mardi 1 août 2017

Prochaines présentations : début septembre 2017



                               Envol de l'hirondelle
                               Rentrée nouvelle
                               "Campus Novel"

"Aldo, mon ami et autres nouvelles" d'Annie Saumont (Flammarion)


Hommage à Annie Saumont qui nous a quittés en janvier dernier...


Une petite fille "qui lisait dans la rue en allant aux provisions", c'est ainsi qu'Annie Saumont se remémore l'enfant qu'elle était.

Annie Saumont, nouvelliste française, est née en 1927 à Cherbourg (Manche). Elle passe son enfance et son adolescence près de Rouen. Après ses études d'Anglais, elle part travailler à Paris où elle devient traductrice, notamment de J.D. Salinger ("L'attrape-coeurs"), de John Fowles, de Nadine Gordimer (Prix Nobel de Littérature 1991), et de Sir Vidiathar Surajprasad Naipaul ou V.S. Naipaul (Prix Nobel de Littérature 2001).

Les nouvelles d'Annie Saumont, marquées par la lecture de Julio Cortazar, sont autant de tragédies minuscules tour à tour cruelles, tendres ou désespérées. Minutieuses et laconiques, sans pathos ni commentaires, elles mettent à vif l'instant du quotidien où tout bascule.

Annie Saumont est l'auteur de "Quelques fois dans les cérémonies", "Je ne suis pas un camion", "Les voilà quel bonheur", "Un soir, à la maison". Son oeuvre, couronnée par de nombreux prix prestigieux et unanimement saluée par la critique, est étudiée dans les universités américaines et traduite dans le monde entier.

Annie Saumont est décédée le 31 janvier 2017 à Paris.

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Mon avis :

Onze nouvelles toutes liées à l'enfance et aux souvenirs de jeunesse. Des histoires en apparence ordinaires, anodines, mais qui, soudain, nous explosent à la figure, frappent notre conscience et révèlent nos propres fêlures, nos propres blessures.

L'auteur ne fait jamais la morale. Mais elle attire sans cesse notre attention et notre vigilance sur les souffrances secrètes et silencieuses.

Merci, Madame Annie Saumont !

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Deux autres conseils de lecture...

"Les croissants du dimanche" (Julliard)

Le destin émaille notre chemin d'événements heureux ou malheureux que nous ne sommes pas toujours en mesure de contrôler...

Des textes courts, souvent sombres, et si réels pour certains. Une écriture vive et sensible. Nous recevons ces blessures de la vie en plein coeur. Elles nous captivent et nous interrogent.

Ici ou là, un clin d'oeil jouissif à Edgar Allan Poe et Agatha Christie.


"Le tapis du salon" (Julliard)

Les taches du passé, comme une tache d'encre sur un tapis, ne s'effacent pas...

De son écriture épurée, brute, économe en ponctuations, Annie Saumont nous livre des histoires sombres et terrifiantes dans un quotidien ordinaire, presque banal, où le mot "fin" s'abat, inattendu, implacable. 

Un régal !

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"Cinq Nouvelles sur la cruauté ordinaire" - Andrée Chedid, Didier Daeninckx, Thierry Jonquet, J.M.G. Le Clézio, Annie Saumont (Flammarion)


Andrée Chedid (1920, Caire, Egypte - 2011, Paris) est une femme de lettres et poétesse française d'origine syro-libanaise.

Didier Daeninckx est un écrivain français né en 1949. Il est auteur de romans policiers, de nouvelles et d'essais. Issu d'une famille modeste, il prend le parti d'orienter son oeuvre vers la critique sociale et politique au travers de laquelle il aborde certains dossiers du moment, et d'autres d'un passé parfois oublié. Depuis 1990, il se définit comme communiste libertaire.

Thierry Jonquet (1954-2009) est un écrivain français, auteur de polars contemporains, des romans noirs où se mêlent les faits divers et la satire politique et sociale.

Jean-Marie Gustave Le Clézio, plus connu sous la signature de J.M.G. Le Clézio, né en 1940 à Nice, est un écrivain de langue française, comme il se définit lui-même, de nationalités française et mauricienne. Le Prix Nobel de Littérature lui est décerné en 2008 en tant qu'"écrivain de nouveaux départs, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, explorateur d'une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante."

Annie Saumont (1927-2017) est une femme de lettres et traductrice française, auteur de nombreuses nouvelles.

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➤ "La Ronde" de J.M.G. Le Clézio

"Les deux jeunes filles ont décidé de se rencontrer là, à l'endroit où la rue de la Liberté s'élargit pour former une petite place. Elles ont décidé de se rencontrer à une heure, parce que l'école de sténo commence à deux heures, et que ça leur laissait tout le temps nécessaire. Et puis, même si elles arrivaient en retard ? Et quand bien même elles seraient renvoyées de l'école, qu'est-ce que ça peut faire ?"

Deux amies se fixent un rendez-vous à 13 heures. Elles ont un projet en tête. Mais elles ignorent encore que cette rencontre scellera à jamais leur destin...

➤ "Toute une année au soleil" de Didier Daeninckx

"Le chien s'était habitué en moins d'une semaine. Après dix années passées à étouffer ses cris dans cet appartement de banlieue aux cloisons de papier mâché, il donnait libre cours à ses instincts et hurlait en écho aux autres chiens des fermes voisines saluant l'apparition de la lune."

Pour Josette et Pierre, cette maison en Ardèche devait être le paradis de leur retraite...

➤ "L'après-midi du majordome" d'Andrée Chedid

"Harvey, vous m'accompagnez ?" appela la voix venue du jardin.
Le majordome fit semblant de ne pas entendre et se tourna vers Mme la baronne, dans l'espoir que celle-ci trouverait rapidement quelque motif pour le retenir au château.

Un vieux majordome, au service d'une famille depuis plusieurs décennies, est contraint par sa fonction d'accepter une proposition, un honneur que lui fait le jeune baron, mais auquel il aurait préféré se soustraire...

➤ "Le témoin" de Thierry Jonquet

"Moi, faut pas venir me prendre la tête, parce que j'ai rien fait ! Rien ! J'lai signé, le papier que les keufs ils ont tapé à la machine, au commissariat ! Ben, c'est tout écrit dedans, j'ai rien fait, j'suis que témoin. Faut pas me faire un plan galère ! J'suis clean. Tout le monde dans la cité pourra vous le dire. Le premier qui baverait, qui dirait le contraire, de toute façon..."

Témoin d'un fait divers horrible et coupable de silence...

➤ "La plage" d'Annie Saumont

Elle marche sur le sable.
Le sable est gris la mer est blanche et grise. La plage immense.
Elle marche. Une fille en maillot de bain portant sous le bras sa planche de surf. Ciel blanc. Un soleil blanc que voile une buée légère.

Une plage où rien ne bouge... où rien ne doit bouger...

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Frissons et sueurs froides garantis !!!

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"L'enfant qui" de Jeanne Benameur (Actes Sud)


Jeanne Benameur :
Née en 1952 à Ain M'Lila, en Algérie, d'un père tunisien et d'une mère italienne, elle a cinq ans et demi quand elle arrive à La Rochelle où elle habite toujours. Professeur de Lettres à Mauzé sur le Mignon (Deux-Sèvres) puis en région parisienne, elle vit de son écriture depuis 2001. Elle a été directrice de collection aux éditions Actes Sud Junior et aux éditions Thierry Magnier jusqu'en 2013. Le thème central de son oeuvre est la relation à l'autre et le rôle du livre dans l'ouverture au monde.

