samedi 7 octobre 2017

Prochaines présentations : début novembre 2017



                              D'encre de sang et de terre
                              D'aujourd'hui ou d'hier
                              Ils ont écrit la guerre

31 octobre...


Happy Halloween à tous !!!




"La maison hantée" de Shirley Jackson (Rivages/Noir)


Shirley Jackson (1916, San Francisco, Californie - 1965, North Bennington, Vermont) est une romancière américaine, spécialiste du récit fantastique et d'horreur, et auteur du roman policier "Nous avons toujours vécu au château". Son livre "La maison hantée" (1959) est tenu par Stephen King pour l'un des meilleurs romans fantastiques du XXème siècle.

Diplômée de l'université de Syracuse en 1940, elle épouse la même année l'écrivain Stanley Edgar Hyman. Le couple s'installe dans le Vermont et donne naissance à quatre enfants. Cette vie familiale rangée et heureuse trouve un écho dans des publications autobiographiques tardives de Shirley Jackson.

En 1948 paraît "The Road Throught the Wall", un premier roman d'horreur, suivi d'une série de nouvelles plus tard réunies dans le recueil "La Loterie et autres histoires". S'y déploient des qualités qui ont fait la notoriété de leur auteur : une mise en situation ancrée dans un quotidien banal, le passé trouble des personnages, l'entretien diabolique du doute sur les événements surnaturels qui s'imposent peu à peu. "Nous avons toujours vécu au château", sorte de roman gothique moderne, est un thriller qui a porté à son pinacle la notoriété de Shirley Jackson. Ce roman a connu une adaptation sur scène.


"La maison hantée" a été porté à l'écran sous le titre "La maison du diable" par Robert Wise en 1963, avec Julie Harris, Claire Bloom et Richard Johnson. Il s'agit d'un classique du cinéma d'épouvante, servi par une mise en scène magistrale, avec très peu d'effets spéciaux.



En 2016, Miles Hyman, petit-fils de Shirley Jackson, a publié une bande-dessinée aux éditions Casterman, "La Loterie", très belle adaptation de la nouvelle culte de sa grand-mère. Cet ouvrage vient d'être sélectionné pour le Prix SNCF du polar 2018 - Catégorie BD.



L'histoire :
Solitaire, perdue au coeur de jolies collines verdoyantes et silencieuses, Hill House est une vieille bâtisse de quatre-vingts printemps. Nombreux la disent hantée. Curieux et intrigué, le Docteur John Montague, anthropologue, décide de la louer pour trois mois afin de constater la véracité des phénomènes et de les étudier selon une méthode utilisée par les chasseurs de fantômes du XIXème siècle. Pour l'assister dans ses recherches et ses expériences, il invite Eleanor, Theodora et Luke, trois jeunes gens doués de facultés particulières. Eleanor arrive la première sur les lieux. Après avoir traversé un charmant petit village, elle s'arrête devant un portail fermé avec chaîne et cadenas. L'accueil du gardien, Dudley, est pour le moins glacial. Au bout d'une longue hésitation, il consent enfin à lui céder le passage. Eleanor découvre alors Hill House mais son excitation est de courte durée. La maison est hideuse et menaçante...

Mon avis :
Ce huis clos, entre quatre personnes qui ne s'étaient jamais rencontrées auparavant, commence dans un esprit joyeux et bon-enfant. Puis, les jours passent, les divergences apparaissent et les caractères se révèlent. La peur croît pas à pas. Le sentiment d'enfermement est oppressant et remarquablement dépeint, dans ces lieux sinistres et malsains. Les portraits des personnages sont dessinés avec finesse et psychologie. D'une poésie envoûtante, cette histoire, située dans les années 1950, s'inscrit dans la pure tradition du romantisme du XIXème siècle : mystère, fantastique, sans négliger les tourments de l'âme et sa noirceur.

Un excellent classique de la littérature d'épouvante !



"Salem" de Stephen King (Livre de Poche)


Stephen King est un écrivain américain né en 1947 à Portland, dans le Maine.

Souffre-douleur de ses camarades de classe, le jeune Stephen, élevé par sa mère, se réfugie dans la lecture, notamment celle de romans fantastiques et de bandes dessinées. Après une scolarité brillante et une maîtrise d'anglais, il exerce divers petits métiers avant de devenir enseignant tout en se consacrant à la rédaction de nouvelles et de romans.

En 1974, il publie son premier roman, "Carrie". Cet ouvrage, à la frontière entre l'horreur, le fantastique et la science-fiction, est un succès considérable et fait de lui l'un des auteurs les plus en vue de sa génération. Dans la même veine, il publie "Salem" (1975), "Shining" (1977), "Christine" (1983), "Misery" (1987), puis "Sac d'os" (1998), et devient le maître incontesté de ce genre qui prend toujours comme point de départ des situations banales (pression sociale, vie de couple, infidélité...).

Cet auteur prolifique (quelque deux cents nouvelles et une quarantaine de romans), pour qui "l'acte d'écrire peut ouvrir tant de portes, comme si un stylo n'était pas vraiment une plume mais une étrange variété de passe-partout" ("La ligne verte", 1996), écrit depuis ses débuts deux ou trois romans par an dont la plupart des intrigues se situent dans sa région natale, le Maine, en Nouvelle-Angleterre. S'intéressant aux problèmes sociaux ("Dolorès Claiborne", 1993), il aborde également la science-fiction et la fantasy ("La Tour sombre", 7 volumes, 1982-2005 ; "Coeurs perdus en Atlantide", 1999).

En 1977, afin de mettre son succès à l'épreuve et voir s'il tient uniquement à la célébrité de son nom, Stephen King signe plusieurs ouvrages sous le pseudonyme de Richard Bachman, écrivain qu'il crée de toutes pièces et auquel il donne même un visage. Il publie ainsi cinq livres, jusqu'à ce qu'un étudiant découvre la supercherie. L'auteur offre alors à son "double" une mort douloureuse en 1985 avant d'exhumer son dernier ouvrage posthume en 1996, "Les Régulateurs", qu'il fait paraître en même temps que son roman "Désolation", signé Stephen King. Les deux romans ont la particularité de mettre en scène tous deux les mêmes personnages.

Après avoir exploré, dans son essai "Anatomie de l'horreur" (1981-1982), le genre dans lequel il a excellé, Stephen King raconte, dans "Ecritures. Mémoires d'un métier" (2000), ses années d'apprentissage et se livre à une réflexion sur le métier d'écrivain. Il est aujourd'hui l'un des auteurs américains les plus lus et les plus traduits du XXème siècle et nombre de ses romans ont été adaptés au cinéma, notamment par Stanley Kubrick ("Shining", 1980), John Carpenter ("Christine", 1983) ou David Cronenberg ("Dead Zone", 1983). Stephen King a reçu en 2003 la médaille de la National Book Foundation et, en 2007, le titre de "grand maître" du Mystery Writers of America.

Le succès de ses livres n'est pas injustifié, sa longévité le prouve, et même si les critiques n'ont pas d'emblée reconnu le talent de cette littérature d'horreur moderne, aujourd'hui nombre sont ceux qui concèdent à Stephen King un style littéraire unique et une grande richesse dans les thèmes abordés. Dans une interview donnée en 2003, l'auteur explique cependant les dangers inhérents à son art : "J'aime écrire. Mais il faut que j'apprécie quelque chose, et que je le trouve réellement bon pour que je le publie. [...] Quand vous en êtes arrivé à un stade où vous vous répétez, tout en pensant que c'est important, vous devenez ennuyeux, un moulin à paroles. Je dois faire attention à cela." C'est donc pour éviter ces écueils que Stephen King aime se remettre en question et renouveler son écriture, notamment en s'échappant de la prose romanesque pour écrire des bandes dessinées, un script de téléfilm, un roman-feuilleton ("La ligne verte", publié en six tomes, rédigé au fur à mesure de sa parution), ou un roman en ligne sur Internet.

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L'histoire :

En 1970, Jerusalem's Lot, une petite ville au nord de Portland, dans le Maine, comptait 1319 habitants. C'était un bourg plutôt pauvre, paisible, à la population vieillissante. Puis, des gens ont commencé à disparaître. Des personnes qui ont été retrouvées par la suite, toutes refusent encore de parler de Jerusalem's Lot... Salem.

Chaque semaine, un écrivain, réfugié au Mexique en compagnie d'un jeune garçon, récupère le plus de journaux américains possible, ceux du Maine en particulier. Un jour, dans le Press-Herald de Portland, l'écrivain et l'enfant lisent un article sur Jerusalem's Lot. Ils sont terrifiés. Pourtant, ils savent qu'ils doivent y retourner.

