jeudi 1 octobre 2015

Prochaines présentations : début novembre 2015






Littérature et Imaginaire
Des mondes fantastiques...

"Hollywood Monsters" de Fabrice Bourland (10/18)



Fabrice Bourland est né à Libourne (Gironde) en 1968 et vit en région parisienne. Lecteur fervent d'Edgar Allan Poe, d'Arthur Conan Doyle ou de Gaston Leroux, il a toujours été inspiré par la littérature dite "populaire". Dans la collection "Grands détectives" chez 10/18, il est l'auteur d'une série qui mêle polar historique et fantastique et dont le héros, Andrew Singleton, est un amoureux de littérature. Dans les années 2000, il a été collaborateur puis rédacteur en chef du magazine "Nouvelle Donne", à diffusion nationale et entièrement dédié à l'actualité du texte court. Il a également dirigé plusieurs collections. Depuis 2012, il se consacre à l'écriture ainsi qu'à des activités de conseil littéraire et d'animations d'ateliers.

L'histoire :
Le détective privé Andrew Singleton, victime d'une vilaine blessure lors de sa dernière enquête, se voit conseillé par son médecin de quitter Londres quelque temps pour un endroit plus ensoleillé. Le climat de novembre, gris et pluvieux, ne favorise pas sa guérison. En cette année 1938, les nouvelles d'Allemagne et d'Italie ne sont pas rassurantes. Aussi son associé et ami, James Trelawney, organise un séjour à Hollywood. Arrivés à destination, Singleton arpente avec jubilation les bibliothèques tandis que Trelawney participe avidement à toutes les mondanités dans le but de rencontrer, bien entendu, des stars de cinéma. Les trois semaines s'écoulent très agréablement et beaucoup trop vite et les compères vont hélas bientôt reprendre le chemin de l'Angleterre. Après une ultime soirée festive, au milieu de la nuit, de retour vers leur hôtel, Singleton et Trelawney se perdent dans les collines. La brume est épaisse et froide, un décor qui rappelle davantage la lande du Dartmoor que la Californie. Ce que les deux amis vont vivre cette nuit-là dépasse de très loin tout ce qu'ils auraient été capables d'imaginer...

Mon avis :
Un ré-gal !!! Ce roman, véritable petite encyclopédie ludique, est une ode au cinéma américain d'avant-guerre. C'est un hommage sincère et enthousiaste à ces cinéastes, comme Tod Browning, pionniers du septième art, et aux acteurs, plus précisément à ces acteurs au physique particulier du cinéma de genre des années 1930-1940. A la fois roman noir et roman historique, "Hollywood Monsters" dépeint avec beaucoup de justesse le douloureux passage de relais entre l'onirique cinéma muet et un cinéma parlant naissant sur le chemin de tous les possibles.Face à une Europe qui, dans quelques mois à peine, subira l'horreur et les flammes, l'apparente insouciance du microcosme hollywoodien semble irréelle. Dans les fêtes où le champagne coule à flots, on assiste à un étrange ballet de stars, les unes en pleine lumière, les autres au soir de leur carrière : Orson Welles, Bette Davis, Errol Flynn, Carole Lombard, Clark Gable, Katharine Hepburn, Howard Hugues, Jean Harlow, Boris Karloff, Maureen O'Sullivan, Lionel Barrymore, Joan Crawford, Béla Lugosi...Mais derrière les paillettes et le glamour, l'auteur rappelle qu'à cette époque, l'Allemagne nazie n'est pas la seule à répandre des théories eugénistes. Deux ingénieux détectives britanniques, sortes de Sherlock Holmes et de John Watson aux allures de Sam Spade* et de Philip Marlowe*, vont démêler les noeuds d'une affaire monstrueuse et diablement effrayante...

Sam Spade est un détective privé de fiction, personnage créé par Dashiell Hammett et interprété à l'écran par Humphrey Bogart dans "Le Faucon maltais" en 1941.

Philip Marlowe est un détective privé de fiction, personnage créé par Raymond Chandler et interprété à l'écran, dans "Le Grand Sommeil", par Humphrey Bogart en 1946, puis par Robert Mitchum en 1978.


Tod Browning (1880-1962) :
Acteur, réalisateur, scénariste et producteur, son film devenu culte, "Freaks" ou "La monstrueuse parade", inspirera des réalisateurs contemporains comme David Lynch ("Elephant Man"). Il a également réalisé "Dracula" et "La Marque du vampire" avec Béla Lugosi, et "Les Poupées du diable" avec Béla Lugosi et Lionel Barrymore (grand oncle de Drew Barrymore).




A voir :
"Ed Wood", film de Tim Burton sorti en 1994, avec Johnny Deep, Martin Landau et Patricia Arquette, qui retrace la vie du réalisateur américain Ed Wood (1924-1978) et son amitié avec l'acteur Béla Lugosi (1882-1956).






"Trois carrés rouges sur fond noir" de Tonino Benacquista (Folio policier)


Tonino Benacquista est né en 1961 à Choisy-le-Roi de parents ouvriers italiens. Pendant son enfance, il est captivé par les séries télévisées, dont "Les Incorruptibles", qui marquent son écriture. A 18 ans, il commence des études de cinéma et de littérature, rapidement interrompues. Les divers métiers qu'il exerce par la suite sont une source d'inspiration pour ses premiers romans : accompagnateur de nuit aux Wagons-lits ("La Maldonne des sleepings", 1989), accrocheur de toiles dans une galerie d'art contemporain ("Trois carrés rouges sur fond noir", 1990) ou pique-assiette mondain ("Les morsures de l'aube", 1992). En 1991, il publie "La Commedia des ratés" où il décrit la vie des immigrés italiens à Vitry et obtient trois prix littéraires. Avec "Saga" (1997) et "Quelqu'un d'autre" (2001), il quitte le polar et se concentre sur l'individu et ses contradictions. Par ailleurs, il réalise une bande dessinée avec Jacques Ferrandez, "L'Outremangeur", adaptée au cinéma en 2002, ainsi que des scénarios pour la télévision et une pièce de théâtre, "Le contrat". En 2001, il adapte pour le cinéma "Les morsures de l'aube", réalisé par Antoine de Caunes. La même année, avec Jacques Audiard, il coécrit le scénario de "Sur mes lèvres", César du meilleur scénario. Il signe ensuite le scénario du film "De battre mon coeur s'est arrêté", couronné également par le César du meilleur scénario en 2005. En 2004, il publie "Malavita" (adapté au cinéma en 2013 par Luc Besson, avec Robert De Niro, Tommy Lee Jones et Michelle Pfeiffer), puis "Malavita encore" en 2008. "Homo erectus", récit d'hommes réunis au sein d'une confrérie informelle pour raconter leurs histoires d'amour, paraît en 2011. Il publie "Nos gloires secrètes", recueil de nouvelles, en 2013.

L'histoire :
Antoine est un jeune accrocheur de tableaux. Il travaille dans une galerie d'art et prépare avec son collègue un vernissage qui a lieu le soir même. A l'heure du champagne et des petits fours, Antoine ne s'attarde pas. C'est un passionné de billard et ce soir il rencontre le vice-champion de France qui l'a repéré et qui va devenir son entraîneur pour le prochain championnat. Le lendemain matin, Antoine passe à la galerie chercher sa paie. Alors qu'il attend la secrétaire dans le hall, un homme entre, se dirige d'un pas assuré vers la salle d'exposition et le plus naturellement du monde décroche une toile. Antoine est stupéfait. Il s'interpose mais il n'a pas le dessus. L'individu est trop fort. Antoine est déjà évanoui quand une sculpture d'acier lui tombe sur le corps. Il se réveillera plus tard à l'hôpital, amputé de la main droite...

Mon avis :
Une intrigue passionnante qui initie à chaque maillon de la chaîne artistique et marchande de cet univers de l'art pictural. Mais c'est surtout l'histoire d'Antoine, un jeune homme ordinaire, dont les rêves sont brisés, et qui joue les détectives amateurs davantage pour redonner un sens à sa vie et apprendre à maîtriser son handicap que pour retrouver son agresseur. L'art est partout dans ce livre, même dans les choses les plus insignifiantes en apparence. Par exemple, des brouillons de lettres mis bout à bout peuvent devenir un bijou d'écriture. Au lecteur d'être fin limier et d'observer, de percevoir, de ressentir...

