vendredi 1 décembre 2017

Joyeuses Fêtes !!!






Joyeux Noël !!!

Et très belle année littéraire 2018 à tous !!!

Prochaines présentations : début janvier 2018



                    Nouvel An
                    Premier instant
                    Premier roman

"La petite romancière, la star et l'assassin" de Caroline Solé (Albin Michel) - dès 13 ans

Caroline Solé est née à la fin du XXème siècle, sous un climat tempéré. De bonne constitution. Mauvaise mémoire. Enfance au clair de lune. Adolescence troublée. Texture : papier. Voyage : intérieur. Des origines aux antipodes (Calais - Le Caire), escapades londoniennes, vie parisienne dans différents écosystèmes (université, mairie, journalisme).

"La petite romancière, la star et l'assassin" est son second roman. Le premier, "La pyramide des besoins humains", a été publié aux éditions L'Ecole des Loisirs.

L'histoire :

La découverte du corps d'un enfant dans un étang conduit les enquêteurs au domicile d'une star de cinéma qui réside dans la commune. L'actrice est en compagnie de deux autres personnes. Toutes les trois sont interrogées. Y-a-t-il un assassin parmi elles ?

Cheyenne est une adolescente de quinze ans en surpoids, si mal dans sa peau et rejetée par tous que l'idée du suicide ne lui fait plus peur. Elle ne s'épanouit que dans son univers imaginaire qu'elle raconte dans de nombreux carnets, mais personne ne la prend au sérieux.

Tristan est un artiste marginal et bohème qui se rêve cinéaste parcourant le monde entier. Son passé de sans-abri lui procure une vision plus détachée et poétique de l'existence.

L'actrice, à seulement dix-huit ans, est déjà à la une de tous les journaux à scandales, poursuivie jour et nuit par une horde de paparazzi. Poussée devant les caméras et les flashes depuis l'enfance par une mère ambitieuse et égoïste, sa passion a pourtant toujours été le dessin. Epuisée par cette folie qui l'entoure, elle ne désire rien de plus que retrouver l'anonymat, ses crayons et ses croquis.

Mon avis :
Ce roman est une pépite que tout le monde devrait lire ! Il nous ramène aux choses essentielles de notre vie, que nous connaissons tous mais que, emportés par le matérialisme et la superficialité de notre société de consommation, nous avons tendance à oublier, à laisser de côté, à remettre à plus tard. Au fil des pages, chacun des personnages dévoile ses douleurs intimes, ses voyages intérieurs, avec beaucoup d'espérance et de fraîcheur. Délicieux !

"Star Trip" d'Eric Senabre (Didier Jeunesse) - dès 13 ans

Eric Senabre est né en 1973 en région parisienne. Il a été journaliste pendant plus de dix ans avant de se lancer dans l'écriture de récits pour la jeunesse. Il est passionné de littérature d'imaginaire, avec un goût particulier pour le fantastique et l'anticipation du XIXème siècle. Dans sa bibliothèque, on peut trouver de grands romans d'aventure écrits par Robert Louis Stevenson ou Sir Arthur Conan Doyle. Il est aussi grand amateur de la science-fiction classique. Il milite depuis plus de vingt-cinq ans pour établir la supériorité de "Star Trek" sur "Star Wars".

Star Trek est un univers de science-fiction créé par Gene Roddenberry en 1966. Il regroupe sept séries télévisées, treize longs métrages, des centaines de romans, de bandes dessinées et des dizaines de jeux vidéo, ainsi qu'une fan-fiction importante.

A bord du vaisseau spatial USS Enterprise, commandé par le Capitaine Kirk assisté de M. Spok, originaire de la planète Vulcain, l'équipage a pour mission d'explorer l'univers et découvrir de nouveaux mondes. L'Homme s'unit à d'autres espèces intelligentes de la galaxie pour former la Fédération des Planètes Unies. Chacune des séries télévisées reflète des questions de son époque.

L'histoire :

Eté 1968, dans une petite ville rurale de l'Idaho

Monsieur et Madame Peeples sont partis soudainement, un matin très tôt, immédiatement après avoir reçu un mystérieux appel téléphonique, il y a maintenant de cela trois semaines et n'ont plus donné de nouvelles depuis. Ils ont laissé seuls à la maison leurs deux enfants. May n'a que quinze ans et elle porte tout sur ses épaules, en particulier le bien-être de son petit frère handicapé, Sam. Ce dernier a une grande passion : la série télévisée de science-fiction "Star Trip" sur laquelle il est incollable et qui lui permet de supporter plus facilement l'absence de ses parents et sa différence. Quant à May, elle est heureusement bien secondée par ses voisins, principalement les Finnegan, parents de Will, seize ans, son amoureux.

Afin de consoler Sam de ne pas partir en vacances en famille comme cela était prévu, May et Will ont l'idée de lui faire une surprise et de lui construire, à la mesure de leurs possibilités, un vaisseau spatial...

Mon avis :
Un road-trip totalement réjouissant en compagnie de personnages improbables et attachants ! Dans une Amérique en pleins bouleversements, après les assassinats de J.F. Kennedy, Martin Luther King, Robert Kennedy, avec la guerre du Vietnam, ses opposants, ses partisans, les manifestations et les émeutes dans les universités, avec l'émergence du mouvement hippie, de la libération sexuelle, de nouvelles inspirations musicales, les fractures sociales et générationnelles sont profondes. Mais au milieu de toutes ces convulsions, il y a un petit garçon qui porte en lui la magie d'un rêve merveilleux et qui va entraîner avec lui d'autres doux-dingues dans une fantastique aventure !

Mon coup de coeur, assurément !

"A quoi tu ressembles ?" de Magali Wiéner (Rouergue) - dès 13 ans

Magali Wiéner est née en 1973. Elle publie des documentaires et des romans pour la jeunesse depuis les années 2000. Elle vit actuellement dans le Sud de la France et enseigne en collège.

L'histoire :
Quelque part en région parisienne, dans un collège, une classe de Troisième... Une année scolaire, de la rentrée de septembre aux vacances d'été suivantes... Chaque mois, un adolescent, une histoire...

Mon avis :
Tous les sujets qui touchent le plus intimement ce groupe de jeunes d'une quinzaine d'années sont abordés. Tous ont hâte de grandir, de dépasser enfin cette étape de la vie dans laquelle aucun d'entre eux n'est à l'aise. Et pourtant, ils ne sont pas si pressés que cela de sauter dans le grand bain du monde des adultes, un univers pétri de contradictions qu'ils ne comprennent pas, de cynisme, d'hypocrisie. C'est cash, sincère, bouleversant... On ressort de cette lecture groggy mais plus battant que jamais...

"Dragon de glace" de George R.R. Martin (Flammarion) - dès 10 ans

George R.R. Martin, né en 1948 à Bayonne (New Jersey), est un écrivain américain de science-fiction et de fantasy, également scénariste et producteur de télévision. Son oeuvre la plus connue est la série romanesque du "Trône de fer", adaptée sous forme de série télévisée par la chaîne HBO sous le titre "Game of Thrones". Il a été récompensé par de nombreux prix littéraires et a été sélectionné par le magazine Time comme l'une des personnes les plus influentes du monde en 2011. Il est aujourd'hui considéré comme le "Tolkien américain".

"Dragon de glace" est une nouvelle écrite par George R.R. Martin en 1980 et illustrée en 2014 par un artiste peintre espagnol de renom, Luis Royo. L'histoire se déroule dans le même univers que celui de "Game of Thrones".

L'histoire :
Adara est née un jour d'hiver, le pire que la région ait connu depuis très longtemps et qui emporta sa maman. Liée viscéralement au froid, à la neige, au gel, Adara n'est heureuse qu'en cette blanche saison. Ce qui fait d'elle une enfant étrange et incomprise. Aujourd'hui âgée de sept ans, la fillette attend avec impatience, comme chaque hiver depuis sa naissance, les premiers frimas qui annoncent la visite de son ami secret, le dragon de glace...

