samedi 6 octobre 2012

"HISTOIRE D'UNE MOUETTE ET DU CHAT QUI LUI APPRIT A VOLER" de Luis Sepulveda (Métailié) - Chili



"Histoire d'une mouette et du chat
qui lui apprit à voler"
Luis Sepulveda (Métailié)
(dès 9 ans)
Chili

Prix Sorcières 1997 - Catégorie Romans


Luis Sepulveda
Né en 1949 à Ovalle, au Chili, écrivain baroudeur, son oeuvre est très marquée par son engagement politique - il sera arrêté, torturé et emprisonné durant deux ans et demi sous la dictature Pinochet, et libéré grâce à Amnesty International - mais aussi par son militantisme écologique. Il vit actuellement en Espagne. Il est l'auteur, entre autres, du "Vieux qui lisait des romans d'amour", des "Roses d'Atacama" et de "L'ombre de ce que nous avons été". Ses livres sont traduits dans cinquante pays.

L'histoire :
En route pour assister à la Grande Convention des mouettes des mers Baltique, du Nord et de l'Atlantique, un groupe de mouettes argentées fait une pause déjeuner en se jetant sur un banc de harengs près du port de Hambourg. Tout à sa pêche fructueuse, la mouette Kengah n'entend pas le signal de danger et de départ immédiat. Elle se retrouve soudain piégée par une vague noire de mazout. Les ailes collées, Kengah parvient à se sortir de l'eau et à voler sur quelques mètres. Mais elle s'écroule, épuisée, sur un rebord de fenêtre juste à côté de Zorbas, un gros chat noir. Emu par la situation désespérée de Kengah, avant qu'elle ne rende son dernier soupir, Zorbas lui fait trois promesses :

  • Ne pas manger l'oeuf qu'elle s'apprête à pondre avant de mourir
  • S'en occuper jusqu'à la naissance du poussin
  • Apprendre à voler au petit
Aidé de ses fidèles amis, les chats Secretario, Colonello, Jesaitout et Vent-debout, Zorbas va tenir parole...

Mon avis :
Un merveilleux conte écologique.
Un hymne à l'amitié et à la loyauté.
Un texte d'une poésie pure.
Une bouffée d'humour et d'émotions.
Un régal absolu !


AMERIQUE DU SUD - Quelques auteurs phares...




Mistral (Lucila Godoy Alcayaga, dite Gabriela) - Chili

Née en 1889 à Vicuna, au Chili, et décédée en 1957 à Hempstead, près de New York. 
Poètesse chilienne, elle est l'auteur de recueils d'inspiration amoureuse, chrétienne et populaire.
(Sonnets de la mort, Désolation)

Prix Nobel de Littérature en 1945




Neruda (Neftali Ricardo Reyes, dit Pablo) - Chili

Né à Parral en 1904 et décédé en 1973 à Santiago, au Chili. 
Poète chilien, il est l'auteur de poèmes d'amour ou d'inspiration sociale et révolutionnaire. 
Voyager, écrire, militer, sont les fils conducteurs de sa vie.
(Le Chant général, 1950 ; La Centaine d'amour, 1959)

Prix Nobel de Littérature en 1971






A voir sur Pablo Neruda :

Le sublime film "Le Facteur" de Michael Radford (1994)
avec Massimo Troisi et Philippe Noiret.








Garcia Marquez (Gabriel) - Colombie

Né à Aracataca en 1928, écrivain colombien, son oeuvre romanesque compose, dans une prose luxuriante, une chronique à la fois réaliste, fantastique et baroque de l'Amérique latine.
(Cent ans de solitude, 1967)

Prix Nobel de Littérature en 1982



Vargas Llosa (Mario) - Pérou

Né à Arequipa en 1936, écrivain péruvien (d'origine) et espagnol depuis 1993, ses romans, qui forment une peinture ironique et satirique de la société péruvienne, acquièrent une dimension universelle. Candidat à l'élection présidentielle de 1990 au Pérou, il est battu et vit, depuis, entre Lima, Madrid, Londres et Paris.
(La Ville et les Chiens ; Eloge de la marâtre ; Le rêve du Celte, Gallimard, 2011)

Prix Nobel de Littérature en 2010



Borges (Jorge Luis) - Argentine

Né en 1899 à Buenos Aires, en Argentine, et décédé en 1986 à Genève, en Suisse.
Ecrivain argentin, dans ses poèmes (Cahiers de San Martin, 1929), ses nouvelles fantastiques (Fictions, 1944 ; Le Livre de sable, 1975), et ses essais (Histoire de l'infamie, 1935 ; Histoire de l'éternité, 1936), il parcourt, en les récrivant, mythologies, cauchemars et labyrinthes d'une bibliothèque réelle et imaginaire. En 1955, déjà aveugle, on le nomme directeur de la Bibliothèque nationale de Buenos Aires.




Cortazar (Julio) - Argentine

Né en 1914 à Bruxelles de parents argentins et décédé en 1984 à Paris.
Ecrivain argentin naturalisé français, ses nouvelles (Bestiaire, 1951) et ses romans (Marelle, 1963) mêlent le réalisme social et politique à l'inspiration fantastique.






Sepulveda (Luis) - Chili

Né en 1949 à Ovalle, au Chili, écrivain baroudeur, son oeuvre est très marquée par son engagement politique - il sera arrêté, torturé et emprisonné durant deux ans et demi sous la dictature Pinochet, et libéré grâce à Amnesty International - mais aussi par son militantisme écologique.

vendredi 3 août 2012

"LE SEL DE LA VIE" de Françoise Héritier (Odile Jacob)

"Le sel de la vie"
Françoise Héritier
(Odile Jacob)

(Ados / Adultes)


Françoise Héritier, née en 1933, est une anthropologue et ethnologue française. Elle a succédé, jusqu'en 2000, à Claude Lévi-Strauss au Collège de France, inaugurant la chaire d'étude comparée des sociétés africaines. Elle approfondit la Théorie de l'Echange et celle de la Prohibition de l'inceste, établies communément sur la notion de circulation des femmes. Françoise Héritier avance le concept de l'Identique et de sa frustration répulsive, reprenant dès lors les approches de Lévi-Strauss et celle de l'anglais Alfred Radcliffe-Brown. Elle s'appuiera avant tout sur les notions de "nature" et "d'environnement" dans les conceptions des sociétés étudiées. Elle est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la décennie de la culture de paix et de non-violence. Elle soutient, depuis sa création en 2001, le fonds associatif "Non-Violence XXI". Elle est l'une des personnalités à l'origine de la création de la chaîne de télévision "Arte". Cette anthropologue féministe garde un oeil affûté sur les questions posées par les nouvelles formes de procréation. Elle éclaire, sans juger, des débats dont on commence à peine à mesurer les enjeux.