Septembre 1975
L'écrivain Ben Mears arrive à Jerusalem's Lot où il a vécu heureux, enfant, pendant quatre ans, chez sa tante Cindy. Un  mois après le grand incendie que connut la ville en 1951, il fut arraché des bras aimants de sa tante et il dut rejoindre, à Long Island, sa mère gravement dépressive. Ben n'avait alors que neuf ans. Il se demande à présent ce qui a bien pu le pousser à revenir dans ces lieux de sa jeunesse. Qu'attend-il ? Qu'espère-t-il ? En passant devant Marsten House, une bâtisse fantomatique qu'il croyait détruite après tant d'années, il a la chair de poule...

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Mon avis :
L'oeuvre de Stephen King est si colossale et singulière que chacun y trouvera immanquablement ses "indispensables". "Salem" fait dorénavant partie des miens. Au-delà d'une captivante histoire de vampires, Stephen King s'intéresse à cette peur universelle du "mort-vivant"* et revient sur l'origine des légendes, des superstitions et de la mythologie autour de ce phénomène effroyable du revenant qui se nourrit du sang des vivants. Il ne manque pas non plus d'appuyer son propos sur l'actualité de l'époque : la guerre du Vietnam, le Watergate, mais aussi la désertification des régions rurales au profit des villes, créant ainsi, à travers toute l'Amérique, de sinistres villages fantômes. Dans cette ambiance pétrifiante, brumeuse, et ce décor menaçant, on reconnaît l'inspiration de Bram Stoker, Edgar Allan Poe, Shirley Jackson ("La maison hantée") et Grace Metalious** ("Peyton Place"). 

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* La peur universelle du "mort-vivant" : Stephen King rejoint en cela les recherches et les réflexions de Laura Kasischke pour son roman "Les Revenants".


** "Peyton Place" de Grace Metalious :
Ce roman acide fit scandale à sa parution en 1956 aux Etats-Unis. Il décrit une petite ville de la Nouvelle-Angleterre, tranquille et respectable. Mais derrière les jolies façades blanches se jouent drames, mensonges et hypocrisie. "Peyton Place" a inspiré la série "Twin Peaks". Il a été réédité aux Presses de la Cité en 2015.



"L'Apothicaire" de Henri Loevenbruck (J'ai lu)


Henri Loevenbruck est un écrivain, parolier et scénariste français, né en 1972 à Paris. Auteur de nombreux romans ("La Moïra", "Le Syndrome Copernic", "Le Rasoir d'Ockham", "L'Apothicaire", "Nous rêvions juste de liberté"...), il est traduit dans plus de quinze langues. Il est membre fondateur de la Ligue de l'imaginaire aux côtés, entre autres, de Bernard Werber, Franck Thilliez, Bernard Minier et Maxime Chattam. En juillet 2011, il a été nommé Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres.

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Rappels historiques :

Philippe IV dit Philippe le Bel ou le Roi de Fer (1268 - 1314), de la dynastie des Capétiens, fut roi de France de 1285 à sa mort en 1314. Fils de Philippe III le Hardi et d'Isabelle d'Aragon, il intervient en Flandre, provoquant un soulèvement général. Battu par les milices urbaines à Courtrai (1302), il parvient néanmoins à soumettre les cités en 1304. Par ailleurs, il étend son royaume à l'est. Mais son règne est avant tout marqué par le grave conflit l'opposant au pape Boniface VIII. Entouré de légistes (Pierre Flote, Enguerrand de Marigny, Guillaume de Nogaret) imbus de l'idée de la toute-puissance royale, Philippe le Bel cherche à renforcer ses prérogatives. Le conflit débute à propos de la levée des décimes (1296) et rebondit avec l'arrestation par le roi de l'évêque de Pamiers (1301). Sur le point d'excommunier Philippe le Bel, le pape est victime à Anagni (Italie) d'une conjuration ourdie par Nogaret (1303). L'élection de Clément V (1305), qui s'installe en Avignon, marque la victoire complète du roi de France. A l'intérieur, Philippe le Bel, animé par une volonté centralisatrice, accroît l'importance de la chancellerie et de l'hôtel du roi, et précise le rôle des parlements. Aux prises avec de graves difficultés  financières, il s'en prend aux Juifs et aux banquiers (les Lombards) dont il confisque les biens avant de les bannir. Puis il s'empare des richesses des Templiers et leur intente un procès. Les principaux chefs sont arrêtés (1307) et nombre d'entre eux brûlés entre 1310 et 1314. Philippe le Bel meurt le 29 novembre 1314 au Château de Fontainebleau des suites d'une chute de cheval survenue lors d'une partie de chasse.

Jacques de Molay est né vers 1244 à Molay, Comté de Bourgogne, aujourd'hui Franche-Comté. Dernier grand maître de l'Ordre du Temple, il mène une carrière discrète en Orient. Elu à la tête des Templiers (1292 ou 1298), il est confronté à la chute des Etats latins après la prise d'Acre par les Mamelouks. De Chypre, où les chrétiens d'Orient se sont repliés, il anime alors la lutte pour la reconquête de Jérusalem, en s'appuyant sur une alliance avec les Mongols. Mais cette stratégie échoue. Convoqué en France par le pape Clément V pour discuter de la croisade et de la fusion entre les Ordres du Temple et de l'Hôpital, Molay se trouve pris au piège d'une machination qui porte un coup fatal aux Templiers. Toujours en quête de fonds, Philippe le Bel convoite leurs richesses. En les accusant d'hérésie et de pratiques obscènes, il obtient ainsi du pape Clément V l'arrestation des Templiers résidant en France. Comme de nombreux frères, Jacques de Molay est arrêté le 13 octobre 1307. Sous la torture, il avoue les faits reprochés et il est emprisonné. L'Ordre est dissous par le pape Clément V en avril 1312. Les biens des Templiers sont donnés aux Hospitaliers et à divers autres ordres de moines soldats. En 1314, Jacques de Molay comparaît à nouveau, revient sur ses aveux et refuse de renier son ordre. Le 18 (ou 11 ou 19) mars, il meurt sur le bûcher.

La fin dramatique de Jacques de Molay a inspiré légendes et fictions tournant en particulier autour de la malédiction qu'il aurait lancée, juste avant sa mort, contre Philippe le Bel et Clément V. La plus célèbre suite romanesque est "Les Rois maudits" (1955 à 1977) de Maurice Druon, qui prend pour point de départ l'exécution de Molay. Sous la plume de Maurice Druon, la malédiction supposée de Jacques de Molay devient : "Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Vous serez tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races !".

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L'histoire :

Andreas Saint-Loup est l'apothicaire le plus réputé de Paris. Installé rue Saint-Denis, sa renommée tient à la part de mystère qui l'entoure, à sa grande discrétion, à l'immense étendue de ses connaissances, à l'efficacité de ses prescriptions, et à son égale bienveillance envers les patients riches comme les plus pauvres.

Ce matin du 11 janvier 1313 devait être le début d'une journée parfaitement ordinaire. Mais un événement troublant survint. Pour une raison inexplicable, comme s'il la voyait pour la première fois, Andreas s'arrête face à une porte basse, à mi-étage de sa maison à colombages, qui ouvre sur une petite pièce entièrement vide, sans fenêtres, sans meubles et sans un grain de poussière. Intrigué, l'apothicaire demande à son apprenti, Jehan, s'il est déjà entré dans cette chambre. Jehan n'avait jamais prêté attention à la porte. Andreas interroge ensuite Marguerite, sa fidèle domestique. Quand avait-elle fait le ménage pour la dernière fois dans cette pièce inoccupée ? Confuse, la vieille femme avoue l'avoir complètement oubliée, et ce depuis fort longtemps. Comme tous les occupants de cette demeure, d'ailleurs.

Au même moment, à Pampelune, au royaume de Navarre, un vieil érudit reçoit la visite de deux hommes entièrement vêtus de noir qui, sous la menace de tortures abominables, lui extorque le nom d'un apothicaire français venu le voir en 1304 : Andreas Saint-Loup.

Aux portes de Béziers, Zacharias, un vieil homme sans âge, un sage, un philosophe, un musicien, un conteur d'histoires, un fils d'Israël, interdit d'entrer dans la ville depuis que le roi Philippe le Bel s'en est pris aux Templiers et aux Juifs, a trouvé refuge dans une capitelle où il serait mort de faim et de froid depuis longtemps sans l'aide d'Aalis, une jeune fille avide d'écouter ses récits de voyages...

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Mon avis :
Extraordinaire roman historique, d'aventure, de mystère, à la fois savant, divertissant et diablement passionnant ! Huit cents pages qui ensorcellent, assurément !!!