"La photo" de Marie Desplechin - Illustrations d'Eric Lambé (Points)



Marie Desplechin est née en 1959 à Roubaix. Journaliste, écrivain, auteur de livres pour enfants et pour adultes, elle participe également à l'écriture de scénarios. Encouragée par Geneviève Brisac, elle publie ses premiers livres : "Rude samedi pour Angèle", "Le sac à dos d'Alphonse" (L'Ecole des Loisirs), puis rencontre un premier succès avec, pour les plus grands, la publication d'un recueil de nouvelles, "Trop sensibles". Elle reçoit le Prix Médicis essai en 2005 pour "La vie sauve", écrit avec son amie Lydie Violet, atteinte de tumeurs cérébrales et décédée cet été.

Eric Lambé est né en 1966 en Belgique. Dessinateur et illustrateur, il a notamment travaillé avec Marie Desplechin sur ses livres "Le sac à main" et "La photo". Depuis 2003, il est professeur à l'ESA Saint-Luc de Bruxelles.

L'histoire :
C'est un dimanche ensoleillé de juin. Des amis, ou plus exactement des connaissances, se croisent tout à fait par hasard à Trouville, en Normandie. L'une d'entre eux va proposer à tous de prendre une photo de groupe. Plus tard, séparément, les six personnages auront le cliché entre les mains et raconteront ce jour d'été, "leur" jour d'été. Il y a Marc, celui qui a immortalisé l'instant, l'observateur, photographe professionnel. Séréna, artiste-photographe célèbre, dotée d'un sacré tempérament. Peter, compagnon occasionnel de Séréna, ancien musicien, star dans sa jeunesse, puis devenu écrivain. Mélanie, à l'origine de la photo, avocate un peu idéaliste. Yasmina, amie de Mélanie, agent de service dans un hôpital, qui ne se sent pas du tout à sa place parmi ces gens. Et une silhouette au fond du jardin...

Mon avis :
On se reconnaîtra tous un peu dans ces portraits à la fois acides et bienveillants, cruels et généreux. Cette photo est totalement révélatrice de toute l'ambiguïté des relations amicales et sociales. De ce roman délicieux, comme pour la photo, chaque lecteur en fera sa propre interprétation. Est-ce utile de préciser que l'écriture de Marie Desplechin est tout en justesse et en sensibilité ?

Un livre intelligent à partager entre amis !

"Les amoureux de l'Hôtel de Ville" de Philippe Delerm (Folio)


Philippe Delerm :
Né en 1950 à Auvers-sur-Oise, il a baigné dès son plus jeune âge dans une atmosphère studieuse et cultivée. Fils d'enseignants, lui-même professeur de Lettres en collège, il épouse Martine, une illustratrice de littérature jeunesse avec laquelle il aura un fils, aussi célèbre que lui, Vincent, auteur-compositeur-interprète. C'est en Normandie qu'il pose ses valises, conquis par "le rythme de vie de la région", et c'est là qu'il prend le goût de l'écriture. Ses premiers textes datent de 1976 mais il lui faut patienter sept ans avant de voir son premier roman édité, "La cinquième saison". Suivent une dizaine de récits jusqu'au succès inattendu de "La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules" propulsé en tête de gondoles en 1997 grâce à l'émission de Bernard Pivot. En mars de la même année, il remporte le Prix des Libraires pour "Sundborn ou les jours de lumière".

L'histoire :
François a quarante ans. Il travaille depuis quinze ans dans une librairie. C'est un solitaire. Il a peu d'amis. Sa vie est assez pathétique et triste. Il ne s'est jamais remis de son enfance bâtie sur un mensonge, peut-être involontaire au départ. Ses parents lui ont toujours fait croire qu'ils étaient les amoureux sur la photo de Robert Doisneau "Le baiser de l'Hôtel de Ville". Plaisanterie ou pas, tout le monde a fini par croire à cette histoire. Le père s'en est totalement convaincu et a obligé sa femme et son fils à construire leur vie familiale et sociale autour de ce scénario, à jouer la comédie en permanence. Pour ne rien arranger, aujourd'hui François est au chômage. La librairie vient de fermer. Il sait qu'il doit rebondir mais ses angoisses le paralysent. Il hait tout ce qui lui rappelle son enfance. Il hait cette photo de Doisneau que l'on voit partout. Et pourtant, inconsciemment, il marche pendant des heures dans les rues de Paris à la recherche de photos en noir et blanc de 1950, comme une forme de nostalgie, comme pour saisir des instants fragiles et éphémères de l'enfant qu'il a été mais qui n'a jamais pu s'épanouir...

Mon avis :
On est au bord de la folie. On ne sait pas si le personnage va sombrer ou se relever. Sa psychologie est complexe. On s'interroge, et on s'inquiète pour lui. Troublant et à méditer...

jeudi 6 août 2015

PROCHAINES PRESENTATIONS : FIN SEPTEMBRE 2015




Littérature et Arts
Le monde écrit autrement...

"BREVE HISTOIRE DES CHOSES" de Jacques A. Bertrand (Julliard)


Prix Alexandre Vialatte 2015


Jacques-André Bertrand est romancier, poète, nouvelliste, journaliste. Il a reçu le Prix de Flore en 1995 pour "Le pas du loup" (Julliard).

Jacques A. Bertrand a choisi des choses, pour certaines si ancrées dans notre quotidien que l'on n'y prête plus guère attention. Le parapluie, le savon, le chapeau, l'ascenseur, le cadenas, la poche, la chaise... L'auteur leur redonne, l'instant d'un livre, toute leur utilité - ou inutilité.

Poésie teinté de philosophie, de nostalgie, parfois d'absurde, mais surtout de beaucoup d'humour. Egalement éloge de la lenteur, on lit doucement. On s'imprègne des mots. On laisse nos pensées vagabonder. Plaisir solitaire, exercice intime, on se surprend nous aussi à regarder autrement ces étranges objets qui nous entourent...

Vingt-et une délicieuses bouchées à partager à l'envie !

"AUX BORDS DU GANGE" de Rabindranath Tagore (Folio)

Tagore et Gandhi

Prix Nobel de Littérature 1913


Rabindranath Tagore :
Quatorzième enfant d'une famille bengalie profondément religieuse, Rabindranath Tagore est né à Calcutta en 1861. Rebelle aux études classiques, il est toutefois envoyé en Angleterre de 1878 à 1880 sous prétexte d'apprendre le droit. Le récit de ce séjour fut publié dans un journal fondé par deux de ses frères. De retour en Inde, il entreprend alors d'écrire des poèmes et des drames musicaux. En 1883, année de la parution de son recueil "Chants de l'aurore", il épouse une jeune fille de sa caste. Puis il obéit au souhait de son père et part administrer la propriété familiale de Santiniketan, tâche dont il s'acquitte avec succès. C'est dans ces terres qu'il puise sa finesse d'observation des caractères et des habitudes du peuple des campagnes. Rêvant d'harmonie entre les hommes, il y fonde en 1901 une école, et publie en 1904 un essai politique en faveur de l'indépendance de l'Inde. La mort lui ravit, à des intervalles rapprochés, sa femme et plusieurs de ses enfants. En 1910, paraît "L'offrande lyrique", traduit en français par André Gide. Ce recueil de poèmes connaît un succès mondial. Il effectue un nouveau voyage en Angleterre et aux Etats-Unis, et reçoit le Prix Nobel de Littérature en 1913, décerné pour la première fois à un non-Européen. Devenu célèbre, il voyage à travers le monde pendant de longues années et prononce d'innombrables conférences. Il fonde en 1921 l'université internationale Viçva Bharati à Santiniketan. A la fin de sa vie, il soutient Gandhi dans sa lutte. Il meurt en 1941 en laissant une oeuvre d'une grande diversité et d'une incroyable richesse : recueils de poèmes ("Le jardinier d'amour", "La fugitive"), recueils de nouvelles ("Le vagabond", "Mashi"), romans ("Le naufrage"), théâtre ("Amal et la lettre au roi"), Mémoires ("Souvenirs d'enfance" et "Souvenirs")... A la fois poète et maître spirituel, Rabindranath Tagore a su allier la tradition indienne et la modernité occidentale pour donner une oeuvre généreuse et puissamment évocatrice.