Jeanne Benameur est l'auteur de "Laver les ombres", "Les Reliques", "Ca t'apprendra à vivre", "Les Insurrections singulières", "Profanes", "Pas assez pour faire une femme" et "Otages intimes" (Actes Sud).

Elle est également la marraine de la Librairie Les Rebelles Ordinaires, à La Rochelle (9 bis, Rue des trois fuseaux), inaugurée en juin dernier.

L'histoire :

Trois êtres sont au coeur d'un silence assourdissant et douloureux. Le silence de la campagne et de la forêt. Le silence de l'abandon. Le silence du chagrin. Le silence des colères intérieures. Le silence de la mort. 

Un enfant, différent des autres, en compagnie d'un chien mystérieux, suit un chemin dans un bois. En communion avec le minéral et le végétal, il part à la rencontre de sa mère disparue.

Au café du village, son père noie son sentiment de culpabilité de n'avoir su aimer ni retenir cette vagabonde à la longue jupe rouge fanée, la mère de son enfant. Son souvenir le broie toujours de désir.

La grand-mère, quant à elle, décide avec courage que ses blessures passées, et dont elle souffre encore aujourd'hui, se mueront en force pour cet enfant qu'elle protège et qu'elle chérit.

Et au bout du voyage, l'océan...

Mon avis :
Un roman court admirable, poétique et onirique, qui aborde avec pudeur et sensibilité ce sujet grave de l'enfance, du deuil, de l'absence.

Un texte pur et merveilleux !

"Nouvelles contemporaines - Regards sur le monde" - Delphine de Vigan, Timothée de Fombelle, Caroline Vermalle (Livre de Poche Jeunesse) - A partir de 14 ans


Delphine de Vigan est une romancière et réalisatrice française née en 1966. Elle est l'auteur de huit romans dont "Rien ne s'oppose à la nuit" (JC Lattès) en 2011, Prix Renaudot des lycéens et Prix Roman France Télévisions, et "D'après une histoire vraie" (JC Lattès) en 2015, Prix Renaudot et Prix Goncourt des lycéens.

Timothée de Fombelle est un écrivain et dramaturge français né en 1973. Il a récemment été reconnu pour deux importants diptyques : les romans "Tobie Lolness" et "Vango". Ses pièces ("Le Phare", "Je danse toujours", "Rose Cats"...) ont été jouées, éditées et traduites. A partir de 2008, il collabore avec la compagnie Paul les oiseaux et la chorégraphe Valérie Rivière.

Caroline Vermalle est née en 1973. Elle est diplômée de l'Ecole Supérieure d'Etudes Cinématographiques. Après avoir été productrice associée pour la BBC, elle publie, à trente cinq ans, son premier roman "L'avant-dernière chance" (Calmann-Lévy) qui a reçu le Prix Chronos 2010.

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Delphine de Vigan
  • "Comptes de Noël" : A quelques jours de Noël, Elsa souffre de l'absence de son père...

Timothée de Fombelle
  • "Un parfum de rose et de sapin sec" : May, une petite fille qui partage une minuscule chambre d'hôtel avec toute sa famille, rêve d'une belle maison avec trois chambres...
  • "J'ai attendu" : Un professeur raconte les émotions que l'on peut ressentir à chaque rentrée des classes...
  • "Il était une fois" : Il était une fois l'histoire d'un royaume et d'un peu d'espoir...
  • "Un peu de lenteur" : Un train rempli de voyageurs est arrêté dans sa course pendant trois heures...
  • "Scène de comptoir" : Dans un bar, un homme offre le petit-déjeuner à deux inconnus...
  • "Mon jardin inconnu" : Un coin de paradis, ce jardin ouvrier...
  • "Il travaille" : Un homme vient de retrouver un emploi...

Caroline Vermalle
  • "Le dernier tour" : A la nuit tombée, sous une pluie battante, auprès de son antique carrousel, Gaston, un vieux monsieur, attend une visite...
  • "La fille du déménageur" : Après la tentative de suicide de sa fille adolescente, un père est prêt à tout mettre en oeuvre pour montrer à son enfant combien la vie est précieuse et formidable...

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Mon avis :
Des histoires construites autour de l'enfance, autour du temps qu'il faut apprendre à saisir avant qu'il nous file entre les doigts, autour de cette force que nous donne notre imaginaire pour affronter la réalité du monde. Une mention 💗 "J'adore" pour les deux nouvelles de Caroline Vermalle !

"Incandescences" de Ron Rash (Points)


Ron Rash est un poète, auteur de cinq recueils de nouvelles et de cinq romans, tous lauréats de prestigieux prix littéraires. Né en 1953 en Caroline du Sud, où sa famille est installée depuis la fin du XVIIIème siècle, chargé des Etudes Appalachiennes à la Western Carolina University, il défend depuis toujours la culture de cette région où sont nés la Country et le Blue Grass, territoire déchiré entre le Nord abolitionniste et le Sud esclavagiste durant la guerre civile. La nature est toujours le personnage principal de ses livres, imprimant sa marque sur la destinée des hommes, de gré ou de force. "Incandescences" a été récompensé en 2010 par le Frank O'Connor International Short Story Award.

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PARTIE I

"Les temps difficiles" :
C'est la crise économique pour tout le monde. A la campagne comme à la ville, les gens ont faim, veulent du travail. Jacob et Edna ont perdu leur pick-up et presque tout leur bétail, saisis par la banque. Et en plus de cela, chaque nuit, on leur vole des oeufs dans leur poulailler...

"Le bout du monde" :
Ce matin-là, Parson arrive à sa boutique de prêteur sur gages sous une violente tempête de neige. Il n'est pas inquiet. Il sait que, même par ce temps, il aura des clients, ceux qui ont besoin de liquide pour leur dose quotidienne de meth...

"Des confédérés morts" :
Un découvert abyssal à la banque... De gros frais d'hospitalisation pour sa mère à régler rapidement... S'il ne trouve pas de l'argent très vite, il perdra son pick-up, et peut-être plus encore. Alors, quand un de ses collègues de travail lui propose un mauvais coup, il ne prend pas la peine de réfléchir longtemps...

"L'envol" :
Jared, un garçon de onze ans, fuit l'univers familial pitoyable pour s'enfoncer dans le parc national enneigé...

"La femme qui croyait aux jaguars" :
Ruth Lealand vient d'inhumer sa mère. Enfin seule chez elle, elle se souvient soudain de cette illustration en noir et blanc d'un manuel scolaire et qui représentait un jaguar. Cette image, enfouie dans sa mémoire pendant plus de cinquante ans, pourquoi revient-elle à son esprit aujourd'hui ?

"Incandescences" :
En ce mois d'août brûlant et sec, la région compte déjà trois incendies en seulement quinze jours. Trop pour être des accidents. Marcie pense alors à Carl, son jeune nouvel époux, à ses retards répétés le soir, au briquet qu'elle lui a offert à l'occasion de leur mariage en avril dernier, à son pick-up noir comme celui remarqué sur les lieux des feux. Carl n'est pas du coin. Les doutes sont-ils inévitables ?

PARTIE II

"Retour" :
Un soldat rentre chez lui, en Caroline du Nord, après deux ans dans le Pacifique Sud...

"Dans la gorge" :
Jesse est un vieil homme à présent. Il regarde avec émotion ces terres qui ont appartenu à sa famille, par le passé, pendant près de deux cents ans, jusqu'en 1959 et leur vente au Service du parc régional. Jesse se souvient qu'il y a plus d'un demi-siècle, son père y avait semé et récolté le ginseng. Il se souvient de sa grand-tante qui, à quatre-vingts ans, binait encore un champs. Et il se souvient du jour où elle fut retrouvée adossée à un arbre, son dernier souffle de vie offert à cette terre qui l'avait vue naître...

