mardi 7 février 2012

"KAMPUCHEA" de Patrick Deville (Seuil)



"Kampuchéa"
Patrick Deville
(Seuil)

Rentrée littéraire - Septembre 2011

(Terminales - Adultes)


Patrick Deville est né en 1957. Cet écrivain globe-trotter, grand connaisseur de l'Amérique latine, dirige aujourd'hui à Saint Nazaire la Maison des écrivains étrangers et traducteurs, et de la revue Meet qui en est l'organe.

L'histoire :
Une succession de courts récits qui raconte plus d'un siècle d'Histoire du Cambodge : de la découverte des temples d'Angkor en 1860 par un certain Henri Mouhot, lépidoptériste (chasseur de papillons), un savant encyclopédiste à la fois entomologiste, botaniste, hydrographe, archéologue ; au procès en 2009 de Douch, tortionnaire sous le régime des Khmers rouges.
Récits, anecdotes, faits divers, faits historiques : tantôt étonnants et poétiques ; ou au contraire édifiants et cauchemardesques ; enrichis de références à Kipling, Malraux, Farrère, Loti, Conrad, Graham Greene, et, bien entendu, à Coppola pour son magistral "Apocalypse now".

Mon avis :
Le reproche que l'on peut faire à l'auteur est de croire que tous ses lecteurs connaissent aussi bien que lui cette partie du monde et son Histoire. Il évoque des événements souvent sans les dater et sans suivre une chronologie des faits. Il faut donc s'armer d'une solide documentation pour entrer dans ce livre, qui le mérite à plus d'un titre, et comprendre tout le poids de l'horreur de cette utopie cruelle, inhumaine.
Une fois cet effort fait (pour ceux à qui cela était nécessaire), on est incrédules, atterrés, révoltés, épouvantés, émus. On ne peut que ressentir douleur et compassion face à de tels récits. Source intarissable d'informations, il faut lire cet ouvrage avec application.

Un livre à mettre entre les mains de tous les élèves de Terminale !


"Les travaux forcés, les maladies, la torture, la famine jusqu'au cannibalisme. Trois ans, huit mois, vingt jours. Un ou deux millions de Cambodgiens disparaissent, entre un quart et un tiers de la population. On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs qui, couvés, donneraient pourtant des poulets. Les survivants du Peuple nouveau ne se souvenaient pas avoir jamais mangé du poulet."

Patrick Deville
"Kampuchéa" (Seuil)


Khmers rouges est l'appellation donnée par le prince Sihanouk aux résistants communistes khmers au cours des années 1960 et désignant après 1976 les partisans de Saloth Sâr, plus connu sous le nom de Pol Pot, et de Khieu Samphân.
Les Khmers rouges ont pris le pouvoir au terme de plusieurs années de guerre civile, établissant le régime politique connu sous le nom de "Kampuchéa démocratique". Entre 1975 et 1979, période durant laquelle ils dirigèrent le Cambodge, leur organisation, l'Angkar, constitua le fer de lance de la révolution cambodgienne. Elle fit régner la terreur.


Les villes sont vidées de leurs habitants. Ne rien emporter. Ne rien fermer. Montres, stylos, lunettes, sont collectés. L'argent est jeté. Les billets brûlés. Brûlés aussi les imprimés, les titres de propriété, les diplômes, les papiers d'identité, les permis de conduire. Plus d'activités législatives. Plus de propriété privée ni de tribunaux, plus d'écoles, plus de cinémas, plus de libraires, plus de cafés, plus de restaurants, plus d'hôpitaux, plus de commerces, plus d'automobiles, ni d'ascenseurs, ni cosmétiques ni glaciers, ni magazines ni courrier ni téléphone, ni vin blanc, ni brosse à dents. Plus de téléviseurs ni appareils ménagers, magnétophones, horloges, réfrigérateurs, boîtes de conserve, médicaments, vêtements d'importation, livres. La vie collective, les repas pris en commun. Briser une cuiller ou une pousse de riz est un crime passible de la mort, tout comme l'adultère et la consommation de boissons alcooliques. Fusillés les quelques garçons aux cheveux longs et lunettes de soleil. Renvoyés chez eux après humiliations, tous les étrangers.

"Plus de médecins, de bonzes, de putes, d'avocats, d'artistes, d'opticiens, de professeurs, d'étudiants."




18 mars 1970 :
Coup d'état au Cambodge
Le Maréchal Lon Nol, soutenu par les Etats-Unis, renverse la monarchie et instaure un régime militaire au Cambodge. Le contexte régional, dominé par la guerre du Vietnam est alors chaotique. Lon Nol sera chassé du pouvoir par les Khmers rouges de Pol Pot cinq ans plus tard.


Pol Pot
17 avril 1975 :
La chute de Phnom Penh
Les Khmers rouges s'emparent de Phnom Penh, la capitale du Cambodge, et leur chef, Pol Pot, impose un régime dictatorial. Les Khmers rouges sont tenus pour responsables de la mort de près de deux millions de personnes. Ils seront chassés de Phnom Penh par les forces vietnamiennes en janvier 1979. La guerre civile se poursuivra entre les Khmers rouges et le gouvernement, appuyé par le Vietnam, jusqu'à ce qu'un cessez-le-feu soit finalement obtenu sous la supervision de l'ONU en octobre 1991.

11 janvier 1979 :
Pol Pot chassé du pouvoir
Alors que l'armée vietnamienne a chassé Pol Pot du pouvoir, des militants khmers rouges dissidents forment un nouveau gouvernement. Si le Cambodge ne connaît pas pour autant la paix intérieure, le régime totalitaire et sanglant de Pol Pot est renversé. Il affiche un bilan tragique estimé à environ deux millions de morts alors que le pays ne comptait que sept millions d'habitants.

