jeudi 5 novembre 2015

"Le papier peint jaune" de Charlotte Perkins Gilman (Editions Des femmes - Antoinette Fouque)



Charlotte Perkins Gilman (1860-1935) est une sociologue et écrivaine américaine. Abandonnée très jeune par son père, elle se retrouve seule avec son petit frère Thomas et une mère peu aimante, incapable de subvenir à leurs besoins, qui sera aidée par des femmes de la famille, et non des moindres : Isabella Beecher Hooker (suffragette), Harriet Beecher Stowe (auteur du roman "La case de l'oncle Tom") et Catharine Beecher (connue pour ses ouvrages sur l'éducation des femmes). Devenue peintre, en 1884, Charlotte épouse Charles Walter Stetson. De cette union naît la petite Katharine Beecher Stetson. Naissance à la suite de laquelle Charlotte souffre d'une grave dépression post-partum, mais elle n'est pas prise au sérieux, les femmes étant considérées à l'époque comme "sujettes à l'hystérie". Elle consulte toutefois un "spécialiste des nerfs" renommé, le docteur S. Weir Mitchell, qui lui ordonne "de ne plus toucher à une plume, un pinceau ou un crayon de sa vie". Elle raconte dans sa biographie qu'elle avait alors presque perdu l'esprit, comme la jeune femme du "papier peint jaune". En 1894, le couple Stetson divorce. Charlotte confie la garde de Katharine à son père et part en Californie. Elle s'engage alors dans de nombreuses organisations féministes et réformatrices. Très active, elle publie essais, poèmes, pièces de théâtre, romans, nouvelles, écrit dans les journaux, enseigne, donne des conférences, voyage et ne cesse de militer, à travers les Etats-Unis et l'Europe, pour le socialisme et les droits des femmes. Elle se remarie en 1900 avec son cousin Houghton Gilman. Un cancer du sein incurable lui est diagnostiqué en 1932. Elle se suicide en 1935, laissant une lettre dans laquelle elle écrit avoir choisi le chloroforme plutôt que le cancer.

Sa nouvelle "The Yellow Wallpaper" ("La Séquestrée" ou "Le papier peint jaune") a été publiée en 1892 et reste son texte le plus connu. Sous-estimée, aux Etats-Unis comme ailleurs, pendant plusieurs décennies, et notamment après l'obtention du droit de vote des femmes américaines en 1920, Charlotte Perkins Gilman est remise à l'honneur dans les années 1960.

L'histoire :
Ce n'est ni un manoir lugubre ni une maison hantée. C'est une ravissante bâtisse nichée dans la campagne verdoyante et fleurie. Mais ce qui devait être un havre de paix pendant trois mois, un lieu de vacances calme et tranquille, va se transformer en geôle. Un médecin, peu au fait de cette pathologie, prescrit à son épouse, jeune maman souffrant de psychose post-partum, une cure de repos très stricte, dans la plus grande solitude, avec interdiction absolue d'écrire. Ce qui, pour la jeune femme, est un calvaire. Bien qu'elle puisse aller et venir en toute liberté dans la délicieuse résidence, elle s'ennuie atrocement. Elle hait cette chambre, imposée par son époux, dont le vieux papier peint jaune sale lui donne la nausée. Pourtant elle passe des heures à le regarder, à le détailler. Puis, au fil des aubes et des crépuscules, les formes et objets devinés au coeur de chaque lai vont prendre vie, couleur, odeur. Petit à petit, la jeune mère va faire corps avec les murs qui l'entourent...

Mon avis :
Un texte court, lapidaire, qui nous lacère en plein coeur. Les temps de respiration entre chaque bref paragraphe ne sont pas là par coquetterie. Ils sont fondamentalement nécessaires pour nous laisser le temps d'encaisser les coups, de nous imprégner de la souffrance de cette femme, de l'entendre hurler son désespoir, mais aussi de maîtriser nos propres sentiments. La plume est à la fois poétique et cruelle, d'une beauté et d'une puissance déchirantes. Admirable !!!




"The Yellow Wallpaper" est évoqué dans la saison 1 de l'excellente série "American Horror Story" qui dénonce, de manière horrifique et jubilatoire, les tabous et les contradictions de la société américaine.



"Le Treizième Conte" de Diane Setterfield (Plon)



Diane Setterfield, romancière britannique, est née en 1964. "Le Treizième Conte" est son premier roman. Le second, "L'homme au manteau noir", vient de paraître. Son écriture est souvent comparée à celle de Charlotte Brontë. Passionnée de littérature française des XIXème et XXème siècles, elle a consacré sa thèse aux travaux d'André Gide et a enseigné le français jusqu'en 1990, date à laquelle elle a cessé toute vie professionnelle pour se consacrer entièrement à l'écriture.

"Le Treizième Conte" a été adapté pour la télévision britannique en 2013 avec les deux excellentes actrices : Vanessa Redgrave et Olivia Colman ("Broadchurch").

L'histoire :
Près de Cambridge, Margaret Lea seconde son père dans la librairie familiale spécialisée dans les ouvrages anciens. Depuis sa plus tendre enfance, la jeune femme a vécu entourée de livres. C'est dans la boutique qu'elle apprit l'alphabet (Austen, Brontë, Charles Dickens...), qu'elle lut des rapports de hauts faits militaires, des histoires de fantômes, des récits de voyages, des biographies, des journaux intimes..., qu'elle découvrit des langues étrangères, le français en particulier. Son père lui a transmis sa passion, son amour des livres, sa joie de lire. Elle-même auteur de quelques essais, dont l'un consacré aux frères Goncourt, c'est par ce biais qu'elle est remarquée par Vida Winter, écrivain très populaire en Angleterre. Un matin de novembre, Margaret reçoit une longue lettre de la célèbre romancière. Près de soixante ans de carrière, cinquante-six best-sellers, Miss Winter est autant réputée pour sa plume brillante que pour sa beauté froide et ses vies inventées à chaque interview. Mais pour son ultime entretien, elle a choisi de dire enfin la vérité sur son existence. A Margaret. Et à elle seule...

Mon avis :
"On devrait toujours prêter attention aux fantômes, Miss Lea, vous ne croyez pas ?"... Magnifique ode à la lecture et à l'écriture, ce conte gothique mêle habilement réel et imaginaire, et nous entraîne dans un véritable labyrinthe oppressant et cruel. Campagne anglaise au calme inquiétant. Brumes anxiogènes. Bâtisse lugubre. Jardins tourmentés. Silhouettes sépulcrales. Ruines macabres. Personnages tour à tour effrayants et émouvants. Sujet grave que l'enfance et la quête d'identité traité avec une grande sensibilité. Seuls les livres, manuscrits, lettres, journaux intimes..., dans leur lecture ou dans leur rédaction, mènent à la vérité. Un premier roman diablement parfait !!!