"Etoile filante" :
Lynn et Bobby sont mariés. Ils ont une petite fille, Janie, qui vient d'entrer au CP. Il y a quelques mois, Lynn a repris ses études à l'université. Depuis, tout a changé pour Bobby...

"L'oiseau de malheur" :
Depuis qu'il entend ce hibou chaque nuit, Boyd est tourmenté par des superstitions apprises de son grand-père lorsqu'il était enfant dans les montagnes de Caroline du Nord...

"Waiting for the End of the World" ("En attendant la fin du monde") :
Au bar La Dernière Chance, un dernier verre et une dernière chanson avant la fin du monde...

"Lincolnites" :
C'est le printemps. Après une harassante journée de travail aux champs, Lily se repose enfin auprès de son bébé d'un an. Paisiblement, elle tricote en attendant la prochaine tétée. Depuis la dernière permission de Noël de son mari, partisan d'Abraham Lincoln, Lily est de nouveau enceinte. Ethan a dit qu'en septembre, la guerre sera terminée. Ils seront réunis pour la naissance du petit. Lorsqu'elle sort de ses pensées heureuses, Lily découvre qu'un soldat confédéré est entré dans la cour. Au mieux, il volera des poules. Au pire...

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Mon avis :

L'écriture incandescente de Ron Rash illumine et réchauffe ces êtres sous le coup du sort, du destin. Ces histoires pourraient être tragiques, misérables, désespérées. Mais l'auteur ne l'entend pas ainsi. Il y met toute son humanité, toute son intensité, toute sa poésie, toute sa bonté envers ces abîmés de la vie. Sans jamais oublier la Nature, souveraine et magnifique, notre sève à tous, qu'il faut autant craindre que respecter.

Puissant, comme toujours !





A lire également : "Une terre d'ombre"




jeudi 6 juillet 2017

Prochaines présentations : début août 2017




Sous les pavés,
La plage ensoleillée !
Les livres de l'été...

Partie 2 - "Histoires courtes"

"Les enfants de Longbridge" de Jonathan Coe (Folio)


Diptyque composé de "Bienvenue au club" et "Le Cercle fermé" (922 pages)

Jonathan Coe est né en 1961 à Lickey, près de Birmingham (Royaume-Uni). Il est l'un des auteurs majeurs de la littérature britannique actuelle. Ses oeuvres mettent en scène des personnages en proie aux changements politiques et sociaux de l'Angleterre contemporaine. S'il sait se faire grave et mélancolique, dans "La ferme de hasard" (2007), c'est avec "Testament à l'anglaise" (1995), Prix du Meilleur Livre étranger 1996, où il présente une peinture au vitriol de l'époque thatchérienne, que son talent de romancier se fait connaître. Suivent "La maison du sommeil" (1998), Prix Médicis étranger 1998, le diptyque "Bienvenue au club" (2003) et "Le Cercle fermé" (2006), "La pluie, avant qu'elle tombe" (2009), "La vie très privée de Mr Sim" (2011), histoire picaresque d'un incorrigible ingénu, "Expo 58" (2014), parodie de roman d'espionnage dans l'Angleterre des années 1950, et "Numéro 1. Quelques contes sur la folie des temps" (2016).

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Rappel historique : Le Royaume-Uni du début du XXème siècle à nos jours

Après une ère de puissance quasi incontestée, le Royaume-Uni doit faire face à de nouveaux concurrents, notamment l'essor spectaculaire des anciens sujets américains avec lesquels il s'enorgueillit désormais de nouer une "relation spéciale". Il voit sa prééminence s'affaiblir : il est privé de la plus grande partie de son extension irlandaise dès 1921, affecté par la grande dépression des années 1930, saigné par son engagement contre les Empires centraux et les pays fascistes dans les guerres mondiales. Perdant par la suite l'ensemble de son Empire colonial, celui qui fait longtemps figure d'"homme malade" de l'Europe, rejoint néanmoins la Communauté économique européenne en 1973.

Pour rénover l'industrie et juguler le chômage, les Travaillistes - au pouvoir de 1964 à 1970, puis de 1974 à 1979 - comme les Conservateurs - de 1970 à 1974 - renforcent l'interventionnisme : Harold Wilson nationalise à nouveau la sidérurgie en 1969, Edward Heath fait de même avec Rolls-Royce en 1972, puis avec l'industrie aéronautique, l'automobile, les chantiers navals... En 1977, pour conserver le pouvoir, le parti travailliste doit conclure un accord avec le parti libéral. Un Front national xénophobe apparaît. Ecossais et Gallois élisent des députés nationalistes. Les dépenses publiques atteignent près de la moitié du PNB. Le pays est contrait de négocier des aides auprès du Fonds monétaire international (FMI), mais ne parvient pas à faire accepter les plans d'austérité budgétaire et salariale demandés par celui-ci. Les syndicats multiplient les grèves (1970 ; hivers 1973-1974 et 1978-1979).

A l'arrivée de Margaret Thatcher à sa tête (1979) et la révolution conservatrice qu'elle engage jusqu'en 1990, démantelant une partie de l'édifice de l'Etat providence mis en place à partir de 1945, la Grande-Bretagne fait office, avec les Etats-Unis de Ronald Reagan, de laboratoire d'un néo-libéralisme triomphant. Une option que ne semblent pas renier complètement les Premiers ministres qui se sont succédé depuis. Et ce, malgré la grande récession qui, à partir de 2008, paraît pourtant mettre en cause ses excès et conduire durablement le royaume et ses sujets vers des années difficiles.

Quelques Premiers ministres :

Harold Wilson (Travailliste - de 1964 à 1970)
Edward Heath (Conservateur - de 1970 à 1974)
Harold Wilson (Travailliste - de 1974 à 1976)
James Callaghan (Travailliste - de 1976 à 1979)
Margaret Thatcher (Conservateur - de 1979 à 1990)
John Major (Conservateur - de 1990 à 1997)
Tony Blair (Travailliste - de 1997 à 2007)
Gordon Brown (Travailliste - de 2007 à 2010)
David Cameron (Conservateur - de 2010 à 2015 et de 2015 à 2016)
Theresa May (Conservateur - depuis 2016)

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L'histoire :

Berlin, 2003

Quatre Britanniques se retrouvent par hasard dans un salon de thé berlinois. Une mère et sa fille, et un père et son fils. La mère et le père se sont brièvement connus à l'époque du lycée, à Longbridge, au centre de l'Angleterre. Puis, ils se sont perdus de vue pendant vingt-neuf ans jusqu'à ce jour. La fille, Sophie, et le fils, Patrick, sympathisent immédiatement. Ensemble, avec ce qu'ils savent chacun de la vie de leurs parents, ils vont remonter le temps et tenter de dérouler le fil de leur histoire. Tout commence le 15 novembre 1973...

Mon avis :

Tels une danse tour à tour sensuelle, joyeuse, douloureuse ou féroce, parfois collective, parfois en couple, parfois en solo, les destins d'une poignée d'amis d'enfance de Longbridge s'entrecroisent. Un pas en avant, deux pas en arrière, au rythme des événements et de leurs émotions, les personnages se racontent. Leurs espoirs, leurs premiers émois, leurs rivalités, leurs premières expériences d'adolescents. Leurs succès, leurs échecs, leurs incertitudes, leur nostalgie de quadragénaires. Quoi qu'ils fassent, quel que soit le chemin qu'ils choisissent, tout les ramène à leur ville, au temps de leur jeunesse.