"Aux bords du Gange" contient six nouvelles extraites de "Mashi" :
  • Le squelette
  • La nuit suprême
  • Le gardien de l'héritage
  • La clé de l'énigme
  • La soeur aînée
  • Aux bords du Gange

Mon avis :
L'Inde mystique, l'Inde et ses divinités, l'Inde et ses traditions ancestrales, l'Inde et ses générations d'hommes et de femmes qui peinent à se comprendre et à s'écouter, l'Inde et ses contradictions... Et puis les battements du coeur, douloureuse étreinte prisonnière des coutumes... Ces nouvelles bouleversantes d'émotion, riches et poétiques, et néanmoins accessibles à tous lecteurs, mélange de contes, de légendes et de faits réels, sont admirablement écrites et d'une délicatesse infinie..

A lire également :
Le roman "Le naufrage" (Gallimard/L'Imaginaire)


"INDIAN PALACE" de Deborah Moggach (Le Livre de Poche)


Deborah Moggach, écrivain britannique, est née en 1948. Elle a publié plus de quinze romans mais deux seulement ont été traduits en français : "Le peintre des vanités" (Pocket) et "Ces petites choses" (devenu ensuite "Indian Palace"). Elle a écrit des adaptations de plusieurs de ses romans pour la télévision et a participé à l'écriture de scénarios pour le cinéma, en particulier celui de "Orgueil et préjugés", adaptation du roman de Jane Austen, film de Joe Wright avec Keira Knightley, et "Indian Palace", adaptation de son propre roman, film de John Madden avec de grands noms du cinéma britannique : Judi Dench, Maggie Smith, Bill Nighy, Tom Wilkinson, Penelope Wilton, Celia Imrie, Ronald Pickup et Dev Patel.

L'histoire :
Les temps sont difficiles en ce moment pour le Docteur Ravi Kapoor, directeur de l'Hôpital St Jude, à Londres. Rien ne lui est épargné. Professionnellement, il doit faire face à un budget toujours plus réduit, à l'impossibilité d'investir dans du matériel plus performant, à un système de santé de moins en moins efficace, au manque de personnel, à la surcharge de travail, aux patients mécontents. Récemment, son établissement a fait la "une" des journaux. Une vieille dame, Muriel Donnelly, est restée quarante-huit heures au services des admissions, sans soins. Ce que le Dr Kapoor ne peut pas dire aux médias pour sa défense, c'est que Mrs Donnelly refusait catégoriquement d'être consultée par une personne de couleur. Dans sa vie privée, ce n'est guère mieux. Depuis plusieurs semaines, le Dr Kapoor accueille chez lui le père de sa femme, Norman, un homme gentil mais sans gêne, incontrôlable, qui ne brille pas par sa finesse ni sa discrétion, fumeur devant l'Eternel, et un brin obsédé sexuel. Plus aucune résidence spécialisée n'accepte de le prendre en charge. Kapoor est au bord de la crise de nerfs lorsqu'il est contacté par son cousin Sonny, riche chef d'entreprise indien de passage à Londres. Les deux hommes se retrouvent le soir même pour dîner. Bien que peu proche de Sonny, Kapoor craque et confie tous ses problèmes à son cousin. Le lendemain, Sonny lui propose une affaire "du tonnerre" : ensemble, en famille, ils vont fonder une maison de retraite pour Anglais âgés... en Inde...

Mon avis :
Une poignée de septuagénaires a décidé de quitter sa chère Angleterre pour rejoindre une toute nouvelle maison de retraite, un hôtel, à Bangalore, au sud de l'Inde. Chacun a ses raisons de partir, des raisons aussi diverses que personnelles : la famille, l'argent, la solitude, la santé, le besoin d'exotisme... Certains d'entre eux ont l'habitude de voyager. D'autres n'ont jamais dépassé les côtes de leur île d'Albion. D'autres encore ont vécu une partie de leur enfance en Inde à l'époque de l'Empire colonial et des souvenirs resurgissent. Dans ce pays envoûtant et déconcertant, empreint de spiritualité, qu'est l'Inde, tous vont devoir apprendre à se connaître, à cohabiter, à s'intégrer, à tisser des liens. Ensemble, inconsciemment, ils vont très vite recréer, entre ces murs colorés et ensoleillés, les images d'Epinal d'une Angleterre passée ou fantasmée. Qu'attendent-ils ? De l'attention, de l'affection, une vie paisible. Sur chaque résident, les effets de l'Inde seront inattendus.

Un regard sur la vieillesse savoureux, drôle, tout en finesse et en émotion, et servi par des personnages extrêmement attachants !

"DELIVRANCE" de Jussi Adler-Olsen (Le Livre de Poche)


Prix du meilleur thriller scandinave
Prix des libraires danois


Jussi Adler-Olsen, de son vrai nom Carl Valdemar Jussi Adler-Olsen, est né en 1950 à Copenhague, au Danemark. Fils d'un psychiatre renommé, il étudie la médecine, la sociologie, le cinéma et la politique, ce qui lui permet d'aborder des sujets aussi variés que la maladie mentale ou les conspirations internationales. Ancien éditeur de littérature et de comics, il se consacre exclusivement à l'écriture.

A lire (chez Albin Michel) :
  • "Miséricorde" : Il y a cinq ans, une jeune femme a disparu. L'affaire a été classée, concluant à un suicide. Mais des éléments du dossier intriguent Morck et Assad...
  • "Profanation" : Morck et Assad se penchent sur un double meurtre commis en 1987 aux alentours d'un pensionnat pour fils de familles fortunées...
  • "Délivrance"
  • "Dossier 64"
  • "L'effet papillon"

"Le polar permet d'écrire une histoire qui se déroule à n'importe quelle époque, qui peut jouer avec différents points de vue et aborder tous les sujets. Comme je suis fasciné par la politique, les secrets et le côté obscur des hommes, et comme ces trois éléments, quand ils sont mélangés, produisent des résultats aussi dévastateurs que passionnants, le choix du thriller s'est imposé à moi."
Jussi Adler-Olsen

Le Département V :
Placard tout spécialement créé pour l'inspecteur Carl Morck suite à l'épilogue dramatique d'une de ses enquêtes. Planqué au coeur des archives, dans les sous-sols du commissariat de Copenhague, Morck doit ranger les dossiers des affaires classées. Il n'est pas censé les rouvrir. Mais c'est Carl Morck...

Carl Morck :
Profondément marqué psychologiquement, il culpabilise de l'issue tragique d'une de ses enquêtes (un collègue est mort, son coéquipier et ami est paralysé) qui lui vaut d'être relégué aux archives. Ingérable, irascible, cabochard et exaspérant, l'inspecteur Morck n'en est pas moins un excellent flic, instinctif et déterminé.

Hafez el-Assad :
D'origine syrienne, employé du commissariat, jusqu'alors affecté au ménage, il est désigné pour assister Morck dans ses nouvelles "responsabilités" aux archives. Personnage secret aux méthodes originales, Assad se prend immédiatement au jeu du Département V. Curieux et intéressé, il examine chaque dossier avec soin. Son implication entraîne son chef et, malgré son café imbuvable, il va très vite devenir un indispensable coéquipier.

Rose Knudsen :
Secrétaire punk au caractère bien trempé, elle est efficace et passionnée, mais si Assad est son complice, sa relation est plus conflictuelle avec Morck. Elle ne craint pas de tenir tête à son chef et ce dernier supporte de moins en moins les sautes d'humeur de la jeune femme.

L'histoire de "Délivrance" :
Un paquet de la police scientifique d'Edimbourg, en Ecosse, arrive sur le bureau de Morck. Il contient une lettre trouvée dans une bouteille jetée à la mer il y a plusieurs années. Elle a été expertisée par un linguiste britannique qui pense qu'elle vient du Danemark. Le message, un appel au secours, a été écrit avec du sang mais le temps passé dans l'eau salée l'a rendu quasiment indéchiffrable. Morck fait mine de prendre l'histoire à la légère et confie l'énigme à sa secrétaire. Pourtant, sans pouvoir l'expliquer, il pressent que ce document mystérieux n'a rien d'une blague...