"Le Trône de Fer - L'Intégrale 1" de George R.R. Martin (Pygmalion / J'ai lu)





"Laisse les sots voir que les mots te blessent, et leurs quolibets ne te lâcheront pas. S'il leur plaît de te donner un sobriquet, prends-le, approprie-le-toi. Dès lors, ils seront désarmés."
George R.R. Martin
(citation de Tyrion Lannister)





1 - Mes sources

A lire : Magazine "Lire" - Hors-série "Le Trône de Fer"

A écouter :
France Inter - "La Marche de l'Histoire" - "Game of Thrones"

A visiter sur la toile : lagardedenuit.com


2 - George R.R. Martin


1948 :
Naissance à Bayonne, New Jersey, de George Raymond Martin
(il ajoutera le prénom de Richard lors de sa confirmation à 13 ans)

1963 :
Parution dans le magazine "Les Quatre Fantastiques" de sa première lettre de lecteur

1971 :
Master en journalisme à l'université de Northwestern, dans l'Illinois
Première nouvelle, "The Hero", vendue au magazine Galaxy

1972-1974 :
Service social dans les AmeriCorps
à la suite de son objection de conscience à la guerre du Vietnam

1975 :
Premier recueil de nouvelles, "A Son for Lya", qui rafle le Prix Hugo

1977 :
Parution de son premier roman, "L"Agonie de la lumière"

1979 :
Fin de sa carrière de professeur de lettres et déménagement à Santa Fe, Nouveau-Mexique

1984-1990 :
Scénariste pour la télévision,
notamment pour les séries "La Cinquième Dimension" et "La Belle et la Bête"

1996 :
Parution du premier tome du "Trône de Fer", récompensé du Prix Locus

2011 :
Lancement de "Game of Thrones" sur la chaîne câblée HBO


"Quand vous créez un monde, il vous faut, dans la mesure du possible, en maîtriser tous les aspects. Il faut faire de votre mieux, car, parmi vos lecteurs, vous allez trouver des experts dans tous les domaines."
George R.R. Martin


3 - Principaux personnages du "Trône de Fer - L'Intégrale 1"



Peyredragon
          Capitale de l'ancienne famille royale de Westeros, dynastie Targaryen, remise à Stannis Baratheon
                    Maison Targaryen
                    Devise : "Feu et Sang"
                    Emblème : le dragon
  • Le prince Viserys, prétendant "légitime" au Trône de Fer, en exil à Essos depuis le renversement et la mort de son père, Aerys II "le dément", et de son frère Rhaegar
  • La princesse Daenerys, sa soeur, épouse du Dothraki Khal Drogo

Port-Royal
          Capitale du Royaume des Sept Couronnes
                    Maison Baratheon
                    Devise : "Nôtre est la fureur"
                    Emblème : le cerf couronné
  • Le roi Robert, dit "l'Usurpateur" ; Lord Stannis, seigneur de Peyredragon, et Lord Renly, seigneur d'Accalmie, ses frères
  • La reine Cersei, née Lannister, sa femme
  • Le prince héritier, Joffrey, la princesse Myrcella et le prince Tommen, ses enfants

Winterfell
          Capitale du Nord
                    Maison Stark
                    Devise : "L'hiver vient..."
                    Emblème : le loup-garou
  • Lord Eddard (Ned), seigneur de Winterfell et Main du Roi
  • Benjen (Ben), chef des patrouilles de la Garde de Nuit, son frère, porté disparu au-delà du Mur
  • Lady Catelyn (Cat), née Tully de Vivesaigues, sa femme
  • Robb, Sansa, Arya, Brandan (Bran), Rickard (Rickon), leurs enfants
  • Jon le Bâtard (Jon Snow), fils illégitime officiel de Lord Stark et d'une inconnue

Castral Roc
          Capitale de l'Ouest
                    Maison Lannister
                    Devise : "Je rugis"
                    Emblème : le lion
  • Lord Tywin, seigneur de Castral Roc
  • Kevan, son frère
  • Jaime, dit "le Régicide", frère jumeau de la reine Cersei, et Tyrion le nain, dit "le Lutin", ses enfants

Vivesaigues
          Capitale du Conflans
                    Maison Tully
                    Devise : "Famille, Devoir, Honneur"
                    Emblème : la truite d'argent
  • Lord Hoster, seigneur de Vivesaigues
  • Brynden, dit "le Silure", son frère
  • Edmure, Catelyne (Stark) et Lysa (veuve de Jon Arryn), ses enfants

4 - L'histoire

(Extrait de "Aux origines du Trône de Fer" par Estelle Lenartowicz dans le "Lire - Hors-série n°20 - Le Trône de Fer")

          C'est l'enlèvement par le prince Rhaegar (fils aîné du roi Aerys II Targaryen) de Lyanna Stark - alors qu'elle avait été promise à Robert Baratheon - qui, en révélant l'étendue de la folie du dernier roi Targaryen, provoqua la chute de sa dynastie. Accusés de conspiration, Rickard Stark et son fils Brandon sont condamnés à d'atroces tortures par Aerys, qui ordonne ensuite qu'on lui apporte la tête de Robert Baratheon et d'Eddard Stark (Ned), deuxième fils de Rickard, déclenchant ainsi la rébellion.
          Indigné par les caprices meurtriers d'Aerys et par son incapacité à mener une justice libre, Robert Baratheon, dit "l'Usurpateur", tente de s'emparer de la Couronne et met en place une coalition avec les chefs des Sept Royaumes.
          De rudes combats opposent les loyalistes aux rebelles, qui remportent au Trident une bataille décisive. Elle conduira bientôt à l'assassinat du Roi Fou par Jaime Lannister, et au massacre de la plupart de ses descendants.
          Débute alors la dynastie des Baratheon, Robert montant sur le Trône de Fer en 283. Après quinze années d'un règne déclinant, marqué par son désengagement progressif des affaires du royaume et le meurtre de Jon Arryn, sa fidèle Main du Roi, il propose à Ned Stark, seigneur de Winterfell, de reprendre le poste.
          A ce moment précis, qui ouvre le premier tome de la saga du "Trône de Fer",  l'histoire que va raconter George R.R. Martin ne fait que commencer...







5 - Mon avis

          Même si l'on est un bon lecteur, difficile de ne pas frémir d'inquiétude en voyant devant soi l'étendue des cinq "Intégrales" du "Trône de Fer" ! Un kilo, ou presque, d'aventures par pavé ! Mille pages, ou presque, de périples par volume ! Et l'odyssée n'est pas terminée !

          Et bien oui, c'est possible ! On se fond avec aisance et bonheur dans cette longue et puissante épopée tout simplement parce que George R.R. Martin est un génie !

          George R.R. Martin a bâti, chapitre après chapitre, un monde extraordinaire, complexe, sombre, où se jouent les coups les plus nobles comme les plus pervers et retors. "Le Trône de Fer" est une saga brillante. Les intrigues sont machiavéliques et excitantes. Les personnages ne sont qu'ambiguïté. Il n'y a pas de bien. Il n'y a pas de mal. Chacun évolue entre honneur et trahison, conquête et défaite, amitié et haine. 

          Les influences littéraires de George R.R. Martin n'étonneront pas : Homère, Shakespeare, Walter Scott, Tolkien, Lovecraft, "Les Rois Maudits" de Maurice Druon, "Le Nom de la Rose" d'Umberto Eco, mais aussi Stan Lee et les Comics.

          La passion de George R.R. Martin pour l'Histoire est également une évidence. Le Moyen Age tient une place prépondérante dans son univers. Mais on reconnaîtra aussi quelques références à l'Antiquité, à la Renaissance, à certains aspects de l'ère victorienne, et bien sûr à notre histoire contemporaine. Ce n'est pas sans raison que nombre d'historiens s'intéressent à "Game of Thrones".

          Il ne faut pas oublier non plus que George R.R. Martin a commencé son travail de titan il y a vingt-ans. Etonnant visionnaire, ses thèmes ont aujourd'hui une résonance toute particulière : la menace climatique, la place des femmes, la religion, le pouvoir et la difficulté de gouverner, les "gens différents" et les marginaux, le sexe, la violence et la vérité sur la guerre, l'exil, l'enfance. Et force est pour nous, lecteurs, de méditer sur tous ces questionnements.