En toile de fond de ces existences fragiles, il y a l'Histoire de l'Angleterre, du début des années 1970 au milieu des années 2000 : la question de l'Irlande et la peur des attentats, l'effondrement économique, le chômage, les troubles sociaux, le racisme, la montée de l'extrême droite et de l'antisémitisme, les enjeux politiques, la guerre en Irak.

Dans cette fresque aux nombreuses références à la culture, au théâtre, à la poésie, à la littérature, la musique tient une place essentielle.

Un diptyque savoureux, drôle, alternant subtilement légèreté et gravité. L'auteur porte un regard passionné mais lucide sur son pays. On quitte avec grand regret ces héros que nous avions appris à aimer page après page. A lire absolument !

"L'équilibre du monde" de Rohinton Mistry (Livre de Poche)


(881 pages)

Rohinton Mistry est né à Bombay en 1952. Aujourd'hui installé à Toronto, il est un des auteurs les plus impressionnants de cette littérature indienne anglophone qui, bien que poussée par les vents de la diaspora, ne cesse d'évoquer les multiples tumultes du sous-continent. De cette terre-là, Mistry est un peintre tout simplement éblouissant : l'étendue de sa palette mérite qu'on le compare à Dickens.

Finaliste du Booker Prize en 1996, son "Equilibre du monde" renoue avec la tradition du roman total, panoramique, visionnaire à force d'être réaliste. Quand le rideau tombe, le lecteur découvre une Inde à feu et à sang : Indira Gandhi vient de décréter l'état d'urgence, livrant son pays à deux années de terreur, entre 1975 et 1977...

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Rappel historique :
(Nehru et Gandhi)

Mohandas Karamchand Gandhi, surnommé le Mahatma ("La Grande Ame") est un apôtre national et religieux de l'Inde (Porbandar, 1869 - Delhi, 1948). Avocat de formation, Gandhi exerce pendant vingt ans en Afrique du Sud, période pendant laquelle il expérimente la résistance passive et non violente pour lutter contre les autorités. Revenu en Inde en 1915, il s'engage dans la lutte contre la domination britannique et devient l'autorité morale du parti du Congrès. Son attachement aux traditions, sa vie de pauvreté et ses multiples emprisonnements lui valent une grande popularité. A partir de 1930 surtout, il mobilise les Indiens dans la désobéissance civile. Il joue un grand rôle dans l'accession à l'indépendance en 1947, mais la partition entre l'Inde et le Pakistan est pour lui un échec cuisant. Il est assassiné en 1948 par un fanatique hindou.

Indira Gandhi, née Indira Nehru en 1917 à Allâhâbâd, est une femme politique indienne. Premier ministre de l'Inde à deux reprises (1966-1977 et 1980-1984), elle est assassinée lors de son deuxième mandat le 31 octobre 1984 à New Delhi.

Elle est l'unique enfant de Jawaharlal Nehru et de son épouse Kamala. Son père lutte aux côtés du Mahatma Gandhi pour l'indépendance de l'Inde, qui fait alors partie de l'Empire britannique. Membre important du parti indien du Congrès, Nehru est emprisonné plusieurs fois par les autorités britanniques.

Indira Nehru étudie à l'université en Inde, puis à Oxford et en Suisse. De retour dans son pays, elle s'inscrit au parti du Congrès en 1937 et participe à la lutte pour l'indépendance. Elle est emprisonnée pendant quelques mois en 1942 en raison de ses activités nationalistes. La même année, elle épouse un journaliste, Feroze Gandhi (il n'a pas de lien de parenté avec le Mahatma Gandhi). Ils ont deux fils, Rajiv Gandhi (1944-1991) et Sanjay Gandhi (1946-1980).

L'indépendance de l'Inde est reconnue en 1947. Jawaharlal Nehru devient Premier ministre (il le reste jusqu'à sa mort en 1964), et sa fille est sa plus proche collaboratrice. De 1959 à 1960, elle préside pendant quelques mois le parti du Congrès. Feroze Gandhi, son mari, meurt en 1960.

Après la mort de son père en 1964, elle fait partie du gouvernement de son successeur et devient ministre de l'Information et de la Communication. En 1966, elle accède au poste de Premier ministre et en même temps, elle est ministre des Affaires étrangères (1967-1969), puis ministre des Finances (1970-1971). L'Inde étant menacée par la famine, Indira Gandhi obtient des Etats-Unis une aide alimentaire, puis elle met en place une réforme agraire. Elle fait nationaliser les grandes banques indiennes.

En conflit avec un leader important de la droite de son propre parti, Morarji Desai, elle est exclue du parti du Congrès. Elle forme alors avec ses partisans le Nouveau Congrès, sur lequel elle s'appuie pour gouverner. En 1974, l'Inde fabrique sa première bombe atomique.

Suite à des soupçons de fraude électorale, l'élection d'Indira Gandhi est invalidée en 1975. Elle refuse de quitter le pouvoir et décrète l'état d'urgence. Les libertés sont réduites, l'opposition est contrôlée, certains opposants sont emprisonnés, et les élections sont reportées. Il s'agit de la période la plus controversée de l'histoire récente de l'Inde. L'état d'urgence prend fin en 1977. Battue aux élections, Indira Gandhi perd son poste de Premier ministre. En 1978, elle redevient la présidente du parti du Congrès, puis ensuite Premier ministre en 1980, lorsque son parti gagne à nouveau les élections. 

Sur le plan mondial, Indira Gandhi est reconnue comme une personnalité importante des pays émergents du sud. A l'intérieur du pays, de graves tensions existent entre les communautés hindoues et sikhs. Ces derniers réclament - parfois par la violence - leur autonomie. 

En juin 1984, l'armée indienne massacre un groupe de sikhs armés dans un temple sacré. Parmi les victimes se trouvent aussi d'autres personnes venues simplement pour se recueillir. Quelques semaines plus tard, Indira Gandhi est assassinée, par balles, par deux gardes du corps sikhs.

*

("Gare de Bombay" par Michèle Duretête-Brodel)

L'histoire :

Bombay, Inde - 1975

Comme chaque jour, le train de banlieue est bondé. Soudain, il s'arrête si brusquement que les voyageurs sont violemment bousculés et les bagages, projetés un peu partout, blessent quelques personnes. Un corps vient d'être découvert sur la voie. C'est hélas une tragédie assez fréquente, mais, aujourd'hui, certains passagers s'inquiètent de l'état d'urgence annoncé le matin même à la radio.

Voilà les circonstances dans lesquelles font connaissance Maneck Kohlah, un jeune étudiant, et Ishvar et Omprakash Darji, un oncle et son neveu, tous deux tailleurs. Le plus grand des hasards conduit les trois hommes à un rendez-vous à la même adresse auprès de Mrs Dina Dalal.

L'arrivée de Maneck chez elle plonge Dina dans une profonde nostalgie. L'étudiant est le fils d'une de ses amies d'enfance. Une époque où elle était si heureuse avec son père adoré, le Docteur Schroff, médecin généraliste humble, humain et dévoué au point d'en oublier sa propre santé.

La mère de Dina était plus rude. Quant à son frère, Nusswan, son aîné de onze ans, elle n'a jamais été proche de lui. Mais après la mort prématurée de leur père, puis de celle de leur mère, atteinte de démence, Nusswan devient le tuteur autoritaire et cruel de sa petite soeur. Commença alors pour Dina une dure bataille pour gagner son indépendance et préserver en elle toutes les beautés que son père lui avait enseignées.