Mon avis :
Jussi Adler-Olsen ne ménage pas notre rythme cardiaque. Scénario diabolique d'un monstre, courses-poursuites sanglantes, rebondissements, pression croissante, émaillent un compte à rebours pervers au bout duquel la vie de deux enfants est en jeu. Victime durant son enfance de maltraitances qui ont laissé de douloureuses cicatrices psychologiques, l'assassin cautérise ses blessures dans la violence et le sadisme.

Intense, nerveux, addictif. Un pur thriller !!!




A voir :
L'excellente série danoise, "Les enquêtes du Département V", adaptée des romans "Miséricorde" et "Profanation".




"COULE LA SEINE" de Fred Vargas (J'ai lu)


Fred Vargas est née en 1957 à Paris, de son vrai nom Frédérique Audoin-Rouzeau. La reine du polar français s'est d'abord spécialisée dans l'archéozoologie. Titulaire d'un doctorat d'Histoire, après avoir étudié la peste au Moyen Age, elle signe sous le nom de Fred Vargas son premier roman, "Les jeux de l'amour et de la mort", qui rafle le Prix du roman policier du festival de Cognac en 1986. Cinq ans plus tard, elle fait paraître "L'homme aux cercles bleus", son premier polar chez Viviane Hamy. Le premier aussi où elle introduit dans son univers le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, héros mythique de plus d'une dizaine d'enquêtes, de "Pars vite et reviens tard" (Prix des lectrices de Elle en 2002) à "Temps glaciaires", le premier publié chez Flammarion.

"Coule la Seine" rassemble trois nouvelles où l'on retrouve avec un immense plaisir le commissaire Adamsberg et toute une galerie de personnages typiquement "vargassiens" diablement attachants, comme toujours.

"Salut et liberté" :
Au début du mois de juillet, un clochard s'installe sur un banc, juste en face du commissariat. Chaque jour il revient et il observe. Le lieutenant Danglard est exaspéré. Il ne saisit pas la démarche du vieil homme et il n'aime pas ne pas comprendre les choses. A l'inverse, Adamsberg, lui, est intrigué par ce curieux personnage, qui se fait appeler Vasco, car deux jours après l'arrivée de Vasco sur le banc, le commissaire a reçu une étrange lettre anonyme...

"La Nuit des brutes" :
La nuit des brutes, c'est Noël. Adamsberg redoute Noël et ce vieux Père Noël au visage aviné qui apporte chaque année sa hotte de drames...

"Cinq francs pièce" :
Un SDF prénommé Pie et son caddie Martin chargé d'éponges à vendre sont témoins d'un meurtre...

Mon avis :
Paris ville-lumière, Paris ville de beautés et de luxe, Paris ville de cartes postales, mais aussi Paris théâtre de terribles tragédies et de funestes solitudes. Sans se départir de son humour ni de son style tendrement décalé, Fred Vargas nous conte trois très belles histoires qui remettent l'humanité à la place qu'elle n'aurait jamais dû délaisser ! Délicieusement génial !!!

A lire :
"Temps glaciaires" (Flammarion)

jeudi 25 juin 2015

PROCHAINES PRESENTATIONS : DEBUT AOÛT 2015





Coquillages et Crustacés
Le monde sous le soleil...

"LE COEUR QUI TOURNE" de Donal Ryan (Albin Michel)



Meilleur livre de l'année 2013 en Irlande
Prix 2015 de Littérature de l'Union européenne
Irlande


Le Prix de Littérature de l'Union européenne a été créé en 2005. Le jury est composé de quinze membres bénévoles réunis en novembre à Strasbourg.


Donal Ryan est né en 1976 à Tipperary en Irlande. "Le coeur qui tourne" est son premier roman.

L'histoire :
C'est une petite ville d'Irlande, jolie et paisible. Tout le monde se connaît, aucun secret ne le reste longtemps, mais la vie est tranquille. Et puis soudain, c'est l'implosion. Du jour au lendemain, le patron de l'entreprise de bâtiment disparaît, parti à l'étranger -suppose-t-on -, abandonnant les ouvriers qui ne toucheront même pas d'indemnités-chômage puisqu'il n'a pas payé les cotisations. Des hommes se retrouvent sans emploi, sans revenu, et avec eux, toute une communauté est impactée par cette douloureuse situation. Des destins sont brisés, des rêves s'effondrent,  des familles sont anéanties, des amis s'éloignent... Certains se battent pour sortir la tête hors de l'eau. D'autres sombrent. Tous ne sont pas égaux face aux conséquences de ce désastre. Chacun a son histoire. Ils racontent...

Mon avis :
Ils sont vingt-et-un. Hommes, femmes, enfants. Vingt-et-un personnages qui prêtent leur voix à un drame économique et social, hélas, universel. Aux maux dus au chômage et à la perte de tout espoir, s'ajoutent jalousies, rumeurs infamantes, vieilles rivalités, brouilles familiales... "Comme pendant la guerre" disent certains, et les Irlandais savent de quoi ils parlent, l'être humain se révèle dans tout ce qu'il a de meilleur et de pire. Chacun témoigne, livre son histoire, se confesse. Tous ces parcours de vie s'entrecroisent, se recoupent, se réunissent, pour créer un seul et unique conte contemporain cruel et bouleversant.

Puzzle âpre, féroce et intense. Une très belle plume à découvrir et un nom à retenir !

"LA VERITE ET AUTRES MENSONGES" de Sascha Arango (Albin Michel)




Prix du Polar européen 2015
Allemagne


Sascha Arango est né en 1955 en Allemagne. Scénariste plusieurs fois récompensé, il écrit pour la télévision, la radio et le théâtre. "La vérité et autres mensonges", son premier roman, vient de recevoir le Prix du polar européen 2015.

L'histoire :
Henry et Martha vivent ensemble depuis neuf ans. Ils forment un couple heureux, sans histoires, lié par un secret, une "évidence silencieuse" acceptée par les deux époux. Elle, est une virtuose de la plume. Ses textes sont d'une qualité exceptionnelle. "Je veux juste écrire" confie-t-elle un jour à son mari étonné qu'elle ne publie pas. Alors, c'est lui qui cherche une maison d'édition, qui signe de son nom les romans de sa femme. Il assure les promotions, les lectures, les dédicaces avec beaucoup d'enthousiasme et joue à la perfection le rôle d'auteur de best-sellers. Mais chaque scénario impeccable a son grain de sable. Et le grain de sable s'appelle Betty, éditrice, maîtresse, et enceinte de Henry. Lui qui ne voulait pas d'enfant. Et certainement pas de Betty dont il n'est pas amoureux. Jusqu'à présent, le hasard lui avait toujours été favorable, le destin avait toujours fait les bons choix à sa place, transformant même les drames en opportunités. Mais aujourd'hui, la chance semble le lâcher. Comment dire la vérité à Martha ? Comment expliquer à Betty qu'il ne désirait pas être père et refuse de l'être ? Que va-t-il advenir de sa notoriété qu'il doit entièrement à son épouse ? Lucide, Henry prend conscience que cette fois sa vie prend un autre chemin et qu'elle va très vite se transformer en cauchemar...

Mon avis :
Le héros, Henry Hayden, profite, sans le vouloir en apparence, des hasards, parfois tragiques, qui ponctuent sa vie depuis son enfance. Est-il un homme ordinaire au destin hors du commun ? Ou a-t-il toujours été un monstre lâche et manipulateur ? C'est là toute la question de ce roman à l'intrigue originale. Toutefois, Prix du polar européen, on pouvait attendre un peu plus. De bonnes idées sont semées mais ne mûrissent pas et nous laissent sur notre faim. L'ensemble n'est pas approfondi et la psychologie des personnages assez pâle. Néanmoins, on lit l'histoire jusqu'au bout, sans déplaisir.

Un livre sympathique, idéal pour cet été !

"LES FANTÔMES DE BRESLAU" de Marek Krajewski (Folio policier)



Pologne


Marek Krajewski est né en 1966 en Pologne, à Wroclaw (Breslau en allemand). Linguiste, spécialiste de latin et de grec, il a été maître de conférences et professeur de latin avant de se consacrer entièrement à l'écriture de romans policiers historiques.