Mon avis :
Enrichi d'illustrations merveilleuses, "Dragon de glace" est un très beau conte de Noël, une aventure qui ravira petits et grands !

lundi 13 novembre 2017

Prochaines présentations : début décembre 2017



Sous le sapin plein de promesses
Ce cadeau, à qui est-ce ?
Littérature Jeunesse

"Chevauchée avec le diable" de Daniel Woodrell (Rivages/Noir)


Daniel Woodrell est né en 1953 à Springfield, Missouri, dans les monts Ozarks, dont toute sa famille est originaire. Ses ancêtres s'y sont installés avant la guerre de Sécession. Après avoir grandi à Saint-Louis et à Kansas City, Daniel Woodrell est revenu vers la région de sa naissance et de ses racines. Il est l'auteur de plusieurs romans à succès. En 1996, il accole à son roman "Give us a kiss" ("Faites-nous la bise") le sous-titre "a country noir" pour souligner la violence de l'intrigue sur fond d'Amérique profonde. L'expression sera ensuite reprise par la critique pour désigner tous les romans se déroulant en milieu rural, dans une atmosphère angoissante et brutale. Deux de ses livres ont été adaptés au cinéma : "Chevauchée avec le diable" (1999), réalisé par Ang Lee, avec Tobey Maguire ; et "Winter's Bone" ("Un hiver de glace", 2010), réalisé par Debra Granik, avec Jennifer Lawrence et John Hawkes.

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Guerre de Sécession ou guerre civile américaine (1861-1865) :

Durant quatre ans, une guerre civile oppose les Etats-Unis d'Amérique (l'Union) à onze Etats sécessionnistes du Sud (la Confédération).

L'antagonisme entre le Sud, agricole et libre-échangiste, et le Nord, en voie d'industrialisation et protectionniste, est aggravé par le problème de l'esclavage, désavoué par le Nord. En 1854, un parti républicain, antiesclavagiste, est créé. Le républicain Abraham Lincoln est élu à la présidence en 1860. Les sudistes font alors sécession et se constituent en Etats confédérés d'Amérique. La guerre civile éclate officiellement en avril 1861, lorsque les troupes nordistes ravitaillant un fort de Caroline du Sud, Fort Sumter, essuient le feu des Confédérés. Malgré la supériorité démographique, militaire et économique de l'Union, qui impose au Sud un blocus à partir de 1862, le conflit s'éternise et ne s'achève qu'après la reddition du général Lee devant le général Grant à Appomattox en avril 1865. Réélu en 1864, Lincoln est assassiné à Washington par un fanatique peu après la victoire nordiste en avril 1865.

Ayant causé la mort de six cent mille hommes et la ruine de plusieurs Etats du Sud ravagés par les combats, la guerre de Sécession libère quatre millions d'esclaves, mais ne met pas un terme à la ségrégation qui perdure jusqu'aux années 1960. Elle contribue aussi à accroître l'autorité du gouvernement fédéral. Les conséquences économiques, politiques et sociales de cette guerre continuent d'influer sur la pensée américaine contemporaine.

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William Clarke Quantrill, né en 1837 à Dover (Ohio), est un hors-la-loi américain, chef de l'unité de combat de la guerre de Sécession responsable des plus importantes tueries visant délibérément des civils. Il est responsable, en particulier, du massacre de Lawrence, au Kansas, perpétré au petit matin du 21 août 1863. Pour se venger de la mort de cinq femmes, Quantrill rassemble 450 de ses hommes. Ils atteignent la ville de Lawrence à l'aube, assassinent, pillent et incendient sans interruption jusqu'au milieu de la matinée. Plus de 180 hommes et garçons sont tués. Traqué, blessé par balle et paralysé, Quantrill meurt en prison à Louisville (Kentucky) en 1865.

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Vocabulaire :

Jayhawkers : habitants du Kansas
Bushwhackers : hommes luttant contre l'envahisseur yankee en hors-la-loi et non sous l'égide de l'armée des Confédérés

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L'histoire :
Celle de la chevauchée sauvage d'un groupe de Bushwhackers, dont certains n'ont pas encore fêté leurs dix-sept ans, aux frontières du Missouri et du Kansas, au coeur d'une guerre civile abominable, et narrée par le jeune cavalier Jack "Dutchy" Roedel.
Celle d'un voyage initiatique, pour tous ces rebelles, qui commence par un engagement et des convictions sincères. Mais au fil du temps, la foi s'étiole. Les morts, les images cauchemardesques, les trahisons, les souffrances, les désillusions hantent les survivants. Les batailles contre les yankees n'ont plus de règles et se transforment en vagues d'assassinats et de pillages de plus en plus barbares, en règlements de comptes personnels, et, pour tous, la certitude chevillée au corps que, quoi qu'il advienne, leur tour viendra...

Mon avis :
Un roman, admirable et déchirant, de fraternité, d'amitié et de résilience, sur fond d'un conflit intérieur sans pitié. Un authentique coup de coeur !!!




"Chevauchée avec le diable",
film réalisé par Ang Lee (1999)
avec Skeet Ulrich, Tobey Maguire, Simon Baker, Jonathan Rhys-Meyers...

"Compagnie K" de William March (Gallmeister)


William March est un écrivain américain né à Mobile (Alabama) en 1893, et mort à La Nouvelle Orléans (Louisiane) en 1954. En 1917, il s'engage dans l'US Marine Corps et combat en France pendant la Première Guerre mondiale d'où il reviendra décoré de la Croix de guerre, de la Navy Cross et de la Distinguished Service Cross. Hanté par ce conflit, la rédaction de "Compagnie K" fut une oeuvre de grande ampleur qui débuta pour William March dès le milieu des années 1920. A l'été 1932, il apporte les dernières modifications à son manuscrit et c'est en janvier 1933 que "Compagnie K" voit le jour, remportant aussitôt un réel succès critique et public.

Après "Compagnie K", William March publie neuf livres, puisant notamment son inspiration dans son enfance et sa jeunesse dans le Sud. Un seul d'entre eux, "The Bad Seed", est traduit en français et publié en 1967 par la Série Noire sous le titre de "Graine de potence".

William March souffre de troubles psychologiques. Malgré son succès littéraire, il vit de plus en plus reclus, sa santé se détériore peu à peu. Il meurt dans son sommeil à son domicile de La Nouvelle Orléans en 1954, d'une crise cardiaque. Quand son corps est découvert le lendemain, sa machine à écrire contient une feuille de papier avec le premier paragraphe d'un nouveau roman, "Poor Pilgrim, Poor Stranger". Il ne pourra pas apprécier l'énorme succès critique et commercial de "The Bad Seed" qui sera finaliste du prestigieux National Book Award, et adapté au théâtre à Broadway et à Londres et au cinéma par Hollywood. Pour la première fois traduit en français, "Compagnie K" est publié par les éditions Gallmeister en 2013.

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La Première Guerre mondiale ou Grande Guerre (28 juillet 1914 - 11 novembre 1918) est un conflit sans précédent dans l'Histoire par son échelle, le nombre de ses morts et l'ampleur des destructions matérielles. La guerre est déclenchée par l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche le 28 juin 1914 à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine). En France, la mobilisation générale est décrétée le 2 août 1914. S'ensuivent quatre années d'une guerre de position, dite "guerre des tranchées", dont le front s'étend en Europe sur près de 700 kilomètres. Conflit d'un genre nouveau puisqu'il marque également les débuts de la guerre aérienne, l'emploi des chars et des gaz, il se solde par neuf millions de morts et des pays dévastés.

L'entrée dans la Première Guerre mondiale des Etats-Unis se produit en avril 1917, après deux ans et demi d'efforts déployés par le Président Woodrow Wilson pour garder les Etats-Unis neutres dans ce conflit. En mai 1915, le torpillage du RMS Lusitania, paquebot transatlantique britannique, par un sous-marin allemand, au large de l'Irlande, avec plus de 1200 passagers (dont près de 200 Américains) et un chargement secret de munitions, joue un rôle important dans l'hostilité de plus en plus forte des Etats-Unis envers l'Allemagne, jusqu'à leur implication dans la Première Guerre mondiale à partir de 1917.

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L'histoire :
Cent-treize soldats américains racontent, l'un après l'autre, une anecdote ou un souvenir, drôle ou dramatique, qu'ils ont vécu pendant la Première Guerre mondiale en France, et qui a marqué à jamais leur esprit et leur chair...

Mon avis :
Ce roman sublime et bouleversant est devenu très rapidement après sa publication un classique de la littérature de guerre américaine. Il est d'ailleurs régulièrement réimprimé aux Etats-Unis. William March aborde sans tabou tous les sujets, aucun n'est anodin en temps de guerre. Il ne dissimule aucune réalité, même si elle est absurde, crue, obscène, ou tout simplement inimaginable. Les témoignages de ses cent-treize personnages si jeunes dans leur majorité, puissants par leur brièveté, leur concision et leur franchise, saisissent toutes nos émotions. 