Quelques années plus tard, Dina tombe amoureuse de Rustom Dalal, un jeune préparateur en pharmacie, cultivé, gentil, qui lui rappelait beaucoup son père. Mais le bonheur fut de courte durée. Trois ans après leur mariage, Rustom mourut dans un accident de la circulation et Dina se trouva à nouveau l'obligée de son frère, chef de famille intransigeant, et de sa belle-soeur.

Au bout de seize mois, n'y tenant plus, Dina décida de reprendre l'appartement de son défunt mari et de se libérer de la tyrannie de Nusswan. Très vite, il lui fallut un travail pour payer son loyer. Aussi rendit-elle visite à l'oncle et la tante de Rustom, un couple généreux et attachant. La Tante Shirin lui proposa immédiatement de la seconder dans son entreprise de confection. Trop âgée, elle pensait tout abandonner mais que Dina prenne sa suite la comblait de joie.

A la mort de Tante Shirin et d'Oncle Darab, Dina dirigea l'affaire, mais elle se sentit très seule. Elle n'était pas toujours en mesure de régler toutes ses factures et devait régulièrement requérir de l'aide auprès de son frère, ravi, à cette occasion, d'humilier sa soeur. Malgré cela, Dina ne lâcha rien et se jeta à corps perdu dans son labeur...

Mon avis :

Cet ouvrage, en plus d'être une très belle fresque romanesque, est aussi un livre d'Histoire, celle de l'Inde contemporaine, des luttes du Mahatma Gandhi à l'assassinat d'Indira Gandhi.

Nous rencontrons d'abord Dina, jeune veuve avide d'indépendance, dont nous devinons qu'elle sera l'héroïne principale du roman. Puis entrent en piste : deux intouchables, Ishvar et Omprakash ; un étudiant, Maneck ; un avocat aphone, Vasantrao Valmik ; un mendiant cul-de-jatte, Shankar ; un ramasseur de cheveux, Rajaram... et tant d'autres, tous issus de régions, de conditions sociales, de culture et d'éducation différentes. Chacun fait le récit de sa vie, de celle de sa famille, de ses ancêtres.

De ce puzzle apparaît l'image de l'Inde, sa beauté, son art, ses traditions, ses valeurs, mais aussi sa violence, ses cicatrices indélébiles, et la difficulté (voire l'impossibilité) pour les femmes, les intouchables et les basses castes de s'émanciper. Le réalisme est cru, parfois insoutenable, mais toutefois apaisé par un humour très présent. Certaines scènes sont réjouissantes de rocambolesque malgré les drames qui planent au-dessus de la tête de chaque personnage.

Un roman bouleversant et passionnant !

"L'espoir des Neshov" de Anne B. Ragde (Fleuve)


Anne Birkefelt Ragde :
Dans son pays, Anne B. Ragde est une star grâce à sa "Trilogie des Neshov". L'histoire repose sur des ressorts universels : la famille et les secrets. Née en 1957 en Norvège, elle a commencé sa carrière littéraire en publiant des romans pour enfants. Elle a ensuite connu un succès d'estime avec une très belle biographie de sa compatriote Sigrid Undset, l'une des romancières nordiques les plus célèbres et Prix Nobel de Littérature en 1928 ("Le femme fidèle", "Le buisson ardent"). Mais c'est sa trilogie sur les Neshov qui lui apporte la gloire. Des millions d'exemplaires sont vendus dans le monde et le feuilleton télévisé qui en est tiré enchante les téléspectateurs norvégiens. Elle est également lauréate du Prix Riksmal (équivalent du Goncourt français). Forte d'un lectorat fidèle, abondant et passionné, Anne B. Ragde vient d'ajouter un quatrième volume à sa saga, "L'espoir des Neshov". Un cinquième est annoncé pour 2018.

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Précédemment...

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Tome 1 - "La terre des mensonges" (352 pages)

L'histoire :

A quelques jours de Noël, les membres de la famille Neshov, devenus des étrangers les uns pour les autres depuis des années, sont contraints de se faire à nouveau face au chevet d'Anna, leur mère mourante :
  • Le père, Thormod, n'a jamais été qu'une ombre dans ces lieux austères dirigés par la mère, véritable despote.
  • Tor, le frère aîné, cinquante-cinq ans, taciturne et rustre, s'épuise à s'occuper seul de la ferme et de ses parents.
  • Margido, cinquante-deux ans, froid et volontairement solitaire, dirige une entreprise de pompes funèbres et n'a pas remis les pieds à la ferme depuis sept ans.
  • Erlend, quarante ans, beaucoup plus jeune que ses frères, a quitté la Norvège pour le Danemark où il est décorateur d'intérieur et de vitrines de luxe. Au-delà de ses caprices et de ses extravagances, c'est un homme généreux et sensible. Il partage son amour de la vie depuis douze ans avec Carl (Krumme), journaliste et rédacteur en chef d'un journal de Copenhague. Son homosexualité est en partie la raison de son départ de la ferme il y a vingt ans.
  • Torunn Breiseth, trente-sept ans, assistante vétérinaire à Oslo, est la fille de Tor Neshov. Père et fille ne se parlent au téléphone que depuis deux ans, et Torunn n'était jamais venue à la ferme jusqu'à ce jour...

Mon avis :

Alors que les gens préparent Noël, alors qu'ils se pressent pour leurs derniers achats, sous la neige, les bras chargés de paquets chatoyants, dans les boutiques illuminées, alors que les maisons se parfument d'épices et que les feux crépitent dans les cheminées, les Neshov souffrent, chacun à leur manière, et pour des raisons différentes que nous découvrons au fil des pages.

Une histoire intense, très bien écrite, se déroule sous nos yeux. Derrière les paillettes scintillantes de Noël et la beauté virginale de la nature norvégienne, il y a la noirceur des Hommes, les démons du passé, le choc des révélations. Mais aussi une infinie tendresse, une grande sensibilité, et de délicieux moments d'humour et d'émotions.

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Tome 2 - "La ferme des Neshov" (360 pages)

L'histoire :
Après la mort de la tyrannique Anna Neshov et les bouleversantes révélations, la vie doit reprendre son cours. Une nouvelle année commence. Mais plus rien n'est comme avant pour les frères Neshov. Ils vont devoir confronter leurs douleurs intimes, dont on pressent bien qu'elles sont liées à l'enfance, à l'histoire familiale, et à l'arrivée de Torunn...

Mon avis :
Le personnage d'Erlend, particulièrement attachant et drôle, apporte de la fraîcheur à cette extraordinaire aventure romanesque qui mêle passions et coups de théâtre, et qui monte en puissance et en intensité. Alors qu'un événement merveilleux s'annonce, le point final de ce second volume est terrifiant. Le suspense est à son comble. Vite ! Au troisième tome sans plus attendre !!!

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Tome 3 - "L'héritage impossible" (336 pages)

L'histoire :
Un épisode cruel et douloureux va totalement désorienter les membres de la famille Neshov, incapables de prendre une décision quant à l'héritage bien trop lourd émotionnellement pour eux. L'univers de chacun est proche de basculer. Aussi, les masques vont-ils tomber un à un. Les frères révèlent leur indifférence, leur égoïsme, leur cynisme. Quant à Torunn, elle s'enfonce de plus en plus dans un sentiment de culpabilité, se laisse dévorer par les responsabilités croissantes, et refuse les rares mains tendues...

Mon avis :
L'auteur souligne bien les difficultés d'hériter d'une exploitation agricole. Il ne s'agit pas là d'hériter d'une somme d'argent, ou d'un bien mobilier ou immobilier, mais d'hériter d'un métier, d'une terre, d'animaux, d'une vie entièrement consacrée au travail. Soit on accepte l'héritage et on renonce à tout le reste. Soit on le refuse. Mais quel que soit le choix, aux questions financières et matérielles s'ajoutent des questions morales et intimes. Un dernier volume sombre, redoutable et désespéré qui nous épargne la mièvrerie des "happy end" et qui nous secoue par son réalisme. 

