mercredi 13 mai 2020

"Cette nuit, je l'ai vue" de Drago Jancar (Libretto)



Drago Jancar est né en 1948 à Maribor, en Slovénie. Journaliste opposé au régime yougoslave, il est incarcéré en 1974. Scénariste, éditeur puis romancier, il est reconnu dans le monde entier et traduit en plus de vingt langues. Lauréat de nombreux prix (Prix Herder en 2003, Prix européen de littérature en 2011), c'est avec "Cette nuit, je l'ai vue" (Prix du meilleur livre étranger en 2014) qu'il rencontre un large public en France.


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La Yougoslavie est un ancien Etat de l'Europe méridionale, constitué, de 1945-1946 à 1992, de six Républiques fédérées (Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro, Serbie, Slovénie).

La Slovénie :
Au cours du XIXe siècle, des parties de l'Empire des Habsbourg habitées par des populations de langue slovène finissent par recevoir le nom de Slovénie. En avril 1941, le territoire slovène est occupé par l'Italie, l'Allemagne et la Hongrie. Très vite, les Partisans organisent la résistance qui mène à la libération en 1945, puis à la création de la République fédérative populaire (puis socialiste) de Yougoslavie, placée sous le contrôle de Tito et du parti communiste. La Slovénie en fait partie, ainsi que la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie. En 1991 et 1992, quatre des républiques fédérales deviennent indépendantes : la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine. En 1991, la Slovénie devient la République de Slovénie. Puis, en 2004, elle rejoint l'OTAN et l'Union Européenne. En 2007, elle abandonne sa monnaie, le tolar, pour l'euro. En 2011, le nombre de ses habitants passe la barre des deux millions. La Slovénie est appréciée pour ses montagnes, ses pistes de ski et ses lacs. Elle compte 355 sites naturels ou semi-naturels ayant une grande valeur patrimoniale par la faune et la flore exceptionnelles qu'ils contiennent.


Ljubljana :
En 1918, la région rejoint le royaume des Serbes, Croates et Slovènes. En 1929, elle devient la capitale de la province yougoslave de la Banovine de la Drave. Durant la Seconde Guerre mondiale, la ville est occupée par les Italiens, qui en font le chef-lieu de leur province de Lubiana ; en 1943, après la capitulation italienne, elle est occupée par les Allemands. La ville est alors entourée de plus de 30 km de barbelés et les collaborateurs slovènes affrontent les partisans communistes. Depuis 1985, un sentier commémoratif entoure la ville là où se trouvait le rideau de fer. Après la Seconde Guerre mondiale, la ville devient la capitale de la République socialiste de Slovénie en intégrant la Yougoslavie et ce jusqu'à l'indépendance du pays en 1991. Depuis, elle est la capitale de la Slovénie qui a intégré l'Union européenne depuis 2004.

Maribor :
En 1941, après la conquête de la Yougoslavie, la Basse-Styrie, dont fait partie la ville, est annexée par l'Allemagne nazie. Adolf Hitler, qui souhaite germaniser totalement la région, visite la ville en grande pompe où une réception en son honneur se tient dan le château de la ville. La ville, centre industriel important notamment pour la fabrication d'armes, est régulièrement bombardée par les Alliés durant la Seconde Guerre mondiale. De nombreux Slovènes sont expulsés vers la Croatie et la Serbie actuelles. D'autres sont déportés vers des camps de concentration allemands. Le but nazi est d'éradiquer les populations slovènes ou slaves de la région. En réponse, la résistance composée de Partisans voit le jour. La ville, très proche de l'Autriche, profite les années suivantes de sa position centrale entre l'Europe occidentale et l'Europe de l'Est.

(cf : Wikipedia, Encyclopédie Larousse en ligne, cndp.fr, cairn.fr)

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L'histoire :

Cette nuit de mai 1945, à Maribor, dans un camp de prisonniers officiers de l'Armée Royale gardé par les Anglais, il l'a vue... Veronika... belle, troublante, vivante... Il se souvient de leur première rencontre huit ans auparavant...