Un livre extraordinaire à conseiller aux collégiens et lycéens.

"Les Âmes grises" de Philippe Claudel (Livre de Poche)


Prix Renaudot 2003
Meilleur livre de l'année 2003 du magazine Lire 2003
Grand prix des lectrices de Elle (catégorie roman) 2004


Philippe Claudel est un écrivain, scénariste et réalisateur français, né en 1962 à Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle). Il est maître de conférences à l'Université de Lorraine au sein de laquelle il enseigne à l'Institut Européen du Cinéma et de l'Audiovisiuel, en particulier l'écriture scénaristique. Philippe Claudel a également été professeur en prison et auprès d'adolescents handicapés physiques. Ses principaux romans sont traduits dans le monde entier.

Il entre à l'Académie Goncourt en 2012. Il est fait Docteur Honoris Causa de l'Université catholique de Leuven (ou Louvain, Belgique) en 2015. Il est également élu membre de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique en 2016, au siège d'Assia Djebar.

Parmi ses nombreux livres récompensés, on peut citer :
  • "J'abandonne" (Stock) : Prix Roman France Télévisions 2000
  • "Le rapport de Brodeck" (Stock) : Prix Goncourt des lycéens 2007

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La Première Guerre mondiale ou Grande Guerre (28 juillet 1914-11 novembre1918) est un conflit sans précédent dans l'Histoire par son échelle, le nombre de ses morts et l'ampleur des destructions matérielles. La guerre est déclenchée par l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche le 28 juin 1914 à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine). En France, la mobilisation générale est décrétée le 2 août 1914. S'ensuivent quatre années d'une guerre de position, dite "guerre des tranchées", dont le front s'étend en Europe sur près de 700 kilomètres. Conflit d'un genre nouveau puisqu'il marque également les débuts de la guerre aérienne, l'emploi des chars et des gaz, il se solde par neuf millions de morts et des pays dévastés.

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L'histoire :
Le jour n'est pas encore levé, ce matin-là de décembre 1917, lorsque le corps d'une fillette de dix ans est découvert sur les bords d'un canal. Dans cette petite ville située à quelques kilomètres à peine du front, l'enfant est connue de tous. Celle que tout le monde surnomme "Belle de jour" est la petite dernière du restaurateur. De toute évidence, elle a été étranglée. Transies de froid, les personnalités présentes sur les lieux sont sous le choc. Alors que la ville est partagée entre les combattants (permissionnaires, blessés, estropiés, convois de nouvelles recrues...) tout proches qui la traversent régulièrement et les habitants pour qui la vie est sans conteste beaucoup plus douce mais non exempte de bassesses, l'enquête s'annonce compliquée...

Mon avis :
"Les salauds, les saints, j'en ai jamais vu. Rien n'est ni tout noir, ni tout blanc, c'est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c'est pareil... T'es une âme grise, joliment grise, comme nous tous..." dit un personnage du roman. Cette phrase résume parfaitement le propos du livre. La guerre n'engendre pas, hélas, que des héros. Un policier raconte sa vie au sein d'une communauté où chacun porte sa part d'ombres. Il raconte son désir de justice et sa difficile enquête sur le meurtre d'une innocente alors qu'à quelques kilomètres de là, les combats font rage et tuent des milliers d'âmes.

Un roman formidable, sensible, douloureux, qui dévoile toutes les ambiguïtés de l'être humain.



Ce roman "Les Âmes grises" a été adapté au cinéma en 2004 par Yves Angelo, scénario et dialogues de Philippe Claudel, avec dans les rôles principaux Marina Hands, Jean-Pierre Marielle, Jacques Villeret et Denis Podalydès.

"Churchill m'a menti" de Caroline Grimm (Livre de Poche)


Caroline Grimm est une comédienne, productrice, scénariste, réalisatrice et écrivain française née en 1964. "Churchill m'a menti" (Flammarion, 2014) est son deuxième roman après "Moi, Olympe de Gouges" (Calmann-Lévy, 2009). Elle est aussi l'auteur d'un recueil de nouvelles, "La Nuit Caroline" (Blanche, 1999).

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La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) :

L'invasion de la Pologne par Hitler en septembre 1939 déclenche la Seconde Guerre mondiale. Le conflit, principalement européen à l'origine, s'élargit à l'échelle mondiale avec l'intervention japonaise contre Pearl Harbor et l'entrée en guerre des Etats-Unis. Cette "guerre totale" mobilise l'ensemble des ressources économiques des différents belligérants et fait cinquante millions de morts, majoritairement des civils, dont six millions de Juifs. Le conflit s'achève avec la prise de Berlin par l'armée rouge en mai 1945 et les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki au début du mois d'août 1945.

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Sir Winston Leonard Spencer Churchill (1874-1965) est un homme d'Etat britannique. Il laisse dans l'Histoire l'image d'un homme dont la volonté de fer au cours de la Seconde Guerre mondiale fut un acteur déterminant de la victoire alliée contre l'Allemagne de Hitler. Alors que la débâcle française laisse la Grande-Bretagne seule face à l'Allemagne hitlérienne, Churchill sait très vite galvaniser l'effort de guerre britannique pendant la bataille d'Angleterre. Son autorité est alors indiscutée. Il tisse des liens avec la France libre, quand Roosevelt hésite encore à faire confiance au Général de Gaulle. En même temps, il privilégie l'alliance américaine, seul moyen selon lui d'assurer la victoire. Tout au long d'une carrière politique à la longévité exceptionnelle, Churchill lutta aussi contre le déclin de l'Empire britannique. 

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Les îles anglo-normandes constituent le seul territoire britannique à avoir connu une occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Une occupation qui a commencé en juin 1940 et qui ne s'est terminée que le 9 mai 1945, presque un an après la libération de la Normandie. Pendant cinq ans, civils, Juifs et prisonniers ont souffert de la guerre plus qu'ailleurs, en raison de leur insularité et de l'exemplarité des forces allemandes exigée par Berlin.

C'est en effet en juin 1940 que les Allemands s'emparent de Guernesey, une île qui avait été démilitarisée sur décision de Churchill car jugée non stratégique. Peu après, un tiers de la population décide de quitter l'île pour le Royaume-Uni. Les habitants, qui vivaient essentiellement d'agriculture et de pêche, se retrouvent coupés du monde, sans fuite possible, sous la direction des très nombreux Allemands (un Allemand pour deux habitants). Les Juifs et les habitants non natifs des îles sont déportés. Arrestations et restrictions sont aussi de mise dans les îles anglo-normandes.

L'organisation Todt (groupe de génie civil et militaire de l'Allemagne nazie) s'est installée sur les îles à partir de novembre 1941 pour concevoir et construire les fortifications. Le nombre de bunkers, casemates et tunnels construits par les Allemands est impressionnant : 600 sur Aurigny, 800 sur Guernesey et plus de 1000 sur Jersey. Des constructions faites avec des milliers d'ouvriers de l'organisation Todt, des ouvriers locaux attirés par des salaires alléchants, mais aussi des travailleurs forcés et des esclaves : 1500 prisonniers soviétiques ont ainsi été acheminés à Jersey et épuisés à la tâche.

Aurigny, dite l'île Adolf, a connu l'occupation la plus violente des trois îles anglo-normandes. En 1940, la quasi totalité des 1200 habitants de l'île ont été évacués dans la précipitation, une semaine avant l'arrivée des Allemands, laissant sur place maisons et cheptels. La positions géographique de l'île en a fait un point stratégique pour surveiller les positions britanniques. Aurigny comptait quatre camps de travail forcé, l'un d'entre eux, le camp de Sylt, le plus redoutable, a même été transformé en camp de concentration à partir de 1943. Cinq mille prisonniers ont été détenus sur cette petite île de cinq kilomètres de long sur trois de large. Ils ont été les bâtisseurs des fortifications et y laisseront leur vie pour beaucoup d'entre eux. 