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Tome 4 - "L'espoir des Neshov" (351 pages)

L'histoire :

En Norvège, près de Trondheim, Tormod Neshov, le père, aujourd'hui âgé de quatre-vingt-cinq ans, vit paisiblement et heureux dans sa maison de retraite, le souvenir toujours aussi vif et présent de celui qu'il a aimé autrefois, un jeune soldat allemand pendant l'Occupation.

A Coppenhague, au Danemark, Erlend et Krumme filent le parfait amour et sont les papas comblés de trois adorables bambins, Nora, Ellen et Leon.

Seul à Trondheim, Margido sombre dans la dépression. Son entreprise de pompes funèbres est son unique raison de vivre. Mais pour combien de temps encore ?

Torunn s'est installée à Maridalen, au nord d'Oslo, avec Christer, trader et passionné de courses de chiens de traîneaux. Leur relation est confortable mais sans amour. A quarante ans, Torunn est perdue, incapable de trouver sa place, incapable d'entreprendre. Peut-être ce séjour chez sa meilleure amie, à Oslo, lui apportera-t-il une nouvelle énergie...

Mon avis :

Un quatrième opus un brin longuet qui n'a pas la force ni le dynamisme des précédents. Le contenu est beaucoup trop plat. Les personnages ne sont plus aussi savoureux. Ils ont perdu leur flamme. La magie semble rompue. Néanmoins, les retrouvailles entre Torunn et son grand-père sont très réussies et émouvantes et l'on pouvait espérer qu'elles soient le point de départ d'une nouvelle intrigue, par le biais de leur passion commune pour les livres d'Histoire par exemple. Peut-être est-ce pour le cinquième tome...

Si ce nouveau roman de Anne B. Ragde ne comble pas notre attente, il ne doit en rien nous faire oublier la qualité des trois premiers titres. Lecture estivale parfaite, "Terre des mensonges", "La ferme des Neshov" et "L'héritage impossible" réunissent tous les ingrédients d'une excellente saga : secrets de famille, démons du passé, pouvoir de l'argent, passions, tragédies, émotions, humour, suspense, coups de théâtre... et puis cette Nature nordique stupéfiante de beauté et de caractère !

lundi 5 juin 2017

Prochaines présentations : début juillet 2017

              Sous les pavés,
              La plage ensoleillée !
              Les livres de l'été...

              Partie 1 : "Destins"

"L'amante anglaise" de Marguerite Duras (Gallimard/L'Imaginaire)

Marguerite Duras (Marguerite Donnadieu, dite) est une femme de lettres et cinéaste française, née à Gia Dinh au Vietnam (Cochinchine à l'époque) en 1914 et décédée en 1996 à Paris.

Figure majeure de la littérature du XXème siècle, elle cultive dans son oeuvre romanesque et théâtrale une esthétique du mystère. Elle s'illustre également dans le cinéma, qu'elle considère comme le "lieu idéal de la parole".

Ses romans ("Un barrage contre le Pacifique", 1950 ; "Moderato cantabile", 1958 ; "L'amant", 1984), son théâtre ("Savannah Bay", 1982) et ses films ("India Song", 1975 ; "Le camion", 1977) amènent les souvenirs obsédants de l'enfance et la violence de l'amour aux limites de l'extrême dépouillement.

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Marguerite Duras, le 20 octobre 1984 - A propos de l'écriture...

"Je suis un écrivain. Rien d'autre qui vaille la peine d'être retenu. Quand on écrit, si vous voulez, on est cette absence permanente à l'autre qui dure pratiquement le temps que dure la vie, le temps que dure l'écriture. Je ne sais pas jusqu'à quel âge j'écrirai, mais je sais que depuis l'âge de dix-huit ans, dix-huit ans oui, je ne pense qu'à écrire. J'ai eu des accidents de parcours, des enfants, des hommes. Mais je ne sais pas si ces accidents ne sont pas eux-mêmes allés dans l'écrit. C'est un dédoublement, c'est comme... c'est l'équivalent d'un déplacement de soi. J'en parle mal. Je ne peux pas en parler bien. Parce que je pense à l'ambiguïté fondamentale de l'écrit, qui se reporte sur l'écrivant, si vous voulez, qui doit être l'ambiguïté fondamentale d'écrire. Cette personne qui est entière, qui voit et qui entend et qui parle, a besoin de ne plus parler, d'être aveugle, de se boucher les yeux, de se boucher les oreilles, pour retrouver ce qu'elle a vécu. Pour en écrire. Sans ça, dans la littéralité des faits, il n'y a pas d'écriture. Il n'y a rien."

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Les faits :

Marguerite Duras a toujours lu les faits divers. Elle était fascinée par le fait que rien ne peut combler le "pourquoi" des meurtres, quelles que soient les raisons avancées. Elle avait le goût des monstres, des femmes tragiques comme absentes d'elles-mêmes et des autres.

En mars 1952, elle découvrait, dans les colonnes du Monde, l'histoire d'Amélie Rabilloud, qui répondait devant la cour d'assises des Yvelines, à Versailles, de l'assassinat de son mari. En 1949, elle l'avait tué avec un marteau, puis dépecé. Chaque jour, dans son filet à provisions, elle en emportait un morceau pour le jeter dans divers endroits de Savigny-sur-Orge (Essonne), où elle habitait. Jamais Amélie Rabilloud n'a expliqué la raison de ses actes.

Ce sordide fait divers inspire à Marguerite Duras l'écriture d'une pièce de théâtre, "Les viaducs de la Seine-et-Oise", montée en 1960 par Claude Régy. En 1967, Duras modifie la pièce pour en faire un roman, "L'amante anglaise". La pièce, "L'amante anglaise", sera présentée un an plus tard, toujours mise en scène par Claude Régy, avec Madeleine Renaud, Claude Dauphin et Michaël Lonsdale. En 2017, "L'amante anglaise", mise en scène par Thierry Harcourt, avec Judith Magre, a été jouée du 25 janvier au 9 avril au Lucernaire, à Paris.

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L'histoire :
Au coeur des années 1960, en ce soir du 13 avril, à Viorne, ville paisible de Seine-et-Oise, trois habitués, Claire, Pierre et Alfonso, se retrouvent au Balto. Entre eux et Robert, le patron du bar, et deux inconnus, une jeune fille et un homme, la conversation s'engage inévitablement sur l'annonce faite dans la journée par la Gendarmerie et qui confirme ce que racontent les journaux depuis une semaine. Des morceaux du corps d'une femme ont été découverts un peu partout en France dans des wagons de marchandises. L'enquête a permis d'établir un point commun entre chacun des trains. Ils sont passés par un même endroit, le viaduc de Viorne, duquel les pièces macabres auraient été jetées...

Mon avis :

Un écrivain prépare un livre sur le crime de Viorne. Pour cela, il rencontre les trois protagonistes principaux de la tragédie. Robert Lamy, le patron du bar dans lequel la vérité a été révélée ; Pierre Lannes, le mari de la meurtrière, qui paraît si loin des événements, étrangement détaché des faits ; et Claire Lannes, la coupable, dont beaucoup disent, sans grande originalité, "qu'elle avait tout pour être heureuse", sauf peut-être la liberté.