Ljubljana, printemps 1937
Lorsque son supérieur, le major Ilic, lui donne sa nouvelle mission, pour le lieutenant Stevan Radovanovic, commandant d'un escadron de cavalerie, c'est la stupéfaction, voire même une humiliation. Durant les deux mois à venir, il sera le moniteur d'équitation particulier de l'épouse de Leo Zarnik, personnage riche, puissant et ami du major Ilic. Stevan anticipe déjà les moqueries de ses hommes et l'impact déplorable de cette histoire sur son autorité. Mais il n'imaginait pas la beauté, l'intelligence, la force de caractère, l'esprit de liberté de Veronika Zarnik...

Mon avis :
Un roman historique sombre et totalement captivant qui flirte habilement avec le roman noir. Dans un pays déchiré et ensanglanté, cinq voix racontent Veronika Zarnik, femme indomptable, courageuse, envoûtante, et qui hantera à jamais leurs souvenirs.

mercredi 6 mai 2020

"Bleu de Delft" de Simone van der Vlugt (10/18)

Simone van der Vlugt est une romancière néerlandaise née en 1966. Professeure de néerlandais et de français, elle s'est fait un nom dans littérature jeunesse avant de s'attaquer à l'univers du thriller et du roman historique. Récompensée par de nombreux prix, elle vit de sa plume depuis plusieurs années.

L'histoire :

Mars 1654

A De Rijp, petit village des Pays-Bas, Catrijn a du mal à se plier aux usages. Porter le deuil pendant plusieurs semaines, c'est au-dessus de ses forces. Personne n'ignore que Govert était un ivrogne et un mari violent. Malgré cela, les rumeurs se répandent et elles ne s'arrêtent plus seulement à la tenue vestimentaire de la jeune veuve. Peu importe pour Catrijn. Sa décision est prise. Depuis l'enfance, elle rêve de vivre à la ville. L'occasion lui est enfin donnée. Locataire de la ferme, après la vente aux enchères de son mobilier et de son bétail, un petit pécule en poche, elle part tenter sa chance à Alkmaar où un poste de domestique l'attend.

Le voyage est long. Elle arrive exténuée à l'auberge de ses amis Brecht et Melis pour apprendre que la personne qui avait promis de l'embaucher est décédée il y a deux jours. Pendant une semaine, Catrijn cherche un travail sans relâche. En vain. Son amie Brecht lui suggère de mettre en avant ses talents de dessinatrice pour créer sa propre affaire de peinture sur céramique. Mais l'entreprise est complexe. Il faudra payer sa formation puis être acceptée par la guilde. L'urgence est de trouver d'abord un emploi. C'est alors qu'un client de l'hôtel l'aborde et lui dit que son frère a besoin d'une intendante sérieuse. Il vit à Amsterdam...

Mon avis :
Un roman à l'intrigue convenue et attendue mais qui se lit sans ennui. On y croise toutes les figures picturales marquantes de l'école hollandaise et du siècle d'or néerlandais : Rembrandt van Rijn, Johannes Vermeer, Frans Hals. On découvre avec beaucoup d'intérêt la naissance de la fameuse faïence de Delft, joyaux national inspiré des porcelaines chinoises importées grâce au puissant commerce maritime de ce XVIIe siècle. Quant à l'épidémie de peste meurtrière qui ravagea la région d'Amsterdam en 1664, elle a de tragiques similitudes avec le temps présent...

vendredi 1 mai 2020

"Ida Brandt" de Hermann Bang (Libretto)

Hermann Bang (1857-1912) est l'un des plus grands auteurs danois de la fin du XIXe siècle. Célèbre pour ses portraits féminins, il a suscité l'admiration de nombreux artistes européens, comme Klaus Mann, Robert Musil ou Claude Monet. Il publie notamment "Les Quatre Diables" en 1890 et "Mikaël" en 1904, tous deux parus chez Libretto. "Ida Brandt", son chef d'oeuvre, a été édité pour la première fois en 1896.