L'occupation isole complètement les habitants des îles anglo-normandes du reste du monde. Les bêtes sont réquisitionnées, tout vient à manquer, l'argent ne suffit plus pour subvenir aux besoins, on en vient au troc. En juin 1944, les îles anglo-normandes n'ont pas fait partie des objectifs des troupes alliées du débarquement. Les Allemands se sont trouvés coupés de Cherbourg, leur centre de ravitaillement. Churchill a décidé de les affamer plutôt que de les combattre. Et la population a dû partager ce mauvais sort, plus funestement encore, jusqu'à l'arrivée d'un bateau de la Croix Rouge en octobre 1944.

Le 6 mai 1945, un navire de la Royal Navy stationne au large des îles anglo-normandes. Demande est faite aux autorités allemandes de se rendre. L'amiral Hüffmeier rétorque qu'il ne reçoit d'ordre que de son gouvernement. Le 8 mai 1945, l'Allemagne capitule. Dans son célèbre discours de la victoire, Winston Churchill n'oublie pas les îles anglo-normandes. A Jersey et Guernesey, ce n'est que le 9 mai au matin que l'amiral Hüffmeier se résout à rendre les armes.

(cf francetvinfo.fr/normandie/manche/îles anglo-normandes - septembre 2015)

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L'histoire :

Juin 2013, Saint-Malo
Une romancière se rend à Jersey. Elle enquête sur le passé de l'île pendant l'Occupation allemande et espère rencontrer les descendants des plus anciennes familles : les Fitzgerald, les Le Gallais, les Landry.

Victoire Le Gallais - Jeudi 8 à dimanche 11 août 1940, Saint-Hélier, Jersey
A la déclaration de la guerre, certains ont fui l'île pour rallier la Grande-Bretagne. Ceux qui ont choisi de rester, convaincus d'être ici hors de danger, préparent la fête de la Bataille des Fleurs, carnaval estival organisé depuis 1902 en hommage au couronnement du roi Edouard VII. La parade commence. Les chars fleuris traversent la commune. L'ambiance est joyeuse. Tout le monde s'amuse. Soudain, l'enfer vient du ciel. Les bombes explosent sur le défilé. Tout se recouvre d'une seule couleur, le rouge sang. Les premiers mutilés tombent. Les premiers morts aussi, et parmi eux le frère de Victoire. Trois jours plus tard, au Fort Regent, l'Union Jack est remplacé par la croix gammée...

Mon avis :

Lors d'une journée pluvieuse en Normandie, Robert Ledermann révèle à sa fille, Caroline Grimm, une histoire de famille tue jusqu'à cet instant. Celle de Georges Ledermann, oncle de Robert, déporté en 1943 au camp de Norderney, sur l'île d'Aurigny, île anglo-normande, parce que "demi-Juif", c'est-à-dire Juif marié à une catholique. Il fut libéré en 1945 par les Canadiens. Episode méconnu de la Seconde Guerre mondiale, par cette résonance personnelle, le sort tragique des îles anglo-normandes abandonnées par la Couronne britannique et livrées aux nazis devient le sujet du roman de Caroline Grimm.

En ces temps d'occupation allemande, la situation de Jersey est singulière. Sur une île, tout le monde se connaît, tout se voit, tout s'entend, tout se sait. Il n'y a aucune échappatoire. Et les secrets, comme la spoliation des biens des familles juives déportées, et bien d'autres actes inavouables, ont un prix. Au regard de l'auteur, il n'est pas un hasard si l'île de Jersey soit aujourd'hui devenue un paradis fiscal.

Un roman sur le devoir de mémoire très documenté, passionnant, et saisissant !

"Yellow birds" de Kevin Powers (Livre de Poche)


Kevin Powers est né en 1980 à Richmond, en Virginie, au sein d'une famille d'ouvriers. A l'âge de dix-sept ans, il s'engage dans l'armée, rejoint une unité de mitrailleurs à Tal-Afar, en Irak, où il combat pendant treize mois. De cette guerre, qui a fait de lui un écrivain, il a tiré un récit effroyable, dont le titre s'inspire d'un hymne américain, "Yellow birds", publié en 2013 chez Stock et récompensé par de nombreux prix dont le Prix littéraire du Monde et le Prix du meilleur premier roman étranger du magazine Lire. Il est également l'auteur d'un recueil de poèmes, "Lettre écrite pendant une accalmie dans les combats" (Stock, 2015).

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La guerre d'Irak :
Le 20 mars 2003, l'armée américaine intervient en Irak. George W. Bush et les faucons de son gouvernement n'auront de cesse de convaincre leurs alliés que Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive. Hussein est également soupçonné de soutenir le terrorisme et les attentats du 11 septembre 2001. Il est accusé d'avoir aider Al-Qaïda et le Hamas. Plusieurs gouvernements et organisations internationales l'ont accusé de crimes de guerre, meurtres, crime contre l'humanité et de génocide.

La guerre d'Irak commence officiellement le 20 mars 2003 avec l'invasion de l'Irak (opération Liberté irakienne) par la coalition menée par les Etats-Unis contre le Parti Baas de Saddam Hussein. L'invasion a conduit à la défaite rapide de l'armée irakienne, à la capture et l'exécution de Saddam Hussein, et à la mise en place d'un nouveau gouvernement.

George W. Bush a officiellement déclaré l'achèvement des combats le 1er mai 2003, sous la bannière Mission accomplie. Toutefois, la violence contre les forces de la coalition a rapidement mené à une guerre asymétrique impliquant plusieurs groupes d'insurgés, des milices, des membres d'Al-Qaïda, l'armée américaine et les forces du nouveau gouvernement irakien.

A partir de 2009, les Etats-Unis se désengagent progressivement en finançant notamment les milices sunnites Sahwa afin d'affronter l'Etat islamique d'Irak. Alors que les milices chiites rallient progressivement le pouvoir, les Sahwa contribuent à marginaliser les djihadistes et instaurer une relative accalmie en Irak. Le 18 décembre 2011, les forces américaines achèvent leur retrait du pays. La coalition militaire en Irak aura duré huit ans et neuf mois.

Cette guerre a tué plus de 100 000 Irakiens et plus de 4400 Américains, coûté des milliards de dollars et altéré la crédibilité des Etats-Unis dans la région.

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L'histoire :
John Bartle, vingt-et-un ans, originaire d'un trou perdu près de Richmond, en Virginie, et Daniel Murphy, dix-huit ans, petit gars du sud-ouest de la Virginie, firent connaissance à Fort Dix, dans le New Jersey, à l'occasion de leur formation militaire. Dix mois plus tard, en 2004, Murph perdit la vie à Al Tafar, dans l'extrême nord de l'Irak...

Mon avis :
Ce roman, d'une puissance et d'une intensité extraordinaires, est un véritable choc à la fois littéraire et émotionnel. Sa construction en deux parties qui se répondent, tour à tour, chapitre après chapitre, n'en donne que plus de force encore : un chapitre nous projette en plein désert, sous le soleil brûlant, au coeur de la guerre, au coeur des combats, auprès de jeunes soldats confrontés violemment à l'horreur ; un autre chapitre nous place face aux militaires et à leur difficile retour au pays, aux divers traumatismes, au désespoir, à l'incompréhension et la maladresse des proches, à la mort toujours présente.

Admirable premier roman !

samedi 7 octobre 2017

Prochaines présentations : mi-novembre 2017



                              D'encre de sang et de terre
                              D'aujourd'hui ou d'hier
                              Ils ont écrit la guerre

31 octobre...


Happy Halloween à tous !!!




"La maison hantée" de Shirley Jackson (Rivages/Noir)


Shirley Jackson (1916, San Francisco, Californie - 1965, North Bennington, Vermont) est une romancière américaine, spécialiste du récit fantastique et d'horreur, et auteur du roman policier "Nous avons toujours vécu au château". Son livre "La maison hantée" (1959) est tenu par Stephen King pour l'un des meilleurs romans fantastiques du XXème siècle.

Diplômée de l'université de Syracuse en 1940, elle épouse la même année l'écrivain Stanley Edgar Hyman. Le couple s'installe dans le Vermont et donne naissance à quatre enfants. Cette vie familiale rangée et heureuse trouve un écho dans des publications autobiographiques tardives de Shirley Jackson.