Sous la forme d'un entretien particulier, Marguerite Duras s'approche au plus près de l'intime de ses personnages mais elle respecte aussi leurs silences, leurs secrets, leurs non-dits. Entre les époux Lanne, si l'ennui semble avoir été la cause de la faillite de leur couple, est-il pour autant l'explication du meurtre ? Elle et lui ont tous deux leurs côtés sombres. Pour quelle(s) raison(s) Claire a-t-elle assassiné sa cousine handicapée ? Si certains concluent rapidement à la folie, il y a en cette femme mystérieuse des blessures profondes et inavouées.

Un roman qui se dévore d'une traite !


"Jack l'Eventreur" de Robert Desnos (L'Herne)

Robert Desnos est un poète français (Paris, 1900 - Terezin, Tchécoslovaquie, 1945)

Amoureux de Paris, très attaché au quartier des Halles, où il est né et a passé son enfance, Desnos a la gouaille et la verve populaire de ses habitants. Aussitôt après avoir obtenu le brevet élémentaire (1916), il exécute divers travaux d'écriture afin d'assurer son indépendance. Secrétaire de Jean de Bonnefon, le catholique anticlérical, il apprend à connaître le monde des lettres.

Le service militaire qu'il accomplit au Maroc (1920-1922) le tient éloigné de Dada, que son ami Benjamin Péret lui avait fait découvrir. Son tempérament rebelle et ses attaches libertaires le conduisent vers le surréalisme. Il participe à une séance de sommeil hypnotique en 1922, où il se montre très doué, et dès lors alimente le groupe en poèmes et en dessins automatiques, prétendant être en correspondance mentale avec Rrose Sélavy (pseudonyme de Marcel Duchamp). Son aptitude aux jeux verbaux ("Corps et Biens", 1930), son refus de toute entrave ("Deuil pour deuil", 1924 ; "La Liberté ou l'Amour", 1927), son amour romantique et douloureux pour une vedette de music-hall, Yvonne George ("La Place de l'Etoile", antipoème, 1927-1945), en font un surréaliste exemplaire.

Pourtant, son individualisme et son refus d'adhérer au parti communiste le conduisent à quitter le mouvement avec éclat, après la publication du "Second Manifeste". Il donne alors libre cours à un lyrisme nervalien, qui ne refuse pas la versification classique. Il cherche à faire surgir l'expression populaire et la poésie du monde moderne à travers ses nouvelles activités : journalisme, radio ("La Complainte de Fantômas"), publicité, cinéma (scénarios recueillis dans Cinéma, 1966).

La poésie et l'action se trouvent conciliés dans ses poèmes de la clandestinité ("Le Veilleur du Pont-au-Change", diffusé sous le nom de Valentin Guillois) qui affirment l'amour, l'espérance et la révolte contre l'envahisseur. Cette activité au service de la Résistance relance sa création littéraire : il publie des recueils de poèmes ("Fortunes", 1942 ; "Etat de veille", 1943), un roman ("Le vin est tiré", 1943), "Trente Chantefables pour les enfants sages" (1944) et il prépare le regroupement d'écrits antérieurs quand il est interné puis déporté. Il meurt du typhus quelques jours après sa libération du camp. 

Son audience est assurée auprès d'un large public par la publication de ses poèmes dans "Domaine public" (1952), complétée par "Destinée arbitraire" (1975) et "Nouvelles Hébrides" (1978), qui regroupent ses écrits de 1922 à 1930.

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Les faits :

Les surréalistes étaient fascinés par le crime. A la suite de la découverte d'une femme assassinée et démembrée rue Saint-Denis, à Paris, au début de l'année 1928, Robert Desnos décide de consacrer, pour le journal Paris matinal, une série d'articles à des criminels sadiques, dont Joseph Vacher (qui inspira Jean Aurenche et Bertrand Tavernier pour le film "Le Juge et l'Assassin"), et celui qu'il considère comme un "génie du mal", Jack l'Eventreur.

Jack l'Eventreur, le tueur de femmes, le dépeceur. Entré dans la légende autant pour l'horreur de ses crimes que pour leur impunité. On ne l'a jamais démasqué. Dans ses articles, Robert Desnos décrit les faits sans s'attarder sur les victimes. Ce sont des femmes, pauvres, édentées, prostituées, déjà perdues. Leur supplice les fait entrer dans la légende, comme leur assassin. Sans lui, personne ne se souviendrait d'elles, comme personne ne se souciait d'elles à l'époque. Ce qui intéresse Desnos, dans l'évocation de Jack l'Eventreur, c'est avant tout le Londres de la fin du XIXème siècle qui, en 1928, n'a encore rien d'historiquement exotique.

Jack l'Eventreur est le surnom donné à ce tueur qui terrorisa Londres en 1888. Il a assassiné cinq prostituées en quatre mois dans le misérable quartier de Whitechapel. Malgré le long travail de la police, il n'a jamais été arrêté. Les théories les plus folles courent encore sur son identité et il continue aujourd'hui de passionner, notamment de nombreux ripperologues, écrivains, cinéastes...

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Mon avis :
Ce texte est assez déroutant, dérangeant parfois. Les descriptions des scènes de crimes sont totalement surréalistes et décalées. Dans certains paragraphes, Whitechapel ressemblerait presque à un charmant petit village de la campagne anglaise. Desnos ne nomme pas les victimes, elles ne sont que des numéros, et il ne montre guère beaucoup d'empathie à l'égard de ces malheureuses. En revanche, il ne nous épargne aucun détail anatomique sur leur calvaire ni sur les monstruosités infligées à leur corps. "Si la norme rassure, l'anormalité fascine", dit-on. Desnos semble bien être dans ce cas de figure : la fascination pour le monstre. Très étrange...


"Est-ce ainsi que les femmes meurent ?" de Didier Decoin (Livre de Poche)


Didier Decoin est né en 1945 à Boulogne-Billancourt. Il est le fils du cinéaste Henry Decoin. Journaliste à France-Soir, au Figaro, aux Nouvelles Littéraires, à Europe 1, il participe à la création de VSD. Passionné de navigation, il est actuellement chroniqueur à la revue Neptune Moteur.

Egalement romancier, il reçoit le Prix Goncourt en 1977 pour "John l'Enfer" et, en 1999, le Sept d'Or du meilleur scénario pour "Le Comte de Monte-Cristo".

Elu Secrétaire général de l'Académie Goncourt en 1995, il est aussi Président des Ecrivains de Marine depuis 2007 et membre de l'Académie de Marine.

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Les faits :

Dans la nuit du 13 mars 1964, une jeune femme de 29 ans, Catherine "Kitty" Genovese, fut assassinée en pleine rue, près de son appartement new-yorkais. Malgré ses cris et ses appels à l'aide, personne ne lui porte secours. Les circonstances du meurtre et la non-intervention de nombreux témoins présents lors de l'agression en font un crime célèbre. A la une du New York Times, deux semaines plus tard, l'article évoquant ces circonstances déclencha une énorme polémique. Le comportement des témoins dans le meurtre de Kitty Genovese fut le point de départ de nombreuses recherches en psychologie sociale qui aboutirent à la formalisation d'un "effet du témoin" ou "effet spectateur". Le crime inspira l'intrigue du film "L'homme des Hautes Plaines" de Clint Eastwood sorti en 1973.


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L'histoire :

Lorsque le 27 mars 1964, le journaliste Martin Gansberg publie, dans le New York Times, son enquête sur la mort de Kitty Genovese, une violente onde de choc secoue une Amérique encore bouleversée par l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy et suscite d'importantes controverses. Le monde découvre avec horreur que dans notre société dite "civilisée", une jeune femme peut être cruellement agressée et tuée sous les yeux de trente-huit de ses voisins sans qu'aucun d'entre eux ne tente quoi que ce soit pour lui venir en aide.