Quelques mots sur Breslau :
Ville aujourd'hui connue sous le nom de Wroclaw, elle sera en 2016 (avec la ville de Saint-Sébastien en Espagne) la capitale européenne de la culture. Située au pied des Sudètes, Wroclaw est une des villes les plus anciennes et les plus belles de Pologne.



(Hôtel de Ville de Wroclaw)


Son histoire est très riche :
  • Dans le royaume de Pologne de 990 à 1138 (construction de la première cathédrale)
  • Capitale du Duché de Silésie de 1138 à 1335
  • Sous la couronne de Bohême de 1335 à 1526 (centre important de commerce et d'artisanat)
  • Sous l'administration des Habsbourg de 1526 à 1741 (conversion de la ville au catholicisme et politique de germanisation)
  • De la Prusse à l'Allemagne (qui lui donnera le nom de Breslau) de 1741 à 1939 
  • La Seconde Guerre mondiale de 1939 à 1945 (Breslau résiste pendant trois mois à l'Armée Rouge, plus longtemps que Berlin mais plus de la moitié de la ville est rasée)
  • 1945 : Breslau est réincorporée à la Pologne et retrouve son nom Wroclaw
  • Renaissance de la ville de 1945 à 1970 (temps de la reconstruction, dégel de 1956 et années de croissance)
  • La décennie 1970-1980 et la naissance de Solidarnosc
  • La fin du communisme

Aujourd'hui :
La vieille ville est presque complètement restaurée, ses monuments préservés. La capitale silésienne est une ville européenne où se côtoient nombreux styles architecturaux, reflets de son histoire.

Personnalités littéraires :
  • Tadeusz Rozewicz (1921-2014), poète et dramaturge, a vécu et est décédé à Wroclaw
  • Marek Hlasko (1934-1969), le "James Dean" polonais, a vécu un temps à Wroclaw
  • Theodor Mommsen (1817-1903), Prix Nobel de Littérature en 1902, a enseigné à Breslau
  • Gerhart Hauptmann (1862-1946), Prix Nobel de Littérature en 1912, a étudié à Breslau 

L'histoire du roman :
2 octobre 1919. Le commissaire de la Police criminelle de Breslau, Heinrich Mühlhaus, et Eberhard Mock, son assistant tout droit venu de la Brigade des moeurs, se retrouvent tôt ce matin-là dans un café de la ville. Mock est dans un sale état. Il n'a pas dormi depuis quatre jours et menace de donner sa démission. Mühlhaus lui réaffirme sa confiance ; il a vraiment besoin de lui au sein de la nouvelle commission des meurtres, à condition qu'il en soit capable physiquement et psychologiquement, et qu'il lui détaille les événements de ces derniers jours. Mock se décide alors à tout raconter sur "l'affaire des marins".
C'était il y a un mois, le 1er septembre 1919. A huit heures du matin, Mock est conduit par l'un de ses coéquipiers sur une île au milieu de l'Oder où il découvre une scène de crimes particulièrement éprouvante. Quatre corps, des jeunes hommes, gisent sur le sol boueux, enchevêtrés d'une manière étrange, couverts d'hématomes, les yeux crevés, les membres disloqués, uniquement vêtus d'un bonnet de marin sur la tête et d'un cache-sexe en cuir couvrant les parties génitales. Sur l'un des cadavres, on trouve un billet énigmatique directement adressé à Mock...

Mon avis :
Dès les premières lignes, on est piégé dans la toile et on ne peut plus se libérer. Un roman sombre et puissant aux références à la littérature et à la mythologie grecques captivantes. Une approche très intéressante des débuts de la psychologie et de la médecine légale. L'auteur crée une atmosphère personnelle dans laquelle on se fond immédiatement. Le réalisme de la reconstitution historique de la ville et de ses difficultés politiques et sociales de l'époque est fascinant. On ne peut qu'être séduit et en totale empathie avec le héros, Eberhard Mock, traumatisé de la Grande Guerre, que les fantômes des tranchées hantent toutes les nuits, et dont le seul remède aux cauchemars est l'alcool le plus fort possible.

Noir, intelligent, excellent !

"LA TRILOGIE BERLINOISE" de Philip Kerr (Le Livre de Poche)



Prix des lecteurs - roman policier 2010
Allemagne - Auteur écossais

Trois volumes réédités en un seul ouvrage :

"L'Eté de cristal"
Prix du roman d'aventure 1993
Prix Mystère de la critique 1994

"La Pâle Figure"

"Un requiem allemand"


Philip Kerr est né en 1956 à Edimbourg, en Ecosse. Il a fait des études de droit à l'université de Birmingham, a travaillé dans la publicité et comme journaliste indépendant avant de se lancer dans l'écriture de fictions. "La trilogie berlinoise", qui traverse Berlin de 1936 à 1947, a reçu le Prix des lecteurs - roman policier en 2010.

"Voilà ce qu'était devenue Berlin sous le gouvernement national-socialiste : une vaste demeure hantée pleine de recoins sombres, d'escaliers obscurs, de caves sinistres et de pièces condamnées, avec un grenier où s'agitaient des fantômes déchaînés qui jetaient des livres contre les murs, cognaient aux portes, brisaient des vitres et hululaient dans la nuit, terrorisant les occupants au point qu'ils avaient parfois envie de tout vendre et de partir. Pourtant, la plupart se contentaient de se boucher les oreilles, de fermer les yeux et de faire comme si tout allait bien. Tout apeurés, ils parlaient peu, faisaient mine de ne pas sentir le tapis remuer sous leurs pieds, et les rares fois où ils riaient, c'était du petit rire nerveux qui accueille poliment les plaisanteries du patron."
Philip Kerr
"L'Eté de cristal"

L'histoire :
Berlin, 1936. L'Allemagne se prépare à accueillir les Jeux Olympiques.
Bernhard Gunther, enquêteur privé, assiste aujourd'hui au mariage de sa secrétaire. Au lieu de s'en réjouir, c'est à regret qu'il félicite les mariés car Dagmarr ne travaillera plus pour lui. Plus d'une fois il eut envie de lui demander de l'épouser mais à trente-huit ans il était évidemment trop vieux pour elle. La belle préféra un jeune et beau pilote de la Lufthansa à qui Gunther ne cache pas son peu de sympathie pour le National Socialisme. Hardiesse de plus en plus risquée en cette Allemagne du Troisième Reich. Gunther le sait bien. La plupart de ses clients sont des Juifs à la recherche de proches disparus.
Passablement éméché, au milieu de la nuit, Gunther quitte la fête et n'aspire qu'à s'endormir dans son lit. Malheureusement, devant son domicile l'attendent trois hommes qui l'invitent avec conviction à monter dans une Mercedes noire. Une personne mystérieuse souhaite louer ses services. Gunther est conduit auprès de Hermann Six, un des plus gros industriels de la Ruhr. Il y a trois jours, sa fille, Grete, et son gendre, Paul Pfarr, ont été abattus de plusieurs balles, leurs corps ensuite brûlés dans l'incendie de leur maison, et des bijoux de grande valeur ont disparu du coffre-fort. Six veut le ou les coupables de ces actes abominables et exige la discrétion. Gunther accepte le contrat lucratif.
Le lendemain matin, il commence ses investigations. D'abord il apprend que le couple Pfarr battait de l'aile. Puis il obtient quelques adresses de revendeurs peu scrupuleux. Par ailleurs, il découvre avec étonnement que Hermann Goering lui-même est un grand amateur d'objets de luxe, les pierres précieuses en particulier, et qu'il est prêt à tout pour en posséder...

