lundi 15 juillet 2019

"Les Rois maudits" (L'Intégrale) de Maurice Druon (Plon)

Maurice Druon (Paris, 1918 - Paris, 2009) est un écrivain et homme politique français. Engagé pour la liberté, jeune officier de cavalerie, il participe au combat des cadets de Saumur contre la Wehrmacht en juin 1940. Il s'engage ensuite dans la Résistance et rejoint Londres en janvier 1943. Attaché au programme "Honneur et Patrie" de la BBC, il écrit alors avec son oncle, l'écrivain Joseph Kessel, les paroles du Chant des Partisans, que met en musique Anna Marly.

Elu à l'Académie française en 1966, ministre des Affaires culturelles sous la présidence de Georges Pompidou (1973-1974), il soulève contre lui les tenants d'un théâtre moderne, après avoir menacé de fermer les théâtres subversifs. Il est aussi un farouche adversaire de la féminisation de la langue française et de l'Académie (où il s'oppose, en vain, à l'entrée de Marguerite Yourcenar).

Entre ces deux périodes, Maurice Druon se rend célèbre en tant que romancier avec une fresque "noire" de la bourgeoisie d'affaires, "La fin des hommes", en trois tomes : "Les grandes familles", Prix Goncourt 1948 ; "La chute des corps", 1950 ; "Rendez-vous aux enfers", 1951. Il écrit aussi d'autres oeuvres, comme "Tistou les pouces verts" (1957), un conte pour enfants, des pièces de théâtre et des essais.

Mais on retient surtout le succès des "Rois maudits", suite romanesque historique écrite à plusieurs mains, entre 1955 et 1977, basée sur la légende inventée par le chroniqueur italien Paolo Emilio (vers 1455-1529) selon laquelle le dernier grand-maître de l'Ordre du Temple, Jacques de Molay, sur le bûcher, aurait lancé une malédiction à l'encontre du roi de France Philippe IV le Bel, du pape Clément V, de Guillaume de Nogaret, et de leurs héritiers et descendants pendant treize générations. La saga est adaptée à la télévision par Claude Barma en 1972 et par Josée Dayan en 2005.

L'écrivain américain George R. R. Martin, admirateur des "Rois maudits", s'est inspiré de l'oeuvre de Maurice Druon pour son propre cycle romanesque "Le Trône de fer" ("Game of Thrones").

En 2013, la maison d'édition Harper-Collins réédite, au Royaume-Uni, les "Rois maudits" ("Accursed Kings"). Le dernier tome, traduit en anglais pour la première fois, porte, pour les Etats-Unis, une préface signée George R. R. Martin.

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Quelques mots d'histoire...

Philippe IV le Bel ou le Roi de fer (1268 - 1314) est un roi de France (1285-1314), de la dynastie des Capétiens.

Petit-fils de Louis IX (Saint Louis), deuxième fils de Philippe III le Hardi et d'Isabelle d'Aragon, en 1284, le prince Philippe épouse Jeanne de Navarre, ce qui lui offre la couronne de Navarre et son fief, la Champagne. L'année suivante, il devient roi de France à la mort de son père.

Philippe IV intervient en Flandre, provoquant un soulèvement général. Battu par les milices urbaines à Courtrai (1302), il parvient néanmoins à soumettre les cités en 1304. Par ailleurs, il étend son royaume à l'est. Mais son règne est avant tout marqué par le grave conflit l'opposant à la papauté. 

Entouré de légistes, parmi lesquels Pierre Flote, Guillaume de Nogaret, Guillaume de Plaisians, Gilles Aycelin (évêque de Narbonne) et Philippe de Villepreux (un Juif converti), sans oublier le conseiller des dernières années du règne, Enguerrand de Marigny, imbus de l'idée de toute-puissance royale, il cherche à renforcer ses prérogatives et s'oppose au pape Boniface VIII.

Attentat à Anagni
contre Boniface VIII
Débutant à propos de la levée des décimes (1296), le conflit rebondit avec l'arrestation par le roi de l'évêque de Pamiers (1301). Sur le point d'excommunier Philippe le Bel, le pape Boniface VIII est victime à Anagni d'une conjuration ourdie par Nogaret (1303). L'élection de Clément V (1305), qui s'installe à Avignon, marque la victoire complète du roi de France.

A l'intérieur, Philippe le Bel, animé par une volonté centralisatrice, accroît l'importance de la chancellerie et de l'hôtel du roi, et précise le rôle des parlements. Aux prises avec de graves difficultés financières, il impose les exportations, mais le rapport qu'il en retire est faible. En 1306, il fait expulser les Juifs, auparavant redevables d'une taxe imposant le port de la rouelle rouge cousue sur leur vêtement. La plupart des Juifs (cent mille environ) s'expatrient, tandis que certains se convertissent, mais le rapport pour les finances du royaume s'étale sur plusieurs années, le temps de recouvrer leurs créances. Les banquiers et marchands lombards, à leur tour, seront victimes de l'expulsion entre 1309 et 1311.

Le 14 septembre 1307, le roi fait parvenir par lettres closes à ses baillis et sénéchaux l'ordre d'arrêter le mois suivant les membres du puissant Ordre des Templiers. Le secret est bien gardé et, le 13 octobre, pratiquement tous les Templiers sont surpris et arrêtés. Leurs biens sont aussitôt inventoriés et saisis, tandis que les premiers aveux d'hérésie, d'idolâtrie, de sodomie sont extorqués sous la torture, entraînant un scandale majeur au sein de la chrétienté. Le 22 novembre suivant, le pape Clément V ordonne à son tour l'arrestation des Templiers dans tous l'Occident chrétien.

"Les Rois maudits"
Série pour la télévision, réalisée en 2005 par Josée Dayan
Au centre : Gérard Depardieu (Jacques de Molay)

Les Templiers sont remis à l'Inquisition. Sous la pression de Philippe le Bel, le pape condamne au bûcher les relaps : cinquante-quatre Templiers sont brûlés le 12 mai 1310, puis quelques autres dans les jours suivants. De même, l'Ordre des Templiers est supprimé par la bulle Vox in excelso (3 avril 1312), et les richesses des Templiers sont données aux Hospitaliers. Les derniers dignitaires Templiers - dont le grand-maître Jacques de Molay, le visiteur de France Hugues de Pairaud et les quatre précepteurs de l'Ordre (Provence, Normandie, Aquitaine et Outre-Mer) - sont condamnés à la prison à vie, le 18 mars 1314. Cependant, Jacques de Molay et Geoffroi de Charnay (le précepteur de Normandie) s'étant rétractés en public, sont brûlés le soir  même sur un bûcher dressé dans l'Ile de la Cité, à Paris.

Les derniers mois du règne de Philippe le Bel sont marqués par le scandale des trois brus du roi. Marguerite de Bourgogne, épouse de Louis de Navarre (futur Louis X), et Blanche d'Artois (ou de Bourgogne), épouse de Charles (futur Charles IV) deviennent les amantes de Gautier d'Aunay et de son frère Philippe au début des années 1310. Pour sa part, la troisième bru, Jeanne d'Artois, soeur de Blanche et femme de Philippe (futur Philippe V), reste fidèle à son époux mais, au courant de l'affaire, préserve le secret de ses deux belles-soeurs. En mai 1314, ces liaisons sont rendues publiques par Isabelle de France, la fille de Philippe le Bel. Le crime est de lèse-majesté, et le châtiment des frères d'Aunay est exemplaire (ils sont écorchés vifs, châtrés et pendus). Marguerite et Blanche sont tondues et enfermées à Château-Gaillard. Jeanne est également emprisonnée pour avoir gardé le secret. Ainsi, à la veille de la mort du roi, ses trois fils se retrouvent sans épouses ni descendance masculine.