15 avril 1998 :
Mort de Pol Pot
Le tyran khmer meurt d'une crise cardiaque dans sa résidence. Responsable d'un régime sanguinaire qui a ravagé le Cambodge de 1975 à 1979, accusé "d'auto-génocide" pour ses crimes contre la population cambodgienne, Pol Pot risquait un procès. Il ne fut jamais jugé. Son corps fut incinéré avant qu'une autopsie indépendante ait pu être réalisée.



Douch, tortionnaire sous le régime des Khmers rouges

Le Tribunal International de Phnom Penh rendra, le 3 février 2012, près d'un an après la fin des audiences, son verdict en appel contre "Douch", tortionnaire sous le régime des Khmers rouges.
En première instance, en juillet 2010, l'une des figures emblématiques du régime de Pol Pot avait été condamné à une peine de trente ans de détention pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Ses aveux et sa coopération avec la justice lui avaient permis d'éviter la réclusion à perpétuité.
Mais l'ancien professeur de mathématiques assure maintenant qu'il n'était qu'un simple serviteur du régime et qu'il échappe à la compétence du tribunal, chargé de ne juger que les plus hauts responsables du régime ou des crimes perpétrés. Il réclame sa libération. Les procureurs ont en revanche requis la perpétuité, commuée en quarante-cinq ans de détention.



Douch

Prison S21
Douch, de son vrai nom Kaing Guek Eav, est né en 1942 sous le règne du jeune roi Norodom Sihanouk. Il a 11 ans lors de l'indépendance du Cambodge. Enfant de paysans devenu professeur de mathématiques respecté, son destin change soudain. Militant clandestin, arrêté, jeté en prison, amnistié lors du coup d'état pro-américain du général Lon Nol, Douch prend le maquis. Il est alors le chef de la prison S21 de Tuol Sleng, dans la capitale, où ont été torturées puis exécutées quelque douze à quinze mille personnes entre 1975 et 1979. Environ deux millions de Cambodgiens sont morts sous la torture, d'épuisement ou de malnutrition dans la mise en oeuvre de l'utopie nationaliste délirante des Khmers rouges. Lorsque les soldats vietnamiens entrent dans Phnom Penh en 1979, le Kampuchéa démocratique s'effondre et le bourreau disparaît. Douch est reconnu en 1999 à la frontière thaïlandaise où il officie dans un groupe de pasteurs prédicateurs, auxiliaires humanitaires. Converti au Christianisme, il dit "être désolé. Ceux qui sont morts étaient des gens bien". Des cinq accusés, il est le seul à reconnaître sa culpabilité. Réel repentir ou cynisme morbide ?

Le 3 février 2012, le Tribunal International de Phnom Penh a condamné Douch à la perpétuité.


Sources pour ce dossier :
larousse.fr ; linternaute.com ; lemonde.fr ; "Kampuchéa" de Patrick Deville (Seuil)



"La communauté internationale n'a absolument aucun droit de juger : elle a soutenu les Khmers rouges. Le gouvernement actuel, lui non plus, n'a aucun droit de juger : ce sont d'anciens Khmers rouges."

François Ponchaud
Vicaire général du diocèse de Kompong Cham
Extrait de "Kampuchéa" de Patrick Deville (Seuil)


"CE QU'IL FAUT EXPIER" de Olle Lönnaeus (Liana Levi)

"Ce qu'il faut expier"
Olle Lönnaeus
(Liana Levi)

Prix du Premier roman 2011
de l'Académie des auteurs suédois
de romans policiers

(Ados - Adultes)


Olle Lönnaeus est né en 1957 à Tomelilla, la ville qu'il a choisie pour cadre de son roman "Ce qu'il faut expier". Journaliste depuis vingt ans, il a publié de nombreuses enquêtes sur l'immigration en Suède et sur les extrémismes de tous bords.

L'histoire :
Contacté la veille par une inspectrice de la Criminelle d'Ystadt et par un avocat, après trente ans d'absence, Konrad Jonsson revient à Tomelilla, petite ville rurale du sud de la Suède. Ses parents adoptifs viennent d'être retrouvés morts. Journaliste respecté, en pleine crise de la cinquantaine, Konrad a cessé de travailler il y a deux ans pour faire le point sur sa vie privée et professionnelle, et aussi écrire un roman qu'il n'a pas encore commencé. Comme il le craignait, son retour à Tomelilla éveille en lui des souvenirs heureux et malheureux. C'est peut-être le moment pour lui d'aller au bout de ses recherches sur ses origines. Sa mère biologique était polonaise. Elle s'appelait Agnieszka, et elle l'a abandonné quand il avait dix ans. C'est tout ce qu'il sait d'elle...

Mon avis :
Loin de la carte postale traditionnelle d'une Suède enneigée et exemplaire, ce roman social, âpre et authentique, avance pas à pas vers la vérité. Il prend son temps et révèle ainsi toute l'amplitude du nationalisme et de la xénophobie, hélas pas aussi nouveaux dans ce pays qu'on l'imagine. Le personnage de Konrad Jonsson, dans son cheminement existentiel, avec ses faiblesses et son humanité, est très attachant.

Une peinture assez sombre de la Suède aujourd'hui.

"SCINTILLATION" de John Burnside (Métailié)

"Scintillation"
John Burnside
(Métailié)

Prix du Roman 2011 "Lire et Virgin Megastore"

(Ados - Adultes)


John Burnside est né en 1955 dans le Fife, en Ecosse, où il vit actuellement. Il enseigne à l'Université de St Andrews. Poète reconnu avant d'être romancier, il est l'auteur de "L'empreinte du Diable" et "Un mensonge sur mon père".