Après avoir sans succès tenté une carrière de comédien, il se tourne vers le journalisme. Critique littéraire, il s'intéresse à la littérature moderne, à Zola, aux Goncourt et au naturaliste danois Topsoe, cherchant, au-delà du roman d'analyse et du récit traditionnel, une forme nouvelle de roman objectif et "scénique", où l'auteur, sans laisser deviner sa présence, ferait "voir" action et personnages. Il aboutit ainsi à un roman "impressionniste", proche de l'art de Jonas Lie, et qui évoque aussi bien les tourments dus à son homosexualité que l'atmosphère désillusionnée de la fin du siècle. "Races sans espoir" (1880), suivi de "Phèdre" (1883), joue ainsi sur le thème de l'hérédité, familier à Zola et que Bang retrouva dans "Les Revenants" d'Ibsen. Son art s'affine dans "Nouvelles excentriques" (1885), "Existences tranquilles" (1886) et "Stuc" (1887), qui marque avec "Tine" (1889) un sommet de son oeuvre. S'il reste surtout fidèle à l'oeuvre brève avec les nouvelles de "Sous le joug" (1890) et des "Quatre Diables" (1890), il connaît le succès avec deux romans, "Ludvigsbakke" ("Ida Brandt" en français) (1896) et "Mikaël" (1904). Son dernier récit sera un "roman d'artiste", "Les Sans-patrie" (1906). Il a aussi laissé des "Poèmes" (1891), des pièces et des articles sur le théâtre (il fut un excellent metteur en scène), ainsi que des ouvrages autobiographiques ("Maison blanche, maison grise", 1901).


Dès le début, il (Hermann Bang) avait l'intention de dédier Ida Brandt aux infirmières de l'hôpital communal où il avait lui-même séjourné. Dans la préface, rédigée à Paris, il décrit deux infirmières de garde qui passent la nuit assises devant une table en bois, telles qu'il les avait observées depuis sa chambre de malade. De temps à autre, elles lèvent la tête de leur ouvrage pour fixer en silence la flamme de la lampe "avec des yeux dont le regard porte au loin, au-delà du présent, vers les régions ô combien lointaines de souvenirs ignorés". Il songe au flot de malades qui, grâce aux soins prodigués par ces femmes, retrouvent la santé et se dépêchent d'oublier les mains qui les ont soignés et soutenus - c'est pourquoi, en signe de gratitude, il adresse son livre "là où celui-ci avait germé".

(Extrait de la préface de Jens Christian Grondahl)


L'histoire :

Années 1890, Copenhague

L'hôpital est comme une ruche. Son bourdonnement est régulier. Chacun s'active dans son rôle. Chacun est le rouage d'une mécanique bien huilée : du garçon de salle au médecin en chef, en passant par le précieux coup de main des patients valides à l'abnégation et au dévouement des infirmières. Ida Brandt est l'une d'elles, gentille, généreuse, charmante, impeccable. Pendant ses temps de pause, Ida s'isole pour lire une lettre d'Olivia. Les mots de son amie d'enfance la ramènent au Ludvigsbakke, domaine dont son père tant aimé était le régisseur et où elle a passé des années privilégiées et heureuses...

Mon avis :
Ida Brandt est un mystère. Fillette sage, obéissante, sérieuse. Jeune femme introvertie, discrète, transparente aux yeux de tous. Trop bonne, trop honnête, trop ingénue, trop passive. Suspecte pour les uns, proie facile pour d'autres, elle agace autant qu'elle émeut. Peinture douloureuse de la société danoise austère et puritaine du XIXe siècle...

samedi 11 avril 2020

Avril 2020 - "Campus Novel"



"Délicieuses pourritures" de Joyce Carol Oates (Philippe Rey)

Joyce Carol Oates naît en 1938 à Lockport, dans l'Etat de New York. Elle grandit dans une ferme à mi-distance des lacs Erié et Ontario, non loin des chutes du Niagara. De son enfance, elle a - tardivement - raconté les secrets : un double meurtre, un abandon, une adoption, le suicide d'une amie, la naissance d'une soeur autiste...

Après des études de littérature à l'université de Syracuse puis à celle de Madison, dans le Wisconsin, elle rencontre Raymond Smith, professeur accompli de huit ans son aîné, qu'elle épouse en 1961. Hospitalisé pour une maladie bénigne, Raymond Smith décède en février 2008 d'une infection nosocomial foudroyante. Joyce Carol Oates raconte son deuil et son veuvage dans "J'ai réussi à rester en vie" (Ed. Philippe Rey, 2011). En 2009, elle se remarie avec Charlie Gross, un chercheur en neurosciences, mort à son tour en avril 2019.