Philippe le Bel meurt le 29 novembre 1314, des conséquences d'une chute de cheval. Il est inhumé le 3 décembre à Saint-Denis, son coeur étant donné aux dominicaines de Poissy. Bien que Philippe le Bel ait eu trois fils, la dynastie capétienne se trouve, dans les années 1320, face à la plus importante crise de son histoire, qui fait passer la couronne de la lignée des Capétiens directs à celle des Valois.

Successivement, Louis X le Hutin (1314-1316), Philippe V le Long (1316-1322) et Charles IV le Bel (1322-1328) règnent et meurent sans laisser d'héritier mâle. La fille de Philippe le Bel, Isabelle de France, mariée à Edouard II d'Angleterre, lui donne un fils (futur Edouard III), qui est donc, au moment de la mort de Charles IV, le seul petit-fils vivant du défunt Philippe le Bel. Les Valois, qui prennent le trône avec l'agrément des barons, sont une branche collatérale des Capétiens, et les Anglais contestent la légitimité de Philippe VI de Valois. Cette crise dynastique est l'une des causes immédiates de la guerre de Cent Ans.


Louis X le Hutin (1289 - 1316), roi de France (1314-1316) et de Navarre (Louis Ier) (1305-1316), de la dynastie des Capétiens. Premier fils de Philippe IV le Bel et de Jeanne Ière de Navarre, il est contraint par les nobles de confirmer les chartes qui précisent leurs droits et coutumes. Veuf de Marguerite de Bourgogne (dont il a une fille, Jeanne), il épouse Clémence de Hongrie, mère de Jean Ier le Posthume.

Philippe V le Long (1293 - 1322), roi de France (1316-1322), de la dynastie des Capétiens. Deuxième fils de Philippe IV le Bel et de Jeanne Ière de Navarre, il devient régent du royaume à la mort de son frère Louis X le Hutin (1316), au détriment de sa nièce Jeanne, fille de Louis X le Hutin. Obtenant peu après que celle-ci renonce à ses droits, il crée le précédent écartant les femmes du trône de France. Philippe V perfectionne l'administration financière et consulte fréquemment les trois ordres. Epoux de Jeanne II de Bourgogne, il laisse le trône sans héritier mâle.

Charles IV le Bel (1294 - 1328), roi de France et de Navarre (Charles Ier) (1322-1328), de la dynastie des Capétiens. Il est le troisième fils de Philippe IV le Bel et de Jeanne Ière de Navarre. Epoux de Blanche de Bourgogne (1308-1322), Marie de Luxembourg (1322-1324) et Jeanne d'Evreux (1325-1328) qui donne naissance à une fille, Blanche, en 1329, après la mort du roi.

Philippe VI de Valois (1293 - 1350), roi de France (1328-1350), de la dynastie des Valois. Fils de Charles de Valois (frère de Philippe le Bel) et de Marguerite de Sicile, il succède au dernier Capétien direct, Charles IV le Bel, mort sans héritier mâle, et devient roi au détriment d'Edouard III d'Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère. Il intervient en Flandre, où il vainc à Cassel (1328) les cités révoltées contre leur comte. Mais bientôt éclate la guerre de Cent Ans, Edouard III revendiquant la couronne de France après la confiscation de la Guyenne par Philippe VI. Ce dernier est vaincu sur mer à L'Ecluse (1340) et sur terre à Crécy (1346), alors que Calais est prise en 1347. La France est en outre ravagée par la Peste noire (1348-1349). En 1349, Philippe achète le Dauphiné et la seigneurie de Montpellier.

Jean II le Bon (1319 - 1364), roi de France (1350-1364), de la dynastie des Valois. Fils et successeur de Philippe VI, son règne est marqué au début par ses démêlés avec Charles le Mauvais, roi de Navarre, et par ses embarras financiers nécessitant plusieurs convocations d'états généraux. Vaincu à Poitiers par le Prince Noir (1356), il est emmené à Londres. Après avoir signé les préliminaires de Brétigny et le traité de Calais (1360), il revient en France, laissant deux de ses fils en otage. Il donne en apanage à son fils Philippe II le Hardi le duché de Bourgogne, fondant ainsi la seconde maison de Bourgogne. Il meurt prisonnier des Anglais, ayant repris la place de son fils Louis d'Anjou, qui s'était évadé.

Edouard II (1284 - 1327), roi d'Angleterre (1307-1327), de la dynastie des Plantagenêts. Fils d'Edouard Ier, il ne peut soumettre l'Ecosse (Bannockburn, 1314) ; après de longues luttes contre la grande aristocratie britannique, il est trahi par sa femme Isabelle de France, déposé, puis assassiné.

Edouard III (1312 - 1377), roi d'Angleterre (1327-1377), de la dynastie des Plantagenêts. Fils d'Edouard II et d'Isabelle de France, il épouse en 1328 sa cousine, Philippa de Hainaut. Ils ont douze enfants dont deux, Jean de Gand, duc de Lancastre, et Edmond de Langley, duc d'York, qui seront à l'origine de la guerre civile, plus connue sous le nom de la guerre des Deux-Roses. Revendiquant comme petit-fils de Philippe IV le Bel le trône capétien, il entreprend contre la France la guerre de Cent Ans ; vainqueur à Crécy (1346), il prend Calais (1347), puis impose à Jean le Bon la paix de Brétigny (1360). Il institue l'ordre de la Jarretière.

Robert III (1287 - 1342), comte d'Artois (1302-1309). Petit-fils de Robert II le Noble, privé de son comté par sa tante Mathilde (Mahaut) (1309), il ne peut obtenir le soutien du roi de France Philippe VI, son beau-frère, et passa au service d'Edouard III, roi d'Angleterre.

"Les Rois maudits : le Roi de fer"
Série pour la télévision, réalisée en 1972 par Claude Barma
Au premier plan : Jean Piat (Robert III d'Artois)

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"Au début du XIVe siècle, la France est le plus puissant, le plus peuplé, le plus actif, le plus riche des royaumes chrétiens, celui dont les interventions sont redoutées, les arbitrages respectés, la protection recherchée. Et l'on peut penser que s'ouvre pour l'Europe un siècle français.
Qu'est-ce donc qui fait, quarante ans après, que cette même France est écrasée sur les champs de bataille par une nation cinq fois moins nombreuse, que sa noblesse se partage en factions, que sa bourgeoisie se révolte, que son peuple succombe sous l'excès de l'impôt, que ses provinces se détachent les unes des autres, que des bandes de routiers s'y livrent au ravage et au crime, que l'autorité y est bafouée, la monnaie dégradée, le commerce paralysé, la misère et l'insécurité partout installées ? Pourquoi cet écroulement ? Qu'est-ce donc qui a retourné le destin ?"

Maurice Druon
"Quand un roi perd la France"
Extrait de l'introduction

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Tome 1 - Le Roi de fer

Mars 1314

Le comte Robert III d'Artois (petit-fils de Robert II d'Artois mort lors de la bataille de Courtrai) se rend au château de Westminster, en Angleterre. Il apporte de bien mauvaises nouvelles de France à sa cousine, très chère à son coeur, la reine Isabelle de France (fille du roi Philippe IV le Bel et épouse du roi d'Angleterre Edouard II). Marguerite, Blanche et Jeanne, les trois belles-soeurs de la reine, sont soupçonnées d'adultère. Le royaume de France ne peut être ainsi déshonoré. Mais ce n'est, hélas, pas tout. Le parrain d'Isabelle, Jacques de Molay, grand-maître de l'Ordre du Temple, sera bientôt jugé et sans nul doute condamné...