Présentation de l'éditeur :
Dans un paysage dominé par une usine chimique abandonnée, au milieu de bois empoisonnés, l'Intraville, aux immeubles hantés de bandes d'enfants sauvages, aux adultes malades ou lâches, est devenue un modèle d'enfer contemporain. Année après année, dans l'indifférence générale, des écoliers disparaissent près de la vieille usine. Ils sont considérés par la police comme des fugueurs. Leonard et ses amis vivent là dans un état de terreur latente et de fascination pour la violence. Pourtant, Leonard déclare que, si on veut rester en vie, ce qui est difficile dans l'Intraville, il faut aimer quelque chose. Il est plein d'espoir et de passion, il aime les livres et les filles.

Mon avis :
Une écriture magnifique, intense. Un texte purement littéraire, d'une poésie éblouissante. Une réflexion philosophique et spirituelle (sur l'existence, les raisons de vivre, la mort, un éventuel Au-delà, Dieu...) si intelligemment et profondément proposée qu'elle en est terrifiante. Un texte qui balance sans cesse, en effet, entre le Paradis et l'Enfer, entre le sublime et l'horreur, entre des images de chaos et des couleurs psychédéliques.
Il n'y a pas de demi-mesure avec ce roman. Ou l'on est fasciné et touché par sa grâce, et on le dévore. Ou il éveille en nous trop d'images sombres, et on s'en éloigne.

Un livre rare !

"JAYNE MANSFIELD 1967" de Simon Liberati (Grasset)

"Jayne Mansfield 1967"
Simon Liberati
(Grasset)

Prix Fémina 2011

(Ados - Adultes)


Simon Liberati est né en 1960 à Paris. Il est journaliste et écrivain. Il est l'auteur aux éditions Flammarion de trois romans : "Anthologie des apparitions", "Nada exist", et "L'Hyper Justine" (Prix de Flore en 2009).

L'histoire :
Dans la nuit du 29 juin 1967, sur une route tranquille de Louisiane, une Buick bleue s'encastre dans un camion. Parmi les lambeaux d'une perruque blond platine, les produits de beauté de luxe éparpillés, les débris de tôle déchiquetés, et autres horreurs indicibles, se trouve le corps de Vera Jane Ottaviano, alias Jayne Mansfield. Une légende est née...

Mon avis :
Dans ce livre, Simon Liberati effectue un travail de journaliste méticuleux et passionnant. Articles de journaux, rapports de police, photos choc des tabloïds, souvenirs de proches..., il recherche, fouille, observe, étudie, compare, oppose toute cette documentation, retrace l'histoire jusqu'à aujourd'hui des personnes et des lieux. Il nous livre avec beaucoup d'émotion, de vérité, d'empathie sincère, et surtout sans voyeurisme aucun, un portrait de ce personnage complexe et les dernières heures de la vie de Jayne Mansfield.
Cette femme, magnifiquement belle, au QI estimé de 163, la plus photographiée du monde après Elizabeth Taylor, qui monnayait sa nudité pour pas moins de 35 000 $ la semaine dans les cabarets de Las Vegas et des soirées de gala, avait décidé qu'elle serait une Movie Star. Ses faibles talents d'actrice ne marquèrent pas l'histoire de la cinématographie. Et pourtant, tout le monde se souvient d'elle, sex symbol des années 50.
La succession de scandales y est peut-être pour beaucoup : ses provocations, sa collection de perruques extravagantes, ses passions pour les chihuahuas, le whisky, le champagne américain, le LSD, la Dexedrine, ses hallucinations et désordres mentaux, la personnalité violente de son dernier amant Samuel Brody, son Palais Rose sur Sunset Blvd à Los Angeles, ses relations troublantes avec un inquiétant mage sataniste et dangereux, Anton LaVey, ses comportements instables avec ses cinq enfants...
Puis cet accident de voiture épouvantable et la (fausse) rumeur de sa décapitation créèrent la légende. De plus, trois de ses enfants se trouvaient à bord du véhicule. Miklos, Zoltan, et Mariska Hargitay (Olivia Benson dans la série "New York Unité Spéciale") s'en sortirent miraculeusement vivants.

Un livre très documenté, foisonnant d'anecdotes. Un portrait très émouvant et captivant !

"GLACE" de Bernard Minier (XO)

"Glacé"
Bernard Minier
(XO)

Prix Polar du Meilleur roman
"français ou francophone"
au Festival de Cognac 2011

(Ados - Adultes)


Bernard Minier a grandi au pied des Pyrénées. Ancien contrôleur des douanes, primé à l'issue de plusieurs concours de nouvelles, il publie avec "Glacé" son premier roman.

L'histoire :
A St Martin de Comminges, petite ville tranquille des Pyrénées, ce matin de décembre, des ouvriers de la centrale hydroélectrique découvrent, à 2 000 m d'altitude, le cadavre mutilé et atrocement mis en scène... d'un cheval. Ce yearling, pur-sang dans sa première année, d'une valeur sentimentale et financière inestimable, appartenait à Eric Lombard, héritier d'une des familles les plus puissantes de France. Face à cette notoriété, tout est donc mis en oeuvre pour résoudre l'enquête au plus vite et sans vagues. Le capitaine Irène Ziegler, de la gendarmerie locale, et le commandant Martin Servaz, tout droit parachuté du SRPJ* de Toulouse pour l'affaire, vont devoir collaborer ensemble.
Dans le même temps, Diane Berg, toute jeune psychologue suisse, arrive dans la vallée pour prendre son nouveau poste à l'institut psychiatrique ultramoderne qui accueille les plus grands meurtriers psychopathes de France et des pays voisins...