Surnommée aux Etats-Unis "la quatrième soeur Brontë", elle a publié depuis 1964 plus de cent romans, nouvelles, poésie, essais, enquêtes, mémoires, et même romans pour adolescents et thrillers (sous les pseudonymes de Rosamond Smith et Lauren Kelly). Elle vit à Princeton (New Jersey) où elle enseigne toujours à l'université l'écriture créative depuis 1978.

Membre de l'Académie américaine des arts et des lettres, titulaire de multiples et prestigieuses récompenses littéraires, parmi lesquelles le National Book Award, Joyce Carol Oates reçoit en 2011, en même temps que Philip Roth, des mains du président Barack Obama, la National Humanities Medal pour sa contribution au renom de la littérature américaine.

Publiée en France aux éditions Philippe Rey, Joyce Carol Oates est l'auteure, entre autres, de "Les Chutes" (Prix Femina étranger 2005), "Mudwoman" (meilleur livre étranger 2013 pour le magazine Lire), "Un livre de martyrs américains", "Le Petit Paradis". A paraître bientôt un recueil de nouvelles, "Dé mem brer", et "Petite soeur, mon amour", roman inspiré d'un fait réel aux Etats-Unis, l'assassinat à Noël 1996 d'une mini-Miss âgée de six ans.

L'histoire :

En 1975, les Etats-Unis sortent de la guerre du Vietnam et du temps des protestations. Cet automne-là, Gillian Brauer entame sa troisième année à Catamount College, université de femmes, en Nouvelle-Angleterre. Elle retrouve les ateliers de poésie du charismatique professeur de littérature Andre Harrow. Ses lectures des vers très sensuels de D. H. Lawrence mettent en émoi les étudiantes. Secrètement ou ostensiblement, elles sont nombreuses à vouloir être remarquées par le troublant enseignant et sa mystérieuse épouse, la sculptrice Dorcas.

Le couple Harrow intrigue. Il dérange autant qu'il envoûte les jeunes filles tout juste sorties de l'adolescence et sans expérience. La maturité, la liberté, la forte personnalité de cet homme et de cette femme fascinent. Gillian n'échappe pas à cette attraction. En pleine confusion affective et amoureuse, elle est prête à tout pour susciter l'attention, l'admiration, le désir, l'amour de son mentor. Dans son obsession, elle refuse d'entendre ses signaux d'alarme intérieurs.

Lorsque M. Harrow demande à ses élèves d'écrire leur journal, détaillé et le plus intime possible, et de le lire à voix haute en cours devant tout le monde, si l'exercice excite certaines, il n'est pas du goût de toutes.

"Un journal est une hache pour la mer gelée en nous" ainsi M. Harrow paraphrasait-il Kafka. "A condition qu'il soit sincère, qu'il n'épargne rien."

Pendant ce temps, sur le campus, depuis près d'un an, plusieurs incendies criminels ont été déclarés. La police n'a aucune piste. Par ailleurs, au sein des étudiantes, consommations d'alcool, de drogues et médicaments, troubles alimentaires, troubles du comportement, dépressions et suicides se multiplient...

Mon avis :
Remarquable !!!

"Une bonne école" de Richard Yates (Robert Laffont)

Richard Yates est un romancier, nouvelliste et scénariste américain, né en 1926 à Yonkers (Etat de New York). Il est connu pour ses descriptions de la vie de la classe moyenne américaine du milieu du XXe siècle.

Enfant de parents divorcés, ballotté d'une ville à l'autre, il rejoint l'armée. Il est envoyé en France, puis en Allemagne juste après la Seconde Guerre mondiale. De retour à New York au début des années 1950, il devient journaliste, puis prête-plume - il écrit pendant un temps les discours du sénateur Robert Kennedy - avant de travailler dans la publicité.

En 1961, il publie son premier roman, "La fenêtre panoramique", finaliste du National Book Award. Il enseigne ensuite à l'université de Colombia, à Manhattan, puis à celle de Boston. Il est soutenu par de nombreux écrivains, dont Kurt Vonnegut, Dorothy Parker, William Styron ou Tennessee Williams, et exerce une forte influence sur Andre Dubus, Raymond Carver, Richard Ford et Joyce Carol Oates. Il meurt en 1992, alcoolique et dans la misère. Il n'écrivait plus depuis longtemps et son oeuvre tombe rapidement dans l'oubli.