"Les emmurés" de Serge Brussolo (Livre de Poche)


Serge Brussolo est né à Paris en 1951. Sa vocation pour l'écriture se manifeste très tôt. Après des études de lettres et de psychologie, il exerce plusieurs métiers avant de faire une entrée remarquée sur la scène littéraire avec sa nouvelle "Funnyway", récompensée en 1979 par le Grand Prix de science-fiction française (aujourd'hui Grand Prix de l'Imaginaire). Souvent comparé à Stephen King, le succès de son univers romanesque, à mi-chemin entre fantastique et science-fiction, se confirme à travers ses nombreuses parutions chez Fleuve Noir, Denoël et Gallimard, notamment dans la prestigieuse collection "Folio SF". Serge Brussolo s'est également illustré dans l'écriture de séries destinées à la jeunesse, de romans historiques et de polars. En 2004, la Société des Gens de Lettres lui a décerné le Prix Paul Féval pour l'ensemble de son oeuvre.

"Walled In", thriller américano-franco-canadien, a été réalisé par Gilles Paquet-Brenner en 2009, d'après le roman "Les emmurés".

L'histoire :

Jeanne est une journaliste de trente ans. Après qu'elle ait raté un entretien important avec Nicky Stanway, un pirate informatique, Georges, son rédacteur en chef, excédé, l'envoie enquêter pendant un mois sur la sinistre maison Malestrazza. Elle devra ensuite en rédiger un reportage romancé. Rien de bien glorieux. C'est une punition. Elle le sait. Pourtant, Georges lui offre une seconde chance. Jeanne s'estime heureuse de ne pas avoir été virée. Elle ne pouvait pas lui dire la vérité. Elle ne pouvait pas lui avouer qu'il lui était impossible de rencontrer Stanway ce jour-là, dans l'état où elle était, le visage couvert d'ecchymoses, violences de son compagnon. Aussi accepte-t-elle le purgatoire.

La maison Malestrazza a une bien macabre histoire. Il y a dix-sept ans, dix cadavres ont été découverts, emmurés en position verticale dans le couloir du sixième étage. Le résident - et assassin - de cet étage n'était autre que l'architecte de l'immeuble, Beppo Malestrazza, qui malheureusement échappa à la police et disparut sans laisser de trace. Appâtées par ce sinistre fait divers, les éditions du Chat-Hurlant ont aussitôt acheté l'appartement d'une des victimes, au troisième étage, dans l'espoir qu'il inspire un jour à un auteur talentueux un roman croustillant. C'est là que Jeanne passera ses trente prochains jours.

Elle imaginait un édifice biscornu, noirci, délabré, crasseux et plein de vermines. Mais à sa grande surprise, la façade de la bâtisse Malestrazza est très bien entretenue et fleurie de géraniums. L'entrée et la cage d'escalier sentent l'eau de Javel et l'encaustique. Jeanne est accueillie par Madame Cliquet, la concierge, armée d'un balai et d'une serpillière, et son fils d'une douzaine d'années, Pierrot, qui la conduit à son appartement. Les meubles sont briqués, les robinetteries rutilantes, et le linge est propre et impeccablement repassé. Rien ne peut indiquer que ces lieux ont connu de telles atrocités...

Mon avis :
Bienvenue dans la maison des horreurs et de la folie !!! Impossible d'en dire davantage au risque de déflorer une intrigue soutenue et haletante ! Un roman qui met notre palpitant à rude épreuve... jusqu'à la dernière ligne !!!



mardi 5 septembre 2017

Prochaines présentations : début octobre 2017





                    Imagine
                    Une sanguine comptine
                    Halloween is coming...

"Les Revenants" de Laura Kasischke (Livre de Poche)


Laura Kasischke est une poétesse et romancière américaine, née en 1961 à Grand Rapids (Michigan). Elle a étudié à l'Université du Michigan et gagné de nombreux prix littéraires pour ses ouvrages de poésie, ainsi que le Hopwood Awards. Elle a également reçu les Bourses MacDowell et Guggenheim. Ses poèmes ont été publiés dans de nombreuses revues. Ses romans "La vie devant ses yeux" et "A suspicious river" ont été adaptés au cinéma. "Esprit d'hiver" a reçu, en 2014, le Grand Prix des Lectrices de Elle. Laura Kasischke vit aujourd'hui dans le Michigan, où elle enseigne l'art du roman au Residential College de l'Université de Ann Arbor.

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L'histoire :

Il y a un an, Shelly Lockes fut témoin d'un accident de voiture. Il faisait nuit. Elle était seule sur la route et elle a été la première à intervenir et à appeler les secours. Dans la presse locale, cet accident est devenu un fait divers retentissant et croustillant car il concernait deux jeunes étudiants de l'université de la ville. Mais les informations données dans les journaux étaient totalement inexactes. Shelly se rappelait très bien ce qu'elle avait vu, et ce n'était pas ce qu'elle lisait dans les pages des quotidiens. Pendant des semaines, elle s'est battue avec les journalistes et la police pour rétablir la vérité. En vain.

En cette rentrée universitaire, Perry et Craig se retrouvent pour une nouvelle colocation. Tous deux sont étudiants en deuxième année au Godwin Honors College. Si aujourd'hui ils sont amis, les premiers mois de leur rencontre, l'année dernière, furent particulièrement tendus. Tout oppose ces deux jeunes gens.

Perry est issu d'une famille modeste mais unie, aimante et fière de lui. Sérieux, bûcheur, un look vestimentaire improbable, les moqueries des autres ne semblent jamais atteindre sa plénitude ni son humanisme. Craig, lui, est un insupportable fils de riches, paresseux, arrogant, souffrant d'un exécrable complexe de supériorité. Très vite, il tomba amoureux de Nicole, amie d'enfance de Perry, étudiante d'excellence au Godwin Honors et adorée de tous, même des enseignants. Personne ne croyait en la sincérité des sentiments de Craig pour Nicole. Puis survint le tragique accident. Craig conduisait la voiture. Nicole perdit la vie. Quelques semaines plus tard, l'annonce du retour de Craig à l'université provoqua une immense vague d'émotion et d'hostilité.

C'est pourquoi, pour cette deuxième année, Perry leur a choisi un logement à l'écart du campus. Craig est anéanti. Inquiet pour son ami, lorsqu'il apprend que le Professeur Mira Polson, spécialiste d'anthropologie culturelle, organise un séminaire sur "La mort, mourir, et les non-morts", bien que réservé aux première année, Perry insiste pour y participer. Peut-être aura-t-il des réponses à ses questions...

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Mon avis :
Un roman choral envoûtant et machiavélique qui ne nous lâche pas de sitôt. Source de réflexion et de méditation passionnantes sur le thème de la mort, il ne peut que nous troubler car il nous met face à notre imaginaire collectif, à nos peurs intimes et à nos croyances. A la frontière entre le réel et le surnaturel, les personnages, pris dans une toile funeste et perverse, tentent vaillamment de trouver la vérité et doivent, pour cela, affronter leurs propres fragilités, leurs propres convictions, mais aussi l'hypocrisie et une certaine forme de complicité du système universitaire américain. Le bras de fer est inégal et la quête de chacun ne sera pas sans dangers...

"Replay" de Ken Grimwood (Points)


Ken Grimwood (Kenneth Milton Grimwood) est un auteur de fiction américain, né en 1944 à Dothan, en Alabama. Ses thèmes de prédilection, que l'on retrouve notamment dans son roman le plus connu, "Replay", sont l'affirmation de soi, la métaphysique et la psychologie. Durant sa jeunesse à Pensacola, en Floride, il se découvre une passion pour la EC Comics (maison d'édition américaine de bande dessinée) et pour le radio journalisme. Le succès de "Replay", Prix World Fantasy du meilleur roman en 1988, l'oblige à quitter la KFWB News 980 de Los Angeles pour se consacrer à l'écriture. Ken Grimwood meurt d'une crise cardiaque dans sa propriété de Santa Barbara, en Californie, en 2003, à l'âge de cinquante-neuf ans.

L'histoire :
1988. Alors qu'il est dans son bureau de la chaîne de radio WFYL, à New York, au téléphone avec sa femme, Jeff Winston succombe soudain à une crise cardiaque. Quarante-trois ans. Pas d'enfant. Mariage raté. Poste à responsabilité mais mal payé. Une vie médiocre, sans passion, sans ambition. Et puis voilà qu'il se réveille en 1963, à Atlanta, le matin d'une interro de littérature américaine, dans cette chambre d'étudiant qu'il partageait alors avec son ami, Martin Bailey. Il a dix-huit ans, et il se souvient de tout jusqu'en 1988...