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Tome 2 - La Reine étranglée

"Après vingt-neuf années d'un gouvernement sans faiblesse, le Roi de fer venait de trépasser, frappé au cerveau. Il avait quarante-six ans. Sa mort suivait, à moins de six mois, celle du garde des Sceaux Guillaume de Nogaret, et, à sept mois, celle du pape Clément V. Ainsi semblait se vérifier la malédiction lancée le 18 mars, du haut du bûcher, par le grand-maître des Templiers, et qui les citait tous trois à comparaître au tribunal de Dieu avant qu'un an soit écoulé."

Louis de Navarre, premier fils de Philippe IV, accède au trône mais, déjà affublé du surnom de "hutin" et cocu de surcroît, il ne représente pas la stabilité et la force que requiert la fonction de roi.

Le Château-Gaillard, citadelle surplombant la Seine, construite cent-vingt ans plus tôt en Haute-Normandie par Richard Coeur de Lion, ne garde aujourd'hui que deux prisonnières, Marguerite et Blanche de Bourgogne, jeunes belles-filles de Philippe le Bel condamnées à la réclusion à perpétuité pour infidélité envers leurs époux. En ce froid matin du 30 novembre 1314, elles reçoivent une rare visite, celle de leur cousin Robert d'Artois. Le rusé a sûrement quelque idée derrière la tête...

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Tome 3 - Les poisons de la Couronne

Six mois après le décès du Roi de fer, sous la gestion déplorable de Louis le Hutin, le royaume de France est au plus mal. De plus, après un hiver de famine, voilà qu'en ce printemps, de violents orages s'abattent sur les champs et détruisent les cultures. Par ailleurs, aucun pape n'a encore été nommé pour succéder à Clément V.

Qu'importe pour le roi Louis X ! Son épouse adultère, Marguerite de Bourgogne, venant de décéder à la prison de Château-Gaillard, il peut enfin préparer son union avec la belle Clémence de Hongrie. Le voyage de la jeune princesse pour rejoindre Paris est long et rude. Depuis son départ de Naples, avec son escorte, sur terre et sur mer, elle essuie vents et pluies torrentielles. Faisait fi des intempéries, c'est pourtant ce pire moment que choisit le roi pour lancer contre la Flandre son armée qui, embourbée, ne peut dépasser Lille...

"Une santé incertaine, un père dont l'autorité glaciale l'avait pendant vingt-cinq ans écrasé, une épouse infidèle et scandaleuse, des ministres hostiles, un Trésor vide, des vassaux révoltés, une disette l'hiver même où commençait son règne, une tempête qui manquait d'emporter sa nouvelles femme... Sous quelle effroyable discorde de planètes, que les astrologues n'avaient pas osé lui révéler, fallait-il qu'il fût né, pour rencontrer l'adversité en chaque décision, en chaque entreprise, et finir par être vaincu, non pas même en bataille, noblement, mais par l'eau, par la boue où il venait d'enliser son armée !"

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Tome 4 - La Loi des mâles

Le roi Louis X est mort. Alors que sa dépouille est encore chaude et que de forts soupçons d'empoisonnement pèsent, les manoeuvres pour gagner la régence sont déjà engagées. La reine veuve porte en son sein l'héritier de la Couronne, mais du fait de sa grossesse, est écartée de la fonction. Charles de Valois, oncle du roi défunt, se pose immédiatement régent. Mais cela est sans compter sur le duc Eudes de Bourgogne, lui aussi fondé à réclamer la régence pour sa nièce, la petite Jeanne de Navarre, fille de Louis X et de sa première épouse Marguerite de Bourgogne, bien que d'aucuns présument l'enfant bâtarde. Quant à Philippe de Poitiers, régent de droit, rendu à Lyon pour mener de difficiles négociations avec l'Eglise afin qu'un pape soit enfin nommé, pour l'heure il n'a pas connaissance du décès de son frère. Trois chevaucheurs portant messages bien différents sont en route...

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Tome 5 - La Louve de France

Après le décès du roi Philippe le Bel, puis de son premier fils Louis le Hutin, suivi de Jean Ier, fils posthume du roi Louis X et de la reine Clémence, et après maints obstacles, Philippe V le Long, frère du Hutin, est enfin couronné roi de France en janvier 1317.

Hélas, trois semaines plus tard, son unique fils meurt. La reine Jeanne ne lui donnera plus d'autres enfants. La famine et les tempêtes balaient ensuite la France et font des milliers de victimes. Le malheur du peuple suscite une profonde nostalgie pour les puissants Templiers d'autrefois, et se créent de nombreuses sociétés clandestines mues par le désir de vengeance envers le pape et le roi. Une horde de marcheurs en guenilles sème la terreur et verse le sang partout sur son passage. Lorsque la fureur des "pastoureaux" atteint l'Italie, c'est au tour de la lèpre de ravager le royaume qui devient un gigantesque bûcher.

En 1322, le roi Philippe V succombe à la dysenterie, sans fils pour lui succéder. "La Loi des mâles", promulguée il y a cinq ans pour son propre usage, exclue ses filles du trône. Celui-ci revient donc à son frère, Charles de la Marche, soit Charles IV le Bel.

Pendant ce temps, au royaume d'Angleterre, Roger Mortimer de Wigmore, ancien lieutenant du roi Edouard II et ancien Grande Juge d'Irlande, qui tiendra un rôle important, plus tard, auprès de la reine Isabelle, s'évade de son cachot de la Tour de Londres et s'apprête à rejoindre la France. Isabelle, soeur de Charles IV de France et épouse humiliée d'un roi incompétent, prépare sa vengeance...

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Tome 6 - Le Lis et le Lion

Edouard, fils d'Edouard II Plantagenêt, roi d'Angleterre, et d'Isabelle de France, succède à son père. Ce dernier fut détrôné en 1326 par une révolte baronniale conduite par sa femme, emprisonné et assassiné.

Ce 24 janvier 1328, en la cathédrale d'York, le roi Edouard III, quinze ans, épouse sa cousine, Philippa de Hainaut, quatorze ans. Isabelle, la reine-mère, celle que certains surnomment "la Louve de France", regarde avec émotion le jeune couple et pense tristement à son propre destin. A ses côtés, la présence très remarquée et fort peu appréciée du régent, son amant Roger Mortimer, et du sénéchal d'Angleterre John Maltravers, le régicide.

Pendant ce temps, au royaume de France, le roi Charles IV, dernier frère d'Isabelle, se meurt. La délégation royale est remise à Philippe de Valois, fils aîné de Charles de Valois, lui-même frère de Philippe le Bel. Le roi n'a pas encore trépassé que la bataille pour le trône fait rage...

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Tome 7 - Quand un roi perd la France

"Il restait à la France quelques degrés à descendre dans la ruine et la détresse ; ce sera l'oeuvre de celui-là, Jean II, dit par erreur le Bon."

Tout au long de son voyage de Périgueux à Metz, Hélie de Talleyrand, cardinal de Périgord, se souvient...

Un septième tome intéressant mais facultatif. Long, très long monologue pédagogique qui a hélas perdu de la flamboyance romanesque des six épisodes précédents.

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Mon avis :

          Argent, guerres, sexe, religion, sorcellerie, jeux de pouvoir, politique...
          Intrigues retorses, manigances cruelles, complots diaboliques...

          Personnages ciselés et réalisme envoûtant...
          Rythme vif et exaltant...

          Fresque historique passionnante et richement documentée...
          Agonie d'une dynastie, celle des Capétiens directs, nous est ici contée...

          Très belle langue littéraire...
          Simple, pour autant, dans la forme et le vocabulaire...

          Brillant... Captivant...
          Vous l'aurez compris : à lire absolument...