"C'est sans doute le livre que j'ai le plus offert depuis sa parution au début du printemps. Sous son apparence un brin désinvolte, ce petit livre est un baume, un manifeste hédoniste, une invitation à ne rien lâcher et à se tenir droit. Dressez, vous aussi, la liste de vos envies, de ces moments qui font le sel de la vie. Ne cédez pas à l'intellectualisme, restez sensuel, convoquez les souvenirs ! Qu'est-ce qui fait le sel de la vie ? S'être baigné au pied des Faraglioni devant la Casa Malaparte à Capri ; découvrir l'aube, à cheval, sur les contreforts des Black Hills, là où paissaient les bisons ; faire la sieste à l'ombre du grand cerisier, un livre ouvert à côté de soi... (à vous d'écrire la suite...)."

François Busnel
Magazine Lire - Eté 2012

L'histoire :
Un jour, Françoise Héritier reçoit une carte postale d'Ecosse de la part d'un illustre ami, professeur de médecine à l'hôpital de La Pitié, et qui commence ainsi : une semaine "volée" de vacances en Ecosse.
Pourquoi "volée" ? Parce qu'ils ont la chance tous deux d'exercer une profession éprouvante et épuisante mais riche de passion et de plaisirs rares, ils n'auraient pas légitimité à s'évader quelque temps ? Qui vole quoi ? Tout travail mérite répit. Aucune existence ne doit être possédée, dévorée par le travail. Il faut chaque jour penser à ressourcer l'être humain que nous sommes tous. Alors, à chacun de trouver ses petits plus, ses propres petits plaisirs minuscules.
En réponse à son ami, Françoise Héritier lui écrit ce livre. Elle lui dresse la liste de ces choses qui font le sel de sa vie...

Mon avis :
Ce livre étrange est une liste de "petits riens" pleine d'humour et d'autodérision, émouvante, faussement légère, tendre, parfois nostalgique. Il interroge et met notre propre regard sur la vie sur la balance. Honnête, Françoise Héritier reconnaît qu'elle est privilégiée et qu'elle a la chance de pratiquer un métier qui lui apporte plaisir et enrichissement intellectuel. Mais jamais son propos n'est prétentieux. Au contraire, l'auteure touche par sa sincérité et sa générosité. Elle nous offre, comme elle le dit elle-même, une "fantaisie" en hommage à la vie.

Un ouvrage plein de grâce et de poésie qui invite à la méditation.
A feuilleter souvent !

"ON A DE LA CHANCE DE VIVRE AUJOURD'HUI" de Kate Atkinson (Le Livre de Poche)

"On a de la chance de vivre aujourd'hui"
Kate Atkinson
(Le Livre de Poche)

(Ados / Adultes)


Kate Atkinson, née en 1951, est un écrivain britannique. Elle a suivi ses études de Littérature à l'Université de Dundee et vit depuis de nombreuses années à Edimbourg.

Retrouvez Kate Atkinson dans le blog "Le Journal des Libériades" pour :
- "A quand les bonnes nouvelles ?" à mai 2010
- "Parti tôt, pris mon chien" à mai 2011


"Affaires de coeur" :
Quand Franklin rencontre Connie... Thriller efficace !

"Genèse" :
Ou la Création du Monde revisitée... Humour caustique jubilatoire !

"On a de la chance de vivre aujourd'hui" :
Regard impitoyable sur l'avenir de l'Humanité... Sombre !

"La Lumière du Monde" :
Cauchemar ou magie d'une grossesse inattendue... Espoir !

"Le jour de Lucy" :
Ou la nouvelle Nativité... Amer !

"La Guerre contre les femmes" :
Charia en Ecosse... Glaçant !

"Je ne suis pas une Joan" :
L'histoire d'un fiasco sentimental ordinaire... Poignant !

"L'Amour à mort" :
Quand l'amour se joue tragédie... Edifiant !


Mon avis :
Des nouvelles caustiques en fragile équilibre entre fiction et réalité. Questions et réflexions spirituelles, existentielles inquiètes et pessimistes sur l'univers et l'Humanité, sur fond de références bibliques et religieuses.
Mais toujours, toujours, chez Kate Atkinson, des femmes en résistance, et la littérature et le théâtre en messagers de liberté et d'humanisme.

Entre sérieux et ironie, un bonheur littéraire !

"LE TAPIS DU SALON" d'Annie Saumont (Julliard)

"Le tapis du salon"
Annie Saumont
(Julliard)

(Ados / Adultes)


Annie Saumont, née en 1927 à Cherbourg (Manche), passe son enfance et son adolescence près de Rouen. Après ses études d'Anglais, elle part travailler à Paris où elle devient traductrice, notamment de J.D. Salinger ("L'attrape-coeurs", Pocket), de Nadine Gordimer (Prix Nobel de Littérature 1991), et de Sir Vidiathar Surajprasad Naipaul ou V.S. Naipaul (Prix Nobel de Littérature 2001). Annie Saumont écrit des nouvelles, et exclusivement des nouvelles. Elle est l'auteur de "Quelquefois dans les cérémonies", Goncourt de la nouvelle ; "Je ne suis pas un camion", Grand prix de la nouvelle de la Société des Gens de Lettres ; "Les voilà quel bonheur", Prix Renaissance de la nouvelle ; "Un soir, à la maison", Prix de l'Académie Française. Son oeuvre, unanimement saluée par la critique, est étudiée dans les universités américaines et traduite dans le monde entier.

Des histoires si brèves que les résumer juste en deux mots dévoilerait encore trop de mystère. Un fil conducteur néanmoins entre chacune de ces nouvelles : les taches du passé qui, comme une tache d'encre sur un tapis, ne s'effacent pas.

Mon avis : D'une écriture encore plus personnelle, encore plus épurée, encore plus brute, encore plus économe en ponctuations, tel un sculpteur sur son bloc de pierre, Annie Saumont nous livre des histoires sombres et terrifiantes dans un quotidien ordinaire, presque banal, où le mot "fin" s'abat, inattendu, implacable.

Un régal !


Retrouvez Annie Saumont pour "Les croissants du dimanche" (Julliard) dans le blog "Le Journal des Libériades" à mars 2011.

"DES OMBRES DANS LA RUE" de Susan Hill (Robert Laffont)

"Des ombres dans la rue"
Susan Hill
(Robert Laffont)

(Ados / Adultes)


Susan Hill est née en Angleterre en 1942. Romancière populaire, écrivain pour enfants, auteur dramatique, journaliste, elle s'est imposée en quelques années comme l'une des grandes dames du thriller à l'anglaise, à côté de P.D. James, Elizabeth George, Minette Walters...