Mon avis :

"Le sens de la vie est la plus pressante des questions" disait Albert Camus dans "Le Mythe de Sisyphe". C'est précisément cette question philosophique, métaphysique et psychologique que pose le roman "Replay". Pour illustrer sa réflexion, Ken Grimwood rembobine le destin de son héros. Un recul de vingt-cinq années. Ensuite il observe les relations affectives de son personnage, ses pensées, ses valeurs profondes, ses actes et leurs conséquences. Et puis il recommence, encore et encore. A chacune de ses nouvelles "résurrections", Jeff ne reproduira jamais le même scénario. Son âge, dix-huit ans pour les premiers replay, et le lieu (le campus universitaire) ne sont pas des détails anodins. C'est souvent à dix-huit ans qu'un jeune s'émancipe de l'autorité parentale, quelle que soit la génération. Et l'université est en général le théâtre des premières expériences et des premières décisions importantes. 

S'il y avait une réponse à la question posée par Camus, selon Grimwood, ce serait que, au-delà de la fatalité contre laquelle nous ne pouvons rien, chacun d'entre nous puisse définir lui-même le sens à donner à sa vie, définir ses rêves, désirer, en homme et femme libres.

Un chef-d'oeuvre de la littérature américaine !

"Justice poétique" de Amanda Cross (Rivages/Mystère)


Amanda Cross, de son vrai nom Carolyn G. Heilbrun, née en 1926 à East Orange, dans le New Jersey, est une éminente universitaire américaine, spécialiste de la littérature anglaise, du Bloomsbury Group et de l'histoire de la condition féminine, sujets auxquels elle a consacré plusieurs ouvrages qui font autorité. Mariée, mère de trois enfants, Carolyn Heilbrun enseigne la langue anglaise pendant plus de trente ans, de 1960 à 1993, à l'Université de Columbia, où elle est la première femme titulaire d'une chaire dans le département d'anglais.

Parallèlement à sa carrière universitaire, et dans le plus grand secret, depuis 1964, sous le pseudonyme de Amanda Cross, elle publie quatorze romans policiers dont l'héroïne principale, Kate Fansler, est professeur d'université, détective, féministe, politiquement engagée, et amatrice de whisky écossais. Ses intrigues policières sont toujours illustrées de références littéraires.

Carolyn Heilbrun s'est suicidée dans son appartement de New York en 2003. Selon son fils, elle ne souffrait d'aucune maladie. Elle estimait seulement avoir fait son temps.

Le roman "Justice poétique" fait largement référence au poète Wystan Hugh Auden.

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La justice poétique (ou justice immanente) est un procédé littéraire grâce auquel la vertu est récompensée et le vice puni. La justice poétique a été définie en 1678 par un théoricien de la littérature, l'Anglais Thomas Rymer. Le but de ce procédé littéraire est de suggérer au lecteur que le bien triomphe toujours du mal, et qu'il est donc plus sage d'adopter une bonne moralité.

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Wystan Hugh Auden est un écrivain anglais, naturalisé américain (York, 1907 - Vienne, 1973). Lié à Stephen Spender et Christopher Isherwood, il donne à son oeuvre poétique une tournure sociale où passe l'influence de Bertolt Brecht. Etabli en 1939 aux Etats-Unis, Auden abandonne l'inspiration marxiste pour une vision existentielle et chrétienne. "Pour le moment" (1945) est un oratorio de Noël, tandis qu'un bar new-yorkais devient l'occasion d'évoquer la solitude dans une époque privée de foi et de tradition. "L'âge de l'anxiété" (1947), "Le Bouclier d'Achille" (1955), "Hommage à Clio" (1960), "Autour de la maison" (1965) évoquent le jeu et les contrastes de la nature, de l'histoire et de l'homme. Des essais sur Kierkegaard, sur la poésie, particulièrement "La main du teinturier" (1962), couronnent une oeuvre qui reste remarquablement cohérente par le souci de diagnostiquer les maux du monde contemporain ("Mondes secondaires", 1968 ; "Ville sans murailles", 1969 ; "Merci : brouillard, derniers poèmes", 1974).

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L'histoire :

L'université de New York vient de connaître un tragique printemps. Etudiants et policiers se sont violemment affrontés durant de longues semaines et l'institution universitaire ne s'est pas montrée à la hauteur des événements. Seul le Collège d'adultes* mené par son doyen, le Professeur Frogmore, a su faire face avec intelligence et maturité. Pour l'administration et les enseignants de l'université, l'été fut consacré à remettre tout en ordre du mieux possible et préparer le nouveau programme et les prochains cours.

A la rentrée de septembre, le Professeur Kate Fansler est invitée à un déjeuner de travail organisé par le Professeur Frogmore. Des rumeurs laissent entendre que le Collège d'adultes devra bientôt fermer ses portes définitivement. La décision aurait été prise par une obscure instance appuyée par de nombreux professeurs du troisième cycle, persuadés que le Collège d'adultes dévalorise l'excellence de l'université et la valeur de ses diplômes. Le Professeur Frogmore compte bien organiser une résistance, entouré d'universitaires convaincus, comme lui, que toute personne, homme ou femme, si elle fait preuve de motivation et d'une instruction adéquate, puisse reprendre le cours de ses études supérieures à tout moment, quel que soit son âge.

Sans très bien envisager la tournure des choses, sans avoir encore la certitude que la cause est juste, Kate accepte de se lancer dans la lutte. Son compagnon de longue date, l'avocat Reed Amhearst, lui apporte son soutien, et considère même, avec humour, qu'il n'y a pas meilleur moment pour la demander en mariage.

A l'annonce de cette heureuse nouvelle, les collègues de Kate, très nombreux, lui organisent une fort sympathique réception. Hélas, le Professeur Cudlipp, tenace opposant au Collège d'adultes, fait un grave malaise et meurt quelques instants plus tard avant l'arrivée des secours...

* Le Collège d'adultes est une structure parallèle au Collège traditionnel, créée à l'origine pour récompenser les soldats qui s'étaient distingués à la guerre en leur permettant de faire des études. Puis ces écoles se sont rapidement ouvertes à toute personne, sans distinction d'âge ou de sexe, désireuse de reprendre ses études.

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Mon avis :
Ce roman, "Justice poétique", est construit en deux parties. La première est une virulente critique des universités américaines qui, en cette fin des années 1960, ont été secouées par de nombreux mouvements de contestations sociaux et politiques. Elles doivent se réorganiser et se restructurer mais se renouvelleront-elles ? Dans la seconde partie vient s'intégrer une diabolique intrigue policière. Le tout évolue sur fond d'une analyse finement ciselée de l'oeuvre de Auden. Un vrai bijou plus littéraire que policier !

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A lire également :
"Sur les pas de Smiley" (Rivages/Mystère)

L'histoire :

Sur le vol Londres/New York, un homme se réjouit d'être seul. Malheureusement, une femme s'installe à ses côtés. Elle aurait pu être jeune et jolie. Mais non. Elle est âgée, et ronde de surcroît. Ce n'est là que le début de sa longue liste de préjugés odieux et machistes. Par exemple, il s'étonne qu'à aucun moment du voyage, sa voisine ne lui raconte ni sa vie ni ses petits bobos ; qu'à la place d'un magazine sur papier glacé, elle lise Freud et John Le Carré ; qu'au lieu d'une tisane, elle choisisse un aquavit. Elle n'est pas allée non plus quinze fois aux toilettes, c'est lui qui la dérangera le premier. Cette dame surprenante avive sa curiosité. Hélas, à l'aéroport, elle se volatilise, laissant l'homme secrètement déçu.

Quelques mois plus tard, une femme mystérieuse et volontaire va bousculer les règles immuables de la modeste et très conservatrice université Schuyler. Un couple se trouvera pris dans ses mailles. Alors que son mari, l'avocat Reed Amhearst, quitte le bureau du procureur, le temps d'un semestre, pour mettre en place un atelier judiciaire à la faculté de droit, Kate Fansler, professeur de littérature anglaise, se laisse convaincre d'organiser, au sein de la même université que son mari, un cours de littérature conjoint à un cours de droit donné par le jeune Blair Whitson...

Mon avis :
Ce roman engagé dénonce la condition des femmes, notamment dans le milieu universitaire américain, et toutes les formes d'injustices faites aux minorités en général. Généreusement ponctué de citations et de références littéraires, tantôt avec gravité, tantôt avec impertinence et humour, ce texte garde à la fois légèreté et militantisme. C'est aussi un bel hommage à John Le Carré et à l'ensemble de son oeuvre. Et puis, comment ne pas tomber sous le charme d'une héroïne qui ne refuse pas, de temps en temps, un verre de très bon whisky écossais ?

