samedi 7 juillet 2018

Prochaines présentations : début août 2018




Sous les pavés,
La plage ensoleillée !
Les livres de l'été...

(Partie 2)    

"La Saga des Coughlin : Un pays à l'aube - Ils vivent la nuit - Ce monde disparu" de Dennis Lehane (Rivages)

Dennis Lehane est né en 1965 dans la banlieue de Boston (Massachusetts, Etats-Unis). Il a choisi la ville de Boston comme principale héroïne de ses livres. Qu'il la mette en scène avec le couple de détectives privés, Kenzie et Gennaro ("Un dernier verre avant la guerre") ou qu'il imagine "Mystic River", sur le thème de l'enfance déchirée et de l'amitié trahie, à travers le thriller, le polar mais aussi le roman historique, l'écrivain explore le passé et le présent de cette cité comme dans "Un pays à l'aube" ou "Ils vivent la nuit". Ses livres ont largement été adaptés au cinéma par Clint Eastwood, Ben Affleck ou Martin Scorsese. Il est également scénariste de séries comme "Sur écoute" ou "Bordwalk Empire". Son dernier opus, "Après la chute", paru en octobre 2017, est déjà en cours d'adaptation.


L'histoire :

1918

               "En raison des restrictions sur la liberté de circulation imposées à la ligue majeure de base-ball par le ministère de la Défense pendant la Première Guerre mondiale, les World Series de 1918 furent programmées en septembre et divisées en deux séries de matchs à domicile : les Chicago Cubs devaient organiser les trois premiers et Boston les quatre dernier. Le 7 septembre, après la défaite des Cubs au terme de la troisième rencontre, les deux équipes montèrent donc ensemble à bord du Michigan Central pour un trajet de vingt-sept heures, et Babe Ruth, passablement éméché, se mit à faucher des chapeaux."

Lors d'un arrêt prolongé à Summerford, Ohio, les passagers du train sortent se dégourdir les jambes. Babe Ruth, des Boston Red Sox, s'éloigne du groupe quand il entend, derrière un bosquet, une succession de bruits étrangement familiers. Curieux, il franchit la végétation et découvre avec stupéfaction, au-delà d'un pré, un groupe d'hommes de couleur en train de jouer au base-ball. Il ne tarde pas à remarquer les qualités remarquables de deux des joueurs. Flatté d'être reconnu, Babe Ruth sympathise avec l'équipe et se lance dans le jeu. Mais lorsque d'autres joueurs blancs des Chicago Cubs et des Boston Red Sox s'invitent sur le terrain, l'ambiance n'est plus au match amical, et Babe Ruth adopte une attitude qui n'est pas à son honneur...

*

En ce soir de juillet, le combat entre Danny Coughlin et Johnny Green va clore une manifestation fraternelle d'une journée organisée au sein de la police de Boston, appelée "Boxe & Badges : Deux poings pour l'espoir", et consacrée à recueillir des fonds pour un orphelinat pour enfants infirmes et pour le Boston Social Club. Danny monte le premier sur le ring. C'est là qu'il apprend que son adversaire en est à son troisième match en vingt-quatre heures, dont un perdu par K.O. "Pour payer son loyer" lui explique-t-on. L'issue du combat confirme les inquiétudes de Danny : pour Johnny Green, père de deux enfants, bientôt trois, suivront deux mois d'arrêt de travail, sans salaire, son expulsion de son logement, et le départ de sa femme et des petits...

Mon avis :

A couper le souffle !!! Ce livre de près de 1700 pages, intelligent, foisonnant, captivant, qui n'est pas sans rappeler "Le Parrain" de Mario Puzo, vous tiendra en haleine durant tout votre été si vous le dégustez, un peu moins si vous le dévorez !

Une fresque familiale et historique grandiose, centrée sur la ville de Boston, mais qui traverse toute l'Amérique, de 1918 aux années 1940. Plus qu'un roman, c'est un véritable travail de mémoire que Dennis Lehane a ici réalisé. Il évoque les dates et les événements politiques, sociaux, économiques, culturels, sportifs les plus importants du XXème siècle qui ont forgé les Etats-Unis. Au milieu des personnages fictifs, auxquels nous ne pouvons que nous attacher, nous croisons quelques visages connus. Citons simplement, pour le premier tome, "Un pays à l'aube", le joueur de base-ball George Herman Ruth, dit Babe Ruth, le journaliste et militant communiste John "Jack" Silas Reed, ou encore un certain John Edgar Hoover, futur premier directeur du FBI.

En un mot... Brillantissime !!!

"Journal d'Irlande - Carnets de pêche et d'amour 1977-2003" de Benoîte Groult (Grasset)

Benoîte Groult est née en 1920 à Paris. Elle s'est imposée comme l'une des grandes figures de la littérature féministe française au XXème siècle. Elle a commencé sa carrière en tant que professeur de latin au cours Bossuet. Journaliste, notamment à Elle et Marie-Claire, longtemps jurée du prix Femina, elle a d'abord publié avec sa soeur Flora des livres comme "Journal à quatre mains" (1963), "Le féminin pluriel" (1965), "Il était deux fois" (1967). Plusieurs best-sellers ont suivi, de "La part des choses" (1972) à "La touche étoile" (2006) en passant par "Ainsi soit-elle" (1975) et une aubiographie, en 2008, "Mon évasion". En 2013, Benoîte Groult a fait l'objet d'une belle bande dessinée signée Catel, "Ainsi soit Benoîte Groult", chez Grasset. Elle est décédée en 2016 dans sa maison de Hyères, dans le Var, au bord de la mer qu'elle aimait tant.

Mon avis :

Benoîte Groult a cinquante-sept ans lorsque ce journal intime commence. Il s'ouvre sur l'arrivée de Benoîte et Paul Guimard en Irlande où le couple acquiert une maison de vacances au bord de la mer, un lieu spécialement choisi pour pratiquer la pêche en toute liberté. En plus de la famille, des conjoints, des amants, des maîtresses, des ex..., cette demeure va accueillir des amis, des proches, pour la plupart des grands noms de la vie politique, culturelle, artistique et sportive française. Parmi eux, sans doute le plus prestigieux sera François Mitterrand, Président de la République alors en exercice.

Mais qu'on se le dise, ce "Home Sweet Home" n'est pas une maison de repos ! Et les visiteurs seraient bien avisés de s'en souvenir car, d'une manière ou d'une autre, ils seront entraînés dans le tourbillon. Ici, c'est pêche tous les jours, quoi qu'il advienne, par tous les temps, de bonne ou de mauvaise humeur, et c'est poisson, coquillages et crustacés à tous les repas. Exigeante, sans complaisance, infatigable, impatiente de profiter de chaque instant, débordante de vie et de désirs, la dame a du tempérament. Son caractère est semblable au climat irlandais : imprévisible. Si cet enthousiasme bouillonnant peut être communicatif, il peut aussi s'avérer épuisant, étouffant, castrateur.

Mariés depuis 1952, Benoîte Groult et l'écrivain et journaliste Paul Guimard forment un couple d'intellectuels, de gens de lettres et de culture. Ils partagent ensemble la même passion pour l'écriture et la mer. Sur le modèle de Beauvoir et Sartre, ils se sont engagés à respecter leurs "amours contingentes" respectives mais celles-ci les ont blessés tous les deux plus profondément qu'ils ne l'imaginaient. A l'automne de leur vie, les regrets et les rancoeurs se trahissent en même temps que les premiers signes implacables de la vieillesse.