SRPJ = Sercice Régional de Police Judiciaire

Mon avis :
Jamais glauque, ce roman ne nous montre jamais les victimes sous le regard de l'assassin, mais toujours sous celui des enquêteurs principaux, donc avec leur humanité et leur compassion. Toutefois, comme eux, happés par ce paysage grandiose et oppressant, et cet hiver rigoureux et glacé, nous plongeons dans plusieurs abîmes des plus terrifiants :
  • Celui de la petite ville de St Martin de Comminges et ses lourds secrets ;
  • Celui de la vallée : avec l'institut psychiatrique ultramoderne, et ses méthodes thérapeutiques à vous glacer le sang, qui accueille les patients les plus effrayants du pays ; avec ces bâtiments fantomatiques de l'ancienne "Colonie de vacances des Isards" ; avec ce château et la puissance ostentatoire des Lombard, dynastie de financiers ;
  • Et celui de la montagne : avec la centrale hydroélectrique, labyrinthe creusé dans ses entrailles à 2 000 m d'altitude ; avec sa forêt dense et sombre ; avec ses chemins sinueux et inquiétants connus d'une seule poignée de montagnards aguerris ; cette montagne témoin et théâtre de crimes et de châtiments.
D'une écriture nerveuse et sûre, riche en mystère et en rebondissements, tout est savamment distillé, maîtrisé, pour faire monter l'adrénaline. Rude, réel pour quelques points notamment en ce qui concerne la centrale et, hélas, certaines techniques psychiatriques, cet excellent thriller captive et angoisse de bout en bout.

Un prix littéraire intelligent à ne pas manquer cet hiver !

"UN AN APRES" de Sue Mayfield (Bayard Jeunesse Millézime)

"Un an après"
Sue Mayfield
(Bayard Jeunesse Millézime)

Prix Polar Jeunesse au Festival de Cognac 2011

(dès 12 ans)

Sue Mayfield est britannique, née en 1963. Elle est professeur d'Anglais et écrivain pour enfants et jeunes adultes.

L'histoire :
Par un après-midi d'hiver glacial, Betty, jeune lycéenne, se rend chez un fleuriste, achète deux bouquets, et les dépose, avec une émotion qu'elle peine à dissimuler, près d'un abribus déformé, aux parois métalliques enfoncées. On devine que récemment, il dût être le théâtre d'un terrible accident de la circulation... Une soirée déguisée tragiquement inoubliable...

Mon avis :
Plus qu'un polar, ce texte est le récit bouleversant d'un épouvantable drame et de l'année qui s'en suivit. Flash-back terrifiants, et souvenirs déchirants des familles et des amis, se rejoignent ou s'opposent. Chacun à son rythme, chacun à sa façon, analyse la tragédie, choisit sa vérité et ses réponses, fait, comme on dit, son travail de deuil.
Ce roman glace le sang par sa crédibilité et son authencité. D'un réalisme impressionnant, l'auteur nous livre l'état psychologique de chaque personnage avec finesse et émotions, et avec toute l'ambiguïté de son humanité. Le résultat est indéniablement efficace.

Un indispensable à mettre entre les mains de tous les ados !

"LE SAUVAGE" de David Almond (Gallimard Jeunesse)

"Le Sauvage"
David Almond
Illustrations de Dave McKean
(Gallimard Jeunesse)

Prix Sorcières 2011 - Catégorie Romans Ados


Le Prix Sorcières est le prix pour la Littérature Jeunesse le plus important, et sans doute le plus objectif et le plus juste puisque remis conjointement par les libraires et les bibliothécaires.


David Almond : "J'ai grandi, raconte David Almond, dans une petite ville située au bord d'une rivière, entourée de landes et d'anciens puits de mine. Notre vie était empreinte de mystère et d'événements inattendus. Le lieu et les gens qui y vivaient m'ont beaucoup inspiré pour imaginer mes histoires. J'ai toujours voulu écrire, et si ce n'est pas toujours facile, c'est quelquefois un moment rare de magie !". David Almond, écrivain britannique né en 1951, a d'abord été postier, vendeur de balais, éditeur et enseignant. Un beau jour, dans les années 80, il a quitté son travail, vendu sa maison et a rejoint une communauté d'artistes et d'écrivains dans un manoir de Norfolk pour se consacrer entièrement à l'écriture. Il publie des livres aussi bien pour les adultes que pour la jeunesse.

Dave McKean est né en 1963. Célèbre pour ses talents d'illustrateur de bande dessinée, Dave McKean est un artiste accompli. Formé à l'école d'arts graphiques du comté de Taplow, il rencontre en 1986 le scénariste Neil Gaiman (à retrouver sur ce blog à : Mai 2010 pour "Coraline"), avec qui il collaborera sur de nombreux albums.

L'histoire :
Le narrateur a perdu son père quand il était enfant. La conseillère de l'école, à l'époque, lui demandait d'écrire ce qu'il ressentait. Voici son carnet. Une histoire qui commence ainsi : "C'était un enfant sauvage qui vivait dans les bois de Burgess".

Mon avis :
"Le Sauvage" est une histoire extraordinairement poignante dans laquelle auteur et illustrateur ne font qu'un. David Almond avec, comme toujours, sa justesse, sa force, sa sincérité, son humanité, libère le narrateur de toute sa violence et de toute sa colère. Les fautes de grammaire et d'orthographe, volontairement laissées, sont terriblement émouvantes et rappellent qu'il s'agit d'un enfant qui pleure son père. Quant aux illustrations de Dave McKean (du noir pour le deuil, au vert radioactif pour le danger et au bleu-vert pour la renaissance), elles expriment admirablement la déchirante douleur du "sauvage".
Juste remarquable !