A lire aussi aux Editions Robert Laffont :
- "Meurtres à Lafferton"
- "Où rodent les hommes"
- "Au risque des ténèbres"
- "La mort a ses habitudes"


L'histoire :
Alors que l'automne s'installe tranquillement en Angleterre, le Commissaire Divisionnaire Simon Serrailler passe de très apaisantes vacances sur une petite île à la pointe nord-ouest de l'Ecosse.
D'abord contraint par la Directrice Territoriale de la Police de s'accorder quelques semaines de repos après plusieurs enquêtes éprouvantes successives, Serrailler prend finalement goût au silence, au calme, aux vents iodés, à la beauté brute de ce décor sauvage. Et aussi au charme naturel et à l'indépendance de la jolie Kirsty McLeod.
Pourtant, il n'est pas mécontent quand un message le rappelle en urgence à Lafferton. Deux prostituées ont été assassinées. Une autre a disparu. La population est très inquiète. Et la police piétine...


Mon avis :
Très loin des intrigues policières classiques, Susan Hill préfère étudier à la loupe la vie d'une famille, d'une communauté, que l'on retrouve ici avec un plaisir infini, sous les yeux d'un jeune commissaire qui peine à trouver sa place. Les personnages se promènent, se croisent, comme dans un labyrinthe. Le lecteur s'attache à chacun d'eux, et baisse sa garde...
De son écriture irréprochable et sensible, l'auteur décortique la psychologie de chacun, pénètre avec délicatesse et pudeur dans leur intimité, découvre leur quotidien, des petits bonheurs et tracas aux drames les plus douloureux, dans lesquels le lecteur peut parfaitement s'identifier et se reconnaître.
Susan Hill distille méthodiquement un suspense et une tension psychologique intenses.
Elle nous interroge aussi sur notre propre regard, jugement, attitude, envers la marginalité et la différence.

Comme toujours, on quitte à regrets la petite ville de Lafferton !
Indispensable !!!

"LA DAME EN NOIR" de Susan Hill (L'Archipel)

"La Dame en noir"
Susan Hill
(L'Archipel)

(Dès 12 ans)


Susan Hill est née en Angleterre, à Scarborough dans le Yorkshire. Son premier roman parait en 1961 alors qu'elle n'est encore qu'étudiante. Depuis, elle n'a cessé de publier, tout en étant journaliste, et compte aujourd'hui une oeuvre variée et riche composée de livres pour enfants, romans et pièces de théâtre. Elle vit dans une ferme dans la région des Cotswolds avec son mari, le professeur Stanley Wells, spécialiste de Shakespeare.
L'histoire :
Arthur Kipps passe ce soir de Noël d'humeur nostalgique dans sa propriété de La Moinerie, au coeur de la campagne anglaise. En compagnie de sa femme, des quatre enfants de celle-ci d'un premier mariage, et des petits-enfants, l'ambiance morose flirte avec l'ennui. Aussi, lorsque les petits sont au lit, le benjamin des adultes propose un jeu qui conviendrait mieux à Halloween mais qui retient l'adhésion de tous : se conter des histoires de fantômes près de la cheminée. Mais Arthur, que ces récits effraient, refuse de participer. Ce que sa famille ignore, c'est qu'il a lui-même été témoin et acteur d'événements cauchemardesques qui l'ont traumatisé à jamais. Il n'était alors qu'un tout jeune clerc de notaire...

Mon avis :
Dans "La Dame en noir", on ne retrouve pas cette finesse et cette subtilité d'écriture des enquêtes du Commissaire Simon Serrailler (Robert Laffont) que nous suivons avec passion depuis quelques années maintenant. Ce livre, qui sent la commande cinématographique, se lit un peu trop facilement. Et pourtant... Et pourtant, on ne peut nier que l'on s'y laisse prendre ! Si le scénario est un peu mince, Susan Hill jongle sans complexe avec tous les clichés de la littérature fantastique britannique et maintient la pression jusqu'au bout grâce une atmosphère angoissante, des ombres menaçantes, des descriptions très sombres, des personnages terrifiants. L'effroi monte crescendo. Et, il faut bien le dire, on a la trouille !

Une histoire parfaite à lire pendant les vacances
le soir, sous la toile de tente, à la lampe-torche !!!


A lire aussi, de Susan Hill chez Robert Laffont :
- "Meurtres à Lafferton"
- "Où rodent les hommes"
- "Au risque des ténèbres"
- "Des ombres dans la rue"

A voir :
"La Dame en noir", film d'après le livre de James Watkins
avec Daniel Radcliffe ("Harry Potter"),
sorti en mars 2012







vendredi 15 juin 2012

"LE SANG D'APHRODITE" de Elena Arseneva (10/18)

Sixième et dernière étape : Russie

"Le Sang d'Aphrodite"
Elena Arseneva
(10/18)

(Ados / Adultes)




Elena Arseneva est née à Moscou, de mère russe et de père italien. Elle est très tôt initiée à la lecture et aux langues étrangères par sa grand-mère, qui lui transmet son enthousiasme pour la littérature française. Dans les années 1980, après une maîtrise d'histoire, elle quitte l'URSS, non sans difficultés, et s'installe à Paris. Elle s'inscrit à la Sorbonne en lettres modernes, fait une escapade théâtrale au cours Florent et se passionne pour le XVIIème et le XVIIIème siècles français. En 2005, Elena Arseneva a reçu le Prix des Bouquinistes des quais de la Seine de la ville de Paris pour son roman "L'Enigme du manuscrit"
A lire aussi : "Le Sceau de Vladimir" et "La parure byzantine"

Boyard, Boyarina (femme mariée) (prononcer boi-iar) : les nobles de l'ancienne Russie. Ce mot, apparu au Xème siècle, désignait d'abord les proches compagnons d'armes du prince, puis, plus largement, toute personne noble, varègue (viking) ou slave. Un boyard pouvait faire partie de la droujina (armée) du prince ou vivre dans sa ville d'origine, voire sur ses terres.

Vladimir II Monomaque (1053 - 1125) : Grand-prince de Kiev (1113 - 1125). Il a laissé une Instruction qui est l'une des premières oeuvres de la littérature russe. Il a été aussi l'un des hommes d'Etat les plus clairvoyants et les plus équitables que son pays ait jamais connus. Son règne sera la dernière période de prospérité de la Russie de Kiev.