Depuis longtemps, Benoîte Groult est amoureuse de deux hommes, qui la contraignent aujourd'hui à faire un choix impossible. Elle sait qu'elle est incapable de renoncer à l'intelligence et à la notoriété de Paul. Pourtant, sa façon de se laisser prendre sans lutter dans la toile du déclin du corps l'insupporte. Quant à l'Américain Kurt, pilote d'avion, de dix ans son aîné, son amour de jeunesse et son amant depuis 1945, il n'est pas très futé, n'a aucune conversation, aucun bon goût, sa beauté s'étiole, mais il l'aime comme elle n'a jamais été aimée, la désire et ils font encore l'amour ensemble. A leur âge, cela ne se refuse pas.

Benoîte Groult se livre sans fard. Elle se révèle d'une poigne de fer mais profondément touchante dans ses contradictions. Savoureux !

jeudi 7 juin 2018

Prochaines présentations : début juillet 2018


Sous les pavés,
La plage ensoleillée !
Les livres de l'été...

(Partie 1)

"La mésange et l'ogresse" de Harold Cobert (Plon/Points)

Harold Cobert est un écrivain français. Titulaire d'un doctorat de lettres, il publie, aux éditions Séguier, une série d'ouvrages consacrée à Mirabeau intitulée "Mirabeau, le fantôme du Panthéon". En 2007 paraît "Le reniement de Patrick Treboc", aux éditions Jean-Claude Lattès, son premier roman, qui raconte le destin d'un professeur intègre, criminel par accident, libéré de prison grâce à une émission de téléréalité qu'il a lui-même inventée. Suivront d'autres romans dont "Un hiver avec Baudelaire", "L'entrevue de Saint-Cloud" (Héloïse d'Ormesson), et "Jim" (Plon).

*

Les faits :
Michel Fourniret, surnommé "le forestier des Ardennes", "l'ogre des Ardennes", "le tueur des Ardennes", "le monstre des Ardennes", a été condamné, en 2008, à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible pour cinq meurtres et deux assassinats de jeunes filles, âgées de douze à vingt-deux ans, en France et en Belgique. Des enquêtes se poursuivent pour d'autres affaires. Son épouse, Monique Olivier, est accusée de complicité de meurtre et de non-dénonciation de meurtre. Elle a été jugée en même temps que son compagnon et a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de vingt-huit ans.

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L'histoire :

Jeudi 19 avril 2001
          17h13 - Han-sur-Lesse (Belgique)

Il pleut. Raphaëlle Evert, vingt-et-un ans, rentre chez elle à vélo lorsqu'un homme, la soixantaine, à bord d'une camionnette blanche, l'oblige à s'arrêter et insiste pour la raccompagner chez elle au prétexte de lui éviter de rouler sous la pluie. La jeune femme refuse fermement. Contrarié, l'homme redémarre. Mais quelques mètres plus loin, la camionnette est de nouveau stationnée sur le bas-côté de la route. Effrayée, Raphaëlle s'enfuit à travers champs. Néanmoins, elle a eu le réflexe de mémoriser le numéro de la plaque d'immatriculation. De retour chez elle, avec son père, elle porte plainte au commissariat. Le propriétaire de la camionnette, Michel Fourniret, est entendu. Mais comme il n'y a eu aucune violence, l'affaire reste sans suite. Furieux, le père de Raphaëlle se rend un soir au domicile de Fourniret et lui met son poing dans la figure.

Jeudi 26 juin 2003
          15h03 - Cirey (Belgique)

Après l'école, Louise Lemaire, treize ans, est enlevée par un homme d'environ soixante ans et jetée à l'arrière d'une camionnette blanche. L'homme démarre. Il est seul. Grâce à un courage extraordinaire, Louise parvient à s'échapper à un moment où le véhicule ralentit sa course.

Une femme, au volant de sa voiture, aperçoit l'adolescente en train de faire des grands signes sur la route nationale et s'arrête immédiatement près d'elle. Louise lui raconte ce qu'elle vient de vivre. Bouleversée, la conductrice la prend sous sa protection. Ensemble, elles repèrent la camionnette blanche, notent son numéro de plaque d'immatriculation et foncent au commissariat. Le propriétaire du véhicule est un Français, un certain Michel Fourniret, déjà connu des services de police.

          16h27 - Dinant (Belgique)

Mona Desmet, quatorze ans, est abordée par un homme, barbe et cheveux grisonnants, d'allure soignée. Il demande son chemin. Elle monte dans sa camionnette blanche pour mieux le guider. Elle lui montre le chemin, puis l'homme la ramène chez elle et repart. Mona ignore qu'elle vient de partager quelques longues minutes avec l'un des plus redoutables prédateurs sexuels. Par chance, pour une raison inexplicable, les griffes du monstre ne se sont pas refermées sur elle.

Le lendemain, Fourniret est écroué. L'affaire est confiée à Jacques Debiesme, commissaire de Dinant...

Mon avis :
Monique Fourniret, mésange ou ogresse ? C'est ce que cherche à comprendre Harold Cobert dans ce roman remarquable de justesse et de retenue. Sous la forme de monologues intérieurs, Monique Fourniret et Jacques Debiesme se répondent, confient leurs pensées intimes, dévoilent un pan de leur vie personnelle et familiale. Monique Fourniret, tantôt épouse abusée, tantôt épouse complice. Jacques Debiesme, commissaire à la tête d'une équipe épuisée par une enquête longue, compliquée, décourageante à de nombreux égards, face à un couple démoniaque, complexe, d'une froideur et d'une perversité insoutenables. Sans aucun voyeurisme, sans aucun détail sordide, sans aucune vulgarité, l'auteur n'oublie pas pour autant d'évoquer les jeunes filles, leur calvaire et la douleur des familles. Il nous rappelle que si l'oeuvre est purement fictive, elle s'inspire de victimes et de faits tristement réels.

"Sale temps pour le pays" de Michaël Mention (Payot & Rivages)

Michaël Mention est un écrivain français né en 1979 à Marseille. Enfant, il se passionne pour le dessin. Adolescent, il réalise plusieurs bandes dessinées. Etudiant, il intègre un atelier d'écriture et rédige de nombreuses chroniques satiriques, avant d'écrire son premier roman ("Le rhume du pingoin") qui paraît en 2008. Passionné de rock, de cinéma et d'histoire, sa trilogie policière consacrée à l'Angleterre ("Sale temps pour le pays", 2012 ; "Adieu demain", 2014 ; "...Et justice pour tous", 2015) a été récompensée par le Grand Prix du roman noir au festival international de Beaune en 2013 (pour "Sale temps pour le pays") et par le Prix Transfuge meilleur espoir polar en 2015 (pour "...Et justice pour tous"). Depuis, il varie les univers, de la fresque sportive au survival en passant par le polar historique. "Power", son dixième roman, publié en avril 2018, revient sur le Black Panther Party.

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Les faits :
"Sale temps pour le pays" est inspiré de l'un des pires criminels de l'histoire du Royaume-Uni, Peter William Sutcliffe, "l'éventreur du Yorkshire". Arrêté le 3 janvier 1981, il a été condamné la même année à vingt peines de prison à vie pour le meurtre de treize femmes, prostituées pour la plupart, et pour sept tentatives de meurtre, actes commis entre 1975 et 1980 dans le Yorkshire, région du nord de l'Angleterre. Il est détenu à l'hôpital psychiatrique de haute sécurité de Broadmoor (sud-est de l'Angleterre) où il a été transféré en 1984, souffrant de schizophrénie paranoïaque.

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L'histoire :

22 mars 1979
Dennis Vaughn, directeur du Daily Mirror de Manchester, et l'inspecteur George Knox, de la Police de Wakefield, reçoivent une lettre signée "Jack l'éventreur". Après une année de silence, il est de retour.

Tout commence le 21 janvier 1976 lorsque le corps d'une jeune femme de trente-deux ans, mariée, mère de trois enfants, prostituée occasionnelle, est retrouvé dans un terrain vague à Leeds. Emily Oldson est la première victime de celui que les journaux surnommeront "l'éventreur du Yorkshire"...