C'est l'actrice Kate Winslet qui relance l'intérêt du grand public pour Yates. Après avoir lu "La fenêtre panoramique", elle persuade son mari d'alors, Sam Mendès, de l'adapter au cinéma. "Les noces rebelles" sort en 2008. Il réunit à nouveau les acteurs de "Titanic", Leonardo DiCaprio et Kate Winslet qui reçoit, en 2009, le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film dramatique.

De la génération de John Updike, Saul Bellow et Philip Roth, Richard Yates est une figure culte de la littérature américaine et, grâce au succès du film "Les noces rebelles", ses romans sont de retour dans les librairies.

L'histoire :

Automne 1941

De parents divorcés, un père commercial et une mère sculptrice, à quatorze ans, William Grove entre à la Dorcet Academy, dans le Connecticut. Créée par la milliardaire Abigail Church Hooper et construite dans les années 1920, la Dorcet Academy, bâtiment aux allures des Studios Walt Disney, est destinée aux jeunes garçons en difficulté, ceux qui ne seront acceptés nulle part ailleurs. Le pensionnat accueille une trentaine d'élèves, de la Sixième à la Terminale. Grove va faire la connaissance de Gaines, Lear, Jennings, MacKenzie, Van Loon, et d'autres encore...

Mon avis :

Rassemblez une vingtaine d'adolescents dans un même endroit et, quelle que soit l'époque, vous obtiendrez les mêmes résultats. Les hormones bouillonnent, les corps se développent, les personnalités changent, les sensibilités s'enflamment. Humiliations, rivalités, si certains de ces jeunes gens sont sur la défensive ou dans la réserve, d'autres sont dans l'attaque ou dans la frime.

C'est ce que raconte ce récit, que l'on devine en partie autobiographique, et qui n'est pas sans laisser une étrange impression de malaise. On peine à se sentir en empathie avec les élèves de ce pensionnat hors norme et les personnages adultes sont sidérants d'immaturité malgré l'imminence de l'entrée en guerre des Etats-Unis. Et puis soudain, dans les dernières pages, toute la force de ce livre se révèle...

Etonnant roman à découvrir !

"La Fraternité" de Takis Würger (10/18)

Takis Würger est né en 1985. Grand reporter au journal Der Spiegel, il a gagné plusieurs prix prestigieux pour ses reportages, dont un prix de la chaîne CNN. Takis Würger a lui-même étudié à Cambridge, où il a fait partie lui aussi du club de boxe de St John's College. Avec "La Fraternité", un premier roman acrobatique où chaque protagoniste est le narrateur de l'histoire, Würger a affolé la critique et réussi le pari de proposer un roman à la frontière entre le roman d'amour, le roman policier et le roman d'apprentissage.

L'histoire :

Hans passe une enfance heureuse auprès de parents aimants dans une jolie maison en meulière nichée au coeur d'une forêt de Basse-Saxe. Solitaire et sensible, le petit garçon est la victime toute désignée de harcèlement et de violences à l'école. Son père l'inscrit alors à un club de boxe. Hans trouve immédiatement son équilibre dans la pratique de ce sport qui met sa force de caractère à l'épreuve tout en respectant son besoin de solitude.

Malheureusement, à quinze ans, Hans perd brutalement ses parents. Son père est tué dans un accident de la circulation, puis sa mère succombe à une piqûre d'abeille. Sa tante Alex, Anglaise, professeure d'histoire de l'art à Cambridge, devient sa tutrice. Sa mère disait de sa demi-soeur qu'elle avait "des orages dans la tête". Refusant de l'entraîner dans ses ténèbres, Alexandra Birk n'accueille pas son neveu chez elle mais le place "pour son bien" dans un internat de Jésuites en Bavière. De nouveau la cible de ses camarades, Hans va recevoir une aide inattendue en la personne du Père Gerald, moine soudanais et ancien boxeur.

Entre les cours, la boxe et ses moments d'isolement salvateurs dans la tour de l'église, l'année du bac arrive vite. Hans a dix-huit ans. C'est alors que sa tante Alex semble se souvenir de son existence et l'invite à poursuivre ses études à Cambridge. Sa proposition s'accompagne d'une autre requête : intégrer le Pitt Club et enquêter en interne sur ses pratiques. Cette fraternité vieille de plusieurs siècles réunit de riches jeunes hommes de l'université qui partagent la même passion pour la boxe. Depuis quelque temps, des rumeurs inquiétantes se murmurent à propos de ce club très privé...