"Ici, c'est le souffle russe, ici, cela sent la Russie."
Alexandre Pouchkine
"Rouslan et Ludmilla"


L'histoire :
Au printemps 1074, la jeune soeur du boyard Boris s'offre à son bel amant et à ce mystérieux élixir, le Sang d'Aphrodite, puissant aphrodisiaque dont ils avalent avec gourmandise quelques gouttes et s'enduisent le corps. Hélas, la jouissance sera de courte durée car, encore vibrante de plaisir, la jeune fille sera égorgée.
Quatre mois plus tard, Tchernigov, capitale ukrainienne du prince Vladimir, étouffe sous un soleil de septembre impitoyable. Bien que le Christianisme soit répandu en Russie depuis moins d'un siècle, nombreux sont ceux qui prient encore les anciens dieux slaves en cachette des popes, notamment aujourd'hui dans l'espoir que ces rayons de feu s'apaisent enfin.
En ce jour de plomb, Philippos, Varlet (jeune guerrier de l'armée du prince Vladimir) de seize ans, revient de sa première campagne militaire. Philippos est le fils adoptif du boyard Artem, le meilleur enquêteur et conseiller du prince Vladimir.
En chemin, il rencontre la ravissante Nadia, fille d'un marchand de la guilde des drapiers, dont il s'éprend aussitôt. La belle est espiègle et n'a pas sa langue dans la poche ! Ce qui ajoute à son charme. Malheureusement, malgré cet amour naissant, le Mal plane au-dessus de cette ville qui pourraît être si paisible...

Mon avis :
La spirale du temps nous emporte immédiatement dès les premiers mots. Un voyage olfactif dans un passé peu connu délicieusement écrit avec malice, grâce, sensualité, sensibilité et poésie. Les descriptions minutieuses nous immergent totalement dans l'aventure. Elixirs, parfums capiteux, essences, herbes aromatiques, savons, nourriture, vins, jardins, odeurs de la ville, des corps... On oscille entre émerveillement et émotion. Et on s'étonne d'une telle ouverture d'esprit à cette époque, le Moyen Age, en Russie, sur les sciences, les Lettres, et la philosophie. Et pour ne rien gâcher au plaisir, une intrigue enivrante et intelligente à boire jusqu'à la lie !

Une plume virtuose et élégante à découvrir très vite !


"L'histoire des parfums et des aromates de l'Antiquité se confond avec celle des voyages et des grandes découvertes, avec la naissance et la chute des empires, les épopées évoquant ambitions et convoitises, guerres et conquêtes, mais aussi échanges culturels féconds."
Elena Arseneva

"AU PAYS DES PIERRES DE LUNE" de Tania Sollogoub (L'Ecole des Loisirs - Médium)

Cinquième étape : Russie

"Au pays des pierres de lune"
Tania Sollogoub
(L'Ecole des Loisirs - Médium)

(dès 11 ans)




"Les yeux des filles, en Russie, brillent comme le reflet de mille pierres de lune dans la nuit. Les garçons les aiment, ils les embrassent, puis ils les oublient."
Léon Tolstoï


Tania Sollogoub :
Changer le monde et "prendre ses rêves au sérieux". Ouvrir les frontières aux nomades, bras ouverts. Lutter contre les yeux tristes des filles de Moscou et les espoirs brisés, bras décroisés. Tania Sollogoub y croit, et le fait. Grâce aux mots et aux chiffres (elle enseigne l'économie quand elle n'envoie pas des romans par La Poste). Grâce aussi à la magie des Baba Yaga cachées dans les forêts russes ou dans la boutique de produits du Massif Central du métro Gare du Nord. Après, elle vous ammènera manger des blinis, vous parlera de "Blade Runner". Et vous de rire. Et vous de rêver. Quelque chose aura changé.  (L'Ecole des Loisirs)

L'histoire :
Comme chaque année, aux vacances de février, une jeune fille de treize ans retrouve avec une joie infinie "Babou", sa grand-mère paternelle. Babou est une femme russe au caractère bien trempé. Depuis la révolution russe, elle vit à Boulogne-Billancourt avec presque toute sa famille répartie dans plusieurs appartements d'une HLM. Ce qui offre à l'immeuble une ambiance très colorée ! Quand il se met à neiger, c'est un véritable jour de fête pour ce petit monde ! Babou rit très fort, fume beaucoup trop. Elle est folle amoureuse de Tolstoï. Mais surtout, elle raconte des histoires extraordinaires sur la Russie et la magie de ce pays merveilleux. Cette année-là, il y un nouveau venu dans la famille : Boris, un garçon magnifique aux yeux d'un bleu à se pâmer d'amour...

Mon avis :
Une histoire illuminée de poésie, de sensibilité, de sensualité et de nostalgie. On feuillette les souvenirs de cette famille comme un album de photos. L'histoire de la vie, tout simplement. Dans laquelle il y a des moments délicieux, comme l'amour. Mais aussi la douleur de la mort. C'est pourquoi il faut retenir la leçon de Babou : savoir saisir chaque instant de bonheur dès qu'il se présente !

Un pointe de nostalgie et un grand moment de joie !


"LE CHUCHOTEUR" de Donato Carrisi (Le Livre de Poche)

Quatrième étape : Italie

"Le Chuchoteur"
Donato Carrisi
(Le Livre de Poche)
Prix SNCF du polar européen 2011

(Ados / Adultes)



Donato Carrisi, né en 1973, est l'auteur d'une thèse sur Luigi Chiatti, le "Monstre de Foligno", un tueur en série italien. Juriste de formation, spécialisé en criminologie et en sciences du comportement, il délaisse la pratique du droit pour se tourner vers l'écriture de scénarios. "Le Chuchoteur", son premier roman, a remporté de nombreux prix littéraires.

L'histoire :
Un matin de février, au hasard de leur balade dans le bois, deux jeunes garçons et leur chien découvrent l'horreur. Six bras, appartenant à six enfants différents, vont être déterrés. Les enquêteurs sont convaincus de pouvoir apporter cinq noms. Cinq petites filles de sept à treize ans, activement recherchées depuis moins d'un mois. "Cinq fillettes enlevées en une semaine. Puis dix-sept longs jours de silence".
Pourquoi cette macabre mise en scène ? Pourquoi une seule partie des corps ? Les enfants sont-elles encore vivantes ? Qui est la sixième victime ?
"Tous les assassins ont un dessein". Il revient à Goran Gavila, criminologue, et à son équipe, de comprendre la vision de celui-ci et de stopper sa folie meurtrière.

Mon avis :
Un thriller dense, intelligemment construit. Un scénario magistralement orchestré, fluide, qui assemble méthodiquement les pièces du puzzle tout en nous assénant des scènes difficiles comme des gifles cinglantes pour nous rappeler notre humanité. Des personnages touchants par leur imperfection. Et puis, au-delà de l'histoire effrayante, l'auteur nous soumet des sujets de réflexion très intéressants, comme : "expliquer, comprendre le mal, revient-il à le justifier ?" ou "est-ce juste de dire que nous appelons un acteur du mal un monstre, que nous dépersonnalisons le coupable, parce que nous n'acceptons pas l'idée qu'un de nos semblables est capable de telles atrocités ?".