          Grâce à l'intensité et la construction rigoureuse, méthodique de sa trame, grâce à son sens du détail et du réalisme, grâce au soin qu'il porte au dessin psychologique de chacun de ses personnages, grâce à une narration originale et fluide, grâce à un peu de magie distillée avec parcimonie, George R.R. Martin a su réunir dans un même plaisir et dans une même fièvre des lecteurs de tous horizons culturels. Grâce à son talent de fou, il nous emporte dans ses bagages pour un long voyage riche, intelligent et divertissant !


6 - A voir (évidemment !)

"Game of Thrones" - La série TV multi-récompensée...


7 - Vient de paraître...


Conseillé par Guillaume Bourain de la Librairie "Les Saisons" à La Rochelle, un essai, "Les leçons politiques de Game of Thrones", sous la direction de Pablo Iglesias (leader de Podemos en Espagne) chez Post-éditions.


"Je crois que l'humanité suit une sorte d'évolution morale, et que celle-ci n'est pas achevée. Le problème, c'est que cette évolution est en compétition avec notre côté tribal et meurtrier."
George R.R. Martin

jeudi 1 octobre 2015

Prochaines présentations : début novembre 2015






Littérature et Imaginaire
Des mondes fantastiques...

"Hollywood Monsters" de Fabrice Bourland (10/18)



Fabrice Bourland est né à Libourne (Gironde) en 1968 et vit en région parisienne. Lecteur fervent d'Edgar Allan Poe, d'Arthur Conan Doyle ou de Gaston Leroux, il a toujours été inspiré par la littérature dite "populaire". Dans la collection "Grands détectives" chez 10/18, il est l'auteur d'une série qui mêle polar historique et fantastique et dont le héros, Andrew Singleton, est un amoureux de littérature. Dans les années 2000, il a été collaborateur puis rédacteur en chef du magazine "Nouvelle Donne", à diffusion nationale et entièrement dédié à l'actualité du texte court. Il a également dirigé plusieurs collections. Depuis 2012, il se consacre à l'écriture ainsi qu'à des activités de conseil littéraire et d'animations d'ateliers.

L'histoire :
Le détective privé Andrew Singleton, victime d'une vilaine blessure lors de sa dernière enquête, se voit conseillé par son médecin de quitter Londres quelque temps pour un endroit plus ensoleillé. Le climat de novembre, gris et pluvieux, ne favorise pas sa guérison. En cette année 1938, les nouvelles d'Allemagne et d'Italie ne sont pas rassurantes. Aussi son associé et ami, James Trelawney, organise un séjour à Hollywood. Arrivés à destination, Singleton arpente avec jubilation les bibliothèques tandis que Trelawney participe avidement à toutes les mondanités dans le but de rencontrer, bien entendu, des stars de cinéma. Les trois semaines s'écoulent très agréablement et beaucoup trop vite et les compères vont hélas bientôt reprendre le chemin de l'Angleterre. Après une ultime soirée festive, au milieu de la nuit, de retour vers leur hôtel, Singleton et Trelawney se perdent dans les collines. La brume est épaisse et froide, un décor qui rappelle davantage la lande du Dartmoor que la Californie. Ce que les deux amis vont vivre cette nuit-là dépasse de très loin tout ce qu'ils auraient été capables d'imaginer...

Mon avis :
Un ré-gal !!! Ce roman, véritable petite encyclopédie ludique, est une ode au cinéma américain d'avant-guerre. C'est un hommage sincère et enthousiaste à ces cinéastes, comme Tod Browning, pionniers du septième art, et aux acteurs, plus précisément à ces acteurs au physique particulier du cinéma de genre des années 1930-1940. A la fois roman noir et roman historique, "Hollywood Monsters" dépeint avec beaucoup de justesse le douloureux passage de relais entre l'onirique cinéma muet et un cinéma parlant naissant sur le chemin de tous les possibles.Face à une Europe qui, dans quelques mois à peine, subira l'horreur et les flammes, l'apparente insouciance du microcosme hollywoodien semble irréelle. Dans les fêtes où le champagne coule à flots, on assiste à un étrange ballet de stars, les unes en pleine lumière, les autres au soir de leur carrière : Orson Welles, Bette Davis, Errol Flynn, Carole Lombard, Clark Gable, Katharine Hepburn, Howard Hugues, Jean Harlow, Boris Karloff, Maureen O'Sullivan, Lionel Barrymore, Joan Crawford, Béla Lugosi...Mais derrière les paillettes et le glamour, l'auteur rappelle qu'à cette époque, l'Allemagne nazie n'est pas la seule à répandre des théories eugénistes. Deux ingénieux détectives britanniques, sortes de Sherlock Holmes et de John Watson aux allures de Sam Spade* et de Philip Marlowe*, vont démêler les noeuds d'une affaire monstrueuse et diablement effrayante...

Sam Spade est un détective privé de fiction, personnage créé par Dashiell Hammett et interprété à l'écran par Humphrey Bogart dans "Le Faucon maltais" en 1941.

Philip Marlowe est un détective privé de fiction, personnage créé par Raymond Chandler et interprété à l'écran, dans "Le Grand Sommeil", par Humphrey Bogart en 1946, puis par Robert Mitchum en 1978.


Tod Browning (1880-1962) :
Acteur, réalisateur, scénariste et producteur, son film devenu culte, "Freaks" ou "La monstrueuse parade", inspirera des réalisateurs contemporains comme David Lynch ("Elephant Man"). Il a également réalisé "Dracula" et "La Marque du vampire" avec Béla Lugosi, et "Les Poupées du diable" avec Béla Lugosi et Lionel Barrymore (grand oncle de Drew Barrymore).




A voir :
"Ed Wood", film de Tim Burton sorti en 1994, avec Johnny Deep, Martin Landau et Patricia Arquette, qui retrace la vie du réalisateur américain Ed Wood (1924-1978) et son amitié avec l'acteur Béla Lugosi (1882-1956).






"Trois carrés rouges sur fond noir" de Tonino Benacquista (Folio policier)


Tonino Benacquista est né en 1961 à Choisy-le-Roi de parents ouvriers italiens. Pendant son enfance, il est captivé par les séries télévisées, dont "Les Incorruptibles", qui marquent son écriture. A 18 ans, il commence des études de cinéma et de littérature, rapidement interrompues. Les divers métiers qu'il exerce par la suite sont une source d'inspiration pour ses premiers romans : accompagnateur de nuit aux Wagons-lits ("La Maldonne des sleepings", 1989), accrocheur de toiles dans une galerie d'art contemporain ("Trois carrés rouges sur fond noir", 1990) ou pique-assiette mondain ("Les morsures de l'aube", 1992). En 1991, il publie "La Commedia des ratés" où il décrit la vie des immigrés italiens à Vitry et obtient trois prix littéraires. Avec "Saga" (1997) et "Quelqu'un d'autre" (2001), il quitte le polar et se concentre sur l'individu et ses contradictions. Par ailleurs, il réalise une bande dessinée avec Jacques Ferrandez, "L'Outremangeur", adaptée au cinéma en 2002, ainsi que des scénarios pour la télévision et une pièce de théâtre, "Le contrat". En 2001, il adapte pour le cinéma "Les morsures de l'aube", réalisé par Antoine de Caunes. La même année, avec Jacques Audiard, il coécrit le scénario de "Sur mes lèvres", César du meilleur scénario. Il signe ensuite le scénario du film "De battre mon coeur s'est arrêté", couronné également par le César du meilleur scénario en 2005. En 2004, il publie "Malavita" (adapté au cinéma en 2013 par Luc Besson, avec Robert De Niro, Tommy Lee Jones et Michelle Pfeiffer), puis "Malavita encore" en 2008. "Homo erectus", récit d'hommes réunis au sein d'une confrérie informelle pour raconter leurs histoires d'amour, paraît en 2011. Il publie "Nos gloires secrètes", recueil de nouvelles, en 2013.