En 1948 paraît "The Road Throught the Wall", un premier roman d'horreur, suivi d'une série de nouvelles plus tard réunies dans le recueil "La Loterie et autres histoires". S'y déploient des qualités qui ont fait la notoriété de leur auteur : une mise en situation ancrée dans un quotidien banal, le passé trouble des personnages, l'entretien diabolique du doute sur les événements surnaturels qui s'imposent peu à peu. "Nous avons toujours vécu au château", sorte de roman gothique moderne, est un thriller qui a porté à son pinacle la notoriété de Shirley Jackson. Ce roman a connu une adaptation sur scène.


"La maison hantée" a été porté à l'écran sous le titre "La maison du diable" par Robert Wise en 1963, avec Julie Harris, Claire Bloom et Richard Johnson. Il s'agit d'un classique du cinéma d'épouvante, servi par une mise en scène magistrale, avec très peu d'effets spéciaux.



En 2016, Miles Hyman, petit-fils de Shirley Jackson, a publié une bande-dessinée aux éditions Casterman, "La Loterie", très belle adaptation de la nouvelle culte de sa grand-mère. Cet ouvrage vient d'être sélectionné pour le Prix SNCF du polar 2018 - Catégorie BD.



L'histoire :
Solitaire, perdue au coeur de jolies collines verdoyantes et silencieuses, Hill House est une vieille bâtisse de quatre-vingts printemps. Nombreux la disent hantée. Curieux et intrigué, le Docteur John Montague, anthropologue, décide de la louer pour trois mois afin de constater la véracité des phénomènes et de les étudier selon une méthode utilisée par les chasseurs de fantômes du XIXème siècle. Pour l'assister dans ses recherches et ses expériences, il invite Eleanor, Theodora et Luke, trois jeunes gens doués de facultés particulières. Eleanor arrive la première sur les lieux. Après avoir traversé un charmant petit village, elle s'arrête devant un portail fermé avec chaîne et cadenas. L'accueil du gardien, Dudley, est pour le moins glacial. Au bout d'une longue hésitation, il consent enfin à lui céder le passage. Eleanor découvre alors Hill House mais son excitation est de courte durée. La maison est hideuse et menaçante...

Mon avis :
Ce huis clos, entre quatre personnes qui ne s'étaient jamais rencontrées auparavant, commence dans un esprit joyeux et bon-enfant. Puis, les jours passent, les divergences apparaissent et les caractères se révèlent. La peur croît pas à pas. Le sentiment d'enfermement est oppressant et remarquablement dépeint, dans ces lieux sinistres et malsains. Les portraits des personnages sont dessinés avec finesse et psychologie. D'une poésie envoûtante, cette histoire, située dans les années 1950, s'inscrit dans la pure tradition du romantisme du XIXème siècle : mystère, fantastique, sans négliger les tourments de l'âme et sa noirceur.

Un excellent classique de la littérature d'épouvante !



"Salem" de Stephen King (Livre de Poche)


Stephen King est un écrivain américain né en 1947 à Portland, dans le Maine.

Souffre-douleur de ses camarades de classe, le jeune Stephen, élevé par sa mère, se réfugie dans la lecture, notamment celle de romans fantastiques et de bandes dessinées. Après une scolarité brillante et une maîtrise d'anglais, il exerce divers petits métiers avant de devenir enseignant tout en se consacrant à la rédaction de nouvelles et de romans.

En 1974, il publie son premier roman, "Carrie". Cet ouvrage, à la frontière entre l'horreur, le fantastique et la science-fiction, est un succès considérable et fait de lui l'un des auteurs les plus en vue de sa génération. Dans la même veine, il publie "Salem" (1975), "Shining" (1977), "Christine" (1983), "Misery" (1987), puis "Sac d'os" (1998), et devient le maître incontesté de ce genre qui prend toujours comme point de départ des situations banales (pression sociale, vie de couple, infidélité...).

Cet auteur prolifique (quelque deux cents nouvelles et une quarantaine de romans), pour qui "l'acte d'écrire peut ouvrir tant de portes, comme si un stylo n'était pas vraiment une plume mais une étrange variété de passe-partout" ("La ligne verte", 1996), écrit depuis ses débuts deux ou trois romans par an dont la plupart des intrigues se situent dans sa région natale, le Maine, en Nouvelle-Angleterre. S'intéressant aux problèmes sociaux ("Dolorès Claiborne", 1993), il aborde également la science-fiction et la fantasy ("La Tour sombre", 7 volumes, 1982-2005 ; "Coeurs perdus en Atlantide", 1999).

En 1977, afin de mettre son succès à l'épreuve et voir s'il tient uniquement à la célébrité de son nom, Stephen King signe plusieurs ouvrages sous le pseudonyme de Richard Bachman, écrivain qu'il crée de toutes pièces et auquel il donne même un visage. Il publie ainsi cinq livres, jusqu'à ce qu'un étudiant découvre la supercherie. L'auteur offre alors à son "double" une mort douloureuse en 1985 avant d'exhumer son dernier ouvrage posthume en 1996, "Les Régulateurs", qu'il fait paraître en même temps que son roman "Désolation", signé Stephen King. Les deux romans ont la particularité de mettre en scène tous deux les mêmes personnages.

Après avoir exploré, dans son essai "Anatomie de l'horreur" (1981-1982), le genre dans lequel il a excellé, Stephen King raconte, dans "Ecritures. Mémoires d'un métier" (2000), ses années d'apprentissage et se livre à une réflexion sur le métier d'écrivain. Il est aujourd'hui l'un des auteurs américains les plus lus et les plus traduits du XXème siècle et nombre de ses romans ont été adaptés au cinéma, notamment par Stanley Kubrick ("Shining", 1980), John Carpenter ("Christine", 1983) ou David Cronenberg ("Dead Zone", 1983). Stephen King a reçu en 2003 la médaille de la National Book Foundation et, en 2007, le titre de "grand maître" du Mystery Writers of America.

Le succès de ses livres n'est pas injustifié, sa longévité le prouve, et même si les critiques n'ont pas d'emblée reconnu le talent de cette littérature d'horreur moderne, aujourd'hui nombre sont ceux qui concèdent à Stephen King un style littéraire unique et une grande richesse dans les thèmes abordés. Dans une interview donnée en 2003, l'auteur explique cependant les dangers inhérents à son art : "J'aime écrire. Mais il faut que j'apprécie quelque chose, et que je le trouve réellement bon pour que je le publie. [...] Quand vous en êtes arrivé à un stade où vous vous répétez, tout en pensant que c'est important, vous devenez ennuyeux, un moulin à paroles. Je dois faire attention à cela." C'est donc pour éviter ces écueils que Stephen King aime se remettre en question et renouveler son écriture, notamment en s'échappant de la prose romanesque pour écrire des bandes dessinées, un script de téléfilm, un roman-feuilleton ("La ligne verte", publié en six tomes, rédigé au fur à mesure de sa parution), ou un roman en ligne sur Internet.

*

L'histoire :

En 1970, Jerusalem's Lot, une petite ville au nord de Portland, dans le Maine, comptait 1319 habitants. C'était un bourg plutôt pauvre, paisible, à la population vieillissante. Puis, des gens ont commencé à disparaître. Des personnes qui ont été retrouvées par la suite, toutes refusent encore de parler de Jerusalem's Lot... Salem.

Chaque semaine, un écrivain, réfugié au Mexique en compagnie d'un jeune garçon, récupère le plus de journaux américains possible, ceux du Maine en particulier. Un jour, dans le Press-Herald de Portland, l'écrivain et l'enfant lisent un article sur Jerusalem's Lot. Ils sont terrifiés. Pourtant, ils savent qu'ils doivent y retourner.

Septembre 1975
L'écrivain Ben Mears arrive à Jerusalem's Lot où il a vécu heureux, enfant, pendant quatre ans, chez sa tante Cindy. Un  mois après le grand incendie que connut la ville en 1951, il fut arraché des bras aimants de sa tante et il dut rejoindre, à Long Island, sa mère gravement dépressive. Ben n'avait alors que neuf ans. Il se demande à présent ce qui a bien pu le pousser à revenir dans ces lieux de sa jeunesse. Qu'attend-il ? Qu'espère-t-il ? En passant devant Marsten House, une bâtisse fantomatique qu'il croyait détruite après tant d'années, il a la chair de poule...