Mon avis :
Les deux premières parties sont un hommage à Dashiell Hammett et à Raymond Chandler. On retrouve avec beaucoup de plaisir tous les codes du roman noir américain des années 1930 à 1950 : la figure mythique du détective privé à l'imperméable sombre et au chapeau gris, solitaire, libre, élégant, un brin macho mais charmant ; cigarettes, alcool, jolies femmes, revolvers, bagarres musclées, clients fortunés, indics, mafieux, ripoux, balances, (rares) amis loyaux. De l'insolence et de l'humour mordants insufflent une brise rafraîchissante à la gravité du contexte historique.
La troisième partie, plus ténébreuse, n'est pas sans rappeler l'oeuvre de John Le Carré et les romans d'espionnage sur l'époque de la Guerre Froide.
Pour chaque épisode, l'auteur met en premier plan une enquête criminelle très bien ficelée, et en toile de fond l'Histoire, répercutant ainsi, avec un grand réalisme, le climat de suspicion et de peur dans le quotidien de ses personnages. A décrire l'horreur, Philip Kerr préfère s'interroger et réfléchir sur comment tout cela fut possible, comment un peuple cultivé a pu être entraîné dans une telle folie.
Cette trilogie évoque trois périodes de l'histoire de l'Allemagne. 1936 et 1938 : la montée du nazisme, les Jeux Olympiques de Berlin, les accords de Munich, la Nuit de Cristal, le rôle des bras droits de Hitler... 1947 : Berlin en ruine, le plan Marshall (empêcher la propagation du communisme), l'occupation de Berlin divisée en une zone soviétique et plusieurs zones occidentales (réparties entre la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis), la reconstruction, la "dénazification", et plus tard la création des deux Allemagnes...
Mille pages qui se dévorent d'une traite ! A la fois instructif et divertissant, intelligent et fluide, ce roman témoigne de la cupidité et de la cruauté humaine.

"Le pâle ciel d'automne était empli de l'exode de millions de feuilles que le vent déportait aux quatre coins de la ville, loin des branches qui leur avaient donné vie. Ici et là, des hommes au visage de pierre travaillaient avec lenteur et concentration pour contrôler cette diaspora végétale, brûlant les branches de frêne, de chêne, d'orme, de hêtre, de sycomore, d'érable, de marronnier, de tilleul et de saule pleureur, tandis que l'âcre et grise fumée flottait dans l'air comme le dernier souffle d'âmes perdues. Pourtant, d'autres feuilles continuaient à tomber, à tomber sans cesse, de sorte que les tas se consumaient sans diminuer, et tandis que je regardais rougeoyer la braise des feux en humant les gaz chaud de cette mort végétale, il me sembla sentir l'odeur de la fin de toute chose."
Philip Kerr
"La Pâle Figure"

POESIE EUROPEENNE



"L'Europe en Poésie"

http://cache.media.education.gouv.fr/file/europe_et_international_2/76/6/europe-en-poesie_39766.pdf


jeudi 14 mai 2015

PROCHAINES PRESENTATIONS : FIN JUIN 2015




Littérature européenne
D'autres mondes si proches...



"MISERY" de Stephen King (Le Livre de Poche)



"Misery"
Stephen King
(Le Livre de Poche)

Prix Bram Stoker du meilleur roman en 1987



Héros de ce roman :
"Misery" est un huis-clos éprouvant réunissant trois personnages : la victime, l'écrivain à succès Paul Sheldon ; le bourreau, l'ancienne infirmière Annie Wilkes et "plus fervente admiratrice" de Paul Sheldon ; et Misery, héroïne "de papier" d'une saga écrite par Sheldon et à laquelle Annie Wilkes s'identifie.

Stephen King est né en 1947 à Portland, dans le Maine. Il fait figure, depuis plus de quarante ans, de géant des lettres américaines, fort d'une oeuvre aussi prolifique que populaire dans le monde entier. Son succès démarre en 1974 avec la publication de "Carrie", son premier roman (l'histoire d'une lycéenne, maltraitée par ses camarades, qui se découvre un pouvoir de télékinésie). Stephen King quitte alors son poste d'enseignant pour se consacrer pleinement à l'écriture. Depuis, il enchaîne les best-sellers et les adaptations à l'écran ("Shining", "Christine", "Misery", "ça"...). Réputé pour ses récits mêlant horreur et fantastique, Stephen King s'est aussi illustré dans un genre plus réaliste, que ce soit dans "Dolores Claiborne" ou le recueil "Différentes Saisons" notamment, ou dans les romans signés sous le nom de Richard Bachman. C'est sous ce pseudonyme qu'en 1987 devait être publié son roman "Misery", mais le public ayant découvert que King et Bachman ne faisaient qu'un, Stephen King se résolut à signer ce livre sous son propre nom.

Publiés sous le nom de Richard Bachman :
  • "Rage" (1977 / Albin Michel 1990)
  • "Marche ou crève" (1979 / Albin Michel 1989)
  • "Chantier" (1981 / Albin Michel 1987)
  • "Running Man (1982 / Albin Michel 1988)
  • "La peau sur les os" (1984 / Albin Michel 1987)
  • "Les Régulateurs" (1996 / Albin Michel 1996) lié à "Désolation" (signé Stephen King 1996 / Albin Michel 1996)
  • "Blaze" (2007 / Albin Michel 2008) (hommage littéraire à "Des souris et des hommes" de John Steinbeck)

"Misery" est l'un des rares romans de Stephen King qui ne contiennent aucun élément fantastique ou de science-fiction. Ici, la folie est pathologique. Annie Wilkes souffre de troubles mentaux réels. L'histoire aurait été inspirée à Stephen King par la lecture d'une nouvelle d'Evelyn Waugh intitulée "The man who loved Dickens" ("L'homme qui aimait Dickens"). Un homme est retenu prisonnier en Amérique du Sud, contraint de lire Charles Dickens parce que son geôlier est tombé amoureux de l'oeuvre de l'auteur. Stephen King s'est alors demandé ce qu'il se passerait si l'écrivain adulé était le prisonnier. Il confesse également que "Misery" est une métaphore de sa propre dépendance aux drogues dans les années 1980. Il s'est aussi entouré de médecins, de psychologues et d'infirmières pour décrire au plus près la douleur, et donner toute leur crédibilité au passé professionnel d'Annie Wilkes et à son état psychique.

L'histoire :
Les ténèbres. Un brouillard impénétrable. Des sons lointains et indistincts. Un souvenir d'enfance récurrent. Une respiration artificielle. Les lèvres d'une femme. Une haleine pestilentielle. L'homme reprend connaissance juste assez de temps pour se rappeler qu'il est Paul Sheldon, écrivain à succès. La femme assise sur son lit lui dit qu'il est à Sidewinder, dans le Colorado, qu'elle s'appelle Annie Wilkes et qu'elle est son "admiratrice numéro un". Puis de nouveau les ténèbres, la doubleur et la brume. Des moments de sa vie lui reviennent en mémoire par intermittence. Et puis cette femme inquiétante dont il ne pressent rien de bon et qui le gave d'analgésiques. Après dix jours passés dans un état semi-comateux, Paul Sheldon n'a aucune réponse à ses questions. Que lui est-il arrivé ? Un accident de la route, probablement. Il se souvient avoir pris le volant de sa Camaro malgré son état d'ivresse et les mauvaises prévisions météorologiques. Il se souvient de la tempête de neige, puis d'un choc, violent. Ses deux jambes sont brisées à de multiples endroits. La douleur est insoutenable. Pourquoi n'est-il pas à l'hôpital ? Annie élude le sujet. Les sautes d'humeur de cette femme sont imprévisibles et redoutables. Elle a lu ses huit romans et voue une passion débordante pour la saga romantique consacrée à l'orpheline Misery. Elle attend d'ailleurs avec impatience le dernier tome, en librairie dans quelques jours. Sheldon réalise soudain que le pire est à craindre pour lui. Annie va découvrir bientôt que son auteur préféré a décidé de mettre un terme aux aventures de Misery et qu'il a fait mourir son héroïne adorée. Dans l'esprit de Sheldon, il ne fait plus aucun doute. "Je suis dans le pétrin, ici, pense-t-il. Cette femme n'est pas normale."...

Mon avis :
Un auteur populaire séquestré et torturé par une admiratrice vouant un véritable culte à son héroïne "de papier" et, de surcroît, souffrant de troubles mentaux sévères, serait-ce le pire cauchemar de Stephen King lui-même ? Le choix de ce face-à-face oppressant et effroyable est diaboliquement intelligent et efficace. Stephen King décrit non seulement l'impact (parfois irrationnel) que peut avoir un personnage de fiction sur les lecteurs, mais il décrit aussi le métier d'écrivain, le processus d'écriture. Toutes les étapes de la création littéraire sont évoquées : de l'inspiration de départ à l'élaboration d'une intrigue crédible, en passant par les périodes de doutes ou au contraire de bouillonnement rédactionnel, jusqu'à la publication et l'accueil du public. C'est absolument passionnant ! De la première à la dernière page, la tension et l'intensité psychologique ne faiblissent jamais. Annie Wilkes est terrifiante. Un scénario implacable !!!