L'histoire :
Antoine est un jeune accrocheur de tableaux. Il travaille dans une galerie d'art et prépare avec son collègue un vernissage qui a lieu le soir même. A l'heure du champagne et des petits fours, Antoine ne s'attarde pas. C'est un passionné de billard et ce soir il rencontre le vice-champion de France qui l'a repéré et qui va devenir son entraîneur pour le prochain championnat. Le lendemain matin, Antoine passe à la galerie chercher sa paie. Alors qu'il attend la secrétaire dans le hall, un homme entre, se dirige d'un pas assuré vers la salle d'exposition et le plus naturellement du monde décroche une toile. Antoine est stupéfait. Il s'interpose mais il n'a pas le dessus. L'individu est trop fort. Antoine est déjà évanoui quand une sculpture d'acier lui tombe sur le corps. Il se réveillera plus tard à l'hôpital, amputé de la main droite...

Mon avis :
Une intrigue passionnante qui initie à chaque maillon de la chaîne artistique et marchande de cet univers de l'art pictural. Mais c'est surtout l'histoire d'Antoine, un jeune homme ordinaire, dont les rêves sont brisés, et qui joue les détectives amateurs davantage pour redonner un sens à sa vie et apprendre à maîtriser son handicap que pour retrouver son agresseur. L'art est partout dans ce livre, même dans les choses les plus insignifiantes en apparence. Par exemple, des brouillons de lettres mis bout à bout peuvent devenir un bijou d'écriture. Au lecteur d'être fin limier et d'observer, de percevoir, de ressentir...

"La photo" de Marie Desplechin - Illustrations d'Eric Lambé (Points)



Marie Desplechin est née en 1959 à Roubaix. Journaliste, écrivain, auteur de livres pour enfants et pour adultes, elle participe également à l'écriture de scénarios. Encouragée par Geneviève Brisac, elle publie ses premiers livres : "Rude samedi pour Angèle", "Le sac à dos d'Alphonse" (L'Ecole des Loisirs), puis rencontre un premier succès avec, pour les plus grands, la publication d'un recueil de nouvelles, "Trop sensibles". Elle reçoit le Prix Médicis essai en 2005 pour "La vie sauve", écrit avec son amie Lydie Violet, atteinte de tumeurs cérébrales et décédée cet été.

Eric Lambé est né en 1966 en Belgique. Dessinateur et illustrateur, il a notamment travaillé avec Marie Desplechin sur ses livres "Le sac à main" et "La photo". Depuis 2003, il est professeur à l'ESA Saint-Luc de Bruxelles.

L'histoire :
C'est un dimanche ensoleillé de juin. Des amis, ou plus exactement des connaissances, se croisent tout à fait par hasard à Trouville, en Normandie. L'une d'entre eux va proposer à tous de prendre une photo de groupe. Plus tard, séparément, les six personnages auront le cliché entre les mains et raconteront ce jour d'été, "leur" jour d'été. Il y a Marc, celui qui a immortalisé l'instant, l'observateur, photographe professionnel. Séréna, artiste-photographe célèbre, dotée d'un sacré tempérament. Peter, compagnon occasionnel de Séréna, ancien musicien, star dans sa jeunesse, puis devenu écrivain. Mélanie, à l'origine de la photo, avocate un peu idéaliste. Yasmina, amie de Mélanie, agent de service dans un hôpital, qui ne se sent pas du tout à sa place parmi ces gens. Et une silhouette au fond du jardin...

Mon avis :
On se reconnaîtra tous un peu dans ces portraits à la fois acides et bienveillants, cruels et généreux. Cette photo est totalement révélatrice de toute l'ambiguïté des relations amicales et sociales. De ce roman délicieux, comme pour la photo, chaque lecteur en fera sa propre interprétation. Est-ce utile de préciser que l'écriture de Marie Desplechin est tout en justesse et en sensibilité ?

Un livre intelligent à partager entre amis !

"Les amoureux de l'Hôtel de Ville" de Philippe Delerm (Folio)


Philippe Delerm :
Né en 1950 à Auvers-sur-Oise, il a baigné dès son plus jeune âge dans une atmosphère studieuse et cultivée. Fils d'enseignants, lui-même professeur de Lettres en collège, il épouse Martine, une illustratrice de littérature jeunesse avec laquelle il aura un fils, aussi célèbre que lui, Vincent, auteur-compositeur-interprète. C'est en Normandie qu'il pose ses valises, conquis par "le rythme de vie de la région", et c'est là qu'il prend le goût de l'écriture. Ses premiers textes datent de 1976 mais il lui faut patienter sept ans avant de voir son premier roman édité, "La cinquième saison". Suivent une dizaine de récits jusqu'au succès inattendu de "La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules" propulsé en tête de gondoles en 1997 grâce à l'émission de Bernard Pivot. En mars de la même année, il remporte le Prix des Libraires pour "Sundborn ou les jours de lumière".

L'histoire :
François a quarante ans. Il travaille depuis quinze ans dans une librairie. C'est un solitaire. Il a peu d'amis. Sa vie est assez pathétique et triste. Il ne s'est jamais remis de son enfance bâtie sur un mensonge, peut-être involontaire au départ. Ses parents lui ont toujours fait croire qu'ils étaient les amoureux sur la photo de Robert Doisneau "Le baiser de l'Hôtel de Ville". Plaisanterie ou pas, tout le monde a fini par croire à cette histoire. Le père s'en est totalement convaincu et a obligé sa femme et son fils à construire leur vie familiale et sociale autour de ce scénario, à jouer la comédie en permanence. Pour ne rien arranger, aujourd'hui François est au chômage. La librairie vient de fermer. Il sait qu'il doit rebondir mais ses angoisses le paralysent. Il hait tout ce qui lui rappelle son enfance. Il hait cette photo de Doisneau que l'on voit partout. Et pourtant, inconsciemment, il marche pendant des heures dans les rues de Paris à la recherche de photos en noir et blanc de 1950, comme une forme de nostalgie, comme pour saisir des instants fragiles et éphémères de l'enfant qu'il a été mais qui n'a jamais pu s'épanouir...

Mon avis :
On est au bord de la folie. On ne sait pas si le personnage va sombrer ou se relever. Sa psychologie est complexe. On s'interroge, et on s'inquiète pour lui. Troublant et à méditer...

jeudi 6 août 2015

PROCHAINES PRESENTATIONS : FIN SEPTEMBRE 2015




Littérature et Arts
Le monde écrit autrement...

"BREVE HISTOIRE DES CHOSES" de Jacques A. Bertrand (Julliard)


Prix Alexandre Vialatte 2015


Jacques-André Bertrand est romancier, poète, nouvelliste, journaliste. Il a reçu le Prix de Flore en 1995 pour "Le pas du loup" (Julliard).