"Stoner" de John Williams (J'ai lu)


John Edward Williams, né en 1922 à Clarksville, au Texas, et mort en 1994 à Fayetteville, en Arkansas, est un universitaire, poète et écrivain américain. Diplômé en lettres, à partir de l'automne 1955, il enseigne la littérature et l'écriture créative à l'Université de Denver. Ses oeuvres les plus connues sont ses romans "Stoner" (1965) et "Augustus" (1972). Ce dernier, non publié en français, est récompensé par le National Book Award en 1973.

"Stoner", traduit par Anna Gavalda, a été publié en 2011 aux éditions Le Dilettante.

L'histoire :
William Stoner est né en 1891 dans une petite ferme du Missouri. Il est l'enfant unique d'un couple de paysans très pauvre. A six ans, il s'occupe des vaches, des cochons et ramasse les oeufs au poulailler. Il va à l'école à douze kilomètres de chez lui. Ses journées sont si longues et si dures qu'à dix-sept ans, il se sent déjà usé. Puis, après le lycée, prêt à reprendre le travail de la terre avec son père, ce dernier, convaincu par l'avis du conseiller rural, propose à son fils de poursuivre des études d'agriculture. A dix-neuf ans, Stoner découvre, ébahi, l'université du Missouri et, durant sa deuxième année, les cours d'Introduction à la littérature du Professeur Sloane qui vont totalement changer son destin...

Mon avis :
Ce roman est tout à fait étonnant. Il nous conte l'histoire d'un homme sans éclats dont la vie médiocre est constellée d'échecs. Et pourtant, rien ne semble l'ébranler. Stoner n'a rien d'un héros shakespearien, n'a rien d'ardent, il n'est pas des plus sympathiques. Mais sa passion pour la littérature fait qu'il se passe quelque chose d'insaisissable avec ce professeur atypique. John Williams travaille son texte comme on travaille la terre : c'est rude, âpre... et à découvrir.

mardi 1 août 2017

Prochaines présentations : début septembre 2017



                               Envol de l'hirondelle
                               Rentrée nouvelle
                               "Campus Novel"

"Aldo, mon ami et autres nouvelles" d'Annie Saumont (Flammarion)


Hommage à Annie Saumont qui nous a quittés en janvier dernier...


Une petite fille "qui lisait dans la rue en allant aux provisions", c'est ainsi qu'Annie Saumont se remémore l'enfant qu'elle était.

Annie Saumont, nouvelliste française, est née en 1927 à Cherbourg (Manche). Elle passe son enfance et son adolescence près de Rouen. Après ses études d'Anglais, elle part travailler à Paris où elle devient traductrice, notamment de J.D. Salinger ("L'attrape-coeurs"), de John Fowles, de Nadine Gordimer (Prix Nobel de Littérature 1991), et de Sir Vidiathar Surajprasad Naipaul ou V.S. Naipaul (Prix Nobel de Littérature 2001).

Les nouvelles d'Annie Saumont, marquées par la lecture de Julio Cortazar, sont autant de tragédies minuscules tour à tour cruelles, tendres ou désespérées. Minutieuses et laconiques, sans pathos ni commentaires, elles mettent à vif l'instant du quotidien où tout bascule.

Annie Saumont est l'auteur de "Quelques fois dans les cérémonies", "Je ne suis pas un camion", "Les voilà quel bonheur", "Un soir, à la maison". Son oeuvre, couronnée par de nombreux prix prestigieux et unanimement saluée par la critique, est étudiée dans les universités américaines et traduite dans le monde entier.

Annie Saumont est décédée le 31 janvier 2017 à Paris.

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Mon avis :

Onze nouvelles toutes liées à l'enfance et aux souvenirs de jeunesse. Des histoires en apparence ordinaires, anodines, mais qui, soudain, nous explosent à la figure, frappent notre conscience et révèlent nos propres fêlures, nos propres blessures.

L'auteur ne fait jamais la morale. Mais elle attire sans cesse notre attention et notre vigilance sur les souffrances secrètes et silencieuses.

Merci, Madame Annie Saumont !

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Deux autres conseils de lecture...

"Les croissants du dimanche" (Julliard)

Le destin émaille notre chemin d'événements heureux ou malheureux que nous ne sommes pas toujours en mesure de contrôler...

Des textes courts, souvent sombres, et si réels pour certains. Une écriture vive et sensible. Nous recevons ces blessures de la vie en plein coeur. Elles nous captivent et nous interrogent.

Ici ou là, un clin d'oeil jouissif à Edgar Allan Poe et Agatha Christie.


"Le tapis du salon" (Julliard)

Les taches du passé, comme une tache d'encre sur un tapis, ne s'effacent pas...

De son écriture épurée, brute, économe en ponctuations, Annie Saumont nous livre des histoires sombres et terrifiantes dans un quotidien ordinaire, presque banal, où le mot "fin" s'abat, inattendu, implacable. 

Un régal !

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"Cinq Nouvelles sur la cruauté ordinaire" - Andrée Chedid, Didier Daeninckx, Thierry Jonquet, J.M.G. Le Clézio, Annie Saumont (Flammarion)


Andrée Chedid (1920, Caire, Egypte - 2011, Paris) est une femme de lettres et poétesse française d'origine syro-libanaise.

Didier Daeninckx est un écrivain français né en 1949. Il est auteur de romans policiers, de nouvelles et d'essais. Issu d'une famille modeste, il prend le parti d'orienter son oeuvre vers la critique sociale et politique au travers de laquelle il aborde certains dossiers du moment, et d'autres d'un passé parfois oublié. Depuis 1990, il se définit comme communiste libertaire.

Thierry Jonquet (1954-2009) est un écrivain français, auteur de polars contemporains, des romans noirs où se mêlent les faits divers et la satire politique et sociale.

Jean-Marie Gustave Le Clézio, plus connu sous la signature de J.M.G. Le Clézio, né en 1940 à Nice, est un écrivain de langue française, comme il se définit lui-même, de nationalités française et mauricienne. Le Prix Nobel de Littérature lui est décerné en 2008 en tant qu'"écrivain de nouveaux départs, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, explorateur d'une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante."

Annie Saumont (1927-2017) est une femme de lettres et traductrice française, auteur de nombreuses nouvelles.

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➤ "La Ronde" de J.M.G. Le Clézio

"Les deux jeunes filles ont décidé de se rencontrer là, à l'endroit où la rue de la Liberté s'élargit pour former une petite place. Elles ont décidé de se rencontrer à une heure, parce que l'école de sténo commence à deux heures, et que ça leur laissait tout le temps nécessaire. Et puis, même si elles arrivaient en retard ? Et quand bien même elles seraient renvoyées de l'école, qu'est-ce que ça peut faire ?"

Deux amies se fixent un rendez-vous à 13 heures. Elles ont un projet en tête. Mais elles ignorent encore que cette rencontre scellera à jamais leur destin...

➤ "Toute une année au soleil" de Didier Daeninckx

"Le chien s'était habitué en moins d'une semaine. Après dix années passées à étouffer ses cris dans cet appartement de banlieue aux cloisons de papier mâché, il donnait libre cours à ses instincts et hurlait en écho aux autres chiens des fermes voisines saluant l'apparition de la lune."

Pour Josette et Pierre, cette maison en Ardèche devait être le paradis de leur retraite...

➤ "L'après-midi du majordome" d'Andrée Chedid

"Harvey, vous m'accompagnez ?" appela la voix venue du jardin.
Le majordome fit semblant de ne pas entendre et se tourna vers Mme la baronne, dans l'espoir que celle-ci trouverait rapidement quelque motif pour le retenir au château.

Un vieux majordome, au service d'une famille depuis plusieurs décennies, est contraint par sa fonction d'accepter une proposition, un honneur que lui fait le jeune baron, mais auquel il aurait préféré se soustraire...

➤ "Le témoin" de Thierry Jonquet

"Moi, faut pas venir me prendre la tête, parce que j'ai rien fait ! Rien ! J'lai signé, le papier que les keufs ils ont tapé à la machine, au commissariat ! Ben, c'est tout écrit dedans, j'ai rien fait, j'suis que témoin. Faut pas me faire un plan galère ! J'suis clean. Tout le monde dans la cité pourra vous le dire. Le premier qui baverait, qui dirait le contraire, de toute façon..."

Témoin d'un fait divers horrible et coupable de silence...

➤ "La plage" d'Annie Saumont

Elle marche sur le sable.
Le sable est gris la mer est blanche et grise. La plage immense.
Elle marche. Une fille en maillot de bain portant sous le bras sa planche de surf. Ciel blanc. Un soleil blanc que voile une buée légère.

Une plage où rien ne bouge... où rien ne doit bouger...