Mon avis :

Ce roman nous immerge dans la société britannique politique, sociale, économique, culturelle et artistique de la fin des années 1970.

Michaël Mention suit scrupuleusement la chronologie d'une enquête éprouvante, difficile, ralentie, malgré l'énorme implication des policiers, par de nombreux dysfonctionnements, et dans un pays en pleine crise : mouvements antiroyalistes, récession, grèves des ouvriers, manifestations de chômeurs, émeutes, montée du nationalisme, scandales de corruption et de racisme au sein de la police, puis la nomination de Margaret Thatcher à la tête d'un gouvernement conservateur et autoritaire.

L'auteur entrouvre également une fenêtre sur la vie privée des enquêteurs, montrant ainsi l'impact et les conséquences dévastatrices d'une telle affaire sur eux-mêmes, sur leur quotidien, sur leur famille.

Brillant !

"La Maladroite" d'Alexandre Seurat (Babel/Le Rouergue)

Alexandre Seurat est un écrivain français né en 1979. Il est professeur de lettres à Angers. "La Maladroite", publié en 2015, est son premier roman.

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Les faits :
La petite Marina Sabatier, huit ans, est décédée un soir d'août 2009, battue à mort par son père et sa mère, effroyable terme d'une vie de maltraitance subie par l'enfant. A l'issue d'un procès en juin 2012 à la cour d'assises de la Sarthe, les parents ont été condamnés à trente ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté de vingt ans pour actes de torture et de barbarie ayant entraînés la mort de leur fille. Au-delà de la responsabilité directe des deux parents, des interrogations ont également été soulevées sur les dysfonctionnements, les défaillances, voire les négligences des institutions qui, malgré de nombreux signaux d'alerte transmis par des personnes ayant côtoyé Marina, n'ont pas pu empêcher la mort de la fillette.

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L'histoire :
Une photographie sur un avis de recherche. Son visage s'affiche partout en France. Diana. Huit ans. Petite princesse au destin tragique. Ceux qui ont croisé son douloureux et macabre chemin témoignent...

Mon avis :
On passe de la colère à la sidération, de la culpabilité à une effroyable impuissance. Au centre de cette confusion de sentiments, il y a une enfant martyrisée, et sa mort, inéluctable. Un roman choral glaçant, nécessaire, bouleversant hommage à toutes les petites "Diana".

"Qui a tué mon père" d'Edouard Louis (Seuil)

Edouard Louis est un écrivain français né en 1992 à Amiens. En 2013, il dirige l'ouvrage collectif "Pierre Bourdieu. L'insoumission en héritage" aux Presses Universitaires de France. Puis il crée et dirige, en 2014, la collection "Des mots" aux PUF. La même année, il publie son premier roman, "En finir avec Eddy Bellegueule" (Seuil), en grande partie autobiographique, dans lequel il raconte sa famille et son milieu social d'origine. En 2016 paraît "Histoire de la violence" dans lequel il témoigne d'un viol dont il a été victime un soir de Noël. Son troisième roman, "Qui a tué mon père", sorti en mai 2018, revient sur sa relation avec son père.

L'histoire :

Scène de théâtre.

"Un père et un fils sont à quelques mètres l'un de l'autre dans un grand espace, vaste et vide."

Après plusieurs mois passés loin de lui, le narrateur rend visite à son père, quelque part dans le nord de la France, au bord de la mer. C'est pour lui un choc de découvrir un quinquagénaire qui n'est plus que l'ombre de lui-même, éreinté par la maladie. Grâce à quelques confidences de sa mère, le fils a appris récemment que son père, lorsqu'il était jeune, se parfumait et aimait danser. S'égrainent alors des souvenirs de son enfance, des souvenirs d'un père alcoolique, colérique, obsédé par tout ce qui définit la masculinité, et pourtant, en contradiction avec les règles qu'il imposait, pris en flagrant délit d'émotion à certaines occasions...

Mon avis :

Ce roman court, construit comme une pièce de théâtre en trois actes, semble être le troisième et le dernier volet d'une trilogie commencée par "En finir avec Eddy Bellegueule" et par "Histoire de la violence". Edouard Louis y apparaît plus apaisé, mais sa colère et son engagement sont toujours aussi profonds et sincères.

Les deux premières parties racontent sa réconciliation avec un père à présent en très mauvaise santé. Un père broyé par un accident du travail et une vie de pauvreté. Un père qui, au contact de son fils adulte, se découvre et libère progressivement ses émotions, si longtemps retenues car signes de faiblesse.

Le troisième chapitre est plus politique. Parenthèse à son histoire personnelle, Edouard Louis dénonce ceux qui, à ses yeux, sont les responsables de ces violences sociales, de cette inhumanité, de la souffrance de son père, c'est-à-dire les plus hautes autorités de l'Etat, de droite comme de gauche.

"Ce sont les enfants qui transforment leurs parents, et pas le contraire" cite-t-il un ami à la fin de son texte. C'est, en conclusion, l'espoir d'Edouard Louis pour son père et lui dans leur nouvelle relation.

*

A découvrir :


"En finir avec Eddy Bellegueule" (Points/Seuil)

L'histoire :
Il n'y a pas de commencement. Tout semble avoir toujours été ainsi dans ce petit village d'à peine mille âmes, perdu au coeur de la campagne picarde. Là-bas, dans les familles d'ouvriers très pauvres, les hommes doivent être des durs, des mâles, savoir prendre des cuites, se battre, en finir vite avec l'école, aller à l'usine, et mettre une fille enceinte. Les femmes, pour la plupart, donnent naissance à leur premier enfant à dix-sept ans, sont coiffeuses, caissières, aides à domicile ou mères au foyer et, de génération en génération, subissent le machisme avec fatalité. Dans ce paysage où tout est tracé d'avance, la brutalité de la vie quotidienne est marquée par une violence presque naturelle, la misogynie, la haine de l'autre, le racisme, et l'homophobie. Le tout imbibé d'une grande quantité d'alcool. Alors, dans cet univers recroquevillé sur lui-même, lorsque Eddy, garçon d'à peine dix ans, montre quelques différences face à la virilité imposée, ce monde, qui d'ordinaire manque cruellement de vocabulaire, est intarissable pour désigner le monstre, l'anomalie, le danger : pédale, pédé, tantouse, enculé, tarlouze, pédale douce, baltringue, tapette, fiotte, tafiole, tanche, folasse, grosse tante, tata, ou l'homosexuel. Avant de comprendre de lui-même qui il est, Eddy va subir de toute part la honte, le dégoût, le mépris, les humiliations, les injures, les coups, la douleur...

Mon avis :
Magnifique, cru, brut, implacable !

"Histoire de la violence" (Points/Seuil) 

L'histoire :
Edouard, le narrateur, s'est laissé convaincre de venir "se reposer" quelques jours chez sa soeur Clara dans le nord de la France. Mais les paysages brumeux et tristes qu'il aperçoit du train lui renvoient en pleine figure des souvenirs d'enfance et d'adolescence qu'il s'efforce depuis tant d'années de chasser de sa mémoire. Une fois auprès de Clara et installé chez elle, il lui confie pour la première fois le viol et la tentative de meurtre dont il a été victime il y a un an, durant la nuit de Noël. Plus tard dans la soirée, Edouard surprend une conversation. Sa soeur raconte à son mari, à sa manière, avec ses mots, avec son interprétation des faits, son agression à lui. Soudain, la réalité n'est plus la même. Edouard se sent heurté, dépossédé de son histoire...

Mon avis :
Qui d'Edouard ou de Clara est le véritable narrateur de ce roman en partie autobiographique ? Les deux, bien sûr, car l'un est le miroir déformant de l'autre. Leur façon de raconter les mêmes faits s'opposent, se répondent, se complètent, pour finalement ne faire qu'une voix dans le récit d'un événement violent, dans le récit de toute une vie de violence. Un texte brut, écrit dans l'urgence de trouver des réponses. Un regard impitoyable et féroce tant sur la société contemporaine que sur l'auteur envers lui-même.