Jacques A. Bertrand a choisi des choses, pour certaines si ancrées dans notre quotidien que l'on n'y prête plus guère attention. Le parapluie, le savon, le chapeau, l'ascenseur, le cadenas, la poche, la chaise... L'auteur leur redonne, l'instant d'un livre, toute leur utilité - ou inutilité.

Poésie teinté de philosophie, de nostalgie, parfois d'absurde, mais surtout de beaucoup d'humour. Egalement éloge de la lenteur, on lit doucement. On s'imprègne des mots. On laisse nos pensées vagabonder. Plaisir solitaire, exercice intime, on se surprend nous aussi à regarder autrement ces étranges objets qui nous entourent...

Vingt-et une délicieuses bouchées à partager à l'envie !

"AUX BORDS DU GANGE" de Rabindranath Tagore (Folio)

Tagore et Gandhi

Prix Nobel de Littérature 1913


Rabindranath Tagore :
Quatorzième enfant d'une famille bengalie profondément religieuse, Rabindranath Tagore est né à Calcutta en 1861. Rebelle aux études classiques, il est toutefois envoyé en Angleterre de 1878 à 1880 sous prétexte d'apprendre le droit. Le récit de ce séjour fut publié dans un journal fondé par deux de ses frères. De retour en Inde, il entreprend alors d'écrire des poèmes et des drames musicaux. En 1883, année de la parution de son recueil "Chants de l'aurore", il épouse une jeune fille de sa caste. Puis il obéit au souhait de son père et part administrer la propriété familiale de Santiniketan, tâche dont il s'acquitte avec succès. C'est dans ces terres qu'il puise sa finesse d'observation des caractères et des habitudes du peuple des campagnes. Rêvant d'harmonie entre les hommes, il y fonde en 1901 une école, et publie en 1904 un essai politique en faveur de l'indépendance de l'Inde. La mort lui ravit, à des intervalles rapprochés, sa femme et plusieurs de ses enfants. En 1910, paraît "L'offrande lyrique", traduit en français par André Gide. Ce recueil de poèmes connaît un succès mondial. Il effectue un nouveau voyage en Angleterre et aux Etats-Unis, et reçoit le Prix Nobel de Littérature en 1913, décerné pour la première fois à un non-Européen. Devenu célèbre, il voyage à travers le monde pendant de longues années et prononce d'innombrables conférences. Il fonde en 1921 l'université internationale Viçva Bharati à Santiniketan. A la fin de sa vie, il soutient Gandhi dans sa lutte. Il meurt en 1941 en laissant une oeuvre d'une grande diversité et d'une incroyable richesse : recueils de poèmes ("Le jardinier d'amour", "La fugitive"), recueils de nouvelles ("Le vagabond", "Mashi"), romans ("Le naufrage"), théâtre ("Amal et la lettre au roi"), Mémoires ("Souvenirs d'enfance" et "Souvenirs")... A la fois poète et maître spirituel, Rabindranath Tagore a su allier la tradition indienne et la modernité occidentale pour donner une oeuvre généreuse et puissamment évocatrice.


"Aux bords du Gange" contient six nouvelles extraites de "Mashi" :
  • Le squelette
  • La nuit suprême
  • Le gardien de l'héritage
  • La clé de l'énigme
  • La soeur aînée
  • Aux bords du Gange

Mon avis :
L'Inde mystique, l'Inde et ses divinités, l'Inde et ses traditions ancestrales, l'Inde et ses générations d'hommes et de femmes qui peinent à se comprendre et à s'écouter, l'Inde et ses contradictions... Et puis les battements du coeur, douloureuse étreinte prisonnière des coutumes... Ces nouvelles bouleversantes d'émotion, riches et poétiques, et néanmoins accessibles à tous lecteurs, mélange de contes, de légendes et de faits réels, sont admirablement écrites et d'une délicatesse infinie..

A lire également :
Le roman "Le naufrage" (Gallimard/L'Imaginaire)


"INDIAN PALACE" de Deborah Moggach (Le Livre de Poche)


Deborah Moggach, écrivain britannique, est née en 1948. Elle a publié plus de quinze romans mais deux seulement ont été traduits en français : "Le peintre des vanités" (Pocket) et "Ces petites choses" (devenu ensuite "Indian Palace"). Elle a écrit des adaptations de plusieurs de ses romans pour la télévision et a participé à l'écriture de scénarios pour le cinéma, en particulier celui de "Orgueil et préjugés", adaptation du roman de Jane Austen, film de Joe Wright avec Keira Knightley, et "Indian Palace", adaptation de son propre roman, film de John Madden avec de grands noms du cinéma britannique : Judi Dench, Maggie Smith, Bill Nighy, Tom Wilkinson, Penelope Wilton, Celia Imrie, Ronald Pickup et Dev Patel.

L'histoire :
Les temps sont difficiles en ce moment pour le Docteur Ravi Kapoor, directeur de l'Hôpital St Jude, à Londres. Rien ne lui est épargné. Professionnellement, il doit faire face à un budget toujours plus réduit, à l'impossibilité d'investir dans du matériel plus performant, à un système de santé de moins en moins efficace, au manque de personnel, à la surcharge de travail, aux patients mécontents. Récemment, son établissement a fait la "une" des journaux. Une vieille dame, Muriel Donnelly, est restée quarante-huit heures au services des admissions, sans soins. Ce que le Dr Kapoor ne peut pas dire aux médias pour sa défense, c'est que Mrs Donnelly refusait catégoriquement d'être consultée par une personne de couleur. Dans sa vie privée, ce n'est guère mieux. Depuis plusieurs semaines, le Dr Kapoor accueille chez lui le père de sa femme, Norman, un homme gentil mais sans gêne, incontrôlable, qui ne brille pas par sa finesse ni sa discrétion, fumeur devant l'Eternel, et un brin obsédé sexuel. Plus aucune résidence spécialisée n'accepte de le prendre en charge. Kapoor est au bord de la crise de nerfs lorsqu'il est contacté par son cousin Sonny, riche chef d'entreprise indien de passage à Londres. Les deux hommes se retrouvent le soir même pour dîner. Bien que peu proche de Sonny, Kapoor craque et confie tous ses problèmes à son cousin. Le lendemain, Sonny lui propose une affaire "du tonnerre" : ensemble, en famille, ils vont fonder une maison de retraite pour Anglais âgés... en Inde...

Mon avis :
Une poignée de septuagénaires a décidé de quitter sa chère Angleterre pour rejoindre une toute nouvelle maison de retraite, un hôtel, à Bangalore, au sud de l'Inde. Chacun a ses raisons de partir, des raisons aussi diverses que personnelles : la famille, l'argent, la solitude, la santé, le besoin d'exotisme... Certains d'entre eux ont l'habitude de voyager. D'autres n'ont jamais dépassé les côtes de leur île d'Albion. D'autres encore ont vécu une partie de leur enfance en Inde à l'époque de l'Empire colonial et des souvenirs resurgissent. Dans ce pays envoûtant et déconcertant, empreint de spiritualité, qu'est l'Inde, tous vont devoir apprendre à se connaître, à cohabiter, à s'intégrer, à tisser des liens. Ensemble, inconsciemment, ils vont très vite recréer, entre ces murs colorés et ensoleillés, les images d'Epinal d'une Angleterre passée ou fantasmée. Qu'attendent-ils ? De l'attention, de l'affection, une vie paisible. Sur chaque résident, les effets de l'Inde seront inattendus.