Mon avis :
Construit comme un thriller, ce roman choral suit la métamorphose du personnage principal, Hans, de son enfance à l'âge adulte, sa confrontation au monde, ses expériences personnelles, ses questionnements, ses relations aux autres, l'apprivoisement de sa nouvelle peau, de son nouveau corps et, telle une chrysalide, l'éclosion de sa personnalité. Au bout de sa quête initiatique, une vérité, celle que tous les papillons ne sont pas sans dangers. Très beau texte !

"Le roman du mariage" de Jeffrey Eugenides (Points)

Jeffrey Eugenides est né en 1960 à Detroit (Michigan). Il a fait des études de lettres et de sémiologie à l'université Brown (Providence). Son premier roman, "Virgin suicides", a été adapté au cinéma en 1999 par Sofia Coppola. Son deuxième roman, "Middlesex", a reçu le Prix Pulitzer en 2003. La sortie en 2011 de son troisième roman, "Le roman du mariage", assure sa réputation d'auteur lent dans la maturation de ses oeuvres. Il réside à Princeton (New Jersey) où il enseigne l'écriture créative.

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Quelques mots sur :

- la sémiotique
En français, la "sémiologie" est l'étude des signes linguistiques à la fois verbaux et non verbaux. Pour Emile Littré (1801-1881), médecin, lexicographe, philosophe et homme politique français, le terme "sémiologie" se rapportait à la médecine. Il a été ensuite repris et élargi par Ferdinand de Saussure (1857-1913), linguiste suisse, pour qui la sémiologie est "la science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale". Le terme synonyme, "sémiotique", est utilisé par Charles Sanders Peirce (1839-1914), sémiologue et philosophe américain, pour son approche de "la théorie quasi nécessaire ou formelle des signes".

- les arts libéraux
Les sept arts libéraux (grammaire, rhétorique, dialectique, musique, arithmétique, géométrie et astronomie) désignent toute la matière de l'enseignement des écoles de l'Antiquité, mais également du Moyen Age.

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L'histoire :

Juin 1982
Université Brown
Providence, Rhode Island

Madeleine Hanna se réveille brutalement avec une gueule de bois monumentale. Il est (trop !) tôt. Ses parents viennent d'arriver (déjà !) pour le petit-déjeuner prévu de longue date. C'est le jour de la remise des diplômes. La fête de la veille a été bien arrosée. Madeleine ne se souvient pas de tout. C'est le brouillard dans sa tête. L'alcool n'est pas la seule cause. Elle va devoir expliquer à Phyllida et Alton Hanna que tous ses projets pour l'année prochaine sont tombés à l'eau les uns après les autres et que, pour l'heure, elle n'a toujours pas reçu de réponse positive d'aucune université pour son troisième cycle. Elle n'a pas envie de discuter de cela avec ses parents. Elle n'a pas non plus envie de discuter de sa vie sentimentale avec eux. Elle n'a pas envie de discuter avec eux tout court.

Madeleine a vingt-deux ans. Elle termine son deuxième cycle en littérature anglo-américaine. Son mémoire porte sur le roman matrimonial et s'appuie sur les oeuvres de Jane Austen, George Eliot et Henry James. Elle devait ensuite poursuivre son troisième cycle à New York avec Abby et Olivia, ses colocataires de Brown. Puis elle décida d'emménager à Cape Cod avec son petit ami Leonard. Mais depuis leur rupture il y a trois semaines et le silence des universités auprès desquelles elle a postulé, elle n'a plus rien.

Leonard Bankhead est un étudiant brillant. Il suit un double cursus en biologie et en philosophie. Cette année, il assistait aux cours de théorie littéraire appelés "Sémiotique 211". Madeleine s'y est inscrite plus par curiosité que par réel intérêt. Elle a finalement été captivée par l'oeuvre de Roland Barthes, a découvert aussi Derrida, Eco, Lyotard, Foucault, Deleuze, Baudrillard... et elle est tombée amoureuse de Leonard. Mais ce dernier souffre de graves troubles bipolaires. Sa vie est un chaos. Ce qui explique en partie leur séparation.