On attend le roman suivant avec impatience !
Justement ! Vient de paraître : "Le tribunal des âmes" de Donato Carrisi (Calmann-Lévy).

"L'INNOCENT DE PALERME" de Silvana Gandolfi (Les Grandes Personnes)

Troisième étape : Italie (Sicile)

"L'Innocent de Palerme"
Silvana Gandolfi
(Les Grandes Personnes)
Prix Sorcières Romans Ados 2012

(dès 12 ans)


Silvana Gandolfi est née à Rome en 1940. Elle est aujourd'hui l'un des écrivains pour la jeunesse les plus célèbres d'Italie. Nombre de ses romans ont été publiés en France, dont "Le Baume du dragon", Prix Tam-Tam 2007 et Prix des Incorruptibles 2009, aux éditions des Grandes Personnes.

L'histoire :
D'un côté, il y a Santino, petit garçon de six ans qui vit heureux et insouciant avec ses parents, Alfonso et Assunta, à Palerme, en Sicile. Mais le père, sans emploi, et malgré les mises en garde de sa famille, accepte de travailler pour la Mafia. Un jour, il commet l'irréparable : il "emprunte" à ses employeurs quelques billets. Alfonso et son beau-père, papy Mico, seront froidement abattus sous les yeux innocents de Santino.
D'un autre côté, quelque part au bord de la mer, il y a Lucio qui, du haut de ses onze ans, supporte à lui seul la responsabilité de sa mère handicapée et de sa petite soeur Ilaria. Ses seuls moments de liberté, rien qu'à lui, sont ceux qu'il passe sur son bateau du club de voile. Plus tard, c'est sûr, il sera navigateur !
Et puis, ces deux destins vont se croiser pour n'en faire plus qu'un...

Mon avis :
Cette histoire, sensible et terriblement émouvante, évoque, par la voix des enfants, la toute-puissance de la Mafia sicilienne, la terreur qu'elle provoque, la violence, les familles brisées, la suspicion, la corruption, le silence.
C'est aussi un vibrant hommage aux juges et à toutes les personnes qui, chaque jour, risquent leur vie pour anéantir cette organisation tentaculaire, faire tomber des têtes, et qui luttent pour protéger et sauver des innocents.

Brillant et bouleversant !

"LA CHAMBRE DES MORTS" de Franck Thilliez (Le Passage)

Deuxième étape : France (Pas-de-Calais)

"La chambre des morts"
Franck Thilliez
(Le Passage)
Prix des lecteurs Quais du Polar 2006
Prix SNCF du polar français 2007

(Ados / Adultes)



A savoir :
Le film "La chambre des morts" a été réalisé par Alfred Lot en 2007, avec Mélanie Laurent et Gilles Lellouche.


Franck Thilliez :
Né en 1973 à Annecy, Franck Thilliez, ingénieur en nouvelles technologies de formation, vit actuellement dans le Pas-de-Calais.

L'histoire :
Deux jeunes hommes, Vigo et Sylvain, informaticiens au chômage depuis six mois, traînent leur amertume et leur colère chaque nuit dans les environs de Dunkerque. Ils se défoulent en tagguant les murs d'entreprises qui licencient à tour de bras dans une région par trop touchée par les difficultés économiques. Ce soir-là, ils vont se faire un dernier trip à travers le champ d'éoliennes de Grande-Synthe, pied au plancher, tous feux éteints. Le grand frisson. Mais le jeu tourne pal. La collision. Ils renversent et tuent un homme. Sur la route, un sac rempli de billets de banque. La tentation est trop grande. Ils prennent la mauvaise décision. Ils s'emparent du butin et cachent le cadavre. Ce qu'ils ne savent pas encore, c'est que la victime, père de famille, apportait une rançon au ravisseur de sa fille. La petite sera retrouvée le lendemain, froidement assassinée, et les enquêteurs sont convaincus que le meurtrier a vu le ou les chauffards...

Mon avis :
Sous le ciel gothique hivernal du Nord de la France, entre Dunkerque et Lille, ce roman noir charbon nous assène sans ménagement une histoire cauchemardesque et morbide admirablement ciselée à la lame de rasoir.

On dévore d'une traite et on aime ça !

"LE CRIME DE L'ORIENT-EXPRESS" d'Agatha Christie (Le Livre de Poche Jeunesse)

Première étape : Grande-Bretagne

"Le Crime de l'Orient-Express"
Agatha Christie
(Le Livre de Poche Jeunesse)

(dès 12 ans)


Agatha Christie (1890 - 1976), l'une des gloires du roman policier britannique, est née d'un père américain et d'une mère anglaise. Elle signe ses livres du nom de son premier mari, même après son divorce et son remariage avec un archéologue dont elle partagera les travaux. Elle a inventé, dit-on, son premier "mystère" en 1920, pour éprouver la perspicacité de sa soeur, grande lectrice de romans policiers. A sa mort, elle laissera plus de cent romans et pièces de théâtre : trois cent millions d'exemplaires en cent langues différents - sans compter quelques histoires sentimentales publiées sous un pseudonyme.


Publié pour la première fois en 1934, "Le Crime de l'Orient-Express" est l'un des romans d'Agatha Christie ayant eu le plus de succès dans le monde. Il a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1974, réalisée par Sidney Lumet avec (excusez du peu !), entre autres stars : Albert Finney, Lauren Bacall, Sean Connery, Ingrid Bergman, Anthony Perkins, Richard Widmark, Vanessa Redgrave, Jacqueline Bisset, Michael York, Jean-Pierre Cassel...





A savoir :
Pour rêver un peu...
Des "Mystery Lunch" sont organisés sur le British Pullman Venice-Simplon-Orient-Express.




L'histoire :
Après un séjour en Syrie où il résolut avec brio une affaire délicate de la plus haute importance, le célèbre détective belge Hercule Poirot compte bien s'accorder la liberté de visiter Istanbul sur le trajet du retour. Malheureusement, un télégramme le rappelle d'urgence en Angleterre. Poirot prend donc place dans le premier "Simplon-Orient-Express" en partance pour Londres. Non sans difficulté car ce train, d'ordinaire quasiment vide à cette époque de l'année, est ce soir-là bondé. Puis, dès la première nuit, le train se trouve bloqué par la neige et le froid au beau milieu de la Yougoslavie. S'en suit la découverte d'un passager, poignardé dans son lit...

Mon avis :
Entre invitation au voyage, décors de luxe, parfums de cuir, de tabac de choix, d'eaux de toilette raffinées, ce jeu de cluedo savamment tricoté nous invite à la rencontre de personnages que tout semble opposer, même la langue. Ils se trouvent réunis par la force du ciel dans un même lieu de rêve, le mythique Orient-Express. Dans une ambiance à donner la chair de poule, une atmosphère aussi glacée que le climat extérieur, une terrible vengeance s'orchestre à la perfection avec une perversité et un machiavélisme qui déstabilisent même le célèbre Hercule Poirot. Une intrigue habilement construite de manière à ce que le lecteur s'amuse, lui aussi, à tenter de rassembler les pièces de ce puzzle retorse à souhait.