Un regard sur la vieillesse savoureux, drôle, tout en finesse et en émotion, et servi par des personnages extrêmement attachants !

"DELIVRANCE" de Jussi Adler-Olsen (Le Livre de Poche)


Prix du meilleur thriller scandinave
Prix des libraires danois


Jussi Adler-Olsen, de son vrai nom Carl Valdemar Jussi Adler-Olsen, est né en 1950 à Copenhague, au Danemark. Fils d'un psychiatre renommé, il étudie la médecine, la sociologie, le cinéma et la politique, ce qui lui permet d'aborder des sujets aussi variés que la maladie mentale ou les conspirations internationales. Ancien éditeur de littérature et de comics, il se consacre exclusivement à l'écriture.

A lire (chez Albin Michel) :
  • "Miséricorde" : Il y a cinq ans, une jeune femme a disparu. L'affaire a été classée, concluant à un suicide. Mais des éléments du dossier intriguent Morck et Assad...
  • "Profanation" : Morck et Assad se penchent sur un double meurtre commis en 1987 aux alentours d'un pensionnat pour fils de familles fortunées...
  • "Délivrance"
  • "Dossier 64"
  • "L'effet papillon"

"Le polar permet d'écrire une histoire qui se déroule à n'importe quelle époque, qui peut jouer avec différents points de vue et aborder tous les sujets. Comme je suis fasciné par la politique, les secrets et le côté obscur des hommes, et comme ces trois éléments, quand ils sont mélangés, produisent des résultats aussi dévastateurs que passionnants, le choix du thriller s'est imposé à moi."
Jussi Adler-Olsen

Le Département V :
Placard tout spécialement créé pour l'inspecteur Carl Morck suite à l'épilogue dramatique d'une de ses enquêtes. Planqué au coeur des archives, dans les sous-sols du commissariat de Copenhague, Morck doit ranger les dossiers des affaires classées. Il n'est pas censé les rouvrir. Mais c'est Carl Morck...

Carl Morck :
Profondément marqué psychologiquement, il culpabilise de l'issue tragique d'une de ses enquêtes (un collègue est mort, son coéquipier et ami est paralysé) qui lui vaut d'être relégué aux archives. Ingérable, irascible, cabochard et exaspérant, l'inspecteur Morck n'en est pas moins un excellent flic, instinctif et déterminé.

Hafez el-Assad :
D'origine syrienne, employé du commissariat, jusqu'alors affecté au ménage, il est désigné pour assister Morck dans ses nouvelles "responsabilités" aux archives. Personnage secret aux méthodes originales, Assad se prend immédiatement au jeu du Département V. Curieux et intéressé, il examine chaque dossier avec soin. Son implication entraîne son chef et, malgré son café imbuvable, il va très vite devenir un indispensable coéquipier.

Rose Knudsen :
Secrétaire punk au caractère bien trempé, elle est efficace et passionnée, mais si Assad est son complice, sa relation est plus conflictuelle avec Morck. Elle ne craint pas de tenir tête à son chef et ce dernier supporte de moins en moins les sautes d'humeur de la jeune femme.

L'histoire de "Délivrance" :
Un paquet de la police scientifique d'Edimbourg, en Ecosse, arrive sur le bureau de Morck. Il contient une lettre trouvée dans une bouteille jetée à la mer il y a plusieurs années. Elle a été expertisée par un linguiste britannique qui pense qu'elle vient du Danemark. Le message, un appel au secours, a été écrit avec du sang mais le temps passé dans l'eau salée l'a rendu quasiment indéchiffrable. Morck fait mine de prendre l'histoire à la légère et confie l'énigme à sa secrétaire. Pourtant, sans pouvoir l'expliquer, il pressent que ce document mystérieux n'a rien d'une blague...

Mon avis :
Jussi Adler-Olsen ne ménage pas notre rythme cardiaque. Scénario diabolique d'un monstre, courses-poursuites sanglantes, rebondissements, pression croissante, émaillent un compte à rebours pervers au bout duquel la vie de deux enfants est en jeu. Victime durant son enfance de maltraitances qui ont laissé de douloureuses cicatrices psychologiques, l'assassin cautérise ses blessures dans la violence et le sadisme.

Intense, nerveux, addictif. Un pur thriller !!!




A voir :
L'excellente série danoise, "Les enquêtes du Département V", adaptée des romans "Miséricorde" et "Profanation".




"COULE LA SEINE" de Fred Vargas (J'ai lu)


Fred Vargas est née en 1957 à Paris, de son vrai nom Frédérique Audoin-Rouzeau. La reine du polar français s'est d'abord spécialisée dans l'archéozoologie. Titulaire d'un doctorat d'Histoire, après avoir étudié la peste au Moyen Age, elle signe sous le nom de Fred Vargas son premier roman, "Les jeux de l'amour et de la mort", qui rafle le Prix du roman policier du festival de Cognac en 1986. Cinq ans plus tard, elle fait paraître "L'homme aux cercles bleus", son premier polar chez Viviane Hamy. Le premier aussi où elle introduit dans son univers le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, héros mythique de plus d'une dizaine d'enquêtes, de "Pars vite et reviens tard" (Prix des lectrices de Elle en 2002) à "Temps glaciaires", le premier publié chez Flammarion.

"Coule la Seine" rassemble trois nouvelles où l'on retrouve avec un immense plaisir le commissaire Adamsberg et toute une galerie de personnages typiquement "vargassiens" diablement attachants, comme toujours.

"Salut et liberté" :
Au début du mois de juillet, un clochard s'installe sur un banc, juste en face du commissariat. Chaque jour il revient et il observe. Le lieutenant Danglard est exaspéré. Il ne saisit pas la démarche du vieil homme et il n'aime pas ne pas comprendre les choses. A l'inverse, Adamsberg, lui, est intrigué par ce curieux personnage, qui se fait appeler Vasco, car deux jours après l'arrivée de Vasco sur le banc, le commissaire a reçu une étrange lettre anonyme...

"La Nuit des brutes" :
La nuit des brutes, c'est Noël. Adamsberg redoute Noël et ce vieux Père Noël au visage aviné qui apporte chaque année sa hotte de drames...

"Cinq francs pièce" :
Un SDF prénommé Pie et son caddie Martin chargé d'éponges à vendre sont témoins d'un meurtre...

Mon avis :
Paris ville-lumière, Paris ville de beautés et de luxe, Paris ville de cartes postales, mais aussi Paris théâtre de terribles tragédies et de funestes solitudes. Sans se départir de son humour ni de son style tendrement décalé, Fred Vargas nous conte trois très belles histoires qui remettent l'humanité à la place qu'elle n'aurait jamais dû délaisser ! Délicieusement génial !!!

A lire :
"Temps glaciaires" (Flammarion)

jeudi 25 juin 2015

PROCHAINES PRESENTATIONS : DEBUT AOÛT 2015





Coquillages et Crustacés
Le monde sous le soleil...

"LE COEUR QUI TOURNE" de Donal Ryan (Albin Michel)



Meilleur livre de l'année 2013 en Irlande
Prix 2015 de Littérature de l'Union européenne
Irlande


Le Prix de Littérature de l'Union européenne a été créé en 2005. Le jury est composé de quinze membres bénévoles réunis en novembre à Strasbourg.


Donal Ryan est né en 1976 à Tipperary en Irlande. "Le coeur qui tourne" est son premier roman.