          Faits réels ou scènes fictives,
          Les notes historiques pour chaque volume sont très instructives.

          Qui "Game of Thrones" a suivi
          Notera sans conteste l'influence des "Rois maudits".

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Clin d'oeil :


Une immense tapisserie, confectionnée en Irlande du Nord, résume les huit saisons du phénomène planétaire, la série médiévalo-fantastique "Game of Thrones". Commandée par l'Office du tourisme irlandais, elle mesure 90 mètres de long et a demandé à trente couturières deux ans de travail. Elle s'inspire de la célèbre tapisserie de Bayeux, chef-d'oeuvre du XIème siècle attribué à la reine Mathilde et retraçant les exploits de Guillaume le Conquérant.

La tapisserie "Game of Thrones" est exposée jusque fin juillet à l'Ulster Museum de Belfast et rejoindra Bayeux (Calvados) entre septembre et décembre 2019 pour être présentée à l'Hôtel du Doyen. On peut l'admirer virtuellement sur le site de l'Office de tourisme irlandais.


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jeudi 6 juin 2019

Juin 2019 - "Littérature et Société"




"Tout est brisé" de William Boyle (Gallmeister)

William Boyle est né et a grandi dans le quartier de Gravesend, à Brooklyn (New York). Il y a été disquaire spécialisé dans le rock indépendant américain. Il vit à présent à Oxford, dans le Mississippi. Son premier roman, "Gravesend", a été publié en France en 2016 chez Rivages/Noir. Ont suivi "Tout est brisé" et "Le témoin solitaire" (Gallmeister). L'écrivain revendique les influences de Flannery O'Connor, Larry Brown, Charles Willeford et Harry Crews.

L'histoire :

Le sort s'acharne sur Erica. Quinquagénaire, assistante de direction dans un cabinet d'urologie à New York, son métier, devenu alimentaire, ne la passionne plus.

Voilà près de deux ans que Jimmy, son fils unique, a quitté le domicile familial quelques mois seulement avant ses derniers examens universitaires pour s'envoler vers le Texas. Elle n'a plus aucune nouvelle de lui depuis.

Durant ces deux années, son mari est décédé d'un cancer. Puis, ce fut au tour de sa mère. Endettée par les frais d'enterrement successifs, elle se trouva redevable de son père lorsque, après le passage de l'ouragan Sandy, il paya les travaux de réparation de la maison qu'ils occupent ensemble depuis la mort de sa mère.

Désormais, elle est seule en charge d'un père tyrannique, fragilisé par une grave pneumonie et physiquement diminué. Sa soeur, elle-même au chevet de son compagnon atteint de la sclérose en plaques, ne peut lui venir en aide. Autrefois joyeuse et coquette, Erica est à présent au bord de l'implosion. Même la Foi semble l'avoir quittée.

A plusieurs milliers de kilomètres de là, à Austin (Texas), Jimmy, gay, en pleine rupture amoureuse, sans diplôme, sans travail, sans logement, sans amis, noie son désespoir dans l'alcool. Pour survivre, il n'a plus d'autre choix que d'appeler sa mère et lui demander un billet de retour pour New York...

Mon avis :

Des malentendus se sont installés entre une mère et son fils jeune adulte. Les épreuves de la vie ont fait ensuite leur office et ont creusé davantage le fossé. Un manque cruel de communication, d'écoute et de compréhension ont eu raison de la tendresse et de l'amour qu'ils attendent tous les deux. L'estime de soi, la confiance en soi, c'est ce qu'ils devront retrouver, chacun de leur côté, afin de saisir la seconde chance que le destin leur offre.

William Boyle observe tous ces petits détails qui font le quotidien, les petits gestes, les petits riens, si insignifiants, si ordinaires, que nous en oublions leur importance sur nous-mêmes et sur les autres.

Un roman profond et d'une infinie délicatesse !


A lire également :  "Gravesend"


"Wisconsin" de Mary Relindes Ellis (10/18)


Mary Relindes Ellis est née en 1960 à Glidden, dans le Wisconsin. Elle est l'auteure de nombreuses nouvelles parues dans la presse américaine. En 2007, elle a conquis le public français avec son premier roman, "Wisconsin", publié chez Buchet-Chastel, puis avec "Bohemian Flats" (Belfond, 2014). Mary Relindes Ellis est décédée en 2016 à Saint Paul, dans le Minnesota.

L'histoire :

Claire et John Lucas se sont rencontrés à Milwaukee (Wisconsin), lors d'un bal après la guerre. Très vite, ils se marient, se faisant la promesse de continuer leurs études. John, qui bénéficie pourtant d'une aide aux vétérans, les abandonne au bout d'un an. De son côté, Claire a passé ses examens avec succès et enseigne depuis deux ans.

Paresseux, jaloux et humilié par la réussite de sa femme, John n'a de cesse de la pousser à démissionner. En 1950, il parvient finalement à la convaincre de s'installer à Olina, dans le nord du Wisconsin, pour se lancer avec lui dans une exploitation agricole. En fait d'exploitation agricole, Claire découvre une ferme au confort rudimentaire, isolée de tout, et une terre de marais et de cailloux incultivable. Leurs voisins les plus proches sont Ernie Morriseau, Indien Ojibwé, et son épouse Rosemary.

Communauté rurale composée d'immigrants allemands dupés par les autorités, à Olina il faut se contenter de peu. John sombre rapidement dans l'alcool et la violence, et Claire, déprimée, se met à parler toute seule. "John le poivrot" et "Claire la cinglée" deviennent la risée des villageois et Bill, leur petit garçon, le souffre-douleur du gros Merton Schmidt. Le départ pour le Vietnam, en 1967, de Jimmy, fils aîné du couple, est un coup dur de plus pour Claire, et pour Bill, le cadet. Mais l'épreuve semble rapprocher la mère et les deux frères...

Mon avis :

Une peinture acérée et amère de la ruralité américaine où brutalité et bonté se côtoient quotidiennement. Cette histoire familiale poignante s'étale sur une grande partie du XXème siècle, dans une Amérique en pleine tourmente. A peine après avoir pansé les plaies de la Seconde Guerre mondiale, le pays entre dans un nouveau conflit meurtrier et clivant, la guerre du Vietnam, qui brisa tant de corps, de vies et de foyers.

Roman à la fois sombre et lumineux. Bouleversant !

"Octobre" de Soren Sveistrup (Albin Michel)

Soren Sveistrup est un auteur danois né en 1968. Il est le créateur, scénariste et producteur de plusieurs séries, dont la série culte "The Killing" qui a notamment reçu le BAFTA 2011 de la meilleure série internationale et qui a réuni près de 600 000 téléspectateurs français lors de sa diffusion. Il a plus récemment écrit des scripts pour des longs métrages, par exemple pour l'adaptation du "Bonhomme de neige" de Jo Nesbo. "Octobre" est son premier roman.

L'histoire :

31 octobre 1989

Dans une ferme aux abords de Copenhague où il vient d'être appelé, Marius Larsen, policier en fin de carrière, tombe sur une scène de crimes atroces. A la cave, au milieu d'une armée de bonshommes fabriqués avec des marrons et des allumettes, se terre une petite fille. Soudain, Larsen est abattu à son tour d'un coup de hache.

6 octobre de nos jours

Naïa Thulin est affectée depuis quelques mois à la brigade criminelle de Copenhague mais elle ne rêve que d'une chose : être transférée au plus vite au NC3, département de la lutte contre la cybercriminalité. Son chef, le commissaire Nylander, lui laisse peu d'espoir. A cela, il lui adjoint un nouvel équipier, Mark Hess, tout droit débarqué d'Europol pour une raison obscure que personne ne semble vouloir lui révéler. C'est avec lui que suite au signalement d'une voisine, elle se rend au domicile de Laura Kjaer, assistante dentaire, mère d'un petit garçon autiste de neuf ans. Près du corps supplicié de la jeune femme, un bonhomme en marrons trouble profondément Naïa.