Un bijou !!!


Retrouvez Agatha Christie sur ce blog pour :
- "Le train de 16h50" (mai 2010)
- "Le crime est notre affaire" (mai 2010)
- "Le crime d'Halloween" (octobre 2011)

et sur le blog "Le journal des Libériades" pour :
- "La romancière et l'archéologue" (novembre 2010)

samedi 12 mai 2012

13 HEURES de Deon Meyer (Points)

13 heures
Deon Meyer
(Points)

(Dès 15 ans)


Deon Meyer, né à Paarl en 1958, est un auteur de romans policiers originaire d'Afrique du Sud. Il écrit en Afrikaans, a fait ses études à l'université de Potchefstroom avant de travailler comme journaliste pour un quotidien afrikaner de Bloemfontein. Son premier roman paraît en 1994, mais il n'est pas traduit en anglais. Ses oeuvres suivantes ont été traduites dans plusieurs langues. Elles reflètent la diversité culturelle de l'Afrique du Sud contemporaine, ses tensions et ses efforts pour vaincre le sous-développement.

L'histoire :
Une jeune fille vient d'être retrouvée égorgée, au petit matin, au beau milieu de la route. Que la victime soit blanche, et de plus américaine, n'annonce rien de bon. Le Capitaine Benny Griessel, envoyé sur les lieux, est surtout chargé de former de nouvelles jeunes recrues. Cinq Noirs. Discrimination positive. L'un deux, l'inspecteur Vusumuzi Ndabeni semble avoir toutes les qualités requises pour devenir un très bon enquêteur. Ce qui réconcilie Griessel avec le mentorat et sa propre place dans la police...

Mon avis :
Deon Meyer fait partie de ces auteurs, comme Arnaldur Indridason ou Henning Mankell, qui créent dans leurs oeuvres des ambiances très masculines, musclées, mais qui assument totalement leurs faiblesses, leur part de féminité et d'émotivité, et nous offrent des oeuvres fortes et profondes. Le tout servi par une écriture irréprochable.
Jamais de messages particuliers chez Deon Meyer. Juste la vie quotidienne en Afrique du Sud. Ordinaire, réelle, sans tabous, sans oeillères. C'est-à-dire brutale, cruelle, douloureuse, où des âmes courageuses se battent toujours et encore pour vaincre l'injustice et la pauvreté.

Un livre puissant et hors du commun, comme tous les autres d'ailleurs, d'un amoureux fou de son pays.


JUSTICE DANS UN PAYSAGE DE RÊVE de Malla Nunn (J'ai lu)

Justice dans un paysage de rêve
Malla Nunn
(J'ai lu)

(Dès 15 ans)


Malla Nunn a grandi au Swaziland avant de s'installer à Perth avec ses parents dans les années soixante-dix. Elle est allée à l'université en Australie et aux Etats-Unis. Malla Nunn est aussi cinéaste et a trois films à son actif. Elle vit actuellement à Sydney avec son mari et leurs deux enfants. La première enquête de l'inspecteur Cooper, "Justice dans un paysage de rêve", a été sélectionné en 2010 pour l'Edgar Award et en 2011 pour le Grand Prix des Lectrices du magazine Elle, qui a comparé l'univers de l'auteur à celui de Deon Meyer.  (Editions Les Deux terres)

L'histoire :
Afrique du Sud, septembre 1952. Le Capitaine Willem Pretorius, Afrikaner pure souche, vient d'être retrouvé mort, assassiné, son corps lesté dans un cours d'eau qui longe le velt, à quelques kilomètres à peine de la frontière interdite avec le Mozambique. L'inspecteur Emmanuel Cooper, dépêché de Johannesburg, est chargé de l'enquête qui s'annonce difficile...

Mon avis :
Photographie type d'une petite ville sud-africaine de 1952, dominée par les Blancs, au plus fort de l'apartheid puisque de nouvelles lois ségrégationnistes viennent d'être mises en place. Brutalité. Terreur. Blancs. Noirs. Métis. Racisme. Antisémitisme. Anti-communisme. Résistance. Religion. Morale chrétienne... Malla Nunn pointe le doigt sur toutes les douleurs.
Une histoire totalement haletante et édifiante qui laisse un goût de sang dans la bouche et une colère que l'on voudrait laisser éclater. Car si cette affaire-là est résolue, elle n'efface pas moins la toute-puissance blanche contre ceux qui restent et qui la subiront encore et encore... dans un paysage de rêve.

LA MEMOIRE COURTE de Louis-Ferdinand Despreez (Points)

La mémoire courte
Louis-Ferdinand Despreez
(Points)

(Dès 15 ans)


Louis-Ferdinand Despreez est un mystérieux citoyen sud-africain (il n'existe aucune photographie de lui ni aucun indice sur sa véritable identité) d'expression anglaise, mais il écrit en français, la langue de ses ancêtres huguenots et de son épouse, française. Compagnon de route de l'ANC, il milite pour la réconciliation post-apartheid. "La mémoire courte" est son premier roman.

L'histoire :
Le Capitaine Francis "Bronx" Zondi, policier Noir et profiler du SAPS (police nationale sud-africaine) de Pretoria, est sur le point de boucler une enquête longue et difficile lorsque sa maudite voiture de fonction pourrie tombe en panne sur l'autoroute. Peut-être deux mois de travail fichus en l'air ! Et surtout, peut-être un nouveau cadavre ce soir pour les tiroirs de la morgue à cause de lui... Retour en arrière...

Mon avis :
"Dans le maelström des événements, tout le monde avait la mémoire courte."
L'enquête policière n'est ici qu'un prétexte pour captiver toute l'attention du lecteur sur un pamphlet politique et social d'une terrible lucidité. Les témoins et les suspects sont avant tout les acteurs de l'histoire de l'Afrique du Sud. Une société où rien n'a changé. Chaque soir, les Blancs sortent "casser du Noir" et les Noirs sortent "casser du Blanc" dans l'indifférence générale. "Les vieux démons de l'apartheid ne sont jamais bien loin sous le vernis glamour de la Rainbow Nation (Nation Arc-en-Ciel)". L'auteur porte un regard profondément pessimiste, cynique et désabusé sur une Afrique du Sud "aimée de toute son âme et de ses tripes, détestée de toute sa tête". Une langue contemporaine percutante et brutale enrichie d'argot assène des phrases choc d'une violence inouïe qui laissent KO. Il faut dire que nous sommes dans un univers masculin, musclé, où quelques rares femmes sont réduites à des rôles plus que secondaires et peu flatteurs.

Un livre édifiant et dur qui met le doigt sur la réalité quotidienne des sud-africains.


A savoir : La première femme "profiler" est sud-africaine
Micki Pistorius est née en 1961 à Pretoria. Elle est la première femme au monde à avoir accédé au métier de Profiler. Entre 1994 et 2000, elle a dressé les profils psychologiques d'une trentaine de tueurs en série et a aidé à en arrêter une douzaine.


Clin d'oeil à la Belgique chère à mon coeur :
"Zondi glissa une cassette dans le lecteur du tableau de bord. Il ne comprenait rien à ce que chantait ce Jacques Brel mais il aimait bien le rythme de la langue. Cette chanson sur le "Plat Pays" le faisait rêver plus que les autres, il la soupçonnait d'être un peu triste ; un ami français lui avait expliqué que c'était effectivement un poème mélancolique qui racontait une espèce de lowveld (zone de plaines) gris troué de canaux, là-haut en Europe du Nord avec des ciels bas et des plaines plates aussi interminables et mornes que celle du Karoo (semi-désert). On lui avait dit que ce grand Belge parlait aussi une espèce d'afrikaans, mais Dieu merci il ne le chantait pas..."
Louis-Ferdinand Despreez
"La mémoire courte"


LA LIONNE BLANCHE de Henning Mankell (Points)

La lionne blanche
Henning Mankell
(Points)

(Dès 15 ans)


Henning Mankell, né en 1948, est romancier et dramaturge. Depuis une dizaine d'années, il vit et travaille essentiellement au Mozambique - "Ce qui aiguise le regard que je pose sur mon propre pays", dit-il. Il a commencé sa carrière comme auteur dramatique, d'où une grande maîtriqe du dialogue. Il a également écrit nombre de livres pour enfants, couronnés par plusieurs prix littéraires, qui soulèvent des problèmes souvent graves et qui sont marqués par une grande tendresse. Mais c'est en se lançant dans une série de romans policiers centrés autour de l'inspecteur Wallander qu'il a définitivement conquis la critique et le public suédois. Cette série, pour laquelle l'Académie suédoise lui a décerné le Grand Prix de la littérature policière, décrit la vie d'une petite ville de Scanie et les interrogations inquiètes de ses policiers face à une société qui leur échappe. Henning Mankell s'est imposé comme le premier auteur de romans policiers suédois. En France, il a reçu le Prix Mystère de la Critique, le Prix Calibre 38 et le Trophée 813.
Dans "La lionne blanche", une partie de l'histoire se passe en Afrique du Sud où le traumatisme individuel et collectif a atteint un point tel que certains envisagent le pire : le chaos total. Ce livre fut terminé en juin 1993, c'est-à-dire entre la libération de Nelson Mandela et les premières élections libres, au coeur de l'impatience de la majorité noire d'un côté, et d'une résistance active de certains éléments de la minorité blanche de l'autre. Situation très sensible qui laissait craindre au plus pessimistes une proche guerre civile.
Henning Mankell s'est également beaucoup inspiré des récits de Thomas Mofolo sur les croyances africaines et le monde des esprits.

Thomas Mofolo (1877 - 1948) est considéré comme le premier romancier africain du XXème siècle. Il écrivait en Sesotho et était partagé entre une attitude chrétienne (il avait été élevé par les missionnaires), et son propre bon sens qui percevait clairement les effets négatifs des missions sur la vie des tribus. En 1909, il sillonne le Natal à bicyclette afin de recueillir les matériaux nécessaires à l'ouvrage qu'il voulait écrire sur le grand chef zoulou du XIXème siècle, Chaka, qui unit les tribus et se rendit maître d'une grande partie de l'Afrique du Sud et de l'Afrique Centrale. Rejeté par les missionnaires, ce roman ne fut publié qu'en 1925. "Chaka" est devenu un classique sotho et a servi de modèle à de nombreux écrivains.

"Chaka - Une épopée bantoue" de Thomas Mofolo (Gallimard Imaginaire)

L'histoire :
Printemps 1992 en Suède. En cette fin d'un vendredi ordinaire, Louise Akerblom, agente immobilière, compte visiter une dernière maison avant de rentrer chez elle pour le week-end. Membre de l'Eglise Méthodiste, mariée, heureuse maman de deux petites filles, Louise Akerblom ne reverra jamais sa famille.
Le commissaire Wallender prend cette affaire d'autant plus à coeur que ses relations avec sa propre famille sont complexes. Notamment avec son père qui vient de lui annoncer qu'à quatre-vingts ans, il désire se remarier avec sa "jeune" femme de ménage âgée de cinquante ans.
Pendant cette même période, en Afrique du Sud, le pays est en pleine crise politique et sociale. Le Président De Klerk a libéré Nelson Mandela, geste que les extrémistes Blancs considèrent comme une trahison. Un comité secret, réunissant quelques résistants Boers, dont certains très proches du Président, fomente un attentat visant Nelson Mandela. Le tueur, un professionnel, sera obligatoirement un Noir. Un Noir qui assassine un Noir. Les commanditaires ultra-conservateurs espèrent ainsi provoquer une guerre civile, un chaos tel qui leur permettrait de reprendre le pouvoir et d'instaurer un nouvel apartheid.


"La soumission est peut-être la blessure humaine la plus difficile à guérir."
Henning Mankell
"La lionne blanche"


Mon avis :
Cette histoire nous offre le très grand plaisir de retrouver, dans son univers paisible et rural du sud de la Suède, le Commissaire Wallander, personnage attachant dans sa complexité, sa sensibilité à fleur de peau, ses noirceurs, ses peurs, ses doutes, son caractère insaisissable, et souvent insupportable.
Cette histoire (plus qu'une enquête) nous ouvre les yeux sur l'inquiétante progression de groupuscules néo-nazis en Suède, leur soutien à certains pays, et notamment aux ultra-conservateurs d'Afrique du Sud, et sur la passivité du gouvernement suédois.
A des milliers de kilomètres de là, en Afrique du Sud, si l'époque de l'apartheid est morte avec la libération de Nelson Mandela, elle est encore loin d'être enterrée pour tout le monde. Les défenseurs de l'apartheid sont plus que jamais déterminés. Certains Noirs se radicalisent. Complots, contrats, attentats... sont fomentés de tous côtés. Pourtant, des femmes et des hommes courageux, parfois au péril de leur vie, gardent espoir et veulent croire à la paix et à l'unité. La force des esprits des ancêtres les accompagne. La beauté du pays est une richesse incontestable. Et les animaux sauvages, eux aussi, veillent sur leurs terres...

Peut-être la meilleure enquête du Commissaire Wallander !


"Dans mon pays, il existe de grandes réserves naturelles où les animaux sont protégés. Il y en a d'autres où sont enfermés des êtres humains sans aucune protection."
Henning Mankell
"La lionne blanche"


POUSSIERE ROUGE de Gillian Slovo (Gallimard Scripto)

Poussière rouge
Gillian Slovo
(Gallimard Scripto)

(Dès 15 ans)


Gillian Slovo est née en 1952 à Johannesburg en Afrique du Sud. Elle est la fille de Joe Slovo, ancien responsable du Parti communiste sud-africain, avocat de Nelson Mandela en 1964, puis ministre de son gouvernement. Sa mère, Ruth First, éminente journaliste également engagée dans la lutte antiapartheid, fut assassinée en 1982 par les services secrets du Mozambique. Gillian Slovo a quitté son pays natal et fui le régime de l'apartheid à l'âge de douze ans. Depuis 1964, elle vit en Angleterre. Elle n'est retournée en Afrique du Sud qu'à la libération de Nelson Mandela après vingt-huit d'emprisonnement. Elle est l'auteur de plusieurs romans policiers. Poussière rouge est son neuvième livre et le deuxième traduit en France.

L'histoire :
Sarah est procureur à New York, brillante et passionnée par son travail, et chaque jour autant fascinée et émerveillée par la ville. Il y a quatorze ans, elle a quitté, pour ne pas dire fui, son pays natal, l'Afrique du Sud, encore dominé par l'apartheid, avec la ferme intention de ne jamais plus y remettre les pieds. Jusqu'à cet appel à l'aide de son mentor, Ben Hoffman, que Sarah ne peut ignorer. De retour en Afrique du Sud "d'après", à Smitsrivier, petite ville écrasée par la chaleur et toujours recouverte de cette même poussière rouge, celle qui abîme les chaussures, celle qui s'insinue dans les pages des livres, Sarah ne se sent pas bien.
Pour quelle raison Ben Hoffman tient-il tant à sa présence ? Quel est son véritable but ? Dirk Hendricks, ancien policier blanc, a déposé une demande d'amnistie pour avoir torturé il y a des années un jeune Noir, Alex Mpondo. De son côté, James Sizela, directeur d'école, soupçonne Alex Mpondo de savoir quelque chose, voire d'être impliqué dans la disparition de son fils Steve il y a plus de dix ans, et veut profiter de la Commission Vérité et Réconciliation pour connaître enfin la vérité. Mais quelle vérité attend-il ? Quel sera le rôle de Sarah ?

Mon avis :
Au travers de cette histoire captivante et terriblement dure, Gillian Slovo présente les différents aspects de ces Commissions Vérité et Réconciliation créées après l'apartheid. Formidable outil de réconciliation d'un peuple meurtri pour les uns. Farce grotesque pour les autres. Moyen d'échapper à la justice pour les bourreaux. Cruelles heures à revivre pour les victimes. Malgré la présence de juges, d'avocats, de jurés, ces commissions ne rendent aucune justice, et probablement pas toute la vérité. Les cases bourreaux/victimes sont bien trop réductrices. Certains bourreaux regrettent sincèrement leurs actes. Certaines victimes ne sont pas irréprochables et ont assassiné, elles aussi, des innocents pour des raisons politiques ou pour des raisons plus obscures. Dans un tel climat de suspicions, de contradictions, dans un tel mélange de bassesses humaines mais aussi de grandeurs d'âmes, de quelle vérité et de quelle réconciliation parle-t-on ?

Un livre fort et passionnant qui montre avec justesse, sincérité et pudeur, combien le poids du passé est lourd, et que le chemin de la reconstruction est encore long et difficile pour l'Afrique du Sud.

vendredi 11 mai 2012

SAFARI-PHOTO EN AFRIQUE DU SUD - L'Afrique du Sud en quelques dates




Apartheid : Mot Afrikaans. Régime de ségrégation systématique des gens de couleur appliqué en Afrique du Sud jusqu'en 1990 - 1991. En 1913, les premières lois de ségrégation raciale (apartheid) affectent les métis, les Indiens, et surtout les Noirs, très majoritaires mais pratiquement exclus de la conduite des affaires.

1910 : Fondation de l'Afrique du Sud. Les années qui suivent sont agitées par des conflits opposant Anglais, descendants des colons néerlandais (Afrikaners) et Africains.

1912 : Création de l'ANC, Congrès National Africain pour défendre les intérêts de la communauté noire contre la domination blanche.

1913 : Développement du nationalisme afrikaner. Création de l'eerbaare apartheid, "ségrégation honorable", premières lois de ségrégation raciale qui affectent les métis, les Indiens, et surtout les Noirs.

Entre 1893 et 1914 : Avocat, Mohandas Karamchand Gandhi (le Mahatma) défend, au cours de séjours en Afrique du Sud, les Indiens contre les discriminations raciales et élabore sa doctrine de l'action non violente.

1948 : Le Parti National des Afrikaners emporte les élections et met en place l'apartheid, qui instaure la ségrégation raciale.

1960 : Suite à une manifestation noire contre le port d'un passeport intérieur, le township (ghetto noir, bidonville des villes d'Afrique du Sud) de Sharpeville est le théâtre d'un massacre. Des militants Noirs sont emprisonnés et l'ANC interdit.

1962 : Nelson Mandela est arrêté. Il est condamné à la prison à perpétuité en 1964.

16 juin 1976 : Dans le township de Soweto, soutenus par le Mouvement de la Conscience Noire, des adolescents Noirs se rebellent contre l'enseignement obligatoire en afrikaans. Répression sanglante.

1990 : Le nouveau président Frederik de Klerk légalise l'ANC et engage des réformes pour mettre fin à l'apartheid (approuvées par le référendum de 1992).

11 février 1990 : Nelson Mandela est libéré.

1991 : Abolition de l'apartheid.

1993 : Nelson Mandela reçoit le Prix Nobel de la Paix.

1994 : Mandela devient le premier président Noir d'Afrique du Sud.


L'Afrique du Sud est aujourd'hui un état fédéral de neuf provinces. La capitale est Le Cap où siège le Parlement. Quant au Gouvernement, il siège à Pretoria. Onze langues officielles sont parlées et écrites : l'Afrikaans, l'Anglais, le Zoulou (ou Zulu), le Xhosa, et d'autres langues africaines peu ou pas traduites en France. Le Chef d'Etat est Jacob Zuma (ANC) depuis 2009.

Clins d'oeil à la Littérature Indienne :
"Meurtre dans un jardin indien" de Vikas Swarup (10/18) a été écrit en partie en Afrique du Sud où l'auteur passe ses week-ends et ses vacances.
A voir : le film "Cry Freedom" de Richard Attenborough (qui a commis également le film "Gandhi")

(Sources : larousse.fr / magazine Muze n°52 - Février 2009)