Dans la nuit du 12 au 13 mars 1964, Catherine "Kitty" Genovese, barmaid de vingt-neuf ans, quitte son travail et rentre directement chez elle à Kew Gardens, dans le Queens. Deux heures plus tard, elle est retrouvée agonisante dans l'entrée de son immeuble, après avoir été torturée et violée. Son calvaire a duré plus de trente douloureuses minutes au cours desquelles personne ne vint à son secours...

Mon avis :

Nathan Koschel, voisin (fictif) de Kitty Genovese, absent, ainsi que son épouse, le soir du drame, raconte avec beaucoup de justesse et de sincérité, la façon dont il a appris les faits et ses sentiments contradictoires. Sa tristesse à l'annonce de la mort horrible de cette jeune femme qu'il appréciait. Sa culpabilité de ne pas avoir été là pour elle. Sa colère contre la lâcheté des témoins de la scène. Ses doutes quant à son propre courage et sa propre implication s'il avait été présent cette nuit-là. Sa curiosité de tout savoir et tout lire sur cette affaire, l'excitation et à la fois le malaise que cet intérêt lui procure. Sa fierté de pouvoir assister au procès du tueur, forme d'hommage posthume qu'il veut rendre à la victime.

Nathan et Guila Koschel, observateurs de l'intérieur en tant que voisins et amis de la victime, et observateurs extérieurs car absents au moment du meurtre, sont nos témoins, à nous, lecteurs. Ils découvrent les événements et partagent leurs interrogations et leurs émotions.

Un roman sensible et passionnant sur une tragédie qui conduira à d'importants progrès en psychologie sociale.



A voir :

"38 témoins", film de Lucas Belvaux (2012),
avec Yvan Attal, Sophie Quinton et Nicole Garcia,
d'après le roman de Didier Decoin.

"The Girls" d'Emma Cline (Quai Voltaire/La Table Ronde)


Rentrée littéraire - Automne 2016
Premier roman


Emma Cline est née en 1989 en Californie. Elle a grandi à Sonoma avec six frères et soeurs, dans une riche famille de viticulteurs. A 17 ans, elle déménage sur la côte Est pour faire des études d'histoire de l'art, habite un temps à Los Angeles puis intègre le prestigieux programme d'écriture créative de l'université Columbia à New York. A 24 ans, elle a déjà travaillé au New Yorker et publié dans la Paris Review. Les droits de "The Girls", son livre phénomène, ont été vendus aux Etats-Unis pour la somme record de deux millions de dollars. Du jamais vu pour un premier roman, écrit par une jeune inconnue de 27 ans.

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Les faits :

Charles Manson, né Charles Milles Maddox en 1934, est un criminel américain.

En 1967, après plusieurs séjours en prison, Charles Manson se fond dans le milieu hippie de San Francisco. A 32 ans, il crée "La Famille", une communauté essentiellement composée de jeunes femmes, dont il devient le leader et à qui il offre le cadre rassurant de la famille que les jeunes adeptes ont perdue. Parmi eux : Tex Watson, Bobby Beausoleil, Marie Brunner, Susan Atkins, Leslie Van Houten, Patricia Krenwinkel...

Fort de son charisme, en associant des extraits de la Bible avec des textes de l'"Album blanc" des Beatles, Charles Manson conçoit une étrange prophétie selon laquelle les Noirs domineront bientôt les Blancs et qu'ils se tourneront vers lui pour diriger leur nouvelle nation. Manson demande alors à ses plus fidèles disciples d'assassiner des membres influents de la communauté blanche à Los Angeles. Par des crimes qui pourraient être imputés aux Noirs en raison de la trace laissée sur les lieux de l'agression, des slogans attribués aux Black Panters, il espère déclencher une guerre civile entre les Noirs et les Blancs.

En juillet 1969, le professeur de musique Gary Hinman est la première victime de Bobby Beausoleil, Marie Brunner et Susan Atkins.

Puis, dans la nuit du 8 au 9 août 1969, au domicile des Polanski, Tex Watson, Susan Atkins et Patricia Krenwinkel tuent sauvagement l'actrice Sharon Tate, épouse du réalisateur Roman Polanski et enceinte de huit mois, ainsi que les quatre amis du couple présents dans la villa.

La nuit suivante, Tex Watson, Leslie Van Houtten et Patricia Krenwinkel poignardent à mort les époux LaBianca, propriétaires d'un supermarché.

Dénoncé par Susan Atkins, Charles Manson est arrêté en décembre 1969. Le procès de "La Famille Manson" débute le 15 juin 1970 et ce sera le plus long et le plus coûteux procès de l'histoire judiciaire américaine.

Si les "Girls" continuent de voir en Manson une figure christique, les hommes, en particulier Tex Watson, témoignent contre le gourou.

Le 19 avril 1971, la peine de mort est prononcée à l'encontre de Charles Manson, reconnu coupable pour avoir dirigé les assassins, et à l'encontre de Tex Watson, Susan Atkins, Patricia Krenwinkel et Leslie Van Houten. Le 16 février 1972, la peine de mort est abolie en Californie et leur peine est commuée en peine de prison à perpétuité. "La Famille" a certainement commis d'autres meurtres mais la police n'avait pas suffisamment de preuves.

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L'histoire :

De nos jours, en Californie

Eva Boyd occupe pour quelques semaines une villa prêtée par un couple d'amis, Dan et Allison. Installée dans une des chambres, à la nuit tombée, elle entend soudain des bruits inquiétants et se prépare au pire. Elle est la mieux placée pour savoir ce qu'elle risque de subir. Ses souvenirs la glacent encore d'effroi. Mais ce ne sera pas un cambriolage sanglant. Tel n'est pas son étonnement de reconnaître "l'intrus", Julian, le fils de Dan et Allison. A leur dernière rencontre, il n'avait que treize ans. Aujourd'hui, il est de passage à l'improviste chez ses parents avec sa petite amie. Surpris l'un et l'autre, Eva rappelle au jeune homme qui elle est, qu'elle habitait un appartement à Berkeley, près de chez son professeur de violoncelle. Elle a connu son père dans les années 1960 à Los Angeles. Ensemble ils ont vécu une courte idylle. Puis Dan a épousé Allison mais ils ont gardé des liens très forts. Julian se souvient bien d'elle mais Eva est troublée de constater qu'il ne retient de son histoire que la période que lui a racontée son père, celle où elle a été, comme dit le garçon avec fascination, "la fille de la secte". Quelques mois de sa vie qu'Eva aurait préféré oublier...

Mon avis :
En toile de fond de ce premier roman remarquable, Emma Cline s'inspire d'une époque, et de l'affaire Manson qui traumatisa les Etats-Unis. Mais son propos n'est pas de narrer ce fait divers macabre. Changer les noms des protagonistes et ne pas relater les événements réels lui laissent une liberté totale d'immersion, de dialogues, et ainsi de nous raconter de très poignantes histoires au féminin. Passant régulièrement des années 1960 à nos jours, nous suivons le destin de femmes de tous les âges. Et en particulier celui d'Eva Boyd. De cette dame à présent à l'automne de sa vie, nous partageons son parcours initiatique d'adolescente, sa vie à jamais marquée par ses expériences, sa culpabilité de n'avoir pu empêcher l'innommable, ses souvenirs à la fois douloureux et nostalgiques, ses sentiments ambigus pour ces compagnes et compagnons de route inqualifiables qui ont croisé son chemin, et son regard de femme âgée et éprouvée sur la jeunesse d'aujourd'hui.

Un premier roman d'une grande force, sensible, profond et vibrant !