Pendant ce temps, Rosa Hartung, ministre des Affaires sociales, fait son retour dans la vie politique après un an d'absence et la disparition de sa fille Kristine âgée de douze ans. Aujourd'hui, le Premier ministre va faire son discours pour l'ouverture officielle de l'année parlementaire. Bousculée par les journalistes, un accueil embarrassé de la part de ses collaborateurs, un message de menace qui inquiète son chef de cabinet, une réunion houleuse à l'Assemblée, la première journée de Rosa au ministère est éprouvante.

La soirée à son domicile est pire encore car les inspecteurs Thulin et Hess de la brigade criminelle viennent annoncer au couple Hartung que les empreintes de leur fille disparue ont été trouvées sur un bonhomme en marrons déposé sur les lieux d'un homicide...

Mon avis :

Moins politique qu'il ne le laissait espérer, ce thriller décrit néanmoins sans fard le paysage sociétal du Danemark d'aujourd'hui. L'intrigue, glaçante et haletante, ne cède aucun répit au lecteur !

mardi 7 mai 2019

Mai 2019 - "UK calling : Littérature Britannique"



"Une Confession" de John Wainwright (Sonatine)

John Wainwright (1921 - 1995) est un écrivain britannique de roman policier. Il a également publié quatre titres sous le pseudonyme de Jack Ripley. Ancien combattant de la Royal Air Force, il a passé vingt ans dans la police avant de se consacrer à l'écriture. Son premier roman policier a été publié en 1965. Il est l'auteur de quatre-vingts romans et deux tomes d'autobiographie, "Tail-End Charlie" et "Wainwright's Beat".

L'histoire :

John Duxbury vient de fêter ses cinquante ans. Avec son fils unique, il dirige une imprimerie prospère qu'il a achetée il y a trente ans. La renommée n'a jamais été son but. Sa seule ambition est de faire tourner l'entreprise régulièrement et payer dignement ses collaborateurs.

Dans l'ensemble, sa vie est ordinaire, tragiquement banale. Chez lui, il subit les sautes d'humeur de Maude, son épouse qu'il a tant aimée, et qu'il aime encore, bien qu'il ne sache plus ce qu'elle attend de lui, ce qu'elle désire. Leur mariage n'a plus aucun sens mais les classes moyennes ne divorcent pas. Il faut endurer ses erreurs, dussent-elles faire souffrir.

Pendant ses nuits d'insomnies, John couche ses pensées dans son journal intime, comme une lettre testamentaire adressée à son fils. Il décrit sa routine quotidienne, ses souvenirs, et ses sentiments sur la médiocrité de son existence.

Ce rendez-vous professionnel avec une maison d'édition londonienne, dans un hôtel à trois heures de route de son domicile, il le vit comme des vacances, un plaisir presque coupable...

Mon avis :

Ce roman est souvent comparé, à raison, à ceux de Georges Simenon, lui-même admirateur de John Wainwright. Affrontement psychologique sans concession entre un inspecteur de police opiniâtre et un veuf introverti, critique sociale amère, ce face-à-face intense et cruel dévoile l'intime de chaque personnage. Il révèle les secrets d'un couple en plein délitement silencieux et inexorable, prisonnier du conformisme et du conservatisme de son milieu, bourgeoisie provinciale, où le divorce est inenvisageable et la vérité impossible à dire. 

Extraordinaire coup de coeur !!!



Les films "Garde à vue", réalisé par Claude Miller (1981), dialogue de Michel Audiard, avec Lino Ventura, Michel Serrault et Romy Schneider, et "Suspicion", réalisé par Stephen Hopkins (2000), avec Gene Hackman, Morgan Freeman, Thomas Jane et Monica Bellucci, sont adaptés de "Brainwash" de John Wainwright ("A table !", Gallimard, 1980).

"Trois frères" de Peter Ackroyd (10/18)

Peter Ackroyd, né à Londres en 1949, est un écrivain, romancier, essayiste et critique littéraire britannique. Lauréat de la Royal Society of Literature en 1984, il est l'auteur de plusieurs best-sellers, parmi lesquels son ouvrage sur Londres, paru en 2000, "London : the biography". Il est également l'auteur de livres pour enfants et de documentaires télévisés.

L'histoire :

Dans l'Angleterre d'après-guerre, Philip et Sally se rencontrent à Soho, quartier de Londres où Philip est barman et Sally vendeuse dans une boulangerie. Ils tombent amoureux et, peu convenable pour l'époque, très vite ils s'installent ensemble sans être mariés. Philip trouve un poste de gardien de nuit mieux rémunéré. Le couple obtient un logement social, une petite maison mitoyenne en briques rouges à Camden, cité ouvrière au nord de la capitale, où vont naître trois garçons.

Malgré de modestes revenus, la famille est heureuse et les frères grandissent et s'amusent comme tous les enfants du voisinage. Mais un jour, Sally disparaît, abandonne les siens sans aucune explication et personne ne prononce jamais plus son nom. Philip élève désormais seul ses trois fils de dix, neuf et huit ans, et multiplie les heures de travail pour subvenir à leurs besoins et à leur éducation.

Les années passent. Harry, le frère aîné, passionné de football, sociable, apprécié de tous, quitte l'école à seize ans et se fait embaucher comme coursier au journal local. Daniel, le cadet, rat de bibliothèques, toujours le nez dans ses livres et ses cahiers, reçoit une bourse pour entrer au lycée privé. Le plus jeune, Sam, est un solitaire, sensible et mélancolique. Mauvais élève, il passe son temps à construire des objets en bois et en carton.

Ses qualités sportives et sa curiosité conduisent Harry sur l'affaire d'un incendiaire. Impressionné par son sang-froid, le directeur du journal lui demande un "papier". C'est par le plus grand des hasards qu'au cours de son enquête, Harry découvre la vérité à propos de sa mère...

Mon avis :
La première moitié du roman est le récit d'un drame familial. Dans la seconde, les trois frères, adultes, s'éloignent, s'approprient leur histoire et leurs blessures. Ils suivent des chemins différents, et traversent un Londres blafard, malsain et cynique. Peu de lumière, peu d'espoir chez ces personnages désabusés, amers et seuls. Roman social, roman noir, roman sensible. Emouvant !



A voir :

"Golem, le tueur de Londres" est un film britannique étonnant réalisé par Juan Carlos Medina, sorti en 2016, avec Bill Nighy. Il s'agit de l'adaptation du roman "Le Golem de Londres" de Peter Ackroyd (10/18, 1999).



"Numéro 11" de Jonathan Coe (Folio)

Jonathan Coe est un écrivain britannique né en 1961 à Lickey, près de Birmingham. Il est l'un des auteurs majeurs de la littérature britannique actuelle. Ses oeuvres mettent en scène des personnages en proie aux changements politiques et sociaux de l'Angleterre contemporaine. S'il sait se faire grave et mélancolique, dans "La femme de hasard" (2007), c'est avec "Testament à l'anglaise" (1995), Prix du meilleur livre étranger 1996, où il passe au vitriol l'époque thatchérienne, que son talent de romancier se fait connaître. Suivent "La maison du sommeil" (1998), Prix Médicis étranger 1998, le diptyque "Bienvenue au club" (2003) et "Le Cercle fermé" (2006), "La pluie avant qu'elle ne tombe" (2009), "La vie très privée de Mr Sim" (2011), histoire picaresque d'un incorrigible ingénu, et "Expo 58" (2014), parodie de roman d'espionnage dans l'Angleterre des années 1950. L'essai "Notes marginales et bénéfices du doute" a paru en 2015. "Numéro 11", paru en 2016, tisse une satire sociale et politique sur la folie de notre temps.