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dimanche 6 mai 2018

Prochaines présentations : début juin 2018





Pluie de juin n'est que fumée
Faits divers et de société
Concepts d'(in)humanité

"Le paradis des animaux" de David James Poissant (Albin Michel/Livre de Poche)

David James Poissant est né à New York. Il est l'une des sensations de la scène littéraire américaine. Ses nouvelles, publiées dans les revues et magazines littéraires les plus prestigieux (The Atlantic, The Chicago Tribune et The New York Times), figurent également dans plusieurs anthologies et ont été distinguées par de nombreuses récompenses. Il vit aujourd'hui en Floride, où il enseigne la littérature.

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L'Homme-Lézard :
Pendant le sauvetage surréaliste d'un alligator, deux hommes sont amenés à réfléchir sur les difficiles relations père-fils...

Amputée :
A la recherche d'un chat égaré, un trentenaire à la dérive croise le chemin d'une adolescente handicapée, affranchie de tout interdit et un brin perchée...

100% coton :
En pleine nuit, dans une ruelle sombre d'Atlanta, un homme se fait braquer...

La fin d'Aaron :
Au milieu des abeilles, un jeune homme singulier attend la fin du monde...

Remboursement :
Une famille modeste vivant dans un quartier huppé est victime du mépris social...

Les derniers des grands mammifères terrestres :
Dans le champ, il y a les bisons, libres. Derrière le grillage, il y a une histoire d'amour, impossible...

Ce que veut le loup :
Une histoire de fantôme...

La géométrie du désespoir - I. Le diagramme de Venn :
Comment les animaux perçoivent-ils la mort ?

La géométrie du désespoir - II. Réveiller le bébé :
Lisa et Richard emmènent leur fils au parc, près du bassin des canards et des cygnes. Michael est né après la mort subite de leur premier enfant, June...

James Dean et moi :
Un homme, une femme, et au milieu, James Dean, le chien...

Les nudistes :
Un an après la mort accidentelle de sa femme, Mark part rejoindre son frère Joshua pour un séjour qui s'annonce ombrageux...

Le Garçon qui Disparaît :
Deux amis d'enfance, Vif-Argent et Le-Garçon-qui-Disparaît, partagent un douloureux secret...

Le paradis des animaux :
Dan Lawson, père violent et alcoolique, a failli tuer son fils en apprenant qu'il était gay. Dix ans plus tard, ce père va parcourir des milliers de kilomètres dans l'espoir de se réconcilier avec son fils, atteint du sida et mourant...

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Mon avis :
Des histoires familiales, amoureuses et amicales ordinairement compliquées, ordinairement universelles, drôles ou tragiques, violentes ou émouvantes, et admirablement contées.

"Dedans ce sont des loups" de Stéphane Jolibert (Le Masque/Livre de Poche)

Prix du Goéland Masqué 2017

Stéphane Jolibert a grandi au Sénégal et a étudié à l'Ecole des Beaux-Arts de Saint-Etienne avant de bourlinguer de longues années du côté du Pacifique Sud où il exerça le métier de directeur artistique. Il s'établit à Paris à la fin des années 2000. Il y enseigne la communication visuelle et la sémiologie de l'image. Il y rencontre celle qui deviendra sa femme, y rencontre également l'envie d'écrire. Il vit et travaille aujourd'hui près de la Belgique.

L'histoire :
Quelque part dans le Grand Nord, de l'autre côté de la frontière, il y a une bourgade, enneigée dix mois par an, Terminus la bien nommée. Une station-service, un supermarché, un hôtel, un bistrot, un bordel, quelques fermes, quelques chalets, quelques familles, une poignée de "filles" et beaucoup de bûcherons. Voilà ce à quoi ressemble Terminus. "Dedans ce sont des loups" dit-on d'elle. Des loups qui ont tous un lourd passé. Parmi eux, le vieux Tom, l'alambiqueur ; sa nièce, la belle et troublante Sarah ; Sean, le contremaître craint de tous ; Nats, le taiseux, livreur du tord-boyaux local ; Twigs la Levrette, le mécanicien ; McKilian, le barman irlandais ; Leïla, une jeune prostituée ; le grand patron, que personne n'a jamais vu, mais qui tient toutes les ficelles...

Mon avis :
Un univers clos, reculé, isolé de tout, obéissant à ses propres règles implacables et sans pitié. C'est glaçant, brutal, effrayant. On dévore !

"La Bête" de Catherine Hermary-Vieille (Albin Michel/Livre de Poche)

Catherine Hermary-Vieille, née en 1943 à Paris, alterne avec succès biographies et romans historiques. Elle a reçu de nombreuses récompenses littéraires, dont le Prix Femina pour "Le Grand Vizir de la nuit", le Prix des Maisons de la Presse pour "Un amour fou" et le Grand Prix RTL pour "L'Infidèle". Elle vit aujourd'hui en Virginie, aux Etats-Unis. Elle partage sa vie entre l'écriture, sa ferme et de nombreux voyages en France.

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Histoire de la Bête du Gévaudan :

La "Bête du Gévaudan" est un animal à l'origine d'une série d'attaques contre des humains survenues entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767. Ces attaques, le plus souvent mortelles, entre 88 à 124 recensées selon les sources, eurent lieu principalement dans le nord de l'ancien pays du Gévaudan, région d'élevage. Quelques cas ont été signalés dans le sud de l'Auvergne, et dans le nord du Vivarais et du Rouergue.

La "Bête du Gévaudan" dépassa rapidement le stade du fait divers, au point de mobiliser de nombreuses troupes royales et de donner naissance à toutes sortes de rumeurs, tant sur la nature de cette "bête" - vue tour à tour comme un loup, un animal exotique et même un loup-garou, voire un tueur en série à une époque plus récente - que sur les raisons qui la poussaient à s'attaquer aux populations - du châtiment divin à la théorie de l'animal dressé pour tuer.


Alors qu'une centaine d'attaques équivalentes se sont produites au cours de l'histoire de France dont toutes les régions sont peuplées par environ 20 000 loups à cette époque, ce drame intervient opportunément pour la presse en mal de ventes après la guerre de Sept Ans (conflit européen qui opposa, de 1756 à 1763, l'Angleterre et la Prusse à la France, l'Autriche, la Russie, la Suède, l'Espagne et des princes allemands). Le Courrier d'Avignon local puis La Gazette de France nationale et les gazettes internationales voient l'occasion de s'emparer de cette affaire pour en faire un véritable feuilleton, publiant des centaines d'articles sur le sujet en quelques mois.

De 1764 à 1767, deux animaux (l'un identifié comme un gros loup, l'autre comme un canidé s'apparentant au loup) furent abattus. Le gros loup fut abattu par François Antoine, porte-arquebuse du roi de France, en septembre 1765, sur le domaine de l'abbaye royale des Chazes. A partir de cette date, les journaux et la cour se désintéressèrent du Gévaudan, bien que d'autres morts attribuées à la Bête aient été déplorées ultérieurement. Le second animal fut abattu par Jean Chastel, enfant du pays domicilié à La Besseyre-Saint-Mary, le 19 juin 1767. Selon la tradition, l'animal tué par Chastel était bien la Bête du Gévaudan car, passé cette date, plus aucune mort ne lui fut attribuée.