*

Mon avis :
L'oeuvre de Stephen King est si colossale et singulière que chacun y trouvera immanquablement ses "indispensables". "Salem" fait dorénavant partie des miens. Au-delà d'une captivante histoire de vampires, Stephen King s'intéresse à cette peur universelle du "mort-vivant"* et revient sur l'origine des légendes, des superstitions et de la mythologie autour de ce phénomène effroyable du revenant qui se nourrit du sang des vivants. Il ne manque pas non plus d'appuyer son propos sur l'actualité de l'époque : la guerre du Vietnam, le Watergate, mais aussi la désertification des régions rurales au profit des villes, créant ainsi, à travers toute l'Amérique, de sinistres villages fantômes. Dans cette ambiance pétrifiante, brumeuse, et ce décor menaçant, on reconnaît l'inspiration de Bram Stoker, Edgar Allan Poe, Shirley Jackson ("La maison hantée") et Grace Metalious** ("Peyton Place"). 

*

* La peur universelle du "mort-vivant" : Stephen King rejoint en cela les recherches et les réflexions de Laura Kasischke pour son roman "Les Revenants".


** "Peyton Place" de Grace Metalious :
Ce roman acide fit scandale à sa parution en 1956 aux Etats-Unis. Il décrit une petite ville de la Nouvelle-Angleterre, tranquille et respectable. Mais derrière les jolies façades blanches se jouent drames, mensonges et hypocrisie. "Peyton Place" a inspiré la série "Twin Peaks". Il a été réédité aux Presses de la Cité en 2015.



"L'Apothicaire" de Henri Loevenbruck (J'ai lu)


Henri Loevenbruck est un écrivain, parolier et scénariste français, né en 1972 à Paris. Auteur de nombreux romans ("La Moïra", "Le Syndrome Copernic", "Le Rasoir d'Ockham", "L'Apothicaire", "Nous rêvions juste de liberté"...), il est traduit dans plus de quinze langues. Il est membre fondateur de la Ligue de l'imaginaire aux côtés, entre autres, de Bernard Werber, Franck Thilliez, Bernard Minier et Maxime Chattam. En juillet 2011, il a été nommé Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres.

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Rappels historiques :

Philippe IV dit Philippe le Bel ou le Roi de Fer (1268 - 1314), de la dynastie des Capétiens, fut roi de France de 1285 à sa mort en 1314. Fils de Philippe III le Hardi et d'Isabelle d'Aragon, il intervient en Flandre, provoquant un soulèvement général. Battu par les milices urbaines à Courtrai (1302), il parvient néanmoins à soumettre les cités en 1304. Par ailleurs, il étend son royaume à l'est. Mais son règne est avant tout marqué par le grave conflit l'opposant au pape Boniface VIII. Entouré de légistes (Pierre Flote, Enguerrand de Marigny, Guillaume de Nogaret) imbus de l'idée de la toute-puissance royale, Philippe le Bel cherche à renforcer ses prérogatives. Le conflit débute à propos de la levée des décimes (1296) et rebondit avec l'arrestation par le roi de l'évêque de Pamiers (1301). Sur le point d'excommunier Philippe le Bel, le pape est victime à Anagni (Italie) d'une conjuration ourdie par Nogaret (1303). L'élection de Clément V (1305), qui s'installe en Avignon, marque la victoire complète du roi de France. A l'intérieur, Philippe le Bel, animé par une volonté centralisatrice, accroît l'importance de la chancellerie et de l'hôtel du roi, et précise le rôle des parlements. Aux prises avec de graves difficultés  financières, il s'en prend aux Juifs et aux banquiers (les Lombards) dont il confisque les biens avant de les bannir. Puis il s'empare des richesses des Templiers et leur intente un procès. Les principaux chefs sont arrêtés (1307) et nombre d'entre eux brûlés entre 1310 et 1314. Philippe le Bel meurt le 29 novembre 1314 au Château de Fontainebleau des suites d'une chute de cheval survenue lors d'une partie de chasse.

Jacques de Molay est né vers 1244 à Molay, Comté de Bourgogne, aujourd'hui Franche-Comté. Dernier grand maître de l'Ordre du Temple, il mène une carrière discrète en Orient. Elu à la tête des Templiers (1292 ou 1298), il est confronté à la chute des Etats latins après la prise d'Acre par les Mamelouks. De Chypre, où les chrétiens d'Orient se sont repliés, il anime alors la lutte pour la reconquête de Jérusalem, en s'appuyant sur une alliance avec les Mongols. Mais cette stratégie échoue. Convoqué en France par le pape Clément V pour discuter de la croisade et de la fusion entre les Ordres du Temple et de l'Hôpital, Molay se trouve pris au piège d'une machination qui porte un coup fatal aux Templiers. Toujours en quête de fonds, Philippe le Bel convoite leurs richesses. En les accusant d'hérésie et de pratiques obscènes, il obtient ainsi du pape Clément V l'arrestation des Templiers résidant en France. Comme de nombreux frères, Jacques de Molay est arrêté le 13 octobre 1307. Sous la torture, il avoue les faits reprochés et il est emprisonné. L'Ordre est dissous par le pape Clément V en avril 1312. Les biens des Templiers sont donnés aux Hospitaliers et à divers autres ordres de moines soldats. En 1314, Jacques de Molay comparaît à nouveau, revient sur ses aveux et refuse de renier son ordre. Le 18 (ou 11 ou 19) mars, il meurt sur le bûcher.

La fin dramatique de Jacques de Molay a inspiré légendes et fictions tournant en particulier autour de la malédiction qu'il aurait lancée, juste avant sa mort, contre Philippe le Bel et Clément V. La plus célèbre suite romanesque est "Les Rois maudits" (1955 à 1977) de Maurice Druon, qui prend pour point de départ l'exécution de Molay. Sous la plume de Maurice Druon, la malédiction supposée de Jacques de Molay devient : "Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Vous serez tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races !".

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L'histoire :

Andreas Saint-Loup est l'apothicaire le plus réputé de Paris. Installé rue Saint-Denis, sa renommée tient à la part de mystère qui l'entoure, à sa grande discrétion, à l'immense étendue de ses connaissances, à l'efficacité de ses prescriptions, et à son égale bienveillance envers les patients riches comme les plus pauvres.

Ce matin du 11 janvier 1313 devait être le début d'une journée parfaitement ordinaire. Mais un événement troublant survint. Pour une raison inexplicable, comme s'il la voyait pour la première fois, Andreas s'arrête face à une porte basse, à mi-étage de sa maison à colombages, qui ouvre sur une petite pièce entièrement vide, sans fenêtres, sans meubles et sans un grain de poussière. Intrigué, l'apothicaire demande à son apprenti, Jehan, s'il est déjà entré dans cette chambre. Jehan n'avait jamais prêté attention à la porte. Andreas interroge ensuite Marguerite, sa fidèle domestique. Quand avait-elle fait le ménage pour la dernière fois dans cette pièce inoccupée ? Confuse, la vieille femme avoue l'avoir complètement oubliée, et ce depuis fort longtemps. Comme tous les occupants de cette demeure, d'ailleurs.

Au même moment, à Pampelune, au royaume de Navarre, un vieil érudit reçoit la visite de deux hommes entièrement vêtus de noir qui, sous la menace de tortures abominables, lui extorque le nom d'un apothicaire français venu le voir en 1304 : Andreas Saint-Loup.

Aux portes de Béziers, Zacharias, un vieil homme sans âge, un sage, un philosophe, un musicien, un conteur d'histoires, un fils d'Israël, interdit d'entrer dans la ville depuis que le roi Philippe le Bel s'en est pris aux Templiers et aux Juifs, a trouvé refuge dans une capitelle où il serait mort de faim et de froid depuis longtemps sans l'aide d'Aalis, une jeune fille avide d'écouter ses récits de voyages...

*

Mon avis :
Extraordinaire roman historique, d'aventure, de mystère, à la fois savant, divertissant et diablement passionnant ! Huit cents pages qui ensorcellent, assurément !!!




"Les emmurés" de Serge Brussolo (Livre de Poche)


Serge Brussolo est né à Paris en 1951. Sa vocation pour l'écriture se manifeste très tôt. Après des études de lettres et de psychologie, il exerce plusieurs métiers avant de faire une entrée remarquée sur la scène littéraire avec sa nouvelle "Funnyway", récompensée en 1979 par le Grand Prix de science-fiction française (aujourd'hui Grand Prix de l'Imaginaire). Souvent comparé à Stephen King, le succès de son univers romanesque, à mi-chemin entre fantastique et science-fiction, se confirme à travers ses nombreuses parutions chez Fleuve Noir, Denoël et Gallimard, notamment dans la prestigieuse collection "Folio SF". Serge Brussolo s'est également illustré dans l'écriture de séries destinées à la jeunesse, de romans historiques et de polars. En 2004, la Société des Gens de Lettres lui a décerné le Prix Paul Féval pour l'ensemble de son oeuvre.