L'histoire :

Rachel se souvient de ces quelques jours passés à la campagne, auprès de ses grands-parents, avec son frère Nicholas, pendant que leurs parents tentaient une réconciliation. Elle n'avait alors que six ans, son frère douze. Leurs jeux les avaient menés vers une vieille église. En chemin, ils avaient croisé la terrifiante Folle à l'Oiseau.

En 2003, Rachel a dix ans lorsqu'elle retourne chez ses grands-parents, accompagnée cette fois d'une camarade d'école, Alison. Ses parents ont finalement divorcé et sa mère est partie en vacances en Grèce avec une amie, la mère d'Alison. Après un début laborieux, Rachel et Alison finissent par bien s'entendre. La campagne anglaise est un terrain idéal pour chasseuses de fantômes en herbe. La Folle à l'Oiseau vit toujours là, dit-on, chez Mrs Bates, Needless Alley, au numéro 11...

Mon avis :

Numéro 11 : 
  • Comme le onzième roman de Jonathan Coe. Les lecteurs de "Testament à l'anglaise" y retrouveront la famille Winshaw. Mais que celles et ceux qui ne l'ont pas lu se rassurent, les deux romans sont indépendants.
  • Comme le "Number 11". "11 Downing Street", adresse de la résidence officielle du Second Lord du Trésor du Royaume Uni mais aussi résidence que choisît Tony Blair pour sa famille lorsqu'il devint Premier Ministre. Theresa May y réside à son tour.
  • Comme l'inquiétant 11 Needless Alley.
  • Comme le bus 11 de Birmingham dans lequel on peut s'isoler au chaud lorsqu'il fait froid dehors, chez soi, en soi.
  • Comme le conteneur 11 d'un garde-meuble, rempli à bloc, et dans lequel est enfoui un obsédant souvenir d'enfance.
  • Comme la table 11 d'un banquet de remise de prix.
  • Comme le dangereux onzième niveau de sous-sol d'une propriété londonienne.

En toile de fond, un fait réel. David Kelly, employé du Ministère de la défense britannique, expert en guerre biologique, inspecteur de l'ONU en Irak, a été retrouvé mort à son domicile de Harrowdown Hill, Oxfordshire, en juillet 2003. Il fut l'un des premiers "lanceurs d'alerte". Il avait informé un journaliste de la BBC de la falsification d'un rapport de septembre 2002, par le gouvernement de Tony Blair, concernant les armes de destruction massive irakiennes et sur la base duquel la guerre contre le régime de Saddam Hussein fut engagée. Sa fille se prénomme Rachel, comme l'une des héroïnes du roman.

Peinture politique et sociale savoureuse d'une Angleterre contemporaine à visages et à cultures multiples, tout en sensibilité et drôlerie, mais qui donne matière à réflexion et à nombreux questionnements. Brillant, comme toujours !



A lire également :

"Les enfants de Longbridge", qui réunit "Bienvenue au club" et "Le Cercle fermé"





"Blanc mortel" de Robert Galbraith (Grasset)

Robert Galbraith est, comme chacun le sait maintenant, le pseudonyme de J. K. Rowling, créatrice de "Harry Potter".

Joanne Kathleen Rowling est née en 1965 dans le Gloucestershire, en Angleterre. Après une licence de français et de lettres classiques, et une année passée à Paris dans le cadre de ses études, elle travaille pour Amnesty International à Londres. Habitant alors à Manchester, c'est au cours d'un trajet en train qu'en 1990, l'image d'un petit garçon brun à lunettes lui vient à l'esprit. 

Hélas, la même année, sa mère succombe à la sclérose en plaques à seulement quarante-cinq ans. Sous le choc, J. K. Rowling s'installe, l'année suivante, au Portugal où elle épouse un journaliste sportif et enseigne l'anglais. Le mariage est catastrophique. Mère d'une petite fille, elle revient avec son bébé à Edimbourg auprès de sa soeur Diane en 1993, et se plonge dans l'écriture de son manuscrit.

"Harry Potter à l'école des sorciers" sera publié en 1997. Depuis, les sept aventures du jeune sorcier sont lues par des millions d'enfants dans le monde entier. Les films tirés des romans reçoivent le même succès, ainsi que tous les produits dérivés. Très engagée auprès des plus démunis et pour le respect des droits des femmes, sa notoriété permet à l'écrivaine de soutenir de nombreuses actions caritatives.

En 2012, elle quitte l'univers magique de Harry Potter pour publier "Une place à prendre" (Grasset), virulente critique des inégalités au sein de la société britannique contemporaine. Mais c'est avec son duo d'enquêteurs, le détective privé Cormoran Strike et son assistante Robin Ellacott, que J. K. Rowling, sous le pseudonyme de Robert Galbraith, touche son nouveau public, toujours en abordant les faits de société qui lui tiennent à coeur. Les trois premiers tomes, "L'appel du coucou" (Grasset, 2013), "Le ver à soie" (Grasset, 2014) et "La carrière du mal" (Grasset, 2016), ont été adaptés sous forme de série pour la BBC et diffusés en France par OCS.

J. K. Rowling vit à Edimbourg avec son mari, le Docteur Neil Murray qu'elle a épousé en 2001, et leurs deux enfants.

L'histoire :

Un an s'est écoulé depuis la retentissante capture de l'Eventreur de Shacklewell. Ce succès ne fut pas sans conséquences. En premier lieu, l'enquête a été éprouvante, tant physiquement que moralement pour le détective Cormoran Strike et sa collaboratrice Robin Ellacott. Tous deux en portent encore les stigmates.

Ensuite, du jour au lendemain, Strike a vu toute sa vie défiler à la une des journaux : son père ancienne star du rock, sa mère groupie décédée, sa demi-soeur Lucy, sa carrière dans l'armée, la perte d'une moitié de sa jambe droite en Afghanistan. Cette soudaine visibilité de l'agence complique l'exercice de son métier et sa discrétion. Mais d'un autre côté, les affaires ont afflué au point de devoir recruter de nouveaux enquêteurs free lance.

Robin est sans doute celle qui souffre le plus. Elle a épousé son compagnon de longue date, Matthew Cunliffe. Un mariage calamiteux qui battait déjà de l'aile avant même d'avoir été prononcé. Par ailleurs, elle présente tous les symptômes d'un état de stress post-traumatique suite à deux violentes agressions et refuse de se reposer. Elle n'est plus la même et en parle d'autant moins à Strike que depuis son mariage, les liens d'amitié qui les unissaient se sont dégradés et ont fait place à une relation froide et strictement professionnelle. Strike le regrette et se sent responsable de cette situation.

L'étrange visite qu'il a reçue cet après-midi changera peut-être les choses. Un individu d'environ vingt-cinq ans, très perturbé, s'est présenté à son bureau. Le jeune homme a pris à peine le temps de déclarer que son frère et lui avaient été témoins du meurtre d'une petite fille lorsqu'ils étaient enfants, puis il s'est enfui précipitamment. Intrigué, Strike décide de s'intéresser à l'histoire à partir des maigres éléments qu'il a retenus. Il fait part de ses intentions à Robin et semble être parvenu à piquer la curiosité de sa collègue...

Mon avis :

Dans ce nouvel opus, J. K. Rowling nous entraîne dans les arcanes des hautes sphères de la politique, auprès des Ministres de la culture et des sports et leurs lots de secrets, chantages et autres luttes de pouvoir, pendant que Londres se prépare à accueillir les Jeux Olympiques et Paralympiques.