(cf : Musée Fantastique de la Bête du Gévaudan à Saugues, Haute-Loire)

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L'histoire :
En Gévaudan, on dépend des saisons et de la nature. A l'approche de l'automne, les villages se préparent aux futurs assauts de l'hiver. Réserves de nourriture, de bois de chauffe et de balles pour les fusils, tout est prévu pour cinq mois d'autarcie. En cette fin du XVIIIème siècle, à La Besseyre-Saint-Mary, quand la blancheur hivernale occupe les lieux, la plus grande peur des paysans, ce n'est pas le froid, ce ne sont pas les loups, mais c'est cette forêt qui les entoure, qui les retient prisonniers comme des rats, son silence de mort et le Diable qui s'y cache...

Mon avis :

Catherine Hermary-Vieille s'empare de la légende, s'éloigne à dessein des faits établis pour s'intéresser à ce fil ténu qui sépare l'Homme de l'Animal. Son héros, Antoine Chastel, est un être brisé par la mort de sa mère lorsqu'il était enfant. Il est devenu un jeune homme inquiétant, complexe, solitaire. Assoiffé de liberté, il ne semble ressentir de l'empathie qu'au coeur de la nature et auprès des animaux, sauvages de préférence. Submergé d'autant de colère que de désir, il flirte dangereusement avec la folie. Saisons après saisons, épreuves après épreuves, il dépasse la dualité entre humanité et animalité et atteint progressivement les rives de la bestialité. Un voyage sans retour possible.

Un roman qui touche sa cible en plein coeur et qui donne à réfléchir.

vendredi 6 avril 2018

Prochaines présentations : début mai 2018





Maïa de mai
Littérature et Animalité
Bestiaire singulier

"Pompéi" de Robert Harris (Plon/Pocket)

Robert Harris est né en 1957 à Nottingham, en Grande-Bretagne. Après des études à l'université de Cambridge, il entre en 1978 à la BBC comme reporter et réalisateur pour des émissions prestigieuses comme "Panorama". Il quitte la télévision en 1987 pour devenir éditorialiste politique à l'Observer, puis au Sunday Times. Il est élu "éditorialiste de l'année" en 2003. Il a publié trois essais, parmi lesquels "Selling Hitler" (1986), portant sur les "carnets intimes" de Hitler, ainsi que deux biographies de personnalités politiques britanniques. Il se tourne ensuite vers la fiction avec "Fatherland" (1992) et "Enigma" (1995), qui sont rapidement reconnus comme des modèles du thriller historique. Ils ont été traduits dans plus d'une trentaine de langues et se sont vendus à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde. Il poursuit son oeuvre romanesque avec "Archange" (1999), "Pompéi" (2005), "L'homme de l'ombre" (2007, adapté au cinéma par Roman Polanski sous le titre "The Ghost Writer" en 2010), "L'indice de la peur " (2012), "D" (2014, qui revient sur l'affaire Dreyfus), et "Dictator" (2016), troisième volet de sa trilogie consacrée à Cicéron, après "Imperium" (2006) et "Conspirata" (2009). Tous ont paru chez Plon. Son nouveau roman, "Conclave", a été publié en 2017 chez le même éditeur.
Robert Harris vit actuellement dans le Berkshire, en Grande-Bretagne, avec son épouse et leurs quatre enfants.

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Quelques notes :

Pompéi est une ville du sud-ouest de l'Italie, en Campanie, province de Naples, au pied du Vésuve. En l'an 62 de notre ère, un tremblement de terre cause de gros dégâts et annonce la reprise de l'activité du Vésuve. Une violente éruption, du 24 au 28 août 79, ensevelit la ville sous une pluie de cendres et de lapilli, étouffant de très nombreux habitants. Pline l'Ancien, qui commande alors la flotte de Misène, accourt au secours et périt suffoqué, comme le raconte son neveu dans une lettre célèbre. Pompéi est anéantie en même temps qu'Herculanum, Stabies et Oplonties.

L'Aqua Augusta (ou Aqueduc d'Auguste) est un ancien aqueduc romain de la région de Naples. Construit entre 27 et 10 av. J.C. sur les ordres de l'empereur Auguste, il devait suppléer l'Aqueduc Marcia et l'Aqueduc Claudia. Il fournissait de l'eau à huit cités de la baie de Néapolis comme Pompéi, Stabies et Nola, et se terminait après 140 km dans la piscina mirabilis au port de Misène.

Un aquarius est un porteur d'eau ou un inspecteur des conduites d'eau.

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L'histoire :
Marcus Attilius Primus est un ingénieur, un aquarius, comme l'étaient son père et son grand-père avant lui. Ce matin du 22 août 79, avant le lever du jour, il emmène avec lui cinq hommes de son équipe sur les hauteurs de Misène. A vingt-six ans, il vient de prendre la direction de l'Aqua Augusta, l'aqueduc le plus long du monde qui alimente neuf villes mais dont l'ingénieur présent les limites. La région est en pleine sécheresse depuis trois mois, les cours d'eau et les puits sont asséchés. Attilius espère trouver une nouvelle source. En vain. Après plus de dix heures de travail, il doit renoncer. Cependant, certains signes le préoccupent. Il est jeune, il n'est pas respecté, et personne ne veut entendre ses inquiétudes. Attilius a très bien compris qu'un mystère entoure la disparition il y a deux semaines de son prédécesseur et il ne veut pas être le prochain à être écarté de cette mission avant son terme...

Mon avis :
Aux côtés d'Attilius, ingénieur consciencieux et passionné, nous vivons intensément les prémices d'une catastrophe naturelle et d'une tragédie dont on se souviendra encore deux mille ans plus tard. L'éruption du Vésuve, les phénomènes qui l'accompagnent, les dégâts et les drames qu'ils provoquent sont décrits avec un réalisme saisissant. Robert Harris nous offre une reconstitution historique romaine poignante, très documentée sur l'époque, la géographie des lieux, l'architecture de la cité, les modes de vie, la culture, la politique, l'art... Amours, haines, intrigues se mêlent aux épreuves. Un roman haletant !

jeudi 5 avril 2018

"La Quête" et "Le Feu divin" de Robert Lyndon (Sonatine/Pocket)

Robert Lyndon vit dans le Dorset, en Grande-Bretagne, où il exerce la profession de fauconnier. Après plus de dix ans de recherche, il a publié son premier roman, "La Quête" (Sonatine, 2013), qui a été traduit dans plus de vingt pays, puis "Le Feu divin" (Sonatine, 2016).


"La Quête" (1111 pages) - L'histoire :

En cet été de l'an 1071, Vallon, mercenaire franc, descend vers l'Italie, dans le but de rejoindre Constantinople et de s'enrôler dans la garde impériale. Dans les Alpes, au col du Grand-Saint-Bernard, il est surpris par un violent orage et se réfugie dans une bergerie. Un abri qu'il partage avec deux autres voyageurs.

Le plus âgé d'entre eux, Cosmas, est mourant. Philosophe, géographe et diplomate, Cosmas arrive de Byzance, porteur d'une demande de rançon adressée au comte Olbec, noble normand, dont le fils aîné, sire Walter, a été fait prisonnier à Monzikert.

En chemin, lors d'un arrêt au monastère du Mont-Cassin auprès de son ami Constantin d'Afrique, Cosmas rencontra Hero, jeune grec de Syracuse, étudiant à l'école médicale de Salerne et élève de Constantin. Vivement recommandé par ce dernier, Hero, suffisamment cultivé pour ne pas offenser l'intelligence de son maître, devient le secrétaire et le compagnon de route de Cosmas. Ensemble, ils doivent atteindre l'Angleterre et remettre le message en main propre au comte Olbec.

Hélas, loin du faste et des grands de ce monde, dans cette modeste bergerie perdue dans la montagne, Cosmas, le vieil érudit, s'éteint au petit matin. Valeureux et loyal, le jeune Hero décide de mener à terme la mission qui incombait à son mentor. Poussé par un étrange pressentiment, Vallon accepte d'aider le garçon.