(Retrouvez David Almond sur ce blog à "Novembre 2010" pour "Imprégnation" et à "Mai 2011" pour "Le Jeu de la Mort")

vendredi 23 décembre 2011

"LES HEROS DE NOTRE ENFANCE" de François Rivière (Chêne)


"Les héros de notre enfance"
François Rivière
(Chêne)

(Pour tous...)


François Rivière est né en 1949 dans la région de Saintes. Il est critique littéraire, éditeur, romancier, traducteur et biographe. Il est aussi scénariste de bande dessinée. Fan de Hergé, Gaston Leroux, Eugène Sue, François Rivière a écrit, entre autre, sur Agatha Christie, Frédéric Dard, Edgar P. Jacobs, Kipling, Patricia Highsmith, Enid Blyton, Jules Verne, James Matthew Barrie. Le livre "Les héros de notre enfance" apparaît donc comme une continuité logique de son travail passionné, et quelle a dû être sa frustration de n'avoir pu évoquer tous les héros de son enfance que l'on imagine encore très nombreux !
Lire aussi sa remarquable biographie "Agatha Christie - Duchesse de la Mort" (Seuil).

"Les livres ont, par l'émoi qu'ils déclenchent en l'immature cervelle, l'effet de cartes divinatoires : nous y lisons notre avenir, sans le savoir, fascinés par l'image qui se reflète à la surface miroitant du récit."
François Rivière

Mon avis :
Animé de somptueuses illustrations, ce livre retrace notre vie, nous réunit avec nos plus chers amis, nous replonge dans tous les voyages et toutes les aventures extraordinaires que nous avons partagés avec eux. Pour chacun d'entre nous, tous ces personnages ont été "uniques". Juste pour nous. Rien qu'à nous. Ils ont été notre enfance... ou nos compagnons d'évasion de la réalité de notre enfance.
Rempli d'anecdotes passionnantes, ce superbe ouvrage émouvant va conquérir le coeur de toute la famille : Bibi Fricotin, Zorro, Babar, Les Pieds Nickelés, Le Petit Nicolas, Le Club des Cinq, Sherlock Holmes, Tarzan, et bien d'autres encore...

Retrouvez-les vite !


Mes choix :

"Alice" :
L'écrivain Edward L. Stratemeyer (1862 - 1930) imagina le personnage de Nancy Drew mais, trop âgé, il confia l'écriture de ses aventures à un jeune auteur de 21 ans qui publia le premier épisode sous le pseudonyme de Carolyne Keene. En 1955, la Bibliothèque Verte racheta les droits. Nancy Drew devint Alice Roy et l'auteur (un collectif) sera rebaptisé Caroline Quine.
Alice Roy, jeune et riche américaine, se voit sans cesse confrontée à des énigmes relevant du surnaturel, secondée par deux amies, Bess et Marion, de son gentil soupirant Ned Nickerson, et jamais sans son cabriolet bleu. Ce personnage émancipé des années 60 annonce les héroïnes des romans de Mary Higgins Clark.


"Blake et Mortimer" :
Créés par le dessinateur bruxellois Edgar P. Jacobs, ces héros vont susciter des vocations d'égyptologues, de voyageurs et d'écrivains, notamment avec l'aventure "Le Mystère de la Grande Pyramide". Jacobs a toujours reconnu avoir lui-même été influencé par Agatha Christie, H. G. Wells, Conan Doyle, Maurice Leblanc, les films "M le Maudit" de Fritz Lang et "Godzilla" du japonais Inoshiro Honda.
Francis Blake est un agent de l'Intelligence Service ; Philip Mortimer, un savant physicien écossais ; et leur ennemi juré est le terrible Colonel Olrik.


"Bob Morane" :
Bob Morane est né de l'imagination de l'auteur belge Charles-Henri Dewisme, alias Henri Vernes. Pour ses histoires, Vernes s'est beaucoup inspiré de ses voyages de jeunesse et des régions qu'il connaissait parfaitement comme Macao, Hong-Kong, Singapour. Il s'est adjoint également les conseils du Docteur Bernard Heuvelmans, crypto-zoologue réputé.
Bob Morane est un pilote français de la RAF qui mène ses aventures exotiques tambour battant, flanqué d'un géant roux écossais à l'humour "viril", Bill Ballantine. Un autre personnage aux allures d'un Professeur Tournesol, le Professeur Clairembart, spécialiste des civilisations disparues, les aide parfois. Et bien sûr il y a le "méchant" : Monsieur Ming, alias "L'Ombre Jaune".
Une mention spéciale pour les admirables couvertures gouachées de Pierre Joubert gravées dans la mémoire des fans.
Romans d'aventures et de fantastique au départ écrits pour un lectorat des années 50, le début des années 90 a vu la création d'un "Club Bob Morane".







A découvrir (ou à redécouvrir) l'hommage à Bob Morane du groupe Indochine dans l'album "L'Aventurier". Un vrai bonheur !




"LA MAISON DE SOIE" d'Anthony Horowitz (Calmann-Lévy)




"La Maison de Soie"
Anthony Horowitz
(Calmann-Lévy)

(Ados - Adultes)



Tendance – Un roman, deux possibilités (de lectorat)

            Vous avez dit « double exploitation » ? Dans le jargon de l’édition, c’est ainsi que l’on désigne ces romans dont le texte est publié sous deux jaquettes différentes, moyennant un même prix et un même nombre de pages, à l’attention de deux publics distincts : des jeunes adultes, entre 15 et 30 ans environ, et des lecteurs plus âgés. Une tendance qui remonte à quelques années mais qui trouve en ce moment une actualité particulière : outre « Le prince de la Brume » de Carlos Ruiz Zafon (Robert Laffont / Pocket Jeunesse) et « La Maison de Soie » d’Anthony Horowitz (Calmann-Lévy / Hachette Jeunesse), « Ma sœur vit sur la cheminée » d’Annabel Pitcher (Plon) et « Tant que nous n’aurons pas de visage » de C.S. Lewis (Anne Carrière) paraissent également ces jours-ci sous deux couvertures différentes. Stephen Carrière, qui réédite ce dernier, roman d’apprentissage de l’auteur irlandais des célèbres « Chroniques de Narnia », précise : « Ce sont les libraires qui m’ont suggéré de publier le livre de C.S. Lewis, grand ami de J.R.R. Tolkien, sous deux couvertures. Ils m’ont fait valoir que ce conte philosophique s’adressait avant tout à un public de jeunes adultes. » Ah, les fameux young adults !