"Misery" a été adapté au cinéma en 1990 par Rob Reiner, avec Kathy Bates dans le rôle de Annie Wilkes, pour lequel elle remporta l'Oscar de la meilleure actrice, et James Caan dans le rôle de Paul Sheldon.




"HAMMETT DETECTIVE" - Collectif d'auteurs (Syros)


Stéphanie Benson
Benjamin et Julien Guérif
Jérôme Leroy
Marcus Malte
Jean-Hugues Oppel
Benoît Séverac
Marc Villard
Tim Willocks

Héros de ce recueil de nouvelles :
Dashiell "Dash" Hammett, alors qu'il n'est qu'un tout jeune détective, est mis en scène par huit talentueux auteurs de polars d'aujourd'hui.

Le héros dans l'oeuvre de Dashiell Hammett :
Hammett constate l'existence du crime mais pense que l'action de son héros peut transformer la société.

Dashiell Hammett est né en 1894 dans le Maryland. Fils d'un escroc vaguement politicien devenu juge, il part de chez lui à quatorze ans. Bohème, il vit dans la rue, se réchauffe au bourbon. 
Après avoir été coursier, employé des chemins de fer, clerc à la Bourse, il est engagé par l'agence Pinkerton, dont les détectives ont traqué Jesse James, Butch Cassidy et le premier serial killer des Etats-Unis, ironiquement nommé Holmes. En 1921, Hammett participe à l'enquête sur le viol et le meurtre d'une mineure par Fatty Arbuckle, le comique le plus célèbre du moment. Il enchaîne avec la découverte d'un trafic d'or sur un paquebot et, pour finir, appréhende un homme qui a volé la Grande Roue de la foire de San Francisco (un exploit !). Il voit du sang, côtoie les crapules, est écoeuré par la corruption, cette rouille des âmes et des institutions. Il découvre que le bonheur est une illusion, et que le capitalisme américain est infâme. Quand les détectives ne sont plus engagés comme détectives mais comme agents de sécurité pour briser les grèves, trop loin de ses convictions et de ses valeurs, Hammett s'en va. Il se met à écrire, s'inspire de tout ce qu'il a vu chez Pinkerton, et fonde le roman noir américain. 
Scénariste à Hollywood depuis 1930, il est aussi un militant actif aux côtés de la gauche américaine. Alors que s'achève sa carrière d'écrivain au milieu des années 1930, après cinq romans et soixante-cinq nouvelles publiés en quinze ans, l'auteur du "Faucon maltais" s'engage dans le combat politique, aussi bien pour l'obtention des droits civiques pour les Noirs que dans la lutte contre le franquisme et le nazisme. 
Mais à partir de 1947, la Guerre froide engendre aux Etats-Unis un climat de suspicion généralisée envers les Communistes, ou supposés tels. La chasse aux sorcières, incarnée par la Commission sur les activités anti-américaines, prend pour cible les milieux intellectuels, en particulier Hollywood. Cette sombre période voit son apogée en 1951 au cours du procès des époux Rosenberg.
En tant que président du "Civil Rights Congress de New York", une organisation communiste, Hammett est une personnalité exposée. Il est convoqué deux fois devant les tribunaux, d'abord en juillet 1951 - il est alors condamné à six mois de prison pour outrage à Magistrat -, puis en 1953 lors d'un interrogatoire mené par un sénateur très zélé, Joseph McCarthy. De 1934 jusqu'à sa mort, à New York, en 1961, harcelé à cause de ses engagements politiques, alcoolique, tuberculeux, il ne publiera plus rien.

(cf : France Culture + "Le Nouvel Obserbateur" du 23 décembre 2010)

A lire, de Dashiell Hammett :
"Moisson rouge" (Folio policier)
"Sang maudit" (Folio policier)
"Le Faucon maltais" (Folio policier)
"La clé de verre" (Folio policier)
"L'introuvable" (Folio policier)
"Coups de feu dans la nuit" - Intégrale des nouvelles (Omnibus)

Les nouvelles :

"L'âge légal pour mourir" de Stéphanie Benson
La fille d'un grand patron de l'acier retrouvée noyée près du chantier naval...

"L'Homme d'Adak" de Benjamin et Julien Guérif
Trois hommes dans un bar...

"La fille du sénateur" de Jérôme Leroy
Histoire d'amour interdite sur fond de grève...

"Jamais plus !" de Marcus Malte
Quand Dash rencontre Poe...

"Poissons rouges" de Jean-Hugues Oppel
... ou requins blancs...

"Coup double" de Benoît Séverac
Etrange enlèvement à Washington...

"Chariot dans la neige" de Marc Villard
Road-movie écologiste...

"La fille de Big Bill Shelley" de Tim Willocks
Suivie de sa version originale, "The Daughter of Big Bill Shelley"
Le lynchage d'un mineur syndicaliste...

Mon avis :
Huit nouvelles très intéressantes, souvent émouvantes, truffées d'hommages à l'oeuvre de Dashiell Hammett et à l'auteur lui-même. Tout y est : les traumatismes de la Première Guerre mondiale, les débuts de la médecine légale, la corruption à tous les étages de la société américaine que Hammett n'a cessé de dénoncer, l'image du personnage du détective privé, les clins d'oeil aux premiers romans policiers (Edgar Allan Poe, Arthur Conan Doyle, Agatha Christie), l'engagement politique, les conflits sociaux, le syndicalisme, les mouvements ouvriers, la lutte contre le capitalisme américain, les grèves de mineurs, la défense de la cause des Noirs et de l'égalité des droits entre Noirs et Blancs, le procès Hammett, le maccarthysme, la maladie, l'alcoolisme, la poésie... A dévorer !!!

"TEMPS GLACIAIRES" de Fred Vargas (Flammarion)



Héros de ce roman :
Le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, le "sylvestre des Pyrénées", le "pelleteur de nuages", constamment perdu dans un monde parallèle. Mais aussi son indispensable acolyte, le commandant Adrien Danglard, encyclopédie vivante, fils de mineurs du Nord et grand amateur de vin blanc. Autour d'eux, évolue une brigade de personnages étranges, des personnalités rares sans qui rien ne serait possible. N'oublions pas non plus la Boule, l'étonnant chat du commissariat !

Fred Vargas est née en 1957 à Paris, de son vrai nom Frédérique Audoin-Rouzeau. La reine du polar français s'est d'abord spécialisée dans l'archéozoologie. Titulaire d'un doctorat d'Histoire, après avoir étudié la peste au Moyen Age, elle signe sous le nom de Fred Vargas son premier roman, "Les jeux de l'amour et de la mort", qui rafle le Prix du roman policier du festival de Cognac en 1986. Cinq ans plus tard, elle fait paraître "L'Homme aux cercles bleus", son premier polar, chez Viviane Hamy. Le premier aussi où elle introduit dans son univers le commissaire Jean-Baptise Adamsberg, héros mythique d'une dizaine d'enquêtes, de "Pars vite et reviens tard" (Prix des lectrices de Elle en 2002) à "Un lieu incertain". "Temps glaciaires" est son treizième "rompol", le premier publié chez Flammarion.

L'histoire :
Alice Gauthier avance bien trop lentement à son goût à cause de son déambulateur. Elle doit impérativement poster un courrier. Mais à quelques mètres à peine de la boîte aux lettres, elle chute et les secours arrivent. Une passante récupère l'enveloppe tombée sur le trottoir et la poste. Suicide ou mise en scène ? Quelques jours plus tard, Alice Gauthier, professeur de mathématiques à la retraite, est retrouvée morte dans sa baignoire, vêtue d'un tailleur, les veines tranchées, un signe indéchiffrable dessiné sur le meuble de toilette. Un mystère que le commissaire Bourlin s'empresse de partager avec son collègue, le commissaire Adamsberg, et surtout avec le puits de sciences, le commandant Danglard...