Plusieurs mois plus tard, peu avant le printemps 1072, Vallon et Hero arrivent enfin en Northumbrie, au nord de l'Angleterre, et sont présentés, sans ménagement par ses gardes, au comte Olbec. Vallon découvre, en même temps que le père du prisonnier, l'énoncé de la demande de rançon de l'Emir byzantin. La quantité d'or et d'objets précieux exigée est telle que le roi Guillaume lui-même ne pourrait la réunir.

Hero propose alors une alternative. L'Emir est passionné de fauconnerie. Olbec pourrait lui offrir deux couples de gerfauts, le plus grand faucon du monde. Il faudrait, pour cela, capturer les rapaces sur les îles d'Islande et du Groenland et les amener à l'Emir, en Anatolie, avant son tournoi d'automne. L'entreprise sera extrêmement risquée. Les enjeux, des plus honorables aux plus vils, seront aussi du voyage. Vallon n'est pas certain de vouloir prendre part à l'aventure...

Mon avis :
Ce roman est une de ces perles littéraires rares qui ne nous content pas seulement une époustouflante épopée mais qui nous la donnent à vivre par des descriptions grandioses, une reconstitution historique et géographique rigoureuse et passionnante, des personnages ensorcelants, sans oublier tous ces petits détails de la vie, du quotidien, qui animent cette fresque magistrale. A la fois brillant, divertissant et enchanteur !

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"Le Feu divin" (918 pages) - L'histoire :
En 1081, à Dyrrachium (Albanie actuelle), après sa défaite face aux Normands, l'empereur byzantin Alexis Ier Comnène décide d'envoyer une compagnie au Royaume de Chine, avec pour mission de former une alliance, d'ouvrir une nouvelle route commerciale, mais surtout d'obtenir la formule de la Drogue du Feu, un composé incendiaire plus puissant encore que le feu grégeois...

Mon avis :
Si ce second volume est un peu moins captivant que le premier, et si sa construction, par trop de similitudes avec le tome précédent, ne laisse pas de grandes surprises, l'histoire n'en reste pas moins dense, très intéressante et richement documentée. Le sort des héros nous tient toujours autant à coeur.

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Quelques clins d'oeil historiques... si vous le désirez... 😉


La conquête de l'Angleterre par les Normands
L'Angleterre est sous domination danoise jusqu'en 1042 lorsque la dynastie saxonne revient au pouvoir sous Edouard le Confesseur. Après la mort de ce dernier en 1066, son beau-frère Harold Godwinson prend le pouvoir, mais Guillaume II duc de Normandie (plus tard Guillaume le Conquérant) revendique le trône d'Angleterre, franchit la Manche et défait Harold à Hastings.


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Tapisserie de Bayeux - Scène 57
La mort du roi Harold le 14 octobre 1066
Guillaume Ier le Conquérant ou Guillaume Ier le Bâtard (Falaise, vers 1028 - Rouen, 1087) est le fils illégitime du duc Robert Ier le Diable. En juillet 1035, il succède à son père, décédé lors d'un pèlerinage à Jérusalem. Après une décennie de troubles, le jeune homme parvient à asseoir son autorité et fait de la cour de Normandie l'une des plus puissantes et des plus fastueuses d'Europe. Guillaume accueille de nombreux rois en exil, parmi lesquels Edouard le Confesseur, prétendant sans descendance au trône d'Angleterre. Lorsque ce dernier revient au pouvoir, il fait de Guillaume son héritier, avant de le désavouer sur son lit de mort au profit de son beau-frère Harold, qui avait pourtant juré fidélité à Guillaume. Pour récupérer le royaume qui lui était promis, le duc arme une flotte de plusieurs milliers de navires et débarque avec quinze mille hommes sur le sol anglais. Le 14 octobre 1066, les deux armées se font face à Hastings. Ce sera l'une des plus célèbres batailles de l'histoire d'Angleterre.

Guerrier intrépide, fin stratège et politicien, grand bâtisseur (il ordonna l'édification des abbayes aux Hommes et aux Dames de Caen ou de la Tour de Londres), mari fidèle, follement épris de son épouse Mathilde, il fut aussi un seigneur de guerre impitoyable qui se livra à de nombreux massacres et pillages pour consolider le joug normand sur l'Angleterre. Des exactions qu'il prendra soin d'effacer de la tapisserie de Bayeux, véritable outil de propagande à sa gloire, qui relate en détail sa conquête de l'Angleterre.

Fondateur d'une nouvelle dynastie, Guillaume s'éteint à soixante ans après avoir fait de l'Angleterre l'un des royaumes les plus puissants d'Europe, alors qu'il ne parlait pas un mot d'anglais. Mais il sème ainsi les germes de la future guerre de Cent Ans, qui éclatera plus de deux siècles après.


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L'Anatolie (qui signifie, en grec ancien, "le pays où le Soleil se lève") est l'ancien nom donné à la péninsule située à l'extrémité occidentale de l'Asie. Elle correspond aujourd'hui à la partie asiatique de la Turquie. On dit aussi Asie Mineure.

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Byzance est une ancienne cité grecque, capitale de la Thrace, située à l'entrée du Bosphore sur une partie de l'actuelle Istanbul. La cité, reconstruite par Constantin, renommée Constantinople en 330 ap. J.C., est devenue la capitale de l'Empire romain, puis de l'Empire romain d'Orient, et enfin de l'Empire ottoman à partir de 1453 ap. J.C. (date de la prise de la ville par les Turcs). Elle fut rebaptisée Istanbul en 1930.

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Romain IV et Alp Arstan à Manzikert
La bataille de Manzikert eut lieu le 26 août 1071 (date incertaine) et vit l'armée byzantine de l'empereur Romain IV Diogène être mise en déroute par l'armée du sultan seldjoukide Alp Arslan près de la ville de Manzikert, actuellement Malazgirt, en Turquie, au nord du lac de Van.


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Constantin l'Africain (né aux alentours de 1015 à Carthage, en Tunisie, et mort en 1087 au Mont-Cassin, en Italie) est un médecin devenu moine au monastère du Mont-Cassin. La première partie de sa vie se déroule en Ifriqiya* et la seconde en Italie du Sud, où il traduit en latin des plus grandes oeuvres de la médecine arabe des IXème et Xème siècles. Il inaugure ainsi la deuxième époque, la plus prestigieuse, de l'école de médecine de Salerne, et la première vague des traductions médicales arabes vers l'Occident. Ses traductions se trouvent encore dans les grandes bibliothèques européennes. Elles ont servi comme manuels scolaires d'enseignement médical au Moyen Age et jusqu'au XVIIème siècle. 

* Dans l'histoire médiévale, l'Ifriqiya est la zone comprenant ce qui est aujourd'hui la Tunisie, ainsi que la Tripolitaine (ouest de la Libye) et le Constantinois (est de l'Algérie).

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Godefroy de Bouillon
et les chefs de la première croisade
Première croisade (1096-1099) :
En 1078, les Turcs seldjoukides refusent de laisser libre le passage aux pèlerins chrétiens vers Jérusalem. Cette croisade s'achève par la prise de Jérusalem et la création du royaume chrétien de Jérusalem.


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Ferdinand Ier, dit "le Grand" (v. 1016-1065) est comte de Castille de 1028 à 1037, puis roi de Leon et de Castille jusqu'à sa mort. Il se donne également le titre d'empereur d'Espagne. Avant sa mort, il divise son royaume entre ses cinq enfants :

  • Sanche, l'aîné de ses fils, reçoit la Castille et les "Asturies de Santillana"
  • Alphonse, le second fils, reçoit le royaume principal, le Leon, et les Asturies
  • Garcia, le troisième fils, reçoit la Galice
  • Urraque, l'aînée des filles, reçoit la ville de Zamora
  • Elvire, la seconde fille, reçoit la ville de Toro
Une lutte fratricide oppose les enfants de Ferdinand. Sanche, soutenu par le bras armé du Cid, fait exiler Garcia à Séville. Il écrase ensuite l'armée d'Alphonse qui trouve refuge auprès du roi vassal musulman de Tolède. Sanche entreprend alors de conquérir Zamora, ville de sa soeur aînée Urraque, et y trouve la mort en 1072, sans doute assassiné par un traître ("homme d'arme à l'instigation des habitants de la ville"). Alphonse revient et reprend la couronne de Leon, auquel il adjoint celle de la Castille sous le nom d'Alphonse VI.