Le plan C pour Madeleine serait d'accompagner son meilleur ami, Mitchell, dans son année sabbatique et dans son tour de l'Europe et de l'Inde. Mitchell Grammaticus, diplômé en Arts Libéraux, passionné par la spiritualité et les religions, compte entamer un troisième cycle en théologie au terme de son voyage. Fou amoureux de Madeleine, il attend d'elle plus qu'une simple amitié et, quelque peu mystique, il ne doute pas un instant de leur future union. Mais Madeleine ne partage pas les mêmes sentiments...

Mon avis :
Au sein d'un triangle amoureux de construction classique évoluent une femme et deux hommes, ainsi que leurs familles et leurs amis. A partir de ce groupe d'individus, Jeffrey Eugenides décortique la complexité de l'amour, la complexité du couple, leurs multiples combinaisons possibles et leurs dangers aussi. Les trois étudiants, personnages principaux, analysent leur vision d'eux-mêmes, du monde, de la vie, de l'amour, du couple. Ils développent leur réflexion sur la littérature, la philosophie, le sexe, la religion, la spiritualité. Objet purement littéraire, dense, exigeant, ce roman extraordinaire offre également des pages sensibles, authentiques et d'une très grande justesse sur les troubles bipolaires, maladie invisible mais néanmoins douloureuse et, l'auteur le rappelle à plusieurs reprises, incurable. Brillantissime !

vendredi 6 mars 2020

Mars 2020 - "Littérature de l'Intime"




"Notes de chevet" de Sei Shônagon (Connaissance de l'Orient / Gallimard / Unesco)

Sei Shônagon (vers 966 - ?) est une femme de lettres et poétesse japonaise. Fille du poète Kiyohara no Motosuke (908-990), elle est issue d'une famille de fonctionnaires lettrés et, comme sa contemporaine Murasaki Shikibu, elle reçoit une éducation, fait exceptionnel pour une femme à l'époque.

Elle appartient à la cour de l'empereur Ichijo et elle devient, en 991, la dame de compagnie de l'impératrice Fujiwara no Teishi (Sadako). C'est sans doute pendant cette période qu'elle reçoit le surnom de Sei Shônagon. Fameuse à la cour pour l'étendue de son savoir, elle rivalise d'esprit avec de grands lettrés de son temps, mais c'est surtout grâce au chef-d'oeuvre qu'elle rédige à cette époque, le Makura no soshi ("Notes de chevet"), que la personnalité de cette femme brillante, à l'esprit mordant, se révèle avec le plus de netteté.

Composé au début du XIe siècle, cet ouvrage constitue le premier zuihitsu (ou "essai") de la littérature japonaise. Ce recueil est le journal intime de Sei Shônagon. Il n'est pas destiné à la publication. Il se présente sous la forme de près de 300 notes éparses, jetées sur le papier sans ordre thématique apparent, et sans le déroulement chronologique propre aux nikki ("notes journalières"). La liberté dans le choix des sujets et des traitements (descriptions, anecdotes ou listes), la pureté de la langue et la puissance du style permettent l'élaboration de véritables poèmes en prose, où au don du raccourci et à l'humour incisif se mêle parfois un lyrisme glacé, révélant ainsi toutes les facettes d'une personnalité littéraire exceptionnelle.

Après la mort en couches de l'impératrice Teishi en 1001, Sei Shônagon quitte la cour impériale. On ne sait rien de certain de sa vie ensuite. Elle meurt après 1013.

Mon avis :

Une lecture un peu ardue de premier abord. Il faut accepter de lâcher prise, de se laisser porter dans une époque ancienne, dans une culture ancestrale, dans une civilisation mal connue en France, souvent représentée de manière caricaturale et violente. Dès lors, on peut accéder à la magistrale beauté de ces "écrits intimes".

Il n'est pas nécessaire de vouloir tout lire en un bloc linéaire. On a le droit - mais oui ! - de faire confiance au hasard, d'accorder aux pages de se choisir elles-mêmes, de découvrir par petites touches ce riche témoignage de la vie quotidienne à la cour impériale, de savourer ces illustrations détaillées, réalistes, critiques aussi, du Japon au XIe