L'histoire :
C'est une petite ville d'Irlande, jolie et paisible. Tout le monde se connaît, aucun secret ne le reste longtemps, mais la vie est tranquille. Et puis soudain, c'est l'implosion. Du jour au lendemain, le patron de l'entreprise de bâtiment disparaît, parti à l'étranger -suppose-t-on -, abandonnant les ouvriers qui ne toucheront même pas d'indemnités-chômage puisqu'il n'a pas payé les cotisations. Des hommes se retrouvent sans emploi, sans revenu, et avec eux, toute une communauté est impactée par cette douloureuse situation. Des destins sont brisés, des rêves s'effondrent,  des familles sont anéanties, des amis s'éloignent... Certains se battent pour sortir la tête hors de l'eau. D'autres sombrent. Tous ne sont pas égaux face aux conséquences de ce désastre. Chacun a son histoire. Ils racontent...

Mon avis :
Ils sont vingt-et-un. Hommes, femmes, enfants. Vingt-et-un personnages qui prêtent leur voix à un drame économique et social, hélas, universel. Aux maux dus au chômage et à la perte de tout espoir, s'ajoutent jalousies, rumeurs infamantes, vieilles rivalités, brouilles familiales... "Comme pendant la guerre" disent certains, et les Irlandais savent de quoi ils parlent, l'être humain se révèle dans tout ce qu'il a de meilleur et de pire. Chacun témoigne, livre son histoire, se confesse. Tous ces parcours de vie s'entrecroisent, se recoupent, se réunissent, pour créer un seul et unique conte contemporain cruel et bouleversant.

Puzzle âpre, féroce et intense. Une très belle plume à découvrir et un nom à retenir !

"LA VERITE ET AUTRES MENSONGES" de Sascha Arango (Albin Michel)




Prix du Polar européen 2015
Allemagne


Sascha Arango est né en 1955 en Allemagne. Scénariste plusieurs fois récompensé, il écrit pour la télévision, la radio et le théâtre. "La vérité et autres mensonges", son premier roman, vient de recevoir le Prix du polar européen 2015.

L'histoire :
Henry et Martha vivent ensemble depuis neuf ans. Ils forment un couple heureux, sans histoires, lié par un secret, une "évidence silencieuse" acceptée par les deux époux. Elle, est une virtuose de la plume. Ses textes sont d'une qualité exceptionnelle. "Je veux juste écrire" confie-t-elle un jour à son mari étonné qu'elle ne publie pas. Alors, c'est lui qui cherche une maison d'édition, qui signe de son nom les romans de sa femme. Il assure les promotions, les lectures, les dédicaces avec beaucoup d'enthousiasme et joue à la perfection le rôle d'auteur de best-sellers. Mais chaque scénario impeccable a son grain de sable. Et le grain de sable s'appelle Betty, éditrice, maîtresse, et enceinte de Henry. Lui qui ne voulait pas d'enfant. Et certainement pas de Betty dont il n'est pas amoureux. Jusqu'à présent, le hasard lui avait toujours été favorable, le destin avait toujours fait les bons choix à sa place, transformant même les drames en opportunités. Mais aujourd'hui, la chance semble le lâcher. Comment dire la vérité à Martha ? Comment expliquer à Betty qu'il ne désirait pas être père et refuse de l'être ? Que va-t-il advenir de sa notoriété qu'il doit entièrement à son épouse ? Lucide, Henry prend conscience que cette fois sa vie prend un autre chemin et qu'elle va très vite se transformer en cauchemar...

Mon avis :
Le héros, Henry Hayden, profite, sans le vouloir en apparence, des hasards, parfois tragiques, qui ponctuent sa vie depuis son enfance. Est-il un homme ordinaire au destin hors du commun ? Ou a-t-il toujours été un monstre lâche et manipulateur ? C'est là toute la question de ce roman à l'intrigue originale. Toutefois, Prix du polar européen, on pouvait attendre un peu plus. De bonnes idées sont semées mais ne mûrissent pas et nous laissent sur notre faim. L'ensemble n'est pas approfondi et la psychologie des personnages assez pâle. Néanmoins, on lit l'histoire jusqu'au bout, sans déplaisir.

Un livre sympathique, idéal pour cet été !

"LES FANTÔMES DE BRESLAU" de Marek Krajewski (Folio policier)



Pologne


Marek Krajewski est né en 1966 en Pologne, à Wroclaw (Breslau en allemand). Linguiste, spécialiste de latin et de grec, il a été maître de conférences et professeur de latin avant de se consacrer entièrement à l'écriture de romans policiers historiques.

Quelques mots sur Breslau :
Ville aujourd'hui connue sous le nom de Wroclaw, elle sera en 2016 (avec la ville de Saint-Sébastien en Espagne) la capitale européenne de la culture. Située au pied des Sudètes, Wroclaw est une des villes les plus anciennes et les plus belles de Pologne.



(Hôtel de Ville de Wroclaw)


Son histoire est très riche :
  • Dans le royaume de Pologne de 990 à 1138 (construction de la première cathédrale)
  • Capitale du Duché de Silésie de 1138 à 1335
  • Sous la couronne de Bohême de 1335 à 1526 (centre important de commerce et d'artisanat)
  • Sous l'administration des Habsbourg de 1526 à 1741 (conversion de la ville au catholicisme et politique de germanisation)
  • De la Prusse à l'Allemagne (qui lui donnera le nom de Breslau) de 1741 à 1939 
  • La Seconde Guerre mondiale de 1939 à 1945 (Breslau résiste pendant trois mois à l'Armée Rouge, plus longtemps que Berlin mais plus de la moitié de la ville est rasée)
  • 1945 : Breslau est réincorporée à la Pologne et retrouve son nom Wroclaw
  • Renaissance de la ville de 1945 à 1970 (temps de la reconstruction, dégel de 1956 et années de croissance)
  • La décennie 1970-1980 et la naissance de Solidarnosc
  • La fin du communisme

Aujourd'hui :
La vieille ville est presque complètement restaurée, ses monuments préservés. La capitale silésienne est une ville européenne où se côtoient nombreux styles architecturaux, reflets de son histoire.

Personnalités littéraires :
  • Tadeusz Rozewicz (1921-2014), poète et dramaturge, a vécu et est décédé à Wroclaw
  • Marek Hlasko (1934-1969), le "James Dean" polonais, a vécu un temps à Wroclaw
  • Theodor Mommsen (1817-1903), Prix Nobel de Littérature en 1902, a enseigné à Breslau
  • Gerhart Hauptmann (1862-1946), Prix Nobel de Littérature en 1912, a étudié à Breslau 

L'histoire du roman :
2 octobre 1919. Le commissaire de la Police criminelle de Breslau, Heinrich Mühlhaus, et Eberhard Mock, son assistant tout droit venu de la Brigade des moeurs, se retrouvent tôt ce matin-là dans un café de la ville. Mock est dans un sale état. Il n'a pas dormi depuis quatre jours et menace de donner sa démission. Mühlhaus lui réaffirme sa confiance ; il a vraiment besoin de lui au sein de la nouvelle commission des meurtres, à condition qu'il en soit capable physiquement et psychologiquement, et qu'il lui détaille les événements de ces derniers jours. Mock se décide alors à tout raconter sur "l'affaire des marins".
C'était il y a un mois, le 1er septembre 1919. A huit heures du matin, Mock est conduit par l'un de ses coéquipiers sur une île au milieu de l'Oder où il découvre une scène de crimes particulièrement éprouvante. Quatre corps, des jeunes hommes, gisent sur le sol boueux, enchevêtrés d'une manière étrange, couverts d'hématomes, les yeux crevés, les membres disloqués, uniquement vêtus d'un bonnet de marin sur la tête et d'un cache-sexe en cuir couvrant les parties génitales. Sur l'un des cadavres, on trouve un billet énigmatique directement adressé à Mock...