"Walled In", thriller américano-franco-canadien, a été réalisé par Gilles Paquet-Brenner en 2009, d'après le roman "Les emmurés".

L'histoire :

Jeanne est une journaliste de trente ans. Après qu'elle ait raté un entretien important avec Nicky Stanway, un pirate informatique, Georges, son rédacteur en chef, excédé, l'envoie enquêter pendant un mois sur la sinistre maison Malestrazza. Elle devra ensuite en rédiger un reportage romancé. Rien de bien glorieux. C'est une punition. Elle le sait. Pourtant, Georges lui offre une seconde chance. Jeanne s'estime heureuse de ne pas avoir été virée. Elle ne pouvait pas lui dire la vérité. Elle ne pouvait pas lui avouer qu'il lui était impossible de rencontrer Stanway ce jour-là, dans l'état où elle était, le visage couvert d'ecchymoses, violences de son compagnon. Aussi accepte-t-elle le purgatoire.

La maison Malestrazza a une bien macabre histoire. Il y a dix-sept ans, dix cadavres ont été découverts, emmurés en position verticale dans le couloir du sixième étage. Le résident - et assassin - de cet étage n'était autre que l'architecte de l'immeuble, Beppo Malestrazza, qui malheureusement échappa à la police et disparut sans laisser de trace. Appâtées par ce sinistre fait divers, les éditions du Chat-Hurlant ont aussitôt acheté l'appartement d'une des victimes, au troisième étage, dans l'espoir qu'il inspire un jour à un auteur talentueux un roman croustillant. C'est là que Jeanne passera ses trente prochains jours.

Elle imaginait un édifice biscornu, noirci, délabré, crasseux et plein de vermines. Mais à sa grande surprise, la façade de la bâtisse Malestrazza est très bien entretenue et fleurie de géraniums. L'entrée et la cage d'escalier sentent l'eau de Javel et l'encaustique. Jeanne est accueillie par Madame Cliquet, la concierge, armée d'un balai et d'une serpillière, et son fils d'une douzaine d'années, Pierrot, qui la conduit à son appartement. Les meubles sont briqués, les robinetteries rutilantes, et le linge est propre et impeccablement repassé. Rien ne peut indiquer que ces lieux ont connu de telles atrocités...

Mon avis :
Bienvenue dans la maison des horreurs et de la folie !!! Impossible d'en dire davantage au risque de déflorer une intrigue soutenue et haletante ! Un roman qui met notre palpitant à rude épreuve... jusqu'à la dernière ligne !!!



mardi 5 septembre 2017

Prochaines présentations : début octobre 2017





                    Imagine
                    Une sanguine comptine
                    Halloween is coming...

"Les Revenants" de Laura Kasischke (Livre de Poche)


Laura Kasischke est une poétesse et romancière américaine, née en 1961 à Grand Rapids (Michigan). Elle a étudié à l'Université du Michigan et gagné de nombreux prix littéraires pour ses ouvrages de poésie, ainsi que le Hopwood Awards. Elle a également reçu les Bourses MacDowell et Guggenheim. Ses poèmes ont été publiés dans de nombreuses revues. Ses romans "La vie devant ses yeux" et "A suspicious river" ont été adaptés au cinéma. "Esprit d'hiver" a reçu, en 2014, le Grand Prix des Lectrices de Elle. Laura Kasischke vit aujourd'hui dans le Michigan, où elle enseigne l'art du roman au Residential College de l'Université de Ann Arbor.

*

L'histoire :

Il y a un an, Shelly Lockes fut témoin d'un accident de voiture. Il faisait nuit. Elle était seule sur la route et elle a été la première à intervenir et à appeler les secours. Dans la presse locale, cet accident est devenu un fait divers retentissant et croustillant car il concernait deux jeunes étudiants de l'université de la ville. Mais les informations données dans les journaux étaient totalement inexactes. Shelly se rappelait très bien ce qu'elle avait vu, et ce n'était pas ce qu'elle lisait dans les pages des quotidiens. Pendant des semaines, elle s'est battue avec les journalistes et la police pour rétablir la vérité. En vain.

En cette rentrée universitaire, Perry et Craig se retrouvent pour une nouvelle colocation. Tous deux sont étudiants en deuxième année au Godwin Honors College. Si aujourd'hui ils sont amis, les premiers mois de leur rencontre, l'année dernière, furent particulièrement tendus. Tout oppose ces deux jeunes gens.

Perry est issu d'une famille modeste mais unie, aimante et fière de lui. Sérieux, bûcheur, un look vestimentaire improbable, les moqueries des autres ne semblent jamais atteindre sa plénitude ni son humanisme. Craig, lui, est un insupportable fils de riches, paresseux, arrogant, souffrant d'un exécrable complexe de supériorité. Très vite, il tomba amoureux de Nicole, amie d'enfance de Perry, étudiante d'excellence au Godwin Honors et adorée de tous, même des enseignants. Personne ne croyait en la sincérité des sentiments de Craig pour Nicole. Puis survint le tragique accident. Craig conduisait la voiture. Nicole perdit la vie. Quelques semaines plus tard, l'annonce du retour de Craig à l'université provoqua une immense vague d'émotion et d'hostilité.

C'est pourquoi, pour cette deuxième année, Perry leur a choisi un logement à l'écart du campus. Craig est anéanti. Inquiet pour son ami, lorsqu'il apprend que le Professeur Mira Polson, spécialiste d'anthropologie culturelle, organise un séminaire sur "La mort, mourir, et les non-morts", bien que réservé aux première année, Perry insiste pour y participer. Peut-être aura-t-il des réponses à ses questions...

*

Mon avis :
Un roman choral envoûtant et machiavélique qui ne nous lâche pas de sitôt. Source de réflexion et de méditation passionnantes sur le thème de la mort, il ne peut que nous troubler car il nous met face à notre imaginaire collectif, à nos peurs intimes et à nos croyances. A la frontière entre le réel et le surnaturel, les personnages, pris dans une toile funeste et perverse, tentent vaillamment de trouver la vérité et doivent, pour cela, affronter leurs propres fragilités, leurs propres convictions, mais aussi l'hypocrisie et une certaine forme de complicité du système universitaire américain. Le bras de fer est inégal et la quête de chacun ne sera pas sans dangers...

"Replay" de Ken Grimwood (Points)


Ken Grimwood (Kenneth Milton Grimwood) est un auteur de fiction américain, né en 1944 à Dothan, en Alabama. Ses thèmes de prédilection, que l'on retrouve notamment dans son roman le plus connu, "Replay", sont l'affirmation de soi, la métaphysique et la psychologie. Durant sa jeunesse à Pensacola, en Floride, il se découvre une passion pour la EC Comics (maison d'édition américaine de bande dessinée) et pour le radio journalisme. Le succès de "Replay", Prix World Fantasy du meilleur roman en 1988, l'oblige à quitter la KFWB News 980 de Los Angeles pour se consacrer à l'écriture. Ken Grimwood meurt d'une crise cardiaque dans sa propriété de Santa Barbara, en Californie, en 2003, à l'âge de cinquante-neuf ans.

L'histoire :
1988. Alors qu'il est dans son bureau de la chaîne de radio WFYL, à New York, au téléphone avec sa femme, Jeff Winston succombe soudain à une crise cardiaque. Quarante-trois ans. Pas d'enfant. Mariage raté. Poste à responsabilité mais mal payé. Une vie médiocre, sans passion, sans ambition. Et puis voilà qu'il se réveille en 1963, à Atlanta, le matin d'une interro de littérature américaine, dans cette chambre d'étudiant qu'il partageait alors avec son ami, Martin Bailey. Il a dix-huit ans, et il se souvient de tout jusqu'en 1988...