            Depuis le succès de « Harry Potter » et de « Twilight », les éditeurs ne jurent que par eux. « Ces sagas ont fait tomber les barrières, souligne Mathilde Bach chez Plon. A 15 ans, hier comme aujourd’hui, on lit volontiers des choses atroces, on est attiré par des histoires morbides. J’ai choisi de publier « Ma sœur vit sur la cheminée » en double car ce texte explore des thèmes mortifères à hauteur d’enfant, mais peut également toucher des lecteurs adultes, à qui ce livre rappellera des émotions passées. »

            De l’avis général, « Le bizarre accident du chien pendant la nuit » a conforté le phénomène : publié en double exploitation dans le monde entier en 2004, ce roman de l’Anglais Mark Haddon est sorti simultanément en France chez Nil et chez Pocket Jeunesse, puis à nouveau en double en poche. Résultat : près de 250 000 exemplaires vendus, selon Edistat, toutes éditions confondues. De quoi inciter les éditeurs à ratisser large… « C’est vraiment au cas par cas, en fonction du potentiel de chaque livre », nuance Natacha Derevitsky de Pocket Jeunesse. « Il ne s’agit pas tant de rentabilité que du souci de ne pas passer à côté d’un certain lectorat », renchérit Deborah Kaufmann chez Calmann-Lévy. D’où la décision d’exploiter au maximum le nouveau livre d’Anthony Horowitz, auteur jeunesse à succès, mais qui met aujourd’hui en scène le fameux détective de Conan Doyle davantage prisé par les adultes. « Cela n’a pas été simple de concevoir les deux jaquettes, reconnaît Deborah Kaufmann. Impossible, par exemple, de faire figurer la fumée de la pipe de Sherlock Holmes sur la couverture jeunesse. Nos projets n’ont cessé d’être retoqués ! »

            Pascal Thuot, responsable de la librairie Millepages à Vincennes, n’est pas dupe : « La double exploitation nous arrange mais ça reste du pur marketing. » De l’art de fourguer un même livre dans deux rayons, et non plus dans un seul…

Delphine Peras

Magazine Lire – Novembre 2011


Anthony Horowitz :
Né en 1957, Anthony Horowitz a écrit près d'une quinzaine de livres pleins d'humour pour enfants et adolescents. Il a un jeune public passionné autant en France que dans la douzaine de pays où ses histoires policières, fantastiques et d'horreur sont traduites. En Angleterre, son pays d'origine, il est également connu pour ses scénarios de séries télévisées (Hercule Poirot, L'Inspecteur Barnaby). Certains de ses livres, comme "L'Ile du Crâne", "Le faucon malté" ou "Satanée grand-mère" collectionnent les prix, et les aventures d'Alex Rider remportent un succès sans précédent. Un film a été réalisé à partir du premier épisode, "Stormbreaker".
"La Maison de Soie" est la première publication d'une nouvelle enquête du détective Sherlock Holmes autorisée par les ayants droit de Conan Doyle et c'est à Anthony Horowitz qu'est revenu cet honneur.

L'histoire :
Le Docteur John Watson, l'ami fidèle, et aujourd'hui très âgé, du défunt Sherlock Holmes, s'apprête à déposer dans les coffres de Cox and Co un manuscrit avec pour instruction que, de cent ans, le paquet ne devra pas être ouvert. Il contient, en effet, l'ultime enquête, et peut-être la plus monstrueuse, du célèbre détective. Une aventure qui l'opposa au gang irlandais des Casquettes plates. Un aventure qui le mena aussi des chics quartiers londoniens des aristocrates aux tréfonds de Whitechapel, en passant quelque temps par la case "prison"...

Mon avis :
L'entreprise était très risquée. Elle pouvait se révéler être un cauchemar pour les purs "Holmésiens". Mais Horowitz s'en tire à merveille ! Loin de chercher à copier le Maître, il a su imposer subtilement une écriture contemporaine, son style personnel, une vraie originalité, sans jamais trahir le célèbre personnage. Les détails et les références aux ouvrages de Conan Doyle sont savamment distillés de manière à convertir à coup sûr de nouveaux lecteurs. La passion de l'auteur pour les aventures de Sherlock Holmes est évidente. Flair et capacités de déductions sont intacts. La tension monte à chaque page jusqu'à l'indicible. Holmes et Watson, entraînés dans deux intrigues remarquablement imbriquées, suivent le fil d'une toile diaboliquement tissée.

Brillantissime !

"APPELLE-MOI CHARLIE" de Marcus Malte (Sarbacane)




"Appelle-moi Charlie"
Marcus Malte
(Sarbacane)

(Dès 10 ans)

Marcus Malte par lui-même :
"Je suis né en 1967 à la Seyne Sur Mer, et j'y suis resté. Devant la mer. J'ai fait des études de cinéma, mais ça n'a pas trop marché. J'ai fait un peu le musicien, mais ça n'a pas trop marché. Aujourd'hui, j'essaie d'écrire des histoires. On verra."