Mon avis :
Dès les premières lignes, on est piégé dans la toile et on ne peut plus se libérer. Un roman sombre et puissant aux références à la littérature et à la mythologie grecques captivantes. Une approche très intéressante des débuts de la psychologie et de la médecine légale. L'auteur crée une atmosphère personnelle dans laquelle on se fond immédiatement. Le réalisme de la reconstitution historique de la ville et de ses difficultés politiques et sociales de l'époque est fascinant. On ne peut qu'être séduit et en totale empathie avec le héros, Eberhard Mock, traumatisé de la Grande Guerre, que les fantômes des tranchées hantent toutes les nuits, et dont le seul remède aux cauchemars est l'alcool le plus fort possible.

Noir, intelligent, excellent !

"LA TRILOGIE BERLINOISE" de Philip Kerr (Le Livre de Poche)



Prix des lecteurs - roman policier 2010
Allemagne - Auteur écossais

Trois volumes réédités en un seul ouvrage :

"L'Eté de cristal"
Prix du roman d'aventure 1993
Prix Mystère de la critique 1994

"La Pâle Figure"

"Un requiem allemand"


Philip Kerr est né en 1956 à Edimbourg, en Ecosse. Il a fait des études de droit à l'université de Birmingham, a travaillé dans la publicité et comme journaliste indépendant avant de se lancer dans l'écriture de fictions. "La trilogie berlinoise", qui traverse Berlin de 1936 à 1947, a reçu le Prix des lecteurs - roman policier en 2010.

"Voilà ce qu'était devenue Berlin sous le gouvernement national-socialiste : une vaste demeure hantée pleine de recoins sombres, d'escaliers obscurs, de caves sinistres et de pièces condamnées, avec un grenier où s'agitaient des fantômes déchaînés qui jetaient des livres contre les murs, cognaient aux portes, brisaient des vitres et hululaient dans la nuit, terrorisant les occupants au point qu'ils avaient parfois envie de tout vendre et de partir. Pourtant, la plupart se contentaient de se boucher les oreilles, de fermer les yeux et de faire comme si tout allait bien. Tout apeurés, ils parlaient peu, faisaient mine de ne pas sentir le tapis remuer sous leurs pieds, et les rares fois où ils riaient, c'était du petit rire nerveux qui accueille poliment les plaisanteries du patron."
Philip Kerr
"L'Eté de cristal"

L'histoire :
Berlin, 1936. L'Allemagne se prépare à accueillir les Jeux Olympiques.
Bernhard Gunther, enquêteur privé, assiste aujourd'hui au mariage de sa secrétaire. Au lieu de s'en réjouir, c'est à regret qu'il félicite les mariés car Dagmarr ne travaillera plus pour lui. Plus d'une fois il eut envie de lui demander de l'épouser mais à trente-huit ans il était évidemment trop vieux pour elle. La belle préféra un jeune et beau pilote de la Lufthansa à qui Gunther ne cache pas son peu de sympathie pour le National Socialisme. Hardiesse de plus en plus risquée en cette Allemagne du Troisième Reich. Gunther le sait bien. La plupart de ses clients sont des Juifs à la recherche de proches disparus.
Passablement éméché, au milieu de la nuit, Gunther quitte la fête et n'aspire qu'à s'endormir dans son lit. Malheureusement, devant son domicile l'attendent trois hommes qui l'invitent avec conviction à monter dans une Mercedes noire. Une personne mystérieuse souhaite louer ses services. Gunther est conduit auprès de Hermann Six, un des plus gros industriels de la Ruhr. Il y a trois jours, sa fille, Grete, et son gendre, Paul Pfarr, ont été abattus de plusieurs balles, leurs corps ensuite brûlés dans l'incendie de leur maison, et des bijoux de grande valeur ont disparu du coffre-fort. Six veut le ou les coupables de ces actes abominables et exige la discrétion. Gunther accepte le contrat lucratif.
Le lendemain matin, il commence ses investigations. D'abord il apprend que le couple Pfarr battait de l'aile. Puis il obtient quelques adresses de revendeurs peu scrupuleux. Par ailleurs, il découvre avec étonnement que Hermann Goering lui-même est un grand amateur d'objets de luxe, les pierres précieuses en particulier, et qu'il est prêt à tout pour en posséder...

Mon avis :
Les deux premières parties sont un hommage à Dashiell Hammett et à Raymond Chandler. On retrouve avec beaucoup de plaisir tous les codes du roman noir américain des années 1930 à 1950 : la figure mythique du détective privé à l'imperméable sombre et au chapeau gris, solitaire, libre, élégant, un brin macho mais charmant ; cigarettes, alcool, jolies femmes, revolvers, bagarres musclées, clients fortunés, indics, mafieux, ripoux, balances, (rares) amis loyaux. De l'insolence et de l'humour mordants insufflent une brise rafraîchissante à la gravité du contexte historique.
La troisième partie, plus ténébreuse, n'est pas sans rappeler l'oeuvre de John Le Carré et les romans d'espionnage sur l'époque de la Guerre Froide.
Pour chaque épisode, l'auteur met en premier plan une enquête criminelle très bien ficelée, et en toile de fond l'Histoire, répercutant ainsi, avec un grand réalisme, le climat de suspicion et de peur dans le quotidien de ses personnages. A décrire l'horreur, Philip Kerr préfère s'interroger et réfléchir sur comment tout cela fut possible, comment un peuple cultivé a pu être entraîné dans une telle folie.
Cette trilogie évoque trois périodes de l'histoire de l'Allemagne. 1936 et 1938 : la montée du nazisme, les Jeux Olympiques de Berlin, les accords de Munich, la Nuit de Cristal, le rôle des bras droits de Hitler... 1947 : Berlin en ruine, le plan Marshall (empêcher la propagation du communisme), l'occupation de Berlin divisée en une zone soviétique et plusieurs zones occidentales (réparties entre la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis), la reconstruction, la "dénazification", et plus tard la création des deux Allemagnes...
Mille pages qui se dévorent d'une traite ! A la fois instructif et divertissant, intelligent et fluide, ce roman témoigne de la cupidité et de la cruauté humaine.

"Le pâle ciel d'automne était empli de l'exode de millions de feuilles que le vent déportait aux quatre coins de la ville, loin des branches qui leur avaient donné vie. Ici et là, des hommes au visage de pierre travaillaient avec lenteur et concentration pour contrôler cette diaspora végétale, brûlant les branches de frêne, de chêne, d'orme, de hêtre, de sycomore, d'érable, de marronnier, de tilleul et de saule pleureur, tandis que l'âcre et grise fumée flottait dans l'air comme le dernier souffle d'âmes perdues. Pourtant, d'autres feuilles continuaient à tomber, à tomber sans cesse, de sorte que les tas se consumaient sans diminuer, et tandis que je regardais rougeoyer la braise des feux en humant les gaz chaud de cette mort végétale, il me sembla sentir l'odeur de la fin de toute chose."
Philip Kerr
"La Pâle Figure"

POESIE EUROPEENNE



"L'Europe en Poésie"

http://cache.media.education.gouv.fr/file/europe_et_international_2/76/6/europe-en-poesie_39766.pdf