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Rodrigo Diaz de Vivar, dit "Le Cid", est un héros espagnol, né vers 1043 près de Burgos et mort en 1099 à Valence. Capitaine de Sanche II (v. 1036-1072), roi de Castille et de Leon, aux côtés de qui il s'illustre contre les Navarrais et acquiert le nom de Campeador ("vainqueur de batailles"), il passe au service d'Alphonse VI (v. 1040-1109) en 1072 qui lui donne pour épouse une parente, dona Jimena (Chimène), en 1074. Banni de Castille (1081) par le roi, qui craint son ambition, il se met au service de l'émir de Saragosse et lutte aux côtés des musulmans, qui lui donne le titre de sidi ("seigneur"), avant de s'emparer de Valence (1095) où il régnera jusqu'à sa mort.

En littérature, on retrouve le personnage du Cid dans, entre autres, la tragi-comédie de Pierre Corneille ("Le Cid"), un poème de Victor Hugo ("La légende des siècles"), les "Poèmes barbares" de Leconte de Liste ("La tête du comte", "L'accident de Don Inigo", "La Ximena").

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La dynastie chinoise des Song :

Elle régna de 960 à 1279. Fondée par Zhao Kuangyin, elle gouverna un territoire, considérablement réduit par rapport à celui des périodes d'expansion extérieure précédentes (Tang), et constamment menacé par des populations des steppes du Nord ou des forêts du Nord-Est. En 1127, les Song se réfugièrent dans la vallée du Yangzi. Ces difficultés territoriales ne doivent pas faire oublier la modernité de la Chine de l'époque et les réformes politiques et sociales alors entreprises notamment par Wang Anshi (1021-1086). C'est ainsi, sous les Song, que le mandarinat connut son apogée avec la formation d'une caste puissante et autonome de fonctionnaires civils dont les avis s'imposent même à l'empereur. Le pouvoir central ne s'appuie plus sur une aristocratie terrienne et guerrière mais, autour de la garde personnelle de l'empereur, sur une armée de mercenaires qui remplace l'armée de conscrits, en vigueur depuis les premiers empires Qin et Han. Le pouvoir civil affirme ainsi sa suprématie sur le pouvoir militaire, ce qui explique son affaiblissement. Ce désintérêt envers les questions militaires permit aux Mongols d'occuper le pays en 1279 et de mettre ainsi fin à la dynastie des Song.

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"Yoko Tsuno, #20 - L'astrologue de Bruges" de Roger Leloup (Dupuis)

Roger Leloup est un scénariste et dessinateur de bandes dessinées belge, né en 1933 à Verviers. Il est principalement connu pour la série Yoko Tsuno dont il est le scénariste et le dessinateur.

"L'astrologue de Bruges" est le vingtième titre de la série Yoko Tsuno. Au cours de ses précédentes aventures, Yoko avait déjà dû affronter nombre de personnages diaboliques. Pouvait-elle supposer qu'elle aurait un jour rendez-vous avec le diable en personne ?

"J'ai imaginé cette histoire à une époque où l'on parlait du retour de grandes maladies telles que la peste, et j'ai souhaité utiliser cette grande peur comme base d'un récit. J'ai choisi de le situer à Bruges pour des raisons de proximité : j'aime avoir la ville sous la main quand je la dessine. L'imaginaire travaille différemment quand on se base sur des photos ou quand on a les lieux devant soi." (Roger Leloup)

Avant d'entamer une histoire, Roger Leloup aime s'imprégner longuement de l'ambiance des lieux dans lesquels il placera son héroïne. Durant des journées entières, il explore les rues et les maisons où elle déambulera ; il accumule les images, les sensations, les souvenirs. Il se met à la place de Yoko, il fouille la ville avec ses yeux, il imagine comment elle s'y comporterait.

"J'étais déjà venu à Bruges, vers 1960, à la demande d'Hergé. Il souhaitait réaliser pour sa propriété de Céroux une copie d'une grille des jardins du Gruuthuse Museum et il m'avait envoyé prendre des croquis. C'était l'hiver, un hiver brumeux. Bruges était grise, noircie par l'humidité. Puis la neige est tombée et la poésie de la ville est ressortie tout à coup. C'était magique ! Quand j'y suis retourné pour cette histoire, elle avait été complètement restaurée et tout avait changé. Il y avait du soleil, les pierres chantaient, c'était gai. Et c'est une cité tout en aquarelles que j'ai découverte, un cadeau fabuleux pour un coloriste. Mais je me suis vite rendu compte que, par la bande dessinée, je ne parviendrais pas à rendre cette magnificence du Bruges en reflets. J'ai dû rendre les canaux glauques, j'espère qu'on me le pardonnera !" (Roger Leloup)

Comme pour chacun de ses précédents albums, Roger Leloup s'est documenté énormément avant de se lancer. A côté de lui, une vieille carte d'époque, des livres historiques, des catalogues de musées, des boîtes de photos prises sur place, des clichés copiés de bandes vidéo ne sont que quelques-uns des éléments où il puise l'inspiration. Un ensemble de documents épars à partir desquels il va extrapoler le Bruges d'il y a près de cinq siècles.

"Je me défends d'avoir fait un album historique sur Bruges. Je ne suis pas un historien, mais il ne faut pas pour autant trahir l'Histoire. Celle de Bruges est tellement riche en légendes merveilleuses que j'ai dû me priver de nombreux temps forts. J'avais de la matière pour deux albums." (Roger Leloup)

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Bruges apparaît au Xème siècle en tant que place forte du comté de Flandre. En 1134, un raz-de-marée a pour conséquence bénéfique d'ouvrir un bras de mer, le Zwin, donnant un accès direct à la mer pour la ville, ce qui entraîne un développement urbain spectaculaire entre le XIIème et le XVème siècles, avec le creusement de nombreux canaux. Forte de son indépendance communale symbolisée par son beffroi, Bruges devient une plaque tournante portuaire, commerciale et financière centrale dans l'Europe du Moyen Age, reliant les pays de la mer du Nord et de la Baltique à la Méditerranée. Les riches marchands brugeois traitaient avec ceux de toute l'Europe. La première bourse de valeur de l'histoire est née à Bruges au XIIIème siècle. Au XVème siècle elle est la première place financière d'Europe. Cet essor économique entraîne également une floraison culturelle et artistique. Elle a été le centre le plus important pour les peintres primitifs flamands, qui ont révolutionné la peinture occidentale, et dont les oeuvres sont aujourd'hui dispersées dans les grands musées du monde entier. Mais le Zwin s'ensabla peu à peu aux XVème et XVIème siècles, éloignant progressivement la ville de son accès à la mer, ce qui provoqua un déclin économique irrémédiable au profit de sa voisine, Anvers. Bruges est alors tombée au rang de simple ville provinciale.