L'histoire :
Hiver 1987. Elias, 13 ans, passe une semaine de vacances à la montagne avec sa mère et sa petite soeur. Ses parents sont séparés depuis quelques mois et Elias en souffre beaucoup. Ses relations avec sa mère ne sont pas toujours faciles. Et ce soir-là, Elias claque la porte du chalet et s'enfonce seul dans la forêt enneigée...

Mon avis :
C'est l'histoire de la très belle rencontre entre deux êtres et de leur magnifique échange sur la solitude, sur les autres, sur les gens que l'on aime, sur le temps qui s'écoule très vite. Les différences de ces deux personnages deviennent alors leur force. Et la musique n'est jamais loin chez Marcus Malte, avec un clin d'oeil au jazzman Charlie Parker, et puis surtout la musique du texte qui rend sa lecture à haute voix délicieuse.

Un livre magique à lire en famille sous le sapin et qui enchantera toutes les générations !

vendredi 28 octobre 2011

"LE FEUTRE ET LA PLUME" - Texte de Philippe Delerm


"Le feutre et la plume"
Philippe Delerm
Article paru dans le "Nouvel Observateur"
(numéro et date non précisés)

Extraits


Ecritoires, cahiers, cartouches et mines : matériel de scribe au service de la prochaine coulée d'encre et autres plaisirs majuscules.

     D'habitude, j'aime bien écrire en noir, avec un stylo-feutre anonyme, que je glisse ensuite dans la poche de mon jean. Il est toujours sur moi, je le retire pour noter un numéro de téléphone, accroupi devant la fenêtre, comme pour écrire "vraiment". Cette confusion des genres est savoureuse, un rien perverse. L'acte d'écrire s'y trouve en apparence désacralisé, s'inscrit sans rupture dans une fluidité qui abolit les frontières des genres. La pointe feutre est une métaphore de cet arasement : la pointe glisse sur la page sans le moindre effort, dessine parfois autour des mots quelques chevelures incontrôlées - le moindre contact avec la feuille est déjà trace.
     Mais aujourd'hui - on m'a acheté une boîte pleine de cartouches de toutes les couleurs - j'ai repris un vieux stylo à plume, et tout de suite senti que je ne ferai pas la loi. Il a fallu attendre en vain que l'encre descende le long de la plume desséchée, puis dévisser le corps pour presser un peu la cartouche. Une tache est tombée sur la feuille, et bien sûr j'ai égaré tous mes anciens buvards. Alors attendre encore, mais c'était l'occasion de regarder la petite boîte métallique : j'avais choisi rouge caroubier, un rouge un peu châtaigne. [...]
     Le moteur de la pointe feutre grignote la feuille avec une hargneuse efficacité. Le stylo à plume est un tout autre engin : en griffeur lourd, il marque le papier, arrache le bitume. Ca y est, depuis trois lignes j'ai atteint le rouge racoubier. [...]






"LA PREMIERE GORGEE DE BIERE et autres plaisirs minuscules" de Philippe Delerm (Gallimard)


"La première gorgée de bière
et autres plaisirs minuscules"
Philippe Delerm
(Gallimard)
(Dès 12 ans)

Philippe Delerm, professeur de lettres, est né en 1950 à Auvers Sur Oise (ville de Van Gogh, Val d'Oise). Il vit depuis 1975 en Normandie, à Beaumont le Roger (Eure) où il a commencé à écrire. Son livre "La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules", publié chez Gallimard en 1997, a connu un immense succès. Chacun retrouve ces petits bonheurs simples qui émaillent notre vie et à côté desquels il ne faut pas passer. Delerm propose là un nouveau genre littéraire, véritable poésie en prose.

Un plaisir délicieux !

Extrait de "Le dimanche soir" - p. 51

     Le dimanche ! On ne met pas la table, on ne fait pas un vrai dîner. Chacun va tour à tour piocher au hasard de la cuisine un casse-croûte encore endimanché - très bon le poulet froid dans un sandwich à la moutarde, très bon le petit verre de bordeaux bu sur le pouce, pour finir la bouteille [...]

Extrait de "Un roman d'Agatha Christie" - p. 72

     Est-ce qu'il y a vraiment tant d'atmosphères dans les romans d'Agatha Christie ? Peut-être qu'on se les invente - simplement parce qu'on se dit : c'est un roman d'Agatha Christie. Oui, la pluie sur la pelouse au-delà des bow-windows, le chintz à ramages vert canard des doubles rideaux, ces fauteuils aux courbes si moelleuses déferlant jusqu'au sol, où sont-ils ? Où sont ces scènes de chasse rouge fuchsia s'arrondissant sur le service à thé, ces rigidités bleuâtres des cendriers en wedgwood ?
     Il suffit qu'Hercule Poirot fasse fonctionner ses petites cellules et tire sur les pointes de ses moustaches : on voit l'orange clair du thé, on sent le parfum mauve et fade de la vieille Mrs Atkins [...]

Extrait de "Le pull d'automne" - p. 57

     C'est toujours plus tard qu'on ne pensait. Septembre est passé si vite, plein de contraintes de rentrée. En retrouvant la pluie, on se disait "Voilà l'automne" ; on acceptait que tout ne soit plus qu'une parenthèse avant l'hiver. Mais quelque part, sans trop se l'avouer, on attendait quelque chose. Octobre. Les vraies nuits de gel, dans la journée le ciel bleu sur les premières feuilles jaunes. Octobre, ce vin chaud, cette mollesse douce de la lumière, quand le soleil n'est bon qu'à quatre heures, l'après-midi, que tout prend la douceur oblongue des poires tombées de l'espalier.
     Alors il faut un nouveau pull. Porter sur soi les châtaignes, les sous-bois, les bogues des marrons, le rouge rosé des russules.     (nb : les russules sont des champignons)

"MUTATIS MUTANDIS" de Juliette (Polydor)

"Mutatis Mutandis"
Juliette
(Polydor)
(Dès 12 ans)

Allons directement dans la cour des "grands" avec Juliette, auteur, musicienne, et interprète extraordinaire ! Certains titres sont à mourir de rire, d'autres plus émouvants, d'autres encore un ravissement intellectuel...