Mon avis :
C'est alambiqué, tarabiscoté, tricoté comme un jacquard pour mains expertes, les pistes se multiplient, mais jamais on ne se perd. Changement de maison d'édition ? On retrouve avec bonheur Fred Vargas et la douce folie de ses premiers romans. Ses personnages atypiques, ses ambiances singulières, son érudition jamais pédante et son humour subtil. On s'évade dans le temps, dans l'Histoire, dans l'espace, de la France de la Révolution à l'Islande d'aujourd'hui. C'est complètement fou et parfaitement cohérent !

Un VRAI bon moment de lecture !

"PLAINTES" de Ian Rankin (Le Livre de Poche)


Héros de ce roman :
Après Rebus, inspecteur fracassé et amateur de whisky, ô combien touchant, voici un nouveau venu dans l'oeuvre de Ian Rankin, l'inspecteur Malcolm Fox, tout aussi attachant, présenté comme étant l'exact contraire de Rebus... mais l'est-il vraiment ?

Ian Rankin est né en 1960 à Cardenden, village de Fife, au nord de l'Ecosse. Après des études de littérature, de multiples petits boulots en tous genres, quelques années passées à Londres puis en France, dans le Périgord, et un succès grandissant grâce à John Rebus, Ian Rankin revient définitivement à Edimbourg en 1996 avec sa femme et leurs deux enfants. Ils s'installent à Merchiston, banlieue résidentielle, dans le "quartier des écrivains", et ont pour voisins, entre autres, Alexander McCall Smith ou J.K. Rowling. Ian Rankin est l'auteur de romans policiers le plus lu au Royaume-Uni devant Irvine Welsh et Iain Banks. Son héros John Rebus a officié pendant vingt-cinq ans, de 1987 à 2012. Avec lui, tout au long des dix-sept romans qui lui ont été consacrés, nous avons visité Edimbourg loin des parcours touristiques, fait la tournée des pubs, goûté les meilleures bières et les plus vieux whiskys, écouté beaucoup de rock des années 1970. Dans "Exit Music", John Rebus quittait la scène littéraire pour une retraite bien méritée et, on l'espère, paisible. Une grande tristesse pour ses admirateurs. Mais que l'on se rassure ! Ian Rankin revient aujourd'hui avec "Plaintes" et un nouveau personnage, Malcolm Fox, tout aussi attachant que Rebus malgré leurs différences, membre des Affaires internes. Une tâche délicate que d'investiguer sur ses propres collègues. On ne quitte pas Edimbourg. Fox ne boit pas, ne fume pas, mène une vie très ordinaire, un peu ennuyeuse, s'occupe de son père malade en maison de retraite et de sa soeur instable. Les romans de Ian Rankin sont toujours réalistes, ancrés dans la société, pointant du doigt le racisme, l'injustice et le sort réservé aux minorités. Une rumeur laisse entendre que Malcolm Fox et John Rebus pourraient se retrouver pour les besoins d'une prochaine enquête. A suivre...

L'histoire :
Malcolm Fox n'a rien d'un super héros. C'est un homme d'une beauté ordinaire, la quarantaine, divorcé, sans enfant. Il ne fume pas, ne boit que du jus de tomate. Il sort peu, n'a pas vraiment d'amis. Il aime lire, écouter Classic FM, porter des bretelles affreuses. Il s'occupe de son père malade en maison de retraite, et veille sur sa petite soeur Jude dont la vie est plus que chaotique. Une vie banale. La particularité de Malcolm tient à son travail. Il est inspecteur aux Affaires et Plaintes internes. La police des polices. Un peu lent mais tenace et redoutablement efficace, Fox, avec l'aide de son équipe, vient de boucler une affaire concernant un membre de la Criminelle, Glen Heaton. Autant dire que les relations entre les "boeufs carottes" et les autres forces de police d'Edimbourg sont tendues, et les excès de zèle, de part et d'autres, sont monnaies courantes. Ce lundi matin, l'inspecteur Fox se voit confier une nouvelle mission par le service de Protection de l'Enfance : enquêter sur le sergent Jamie Breck, collègue de Glen Heaton, et soupçonné d'avoir des liens avec un site pédopornographique australien. Le manque d'informations concrètes est manifeste. Fox a des doutes quant à la pertinence de cette surveillance mais se garde bien de les émettre à voix haute. Le lendemain, coup de théâtre, Malcolm Fox apprend le meurtre du compagnon de sa soeur, une petite frappe qu'il n'a jamais tenu en haute estime. Et pour ne rien arranger, l'enquête est entre les mains de Jamie Breck...

Mon avis :
Un régal que ce nouveau roman de Ian Rankin ! Nous partageons trois semaines intenses de la vie de Malcolm Fox. Nous le suivons heure par heure dans les rues sombres d'Edimbourg, hors des circuits touristiques. Nous l'accompagnons dans le non-moins glauque labyrinthe de la conscience humaine où se mêlent la suspicion, la jalousie, les envies de vengeance, les intérêts personnels, et les liens toxiques entre les politiques, les représentants des forces de l'ordre et la finance immobilière. On ne s'ennuie pas un seul instant. La dynamique est constante et le héros est diablement attachant. 

Classique, sans doute, mais le charme opère !

"HELOÏSE, OUILLE !" de Jean Teulé (Julliard)


Ce roman contient de nombreuses scènes érotiques... fort bien écrites et pleines d'humour, certes... mais qui ne s'adressent pas aux plus jeunes ou aux personnes délicates.

Héros de ce roman :
Héloïse d'Argenteuil (1092-1164) et Pierre Abélard (1079-1142), personnages réels, ont vécu une intense (et tragique) histoire d'amour devenue populaire et mythique. Héros à travers les siècles de biographies, fictions, poèmes, pièces de théâtre, oeuvres d'art...

Jean Teulé est né en 1953 dans la Manche. Il grandit à Arcueil dans une famille de militants communistes. Ancien dessinateur et chroniqueur à la télévision, il a signé de nombreux albums et scénarios de bande dessinée, avant de troquer ses crayons contre la plume. Depuis vingt-cinq ans, il se consacre entièrement à l'écriture, avec une prédilection pour le roman historique. Parmi ses plus beaux succès, citons "Le magasin des suicides" (adapté à l'écran par Patrice Leconte), "Le Montespan" (traduit en dix-neuf langues), "Mangez-le si vous voulez" et "Charly 9". "Héloïse, ouille !" est son quinzième roman.

L'histoire :
En cet été 1118, à Paris, le Chanoine Fulbert propose à Pierre Abélard, professeur et philosophe adulé, de devenir le précepteur de sa nièce Héloïse, jeune femme intelligente et cultivée. Un amour fou et charnel dévore très vite les deux tourtereaux. La belle a dix-huit ans, lui près de quarante, mais n'écoutant que leurs désirs, ils se comportent comme des adolescents, manquent de discrétion et multiplient les imprudences. De douloureux tourments vont, hélas, rapidement les séparer...

Mon avis :
Voilà une version de l'histoire d'Héloïse et Abélard qui ne manque pas de piment - ou de gingembre - ! L'auteur assure, dans ses interviews, que tout est vrai. Alors, croyons-le ! La première partie est diablement débridée, mêlant habilement expressions paillardes et vieux français délicieusement imagé. Le couple, pour son époque, ne se refuse aucun plaisir. C'est réjouissant, poétique, drôle. La deuxième partie, si Jean Teulé ne se départ pas de son talent de conteur ni de son humour, est plus sombre, plus grave. Héloïse brûle d'un amour incommensurable pour Abélard. Elle en est bouleversante. Elle si en avance sur son temps, son sacrifice (s'enfermer jusqu'à sa mort dans les Ordres) force l'admiration mais aussi l'étonnement. Elle voue à son amant une confiance indéfectible. Abélard, lui, se conduit en lâche. Il abandonne sa bien-aimée. Mais n'est-ce pas pour mieux survivre au déshonneur et au chagrin ? A nous, lecteurs, de suivre le chemin des deux héros, de vivre auprès d'eux, de les écouter, de lire leur correspondance, de définir ce que veut dire "aimer", et de nous forger notre propre opinion.

Un texte croustillant, trop pour certains,
mais bien moins léger qu'il ne veut bien paraître !