On retrouve avec plaisir les qualités de l'écrivaine : son souci des détails, son humanisme, le réalisme de ses personnages et des situations, son sens du suspense, ses intrigues solides et fouillées, sa capacité à nous tenir en haleine jusqu'à la dernière ligne, et son choix de thèmes toujours en lien avec notre société contemporaine.

Page-turner divertissant et efficace, on regrette seulement que ses sept cents pages se dévorent aussi vite !!!



mercredi 3 avril 2019

Avril 2019 - "Romans féministes"



"Romans féministes"

Premier Prix "Affiche"
Concours "Egalité" 2014
Ministère des Droits des femmes

par Marina Fabre et Valentine Dervaux

"La Passion selon Juette" de Clara Dupont-Monod (Livre de Poche)



Clara Dupont-Monod est née en 1973 à Paris. Diplômée en ancien français, elle commence très tôt une carrière de journaliste aussi bien pour la presse écrite que pour la radio et la télévision. Elle anime, depuis septembre 2014, une chronique littéraire dans l'émission d'actualité "Si tu écoutes, j'annule tout", sur France Inter, renommée "Par Jupiter !" à partir de septembre 2017. "La Passion selon Juette" est son quatrième roman.

Sainte Ivette de Huy (également connue sous le nom de Juette), née à Huy (actuelle Belgique) en 1158. Mariée à treize ans, mère de trois enfants dont un mort en bas âge, veuve à dix-huit ans, elle vécut trente ans recluse dans une cellule accolée à l'église de Huy, priant Dieu et soignant les lépreux. Elle est décédée le 13 janvier 1228. Sa vie nous est connue grâce au chanoine prémontré Hugues de Floreffe. Elle est liturgiquement commémorée le 13 janvier.


L'histoire :

Juette, fille de l'ambitieux receveur des impôts de l'évêque de Liège installé à Huy, dans l'actuelle Belgique, est une enfant du XIIème siècle, passionnée d'histoires et de légendes. Celle de Saint Mengold, comte et chevalier de Huy. Celle d'Arlette de Falaise, née à Huy, mère de Guillaume le Conquérant. Ou celle de Johan Coley-Malhars, plus connu sous le nom de Jean Colin-Maillard, ancien maçon, valeureux chevalier de Huy et héros aux yeux crevés. Ou bien encore celle de Perceval, Pendragon ou Lancelot.

Mais son destin ne sera pas celui des douces princesses et des preux chevaliers. A treize ans, Juette est mariée de force. De ce traumatisme naîtront sa haine des hommes, du sexe et de la maternité, puis, à son veuvage cinq ans plus tard, une détermination redoutable à consacrer sa vie et sa foi aux plus nécessiteux de l'époque : les femmes et les lépreux.

"Un corps mort fait des enfants morts. C'est normal." Elle dira cela avec un détachement malsain, comme on récite un mauvais texte. Et je comprendrai soudain que s'il y a un enfant mort ici, c'est Juette.

Au récit de la jeune femme, s'ajoute celui de Hugues de Floreffe, chanoine prémontré, homme pieux, copiste instruit et merveilleux conteur. Confident et ami de Juette depuis l'enfance, son admiration pour elle est aussi grande que son inquiétude. Sa témérité, son intransigeance envers ses compagnes de l'ordre des veuves et son insoumission face à la puissante Eglise et aux hommes de Dieu la mettent en danger. Seront-ils nombreux, à Huy, à la soutenir et à la protéger ?

Mon avis :
Une évocation forte, émouvante, d'une rebelle flamboyante et ambiguë. Ce roman historique se dévore d'une traite. Coup de coeur !!!

"Prodigieuses créatures" de Tracy Chevalier (Folio)

Tracy Chevalier est une écrivaine américaine, née en 1962 à Washington. En 1984, elle déménage en Angleterre et commence, en 1993, une année de Master of Arts en création littéraire à l'Université d'East Anglia. Ses tuteurs, lors de son parcours, sont les romanciers Malcolm Bradbury et Rose Tremain. En 1997 paraît son premier roman, "La Vierge en bleu". Le succès arrive avec "La jeune fille à la perle", un livre inspiré par le célèbre tableau de Vermeer. Le film du même nom, réalisé par Peter Webber, avec Scarlett Johansson, Colin Firth et Cillian Murphy, a obtenu trois nominations aux Oscars de 2004. Tracy Chevalier est également présidente pour l'Angleterre de la Society of Authors.

***

"Prodigieuses créatures" s'inspire de personnages et de faits réels.

Elizabeth Philpot et Mary Anning
Mary Anning est née en 1799 à Lyme Regis, un village en bord de mer, dans le Dorset, en Angleterre, une région riche en fossiles datant de la période jurassique. Enfants pauvres, Mary et son frère en ramassent pour les revendre aux collectionneurs et aux touristes. C'est ainsi que Mary met à jour, en 1812, le premier fossile d'ichtyosaure.

Plus tard, autodidacte, pionnière de la paléontologie, ses découvertes ont permis de révéler de nouvelles espèces, comme le plésiosaure et le dimorphodon. Elle est aujourd'hui reconnue comme une figure incontournable dans l'histoire de la paléontologie des vertébrés.

Mary Anning est décédée d'un cancer du sein en 1847, après avoir été élue membre honoraire de la Geological Society of London, le sexisme régnant de l'époque interdisait pourtant l'élection des femmes.

Plésiosaure découvert en 1821 par Mary Anning
(Museum national d'histoire naturelle à Londres)

Elizabeth Philpot (1780 - 1857) est née à Londres. En 1805, elle emménage avec ses soeurs Louise et Margaret à Lyme Regis, dans le Dorset, le long de la côte sud de l'Angleterre. Paléontologue autodidacte et artiste, elle se lie d'amitié avec Mary Anning, de près de vingt ans sa cadette. Reconnue dans le milieu des géologues pour ses connaissances sur les fossiles de poissons, et pour sa vaste collection de spécimens, d'éminents géologues et paléontologues viennent la consulter. Quand Mary Anning découvre que des fossiles de bélemnites contiennent des sacs d'encre, c'est Elizabeth Philpot qui démontre que l'encre fossilisée mélangée à de l'eau peut être réutilisée pour des illustrations. Ce qui devient alors une pratique courante pour les artistes de la région.

Lettre de Elizabeth Philpot (1833) au paléontologue William Buckland
Dessin à l'encre fossilisée

***

L'histoire :

Début du XIXème siècle en Angleterre

Dans la famille Philpot, John est le frère aîné de quatre filles. Au décès de leurs parents, John hérite des biens mais aussi de la charge de ses soeurs célibataires. Frances, mariée, ne vit plus à Londres. John étant fiancé, Louise, Elizabeth et Margaret doivent quitter la maison familiale londonienne en échange d'une rente de leur frère et d'un toit plus modeste sur la côte. Les trois soeurs choisissent la petite ville de Lyme Regis, dans le Dorset. Margaret, la plus jeune, s'y amuse très vite, participe à tous les bals et côtoie la bonne société locale. Louise se passionne pour le jardinage. Quant à Elizabeth, elle se lance avec ardeur dans la chasse aux fossiles sous l'influence de Mary Anning, une enfant de douze ans précoce et volontaire, dont les connaissances dans la discipline seront précieuses...

Mon avis :

Comme toujours, formidable conteuse, Tracy Chevalier nous emporte dans son univers et met en lumière le destin de femmes singulières. Elle dresse ici le portrait de deux découvreuses dans ce domaine scientifique alors exclusivement masculin, la paléontologie, à une époque où les hommes font loi et les femmes silence.