Ce n'est qu'au XXème siècle que la ville connaît un nouveau développement grâce à la création du vaste port de Bruges-Zeebruges, qui fait aujourd'hui partie intégrante du Range nord-européen. La longue période de torpeur qu'a connu la ville après la Renaissance a permis à l'essentiel de son tissu urbain médiéval et à une bonne partie de ses monuments anciens de rester préservés. La "belle endormie" est alors apparue aux XIXème et XXème siècles comme un des joyaux du patrimoine européen. Ce patrimoine ancien a été méticuleusement restauré et mis en valeur. Une architecture néogothique de qualité s'est aussi développée parallèlement, faisant véritablement renaître le style local et redonnant au centre historique un aspect médiéval plus complet. Comme d'autres villes, elle est parfois surnommée la "Venise du Nord" du fait de ses canaux qui encerclent ou traversent la vieille ville dans un cadre pittoresque. Bruges est  ainsi devenue la ville la plus touristique de Belgique. Elle héberge aussi le Collège d'Europe.

Elle est membre de l'Organisation des villes du patrimoine mondial depuis l'an 2000. La ville a même la particularité de figurer trois fois sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO. Pour son centre historique, pour son béguinage faisant partie des Béguinages flamands et pour son beffroi repris parmi les Beffrois de Belgique et de France. En outre, elle est aussi reprise comme Patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO pour sa procession du Saint-Sang. Elle fut également la capitale européenne de la culture en 2002, en même temps que la ville espagnole de Salamanque.

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L'histoire :
L'électronicienne Yoko Tsuno est invitée à Bruges, en Belgique, par le peintre Jan Van Laet. Au domicile de l'artiste, elle découvre un magnifique tableau datant la Renaissance. L'oeuvre représente deux jeunes femmes ressemblant trait pour trait à Yoko et à son amie Monya. Van Laet semble croire le plus sérieusement du monde que les deux amies ont été les véritables modèles... en 1545 ! Pure folie ? Yoko comprend très vite qu'il ne s'agit pas d'une blague. Avec ses fidèles compagnons, Vic, Pol et Monya, elle va devoir, une fois encore, affronter tous les dangers et démêler les fils de ce mystère diabolique...

Mon avis :
Une machine à remonter le temps, un étrange voyage au XVIème siècle, des héros valeureux et ingénieux, quelques figures maléfiques, des énigmes et des secrets enfouis dans les entrailles d'une ville chargée d'Histoire, voilà tous les ingrédients d'une étonnante et extraordinaire aventure !!!

vendredi 2 mars 2018

Prochaines présentations : début avril 2018







                    Héros magnifiques
                    Complots diaboliques
                    Les romans historiques

"Le violon noir" de Maxence Fermine (Points)

Maxence Fermine est un écrivain français né en 1968 à Albertville. Il a vécu à Paris, puis en Afrique où il a travaillé dans un bureau d'études en Tunisie. Il habite aujourd'hui en Savoie avec sa femme et ses deux filles. Après le succès de "Neige" (Arléa, 1999), traduit en dix-sept langues, il se consacre entièrement à l'écriture et enchaîne les romans et les voyages. Il collabore depuis 2010 avec la revue Alpes Magazine.

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Rappel historique en quelques dates

26 octobre 1795 : La Convention cède la place au Directoire
Le Directoire est le régime qui gouverna la France depuis la fin de la Convention nationale jusqu'au 9 novembre 1799. Barras, Rewbell, Carnot, Letourneur et La Révellière-Lépeaux ont été les cinq Directeurs du premier Directoire (octobre 1795 - septembre 1797). Paul Barras confia à Bonaparte le commandement de l'armée d'Italie et décida du Coup d'Etat du 4 septembre 1797 contre les Royalistes.

De 1796 à 1798 : Campagnes militaires victorieuses de Bonaparte en Autriche, Italie et Egypte
La campagne d'Italie est l'ensemble des opérations menées en Italie par Bonaparte en 1796 et 1797 contre l'Autriche, le Piémont et leurs alliés.

La Bataille de Montenotte (12 avril 1796)

12 avril 1796 : Bataille de Montenotte
Evoquée dans le roman, c'est une victoire de Bonaparte sur les Autrichiens à Montenotte, (commune de Cairo Montenotte, Ligurie), sur la Bormida.

9 novembre 1799 : Coup d'Etat de Bonaparte et démission de Barras
Le Consulat succède au Directoire.

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L'histoire :
En avril 1796, à trente-et-un ans, Johannes Karelsky est mobilisé et part pour l'Italie... Il a cinq ans lorsque, un matin d'été, au Jardin des Tuileries à Paris, il croise le chemin d'un violoniste tsigane. Le temps de quelques airs de musique tourbillonnants et brillamment exécutés, le destin du petit garçon est scellé. Deux ans plus tard, l'enfant est devenu un violoniste éblouissant, invité dans toute l'Europe. Mais ainsi exhibé comme un animal exotique, le jeune virtuose souffre d'une immense solitude et n'est pas heureux. A l'âge de dix-sept ans, à la mort de sa mère, il décide de tout arrêter. Il s'éloigne des fastes des cours européennes et vit en toute simplicité de l'enseignement de la musique. Il n'a jamais perdu l'espoir de signer un jour un opéra unique. La guerre aura peut-être raison de son rêve...

Mon avis :
Un conte poétique d'une délicatesse infinie et d'une beauté envoûtante. Légère et fragile, sa musicalité nous emporte dans un soupir de spiritualité, de sensualité et de pureté. Un ravissement !

"Haute fidélité" de Nick Hornby (10/18)

Nick Hornby est né en 1957 à Redhill au Royaume-Uni. Il est romancier, essayiste, journaliste, parolier et scénariste. Il est surtout connu pour ses romans "Haute fidélité" et "A propos d'un gamin", ainsi que pour son roman autobiographique "Carton jaune". Son oeuvre a souvent trait à la musique et au sport, et met l'accent sur la personnalité obsessionnelle et désordonnée de ses protagonistes.

L'histoire :

Rob est en pleine rupture amoureuse avec Laura. Cet événement l'amène à se remémorer les cinq séparations qui ont marqué sa vie, les cinq les plus douloureuses.

  1. Alison Ashworth, en 1972. Ils ont treize ans. Une relation de six heures sur trois jours. Premiers émois. Premiers bouleversements.
  2. Penny Hardwick, en 1973. Bonne élève, sérieuse, bien élevée... beaucoup trop sage.
  3. En 1975, en classe de troisième, Jackie Allen sort avec Phil. Rob se fait un point d'honneur de briser ce couple trop parfait, dans l'espoir peut-être inavoué que Jackie ait les mêmes sentiments pour lui que pour Phil. Un échec cuisant.
  4. En 1977, rencontre avec Charlie Nicholson à la fac, à Londres. L'époque où l'on passe à l'âge adulte, où l'on découvre de nouveaux univers socio-culturels, où l'on est en pleine construction de sa propre personnalité. Rob et Charlie restent ensemble deux années durant lesquelles Rob se sentira toujours intimidé et sous-estimé. Il écoute des chansons tristes et commence à travailler dans un magasin de disques.
  5. En 1984, Sarah Kendrew s'installe chez lui. Ils ont été quittés tous les deux, ils sont encore blessés, et entre eux, c'est une sorte de contrat : ne pas rester seuls. Deux ans plus tard, Sarah lui annonce qu'elle a quelqu'un d'autre.

Aujourd'hui, Laura part à son tour. Rob affirme être aguerri, qu'à trente-cinq ans il est trop vieux pour en souffrir. Qui tente-t-il de convaincre ?

Mon avis :
Un disquaire trentenaire fait le récit de ses échecs amoureux depuis l'adolescence. S'il connaît les vinyles sur le bout des ongles, le moins que l'on puisse dire est qu'il ne comprend pas grand-chose aux femmes. Il enchaîne les maladresses. C'est un personnage asocial, égocentrique, pas très sympathique. Mais sa passion pour la musique le rend attachant. Une B.O. de malade enrichit cet étonnant roman drôle et amer.




Histoire adaptée au cinéma en 2000 par Stephen Frears,
avec John Cusack, Iben Hjejle, Jack Black,
Catherine Zeta-Jones et Tim Robbins