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Frissons et sueurs froides garantis !!!

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"L'enfant qui" de Jeanne Benameur (Actes Sud)


Jeanne Benameur :
Née en 1952 à Ain M'Lila, en Algérie, d'un père tunisien et d'une mère italienne, elle a cinq ans et demi quand elle arrive à La Rochelle où elle habite toujours. Professeur de Lettres à Mauzé sur le Mignon (Deux-Sèvres) puis en région parisienne, elle vit de son écriture depuis 2001. Elle a été directrice de collection aux éditions Actes Sud Junior et aux éditions Thierry Magnier jusqu'en 2013. Le thème central de son oeuvre est la relation à l'autre et le rôle du livre dans l'ouverture au monde.

Jeanne Benameur est l'auteur de "Laver les ombres", "Les Reliques", "Ca t'apprendra à vivre", "Les Insurrections singulières", "Profanes", "Pas assez pour faire une femme" et "Otages intimes" (Actes Sud).

Elle est également la marraine de la Librairie Les Rebelles Ordinaires, à La Rochelle (9 bis, Rue des trois fuseaux), inaugurée en juin dernier.

L'histoire :

Trois êtres sont au coeur d'un silence assourdissant et douloureux. Le silence de la campagne et de la forêt. Le silence de l'abandon. Le silence du chagrin. Le silence des colères intérieures. Le silence de la mort. 

Un enfant, différent des autres, en compagnie d'un chien mystérieux, suit un chemin dans un bois. En communion avec le minéral et le végétal, il part à la rencontre de sa mère disparue.

Au café du village, son père noie son sentiment de culpabilité de n'avoir su aimer ni retenir cette vagabonde à la longue jupe rouge fanée, la mère de son enfant. Son souvenir le broie toujours de désir.

La grand-mère, quant à elle, décide avec courage que ses blessures passées, et dont elle souffre encore aujourd'hui, se mueront en force pour cet enfant qu'elle protège et qu'elle chérit.

Et au bout du voyage, l'océan...

Mon avis :
Un roman court admirable, poétique et onirique, qui aborde avec pudeur et sensibilité ce sujet grave de l'enfance, du deuil, de l'absence.

Un texte pur et merveilleux !

"Nouvelles contemporaines - Regards sur le monde" - Delphine de Vigan, Timothée de Fombelle, Caroline Vermalle (Livre de Poche Jeunesse) - A partir de 14 ans


Delphine de Vigan est une romancière et réalisatrice française née en 1966. Elle est l'auteur de huit romans dont "Rien ne s'oppose à la nuit" (JC Lattès) en 2011, Prix Renaudot des lycéens et Prix Roman France Télévisions, et "D'après une histoire vraie" (JC Lattès) en 2015, Prix Renaudot et Prix Goncourt des lycéens.

Timothée de Fombelle est un écrivain et dramaturge français né en 1973. Il a récemment été reconnu pour deux importants diptyques : les romans "Tobie Lolness" et "Vango". Ses pièces ("Le Phare", "Je danse toujours", "Rose Cats"...) ont été jouées, éditées et traduites. A partir de 2008, il collabore avec la compagnie Paul les oiseaux et la chorégraphe Valérie Rivière.

Caroline Vermalle est née en 1973. Elle est diplômée de l'Ecole Supérieure d'Etudes Cinématographiques. Après avoir été productrice associée pour la BBC, elle publie, à trente cinq ans, son premier roman "L'avant-dernière chance" (Calmann-Lévy) qui a reçu le Prix Chronos 2010.

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Delphine de Vigan
  • "Comptes de Noël" : A quelques jours de Noël, Elsa souffre de l'absence de son père...

Timothée de Fombelle
  • "Un parfum de rose et de sapin sec" : May, une petite fille qui partage une minuscule chambre d'hôtel avec toute sa famille, rêve d'une belle maison avec trois chambres...
  • "J'ai attendu" : Un professeur raconte les émotions que l'on peut ressentir à chaque rentrée des classes...
  • "Il était une fois" : Il était une fois l'histoire d'un royaume et d'un peu d'espoir...
  • "Un peu de lenteur" : Un train rempli de voyageurs est arrêté dans sa course pendant trois heures...
  • "Scène de comptoir" : Dans un bar, un homme offre le petit-déjeuner à deux inconnus...
  • "Mon jardin inconnu" : Un coin de paradis, ce jardin ouvrier...
  • "Il travaille" : Un homme vient de retrouver un emploi...

Caroline Vermalle
  • "Le dernier tour" : A la nuit tombée, sous une pluie battante, auprès de son antique carrousel, Gaston, un vieux monsieur, attend une visite...
  • "La fille du déménageur" : Après la tentative de suicide de sa fille adolescente, un père est prêt à tout mettre en oeuvre pour montrer à son enfant combien la vie est précieuse et formidable...

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Mon avis :
Des histoires construites autour de l'enfance, autour du temps qu'il faut apprendre à saisir avant qu'il nous file entre les doigts, autour de cette force que nous donne notre imaginaire pour affronter la réalité du monde. Une mention 💗 "J'adore" pour les deux nouvelles de Caroline Vermalle !

"Incandescences" de Ron Rash (Points)


Ron Rash est un poète, auteur de cinq recueils de nouvelles et de cinq romans, tous lauréats de prestigieux prix littéraires. Né en 1953 en Caroline du Sud, où sa famille est installée depuis la fin du XVIIIème siècle, chargé des Etudes Appalachiennes à la Western Carolina University, il défend depuis toujours la culture de cette région où sont nés la Country et le Blue Grass, territoire déchiré entre le Nord abolitionniste et le Sud esclavagiste durant la guerre civile. La nature est toujours le personnage principal de ses livres, imprimant sa marque sur la destinée des hommes, de gré ou de force. "Incandescences" a été récompensé en 2010 par le Frank O'Connor International Short Story Award.

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PARTIE I

"Les temps difficiles" :
C'est la crise économique pour tout le monde. A la campagne comme à la ville, les gens ont faim, veulent du travail. Jacob et Edna ont perdu leur pick-up et presque tout leur bétail, saisis par la banque. Et en plus de cela, chaque nuit, on leur vole des oeufs dans leur poulailler...

"Le bout du monde" :
Ce matin-là, Parson arrive à sa boutique de prêteur sur gages sous une violente tempête de neige. Il n'est pas inquiet. Il sait que, même par ce temps, il aura des clients, ceux qui ont besoin de liquide pour leur dose quotidienne de meth...

"Des confédérés morts" :
Un découvert abyssal à la banque... De gros frais d'hospitalisation pour sa mère à régler rapidement... S'il ne trouve pas de l'argent très vite, il perdra son pick-up, et peut-être plus encore. Alors, quand un de ses collègues de travail lui propose un mauvais coup, il ne prend pas la peine de réfléchir longtemps...

"L'envol" :
Jared, un garçon de onze ans, fuit l'univers familial pitoyable pour s'enfoncer dans le parc national enneigé...

"La femme qui croyait aux jaguars" :
Ruth Lealand vient d'inhumer sa mère. Enfin seule chez elle, elle se souvient soudain de cette illustration en noir et blanc d'un manuel scolaire et qui représentait un jaguar. Cette image, enfouie dans sa mémoire pendant plus de cinquante ans, pourquoi revient-elle à son esprit aujourd'hui ?

"Incandescences" :
En ce mois d'août brûlant et sec, la région compte déjà trois incendies en seulement quinze jours. Trop pour être des accidents. Marcie pense alors à Carl, son jeune nouvel époux, à ses retards répétés le soir, au briquet qu'elle lui a offert à l'occasion de leur mariage en avril dernier, à son pick-up noir comme celui remarqué sur les lieux des feux. Carl n'est pas du coin. Les doutes sont-ils inévitables ?

PARTIE II

"Retour" :
Un soldat rentre chez lui, en Caroline du Nord, après deux ans dans le Pacifique Sud...

"Dans la gorge" :
Jesse est un vieil homme à présent. Il regarde avec émotion ces terres qui ont appartenu à sa famille, par le passé, pendant près de deux cents ans, jusqu'en 1959 et leur vente au Service du parc régional. Jesse se souvient qu'il y a plus d'un demi-siècle, son père y avait semé et récolté le ginseng. Il se souvient de sa grand-tante qui, à quatre-vingts ans, binait encore un champs. Et il se souvient du jour où elle fut retrouvée adossée à un arbre, son dernier souffle de vie offert à cette terre qui l'avait vue naître...

"Etoile filante" :
Lynn et Bobby sont mariés. Ils ont une petite fille, Janie, qui vient d'entrer au CP. Il y a quelques mois, Lynn a repris ses études à l'université. Depuis, tout a changé pour Bobby...