Ces pionnières marquent le début d'une longue fascination populaire pour les dinosaures et l'aire jurassique, jusqu'à aujourd'hui encore. Les romanciers ne s'y sont d'ailleurs pas trompés, il n'y a pas meilleur sujet pour aiguiser l'imaginaire et alimenter tous les possibles. Parmi eux, Jules Verne et son "Voyage au centre de la Terre" (1864), Sir Arthur Conan Doyle et "Le Monde perdu" (1912), Fernand Mysor et "Les Semeurs d'épouvante" (1923), et plus récemment Michael Crichton et "Jurassic Park" (1995).


Retrouvez Tracy Chevalier sur France Culture dans l'émission "La Marche des Sciences : Sur les traces de la paléontologie

https://www.franceculture.fr/emissions/la-marche-des-sciences/sur-les-traces-de-la-paleontologie

"Les Suprêmes" de Edward Kelsey Moore (Babel)




Edward Kelsey Moore est né dans l'Indiana. Violoncelliste installé à Chicago, il a cinquante-trois ans lorsqu'il publie son premier roman, "Les Suprêmes" (Actes Sud, 2014), suivi de "Les Suprêmes chantent le blues" (Actes Sud, 2018).






"The Supremes" ou "Diana Ross and The Supremes" était un groupe de rythm and blues, pop & soul féminin américain populaire originaire de Détroit (Michigan) ayant évolué au sein de la Motown de 1959 à 1977. Parmi leurs plus grands succès, on se souvient de "You keep me hangin'on", "Baby Love", "Stop ! In the name of love !".


L'histoire

Plainview, Indiana (Etats Unis)

Elles sont quinquagénaires, amies depuis les années 1960. On les surnomme "Les Suprêmes", comme le célèbre groupe pop de l'époque. Chaque dimanche, depuis trente ans, avec leurs époux, elles déjeunent Chez Earl. Aujourd'hui, c'est ensemble qu'elles assistent aux funérailles de Big Earl, premier Noir à avoir monté une affaire en centre-ville à la fin de la ségrégation.

Odette, ronde et joyeuse, est mariée à James, ancien policier, et le couple a trois enfants. Elle est née il y a cinquante-cinq ans dans un sycomore sur lequel sa mère, enceinte jusqu'au cou, s'était installée. Cette originalité valut à la petite fille les prédictions les plus farfelues. Comme sa mère avant elle, Odette discute avec les défunts, mais elle n'en parle à personne, on la prendrait pour une folle.

Clarice fut le premier bébé noir à naître au University Hospital et fit la une des journaux jusqu'à Los Angeles. Jeune fille, brillante pianiste, malgré les avertissements de tous, elle épousa Richmond, alcoolique et coureur de jupons, qui lui fit quatre enfants et enterra sa carrière artistique. Trois décennies plus tard, solidaires, ses amies lui pardonnent son caractère bougon, curseur de l'ambiance conjugale.

Barbara Jean, la plus jolie des trois, est celle que la vie a le moins épargnée. Fille de prostituée, elle a grandi sous les regards lubriques des clients de sa mère. Son mari, un paysagiste fortuné, de vingt ans son aîné, lui a apporté une forme de revanche sociale et matérielle, mais Lester a toujours été de santé fragile. En 1977, le destin leur arracha un petit ange, leur fils unique, Adam. La douleur ne s'est jamais estompée pour Barbara Jean. Seul Big Earl, et ce depuis qu'elle était enfant, était capable d'adoucir ses peines d'un gentil compliment, d'un clin d'oeil complice ou d'un sourire chaleureux. Big Earl, et Les Suprêmes, ses fidèles amies...

Mon avis :

Elles ne militent pas, ne manifestent pas, ne revendiquent pas, mais ce sont des battantes. Leur féminisme, elles le vivent au quotidien, en faisant face courageusement, silencieusement, aux aléas qui jalonnent l'existence, jour après jour, année après année. Leur force, elles la puisent dans leur amitié indéfectible.

Quinquagénaires, leur corps ne manque pas de leur rappeler qu'elles sont à l'automne de leur vie, mais c'est une nouvelle histoire qui commence, et certainement pas une fin. Cependant, c'est peut-être le temps des bilans et de quelques regrets.

Entre instants présents et souvenirs de jeunesse dans l'Amérique des Sixties en pleins bouleversements, ces trois amies afro-américaines, tour à tour, nous font rire aux éclats ou nous émeuvent aux larmes.

Un roman choral enchanteur teinté de nostalgie et de mélancolie ! Coup de coeur !!!

"Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage" de Maya Angelou (Livre de Poche)

Maya Angelou (de son vrai nom Marguerite Johnson), née en 1928 à Saint-Louis (Missouri) et morte en 2014 à Winston-Salem (Caroline du Nord), est une écrivaine afro-américaine et une importante représentante du Mouvement pour les droits civiques. Elle débute comme chanteuse et danseuse. Plus tard, elle adhère au Mouvement pour les droits civiques et côtoie notamment Martin Luther King, Malcolm X et James Baldwin. A partir de 1969, elle commence à publier ses premiers ouvrages, des récits autobiographiques : "Je sais pourquoi l'oiseau chante en cage", 1969 ; "Tant que je serai noire", 1981 ; des recueils de poésie, des essais ou des livres pour les enfants. Ses livres sont étudiés dans les écoles aux Etats-Unis.


"Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage" libère le lecteur, simplement parce que Maya Angelou met en scène sa vie avec une maîtrise émouvante et une lumineuse dignité. Les mots me manquent pour décrire un tel exploit, mais je sais que jamais depuis les jours lointains de mon enfance, lorsque les personnages de roman étaient plus réels que les gens que je voyais tous les jours, je ne me suis senti à ce point ému.
James Baldwin


L'histoire :

A la séparation de leurs parents, Marguerite, trois ans, et son frère Bailey, quatre ans, quittent la Californie pour la petite ville de Stamps, dans l'Arkansas. Ils sont désormais confiés aux bons soins de Momma, leur grand-mère paternelle, et de leur oncle infirme, Willie.

Fait remarquable pour l'époque dans le Sud des Etats-Unis, Momma, personne valeureuse et respectée, est une des rares femmes noires à posséder son propre magasin, sorte de bazar où l'on peut - presque - tout acheter. Les conditions de vie sont modestes, mais les enfants ne manquent de rien. L'éducation de leur grand-mère, appuyée sur la religion, est stricte mais juste.

Marguerite, que son frère appelle toujours Maï, et Bailey, vifs et curieux de tout, apprennent vite à lire et les romans tiennent une place importante dans leur quotidien et dans leurs jeux.

Malheureusement, cinq ans plus tard, les portes du bonheur et de l'insouciance vont brutalement se refermer lorsque les parents décideront de reprendre leurs enfants et de les ramener à Saint-Louis, dans le Missouri...


"Nous étions des femmes et des hommes à tout faire, des servantes ou des lavandières, et aspirer à quoi que ce fût de plus ambitieux était de notre part grotesque et présomptueux."
Maya Angelou
"Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage"

Mon avis :

Un récit autobiographique extraordinaire et poignant ! Maya Angelou évoque la première partie de sa vie, jusqu'à ses dix-sept ans et la naissance de son fils Guy. L'écriture est magnifique, simple, posée, presque douce, mais la colère qu'elle libère nous lacère le coeur jusqu'au sang. Le mot "résignation" ne fait assurément pas partie du vocabulaire de cette femme de lettres exceptionnelle, courageuse, assoiffée de justice, infatigable militante qui a prêté sa voix aux femmes et aux minorités à travers le monde jusqu'à son dernier souffle.

Un livre à proposer et à conseiller sans hésitation à tous, et aux adolescents en particulier...