Mon avis :

"Le sens de la vie est la plus pressante des questions" disait Albert Camus dans "Le Mythe de Sisyphe". C'est précisément cette question philosophique, métaphysique et psychologique que pose le roman "Replay". Pour illustrer sa réflexion, Ken Grimwood rembobine le destin de son héros. Un recul de vingt-cinq années. Ensuite il observe les relations affectives de son personnage, ses pensées, ses valeurs profondes, ses actes et leurs conséquences. Et puis il recommence, encore et encore. A chacune de ses nouvelles "résurrections", Jeff ne reproduira jamais le même scénario. Son âge, dix-huit ans pour les premiers replay, et le lieu (le campus universitaire) ne sont pas des détails anodins. C'est souvent à dix-huit ans qu'un jeune s'émancipe de l'autorité parentale, quelle que soit la génération. Et l'université est en général le théâtre des premières expériences et des premières décisions importantes. 

S'il y avait une réponse à la question posée par Camus, selon Grimwood, ce serait que, au-delà de la fatalité contre laquelle nous ne pouvons rien, chacun d'entre nous puisse définir lui-même le sens à donner à sa vie, définir ses rêves, désirer, en homme et femme libres.

Un chef-d'oeuvre de la littérature américaine !

"Justice poétique" de Amanda Cross (Rivages/Mystère)


Amanda Cross, de son vrai nom Carolyn G. Heilbrun, née en 1926 à East Orange, dans le New Jersey, est une éminente universitaire américaine, spécialiste de la littérature anglaise, du Bloomsbury Group et de l'histoire de la condition féminine, sujets auxquels elle a consacré plusieurs ouvrages qui font autorité. Mariée, mère de trois enfants, Carolyn Heilbrun enseigne la langue anglaise pendant plus de trente ans, de 1960 à 1993, à l'Université de Columbia, où elle est la première femme titulaire d'une chaire dans le département d'anglais.

Parallèlement à sa carrière universitaire, et dans le plus grand secret, depuis 1964, sous le pseudonyme de Amanda Cross, elle publie quatorze romans policiers dont l'héroïne principale, Kate Fansler, est professeur d'université, détective, féministe, politiquement engagée, et amatrice de whisky écossais. Ses intrigues policières sont toujours illustrées de références littéraires.

Carolyn Heilbrun s'est suicidée dans son appartement de New York en 2003. Selon son fils, elle ne souffrait d'aucune maladie. Elle estimait seulement avoir fait son temps.

Le roman "Justice poétique" fait largement référence au poète Wystan Hugh Auden.

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La justice poétique (ou justice immanente) est un procédé littéraire grâce auquel la vertu est récompensée et le vice puni. La justice poétique a été définie en 1678 par un théoricien de la littérature, l'Anglais Thomas Rymer. Le but de ce procédé littéraire est de suggérer au lecteur que le bien triomphe toujours du mal, et qu'il est donc plus sage d'adopter une bonne moralité.

*

Wystan Hugh Auden est un écrivain anglais, naturalisé américain (York, 1907 - Vienne, 1973). Lié à Stephen Spender et Christopher Isherwood, il donne à son oeuvre poétique une tournure sociale où passe l'influence de Bertolt Brecht. Etabli en 1939 aux Etats-Unis, Auden abandonne l'inspiration marxiste pour une vision existentielle et chrétienne. "Pour le moment" (1945) est un oratorio de Noël, tandis qu'un bar new-yorkais devient l'occasion d'évoquer la solitude dans une époque privée de foi et de tradition. "L'âge de l'anxiété" (1947), "Le Bouclier d'Achille" (1955), "Hommage à Clio" (1960), "Autour de la maison" (1965) évoquent le jeu et les contrastes de la nature, de l'histoire et de l'homme. Des essais sur Kierkegaard, sur la poésie, particulièrement "La main du teinturier" (1962), couronnent une oeuvre qui reste remarquablement cohérente par le souci de diagnostiquer les maux du monde contemporain ("Mondes secondaires", 1968 ; "Ville sans murailles", 1969 ; "Merci : brouillard, derniers poèmes", 1974).

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L'histoire :

L'université de New York vient de connaître un tragique printemps. Etudiants et policiers se sont violemment affrontés durant de longues semaines et l'institution universitaire ne s'est pas montrée à la hauteur des événements. Seul le Collège d'adultes* mené par son doyen, le Professeur Frogmore, a su faire face avec intelligence et maturité. Pour l'administration et les enseignants de l'université, l'été fut consacré à remettre tout en ordre du mieux possible et préparer le nouveau programme et les prochains cours.

A la rentrée de septembre, le Professeur Kate Fansler est invitée à un déjeuner de travail organisé par le Professeur Frogmore. Des rumeurs laissent entendre que le Collège d'adultes devra bientôt fermer ses portes définitivement. La décision aurait été prise par une obscure instance appuyée par de nombreux professeurs du troisième cycle, persuadés que le Collège d'adultes dévalorise l'excellence de l'université et la valeur de ses diplômes. Le Professeur Frogmore compte bien organiser une résistance, entouré d'universitaires convaincus, comme lui, que toute personne, homme ou femme, si elle fait preuve de motivation et d'une instruction adéquate, puisse reprendre le cours de ses études supérieures à tout moment, quel que soit son âge.

Sans très bien envisager la tournure des choses, sans avoir encore la certitude que la cause est juste, Kate accepte de se lancer dans la lutte. Son compagnon de longue date, l'avocat Reed Amhearst, lui apporte son soutien, et considère même, avec humour, qu'il n'y a pas meilleur moment pour la demander en mariage.

A l'annonce de cette heureuse nouvelle, les collègues de Kate, très nombreux, lui organisent une fort sympathique réception. Hélas, le Professeur Cudlipp, tenace opposant au Collège d'adultes, fait un grave malaise et meurt quelques instants plus tard avant l'arrivée des secours...

* Le Collège d'adultes est une structure parallèle au Collège traditionnel, créée à l'origine pour récompenser les soldats qui s'étaient distingués à la guerre en leur permettant de faire des études. Puis ces écoles se sont rapidement ouvertes à toute personne, sans distinction d'âge ou de sexe, désireuse de reprendre ses études.

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Mon avis :
Ce roman, "Justice poétique", est construit en deux parties. La première est une virulente critique des universités américaines qui, en cette fin des années 1960, ont été secouées par de nombreux mouvements de contestations sociaux et politiques. Elles doivent se réorganiser et se restructurer mais se renouvelleront-elles ? Dans la seconde partie vient s'intégrer une diabolique intrigue policière. Le tout évolue sur fond d'une analyse finement ciselée de l'oeuvre de Auden. Un vrai bijou plus littéraire que policier !

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L'histoire :

Sur le vol Londres/New York, un homme se réjouit d'être seul. Malheureusement, une femme s'installe à ses côtés. Elle aurait pu être jeune et jolie. Mais non. Elle est âgée, et ronde de surcroît. Ce n'est là que le début de sa longue liste de préjugés odieux et machistes. Par exemple, il s'étonne qu'à aucun moment du voyage, sa voisine ne lui raconte ni sa vie ni ses petits bobos ; qu'à la place d'un magazine sur papier glacé, elle lise Freud et John Le Carré ; qu'au lieu d'une tisane, elle choisisse un aquavit. Elle n'est pas allée non plus quinze fois aux toilettes, c'est lui qui la dérangera le premier. Cette dame surprenante avive sa curiosité. Hélas, à l'aéroport, elle se volatilise, laissant l'homme secrètement déçu.

Quelques mois plus tard, une femme mystérieuse et volontaire va bousculer les règles immuables de la modeste et très conservatrice université Schuyler. Un couple se trouvera pris dans ses mailles. Alors que son mari, l'avocat Reed Amhearst, quitte le bureau du procureur, le temps d'un semestre, pour mettre en place un atelier judiciaire à la faculté de droit, Kate Fansler, professeur de littérature anglaise, se laisse convaincre d'organiser, au sein de la même université que son mari, un cours de littérature conjoint à un cours de droit donné par le jeune Blair Whitson...

Mon avis :
Ce roman engagé dénonce la condition des femmes, notamment dans le milieu universitaire américain, et toutes les formes d'injustices faites aux minorités en général. Généreusement ponctué de citations et de références littéraires, tantôt avec gravité, tantôt avec impertinence et humour, ce texte garde à la fois légèreté et militantisme. C'est aussi un bel hommage à John Le Carré et à l'ensemble de son oeuvre. Et puis, comment ne pas tomber sous le charme d'une héroïne qui ne refuse pas, de temps en temps, un verre de très bon whisky écossais ?