"L'oiseau de malheur" :
Depuis qu'il entend ce hibou chaque nuit, Boyd est tourmenté par des superstitions apprises de son grand-père lorsqu'il était enfant dans les montagnes de Caroline du Nord...

"Waiting for the End of the World" ("En attendant la fin du monde") :
Au bar La Dernière Chance, un dernier verre et une dernière chanson avant la fin du monde...

"Lincolnites" :
C'est le printemps. Après une harassante journée de travail aux champs, Lily se repose enfin auprès de son bébé d'un an. Paisiblement, elle tricote en attendant la prochaine tétée. Depuis la dernière permission de Noël de son mari, partisan d'Abraham Lincoln, Lily est de nouveau enceinte. Ethan a dit qu'en septembre, la guerre sera terminée. Ils seront réunis pour la naissance du petit. Lorsqu'elle sort de ses pensées heureuses, Lily découvre qu'un soldat confédéré est entré dans la cour. Au mieux, il volera des poules. Au pire...

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Mon avis :

L'écriture incandescente de Ron Rash illumine et réchauffe ces êtres sous le coup du sort, du destin. Ces histoires pourraient être tragiques, misérables, désespérées. Mais l'auteur ne l'entend pas ainsi. Il y met toute son humanité, toute son intensité, toute sa poésie, toute sa bonté envers ces abîmés de la vie. Sans jamais oublier la Nature, souveraine et magnifique, notre sève à tous, qu'il faut autant craindre que respecter.

Puissant, comme toujours !





A lire également : "Une terre d'ombre"




jeudi 6 juillet 2017

Prochaines présentations : début août 2017




Sous les pavés,
La plage ensoleillée !
Les livres de l'été...

Partie 2 - "Histoires courtes"

"Les enfants de Longbridge" de Jonathan Coe (Folio)


Diptyque composé de "Bienvenue au club" et "Le Cercle fermé" (922 pages)

Jonathan Coe est né en 1961 à Lickey, près de Birmingham (Royaume-Uni). Il est l'un des auteurs majeurs de la littérature britannique actuelle. Ses oeuvres mettent en scène des personnages en proie aux changements politiques et sociaux de l'Angleterre contemporaine. S'il sait se faire grave et mélancolique, dans "La ferme de hasard" (2007), c'est avec "Testament à l'anglaise" (1995), Prix du Meilleur Livre étranger 1996, où il présente une peinture au vitriol de l'époque thatchérienne, que son talent de romancier se fait connaître. Suivent "La maison du sommeil" (1998), Prix Médicis étranger 1998, le diptyque "Bienvenue au club" (2003) et "Le Cercle fermé" (2006), "La pluie, avant qu'elle tombe" (2009), "La vie très privée de Mr Sim" (2011), histoire picaresque d'un incorrigible ingénu, "Expo 58" (2014), parodie de roman d'espionnage dans l'Angleterre des années 1950, et "Numéro 1. Quelques contes sur la folie des temps" (2016).

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Rappel historique : Le Royaume-Uni du début du XXème siècle à nos jours

Après une ère de puissance quasi incontestée, le Royaume-Uni doit faire face à de nouveaux concurrents, notamment l'essor spectaculaire des anciens sujets américains avec lesquels il s'enorgueillit désormais de nouer une "relation spéciale". Il voit sa prééminence s'affaiblir : il est privé de la plus grande partie de son extension irlandaise dès 1921, affecté par la grande dépression des années 1930, saigné par son engagement contre les Empires centraux et les pays fascistes dans les guerres mondiales. Perdant par la suite l'ensemble de son Empire colonial, celui qui fait longtemps figure d'"homme malade" de l'Europe, rejoint néanmoins la Communauté économique européenne en 1973.

Pour rénover l'industrie et juguler le chômage, les Travaillistes - au pouvoir de 1964 à 1970, puis de 1974 à 1979 - comme les Conservateurs - de 1970 à 1974 - renforcent l'interventionnisme : Harold Wilson nationalise à nouveau la sidérurgie en 1969, Edward Heath fait de même avec Rolls-Royce en 1972, puis avec l'industrie aéronautique, l'automobile, les chantiers navals... En 1977, pour conserver le pouvoir, le parti travailliste doit conclure un accord avec le parti libéral. Un Front national xénophobe apparaît. Ecossais et Gallois élisent des députés nationalistes. Les dépenses publiques atteignent près de la moitié du PNB. Le pays est contrait de négocier des aides auprès du Fonds monétaire international (FMI), mais ne parvient pas à faire accepter les plans d'austérité budgétaire et salariale demandés par celui-ci. Les syndicats multiplient les grèves (1970 ; hivers 1973-1974 et 1978-1979).

A l'arrivée de Margaret Thatcher à sa tête (1979) et la révolution conservatrice qu'elle engage jusqu'en 1990, démantelant une partie de l'édifice de l'Etat providence mis en place à partir de 1945, la Grande-Bretagne fait office, avec les Etats-Unis de Ronald Reagan, de laboratoire d'un néo-libéralisme triomphant. Une option que ne semblent pas renier complètement les Premiers ministres qui se sont succédé depuis. Et ce, malgré la grande récession qui, à partir de 2008, paraît pourtant mettre en cause ses excès et conduire durablement le royaume et ses sujets vers des années difficiles.

Quelques Premiers ministres :

Harold Wilson (Travailliste - de 1964 à 1970)
Edward Heath (Conservateur - de 1970 à 1974)
Harold Wilson (Travailliste - de 1974 à 1976)
James Callaghan (Travailliste - de 1976 à 1979)
Margaret Thatcher (Conservateur - de 1979 à 1990)
John Major (Conservateur - de 1990 à 1997)
Tony Blair (Travailliste - de 1997 à 2007)
Gordon Brown (Travailliste - de 2007 à 2010)
David Cameron (Conservateur - de 2010 à 2015 et de 2015 à 2016)
Theresa May (Conservateur - depuis 2016)

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L'histoire :

Berlin, 2003

Quatre Britanniques se retrouvent par hasard dans un salon de thé berlinois. Une mère et sa fille, et un père et son fils. La mère et le père se sont brièvement connus à l'époque du lycée, à Longbridge, au centre de l'Angleterre. Puis, ils se sont perdus de vue pendant vingt-neuf ans jusqu'à ce jour. La fille, Sophie, et le fils, Patrick, sympathisent immédiatement. Ensemble, avec ce qu'ils savent chacun de la vie de leurs parents, ils vont remonter le temps et tenter de dérouler le fil de leur histoire. Tout commence le 15 novembre 1973...

Mon avis :

Tels une danse tour à tour sensuelle, joyeuse, douloureuse ou féroce, parfois collective, parfois en couple, parfois en solo, les destins d'une poignée d'amis d'enfance de Longbridge s'entrecroisent. Un pas en avant, deux pas en arrière, au rythme des événements et de leurs émotions, les personnages se racontent. Leurs espoirs, leurs premiers émois, leurs rivalités, leurs premières expériences d'adolescents. Leurs succès, leurs échecs, leurs incertitudes, leur nostalgie de quadragénaires. Quoi qu'ils fassent, quel que soit le chemin qu'ils choisissent, tout les ramène à leur ville, au temps de leur jeunesse.

En toile de fond de ces existences fragiles, il y a l'Histoire de l'Angleterre, du début des années 1970 au milieu des années 2000 : la question de l'Irlande et la peur des attentats, l'effondrement économique, le chômage, les troubles sociaux, le racisme, la montée de l'extrême droite et de l'antisémitisme, les enjeux politiques, la guerre en Irak.

Dans cette fresque aux nombreuses références à la culture, au théâtre, à la poésie, à la littérature, la musique tient une place essentielle.

Un diptyque savoureux, drôle, alternant subtilement légèreté et gravité. L'auteur porte un regard passionné mais lucide sur son pays. On quitte avec grand regret ces héros que nous avions appris à aimer page après page. A lire absolument !

"L'équilibre du monde" de Rohinton Mistry (Livre de Poche)


(881 pages)

Rohinton Mistry est né à Bombay en 1952. Aujourd'hui installé à Toronto, il est un des auteurs les plus impressionnants de cette littérature indienne anglophone qui, bien que poussée par les vents de la diaspora, ne cesse d'évoquer les multiples tumultes du sous-continent. De cette terre-là, Mistry est un peintre tout simplement éblouissant : l'étendue de sa palette mérite qu'on le compare à Dickens.

Finaliste du Booker Prize en 1996, son "Equilibre du monde" renoue avec la tradition du roman total, panoramique, visionnaire à force d'être réaliste. Quand le rideau tombe, le lecteur découvre une Inde à feu et à sang : Indira Gandhi vient de décréter l'état d'urgence, livrant son pays à deux années de terreur, entre 1975 et 1977...