Du matin au soir il faut courir
Dans l'escalier et le monter
Et le descendre et le monter
Au ding ding oppressant
De la clochette qui sonne
Et qui re-sonne
Et qui résonne et qui ordonne
Pas une minute de répit
Il faut croire que la patronne
Ne peut rien faire sans sa bonne

Extrait de "Maudite Clochette !"

Mon amour ma bien aimée
Me voici trop loin de toi
Comment survivre éloigné
De ton coeur et de tes bras
De mon coeur et de mes bras
Tiens, je l'avais oubliée
Cette lettre et qui ma fois
Peut me l'avoir envoyée ?

Extrait de "Une lettre oubliée", en duo avec Guillaume Depardieu

ELLE
Ami vous commencez
A chauffer mes oreilles
Vous voulez m'énerver
Je vous le déconseille
LUI
Et là ! Ma tourterelle
Votre mauvaise foi
Ne vous rend pas plus belle
Ne nous disputons pas
ELLE
Ne pas nous disputer ?
Pour ça je suis d'accord
Si vous reconnaissez...
ENSEMBLE
Que c'est vous qui avez tort !

Extrait de "Mémère dans les Orties", en duo avec François Morel

Enfin nous accostons
Après un dur voyage
Un vieux donjon branlant
Se dresse sur la rive
Le théâtre sans doute
De très anciens carnages
Et l'un d'entre nous dit :
"Restons sur le qui-vive !"

Extrait de "Fantaisie Héroïque"


"MON CARNET DE HAÏKUS" d'Anne Tardy (Gallimard Jeunesse)


"Mon carnet de haïkus"
Anne Tardy
Dessins de Georges Lemoine
(Gallimard Jeunesse)
(Dès 5 ans)

Un très belle et ludique façon
de découvrir les haïkus,
des mots d'une grande douceur,
sensibles et souvent drôles,
et des illustrations absolument ravissantes.

Apaisant pour les enfants !
Apaisant pour les adultes !


Extraits :

La mouette rit,
Un volet claque,
Le vent s'amuse.

L'enfant tremble
Au bord de l'eau.
L'eau n'y peut rien.

Sa grande soeur est morte.
On console ses parents,
Pas lui.

Culottes pour dames !
Sardines fraîches !
Crie le marchand ambulant.

jeudi 20 octobre 2011

"LE CRIME D'HALLOWEEN" d'Agatha Christie (Le Livre de Poche)



"Le crime d'Halloween"
Agatha Christie
(Le Livre de Poche)

(Dès 12 ans)




Agatha Christie :

Agatha Christie (1891 - 1976) rêve, enfant, de devenir cantatrice. Mais d'une très grande timidité, elle préfère exceller dans l'art des énigmes et du suspense. Auteur la plus lue après Shakespeare : 80 romans et autant d'intrigues retorses dans la plus pure tradition britannique ; passionnée de faits divers ; familiarisée aux substances pharmaceutiques dangereuses par sa qualité d'infirmière pendant la Première Guerre Mondiale ; largement inspirée par ses nombreux voyages aux côtés de son second mari, Max Mallowan, archéologue, qu'elle accompagne sur tous ses champs de fouilles d'Irak et de Syrie. Agatha Christie imagine le crime parfait, des énigmes qui tiennent en haleine jusqu'au dénouement final en y mêlant beaucoup d'exotisme, d'humour, et sans jamais craindre de jouer avec tous les clichés anglo-saxons.
"Le cyanure nous apporte consolation et soulagement, menace et mort subite. Craignez les pouvoirs éternels des drogues".                         (cf Magazine Muze Janvier 2006)

L'histoire :

Mrs Ariadne Oliver séjourne chez une de ses amies, Mrs Judith Butler, et sa jeune fille Miranda, à Woodleigh Common, à cinquante kilomètres environ de Londres. Ensemble, elles sont conviées à une Fête des Potirons, le soir d'Halloween, organisée chez Mrs Rowena Drake pour les enfants du village de dix à dix-sept ans. Tout a été pensé et préparé avec soin et efficacité : citrouilles illuminées, guirlandes, jeu de pêche aux pommes, jeu de Snapdragon, miroirs magiques, concours de balais décorés, apparition d'une sorcière avec sa boule de cristal, déguisements, musique et danse, gâteaux et friandises somptueux... Mais le lendemain de la fête, Ariadne Oliver contacte de toute urgence son ami le détective Hercule Poirot. La petite Joyce, seulement âgée de treize ans, a été retrouvée assassinée. Elle s'était très imprudemment vantée la veille d'avoir assisté un jour à un vrai meurtre...

Mon avis :

Un excellent suspense très émouvant car la victime est très jeune. On est là tout à fait dans l'esprit d'Halloween : frissons et humour. Le personnage d'Ariadne Oliver est incroyablement drôle. Dame à l'intelligence vive, douée d'un sens de l'observation pointu, facétieuse, gourmande de pommes, auteur de romans policiers dont le héros récurant est un fameux détective finlandais, grande complice d'Hercule Poirot, Ariadne Oliver n'est pas sans rappeler une certaine Agatha C. On se promène avec un réel plaisir dans la fin des années 1960 avec un duo Poirot/Oliver impeccable. Un sans faute, comme d'habitude pour un Hercule Poirot dont l'âge avançant le rend un peu plus attachant encore.

Un petit livre qui se lit d'une traite. Une histoire parfaite pour la nuit d'Halloween !