Rapace, Gary Oldman et Tom Hardy).


Contexte historique du livre en quelques dates

L'Union Soviétique (ou URSS) succède à la Russie Impériale.

25 octobre 1917
"Révolution d'octobre" - Fin du Tsar Nicolas II.

1917 - 1921 :
Guerre civile entre les Russes blancs (monarchistes) et les Russes rouges (communistes).

1921 - 1927 :
Mise en place de la nouvelle politique économique.
30 décembre 1922 : Proclamation de l'Union Soviétique.
21 janvier 1924 : Mort de Lénine - Début du conflit entre Staline et Trotsky.
11 février 1924 : Reconnaissance de l'Union Soviétique par de très nombreux pays.

1928 - 1941 - Ere Stalinienne
Elimination de Trotsky.
Economie planifiée.
Totalitarisme stalinien.

Holodomar : grande famine en Ukraine et dans le Kouban en 1932 et 1933 qui aurait fait près de six millions de victimes. Les causes en étaient la collectivisation, les réquisitions excessives de denrées alimentaires auprès des paysans, et les limitations aux déplacements imposées en pleine période de famine. Cette horreur fut médiatisée grâce au livre d'Alexandre Soljenitsyne "L'Archipel du goulag" en 1974.

1941 - 1953 - Ere Stalinienne
1941 à 1945 : Guerre contre l'Allemagne.
1947 : Début de la Guerre Froide entre le bloc de l'Est et le bloc de l'Ouest.
25 mars 1953 : Mort de Staline.

1953 - 1964 - Ere de Nikita Khrouchtchev
Khrouchtchev dénonce les crimes de Staline.
Réformes économiques.
Conquête spatiale.
Octobre 1962 : grave crise diplomatique et militaire avec les Etats-Unis à propos de missiles que l'URSS souhaite installer à Cuba.

A lire :
- "T'étais qui, toi ?... Staline" d'Irène Cohen-Janca et Guillaume Long (Actes Sud Junior)
- "Kolyma" (URSS, 1956) et "Agent 6" (URSS et Etats-Unis, 1950 - 1960) de Tom Rob Smith (Belfond)


"Depuis plusieurs décennies, les gens n'agissaient plus selon leur conception du bien et du mal, mais en fonction de ce qui pouvait plaire ou non à Staline. Leur vie ou leur mort dépendait de ses annotations sur une liste : un trait devant leur nom les sauvait, l'absence de trait les condamnait. Voilà à quoi se résumait le système judiciaire [...]. Les fonctionnaires négligeaient depuis si longtemps leur sens moral que la boussole s'affolait : le nord était au sud, l'est à l'ouest. Quant à distinguer le bien du mal, ils en étaient incapables. Ils avaient oublié comment prendre une décision. Dans une période comme celle-là, le plus sûr était d'en faire le moins possible."


L'histoire :
En 1933, l'Ukraine subit l'une des plus cruelles famines de l'Histoire. Deux frères de dix et huit ans, trop affamés, désobéissent à leur mère. Ils quittent la maison, bravent le froid hivernal et l'insécurité de la tombée de la nuit pour s'enfoncer dans la forêt à la poursuite d'un chat, un vrai miracle quand la population du village en est à ronger les écorces pour avoir l'illusion de se nourrir. Hélas, Pavel, le frère aîné, ne reviendra pas...
Un soir de février 1953, à Moscou, le corps sans vie d'Arkady, un petit garçon de cinq ans, est découvert sur la voie ferrée, fauché sans doute par un train. Leo Stepanovitch Demidov, agent du MGB (police secrète, ancêtre du KGB), est envoyé immédiatement sur les lieux afin de faire taire au plus vite les rumeurs de meurtre émanant de la famille et qui, si elles prenaient de l'ampleur, déstabiliseraient la communauté. Dans la nouvelle société soviétique, officiellement, la délinquance n'existe plus. Les meurtres, viols et vols appartiennent à la société capitaliste. La tâche est d'autant plus difficile pour Leo que le père de la petite victime est membre, lui-aussi, du MGB, et que, pour leur carrière à tous les deux, il doit impérativement le raisonner et le convaincre qu'Arkady a malheureusement succombé à un tragique accident...

Mon avis :
Une autopsie impitoyable et éprouvante de la machine judiciaire stalinienne infernale construite sur la terreur et la cruauté. On assiste à la brutale désillusion d'un homme, sa perte de foi et de confiance en son pays et en ses gouvernants, lui qui avait une telle admiration et une telle fierté. Dégradé, il va quitter Moscou et on va découvrir avec lui des paysages d'une beauté irréelle et indomptable, où la vie est un combat quotidien contre les forces de la Nature.

Un thriller intense, redoutable et nécessaire !