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Rappel historique :
(Nehru et Gandhi)

Mohandas Karamchand Gandhi, surnommé le Mahatma ("La Grande Ame") est un apôtre national et religieux de l'Inde (Porbandar, 1869 - Delhi, 1948). Avocat de formation, Gandhi exerce pendant vingt ans en Afrique du Sud, période pendant laquelle il expérimente la résistance passive et non violente pour lutter contre les autorités. Revenu en Inde en 1915, il s'engage dans la lutte contre la domination britannique et devient l'autorité morale du parti du Congrès. Son attachement aux traditions, sa vie de pauvreté et ses multiples emprisonnements lui valent une grande popularité. A partir de 1930 surtout, il mobilise les Indiens dans la désobéissance civile. Il joue un grand rôle dans l'accession à l'indépendance en 1947, mais la partition entre l'Inde et le Pakistan est pour lui un échec cuisant. Il est assassiné en 1948 par un fanatique hindou.

Indira Gandhi, née Indira Nehru en 1917 à Allâhâbâd, est une femme politique indienne. Premier ministre de l'Inde à deux reprises (1966-1977 et 1980-1984), elle est assassinée lors de son deuxième mandat le 31 octobre 1984 à New Delhi.

Elle est l'unique enfant de Jawaharlal Nehru et de son épouse Kamala. Son père lutte aux côtés du Mahatma Gandhi pour l'indépendance de l'Inde, qui fait alors partie de l'Empire britannique. Membre important du parti indien du Congrès, Nehru est emprisonné plusieurs fois par les autorités britanniques.

Indira Nehru étudie à l'université en Inde, puis à Oxford et en Suisse. De retour dans son pays, elle s'inscrit au parti du Congrès en 1937 et participe à la lutte pour l'indépendance. Elle est emprisonnée pendant quelques mois en 1942 en raison de ses activités nationalistes. La même année, elle épouse un journaliste, Feroze Gandhi (il n'a pas de lien de parenté avec le Mahatma Gandhi). Ils ont deux fils, Rajiv Gandhi (1944-1991) et Sanjay Gandhi (1946-1980).

L'indépendance de l'Inde est reconnue en 1947. Jawaharlal Nehru devient Premier ministre (il le reste jusqu'à sa mort en 1964), et sa fille est sa plus proche collaboratrice. De 1959 à 1960, elle préside pendant quelques mois le parti du Congrès. Feroze Gandhi, son mari, meurt en 1960.

Après la mort de son père en 1964, elle fait partie du gouvernement de son successeur et devient ministre de l'Information et de la Communication. En 1966, elle accède au poste de Premier ministre et en même temps, elle est ministre des Affaires étrangères (1967-1969), puis ministre des Finances (1970-1971). L'Inde étant menacée par la famine, Indira Gandhi obtient des Etats-Unis une aide alimentaire, puis elle met en place une réforme agraire. Elle fait nationaliser les grandes banques indiennes.

En conflit avec un leader important de la droite de son propre parti, Morarji Desai, elle est exclue du parti du Congrès. Elle forme alors avec ses partisans le Nouveau Congrès, sur lequel elle s'appuie pour gouverner. En 1974, l'Inde fabrique sa première bombe atomique.

Suite à des soupçons de fraude électorale, l'élection d'Indira Gandhi est invalidée en 1975. Elle refuse de quitter le pouvoir et décrète l'état d'urgence. Les libertés sont réduites, l'opposition est contrôlée, certains opposants sont emprisonnés, et les élections sont reportées. Il s'agit de la période la plus controversée de l'histoire récente de l'Inde. L'état d'urgence prend fin en 1977. Battue aux élections, Indira Gandhi perd son poste de Premier ministre. En 1978, elle redevient la présidente du parti du Congrès, puis ensuite Premier ministre en 1980, lorsque son parti gagne à nouveau les élections. 

Sur le plan mondial, Indira Gandhi est reconnue comme une personnalité importante des pays émergents du sud. A l'intérieur du pays, de graves tensions existent entre les communautés hindoues et sikhs. Ces derniers réclament - parfois par la violence - leur autonomie. 

En juin 1984, l'armée indienne massacre un groupe de sikhs armés dans un temple sacré. Parmi les victimes se trouvent aussi d'autres personnes venues simplement pour se recueillir. Quelques semaines plus tard, Indira Gandhi est assassinée, par balles, par deux gardes du corps sikhs.

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("Gare de Bombay" par Michèle Duretête-Brodel)

L'histoire :

Bombay, Inde - 1975

Comme chaque jour, le train de banlieue est bondé. Soudain, il s'arrête si brusquement que les voyageurs sont violemment bousculés et les bagages, projetés un peu partout, blessent quelques personnes. Un corps vient d'être découvert sur la voie. C'est hélas une tragédie assez fréquente, mais, aujourd'hui, certains passagers s'inquiètent de l'état d'urgence annoncé le matin même à la radio.

Voilà les circonstances dans lesquelles font connaissance Maneck Kohlah, un jeune étudiant, et Ishvar et Omprakash Darji, un oncle et son neveu, tous deux tailleurs. Le plus grand des hasards conduit les trois hommes à un rendez-vous à la même adresse auprès de Mrs Dina Dalal.

L'arrivée de Maneck chez elle plonge Dina dans une profonde nostalgie. L'étudiant est le fils d'une de ses amies d'enfance. Une époque où elle était si heureuse avec son père adoré, le Docteur Schroff, médecin généraliste humble, humain et dévoué au point d'en oublier sa propre santé.

La mère de Dina était plus rude. Quant à son frère, Nusswan, son aîné de onze ans, elle n'a jamais été proche de lui. Mais après la mort prématurée de leur père, puis de celle de leur mère, atteinte de démence, Nusswan devient le tuteur autoritaire et cruel de sa petite soeur. Commença alors pour Dina une dure bataille pour gagner son indépendance et préserver en elle toutes les beautés que son père lui avait enseignées.

Quelques années plus tard, Dina tombe amoureuse de Rustom Dalal, un jeune préparateur en pharmacie, cultivé, gentil, qui lui rappelait beaucoup son père. Mais le bonheur fut de courte durée. Trois ans après leur mariage, Rustom mourut dans un accident de la circulation et Dina se trouva à nouveau l'obligée de son frère, chef de famille intransigeant, et de sa belle-soeur.

Au bout de seize mois, n'y tenant plus, Dina décida de reprendre l'appartement de son défunt mari et de se libérer de la tyrannie de Nusswan. Très vite, il lui fallut un travail pour payer son loyer. Aussi rendit-elle visite à l'oncle et la tante de Rustom, un couple généreux et attachant. La Tante Shirin lui proposa immédiatement de la seconder dans son entreprise de confection. Trop âgée, elle pensait tout abandonner mais que Dina prenne sa suite la comblait de joie.

A la mort de Tante Shirin et d'Oncle Darab, Dina dirigea l'affaire, mais elle se sentit très seule. Elle n'était pas toujours en mesure de régler toutes ses factures et devait régulièrement requérir de l'aide auprès de son frère, ravi, à cette occasion, d'humilier sa soeur. Malgré cela, Dina ne lâcha rien et se jeta à corps perdu dans son labeur...

Mon avis :

Cet ouvrage, en plus d'être une très belle fresque romanesque, est aussi un livre d'Histoire, celle de l'Inde contemporaine, des luttes du Mahatma Gandhi à l'assassinat d'Indira Gandhi.

Nous rencontrons d'abord Dina, jeune veuve avide d'indépendance, dont nous devinons qu'elle sera l'héroïne principale du roman. Puis entrent en piste : deux intouchables, Ishvar et Omprakash ; un étudiant, Maneck ; un avocat aphone, Vasantrao Valmik ; un mendiant cul-de-jatte, Shankar ; un ramasseur de cheveux, Rajaram... et tant d'autres, tous issus de régions, de conditions sociales, de culture et d'éducation différentes. Chacun fait le récit de sa vie, de celle de sa famille, de ses ancêtres.

De ce puzzle apparaît l'image de l'Inde, sa beauté, son art, ses traditions, ses valeurs, mais aussi sa violence, ses cicatrices indélébiles, et la difficulté (voire l'impossibilité) pour les femmes, les intouchables et les basses castes de s'émanciper. Le réalisme est cru, parfois insoutenable, mais toutefois apaisé par un humour très présent. Certaines scènes sont réjouissantes de rocambolesque malgré les drames qui planent au-dessus de la tête de chaque personnage.

Un roman bouleversant et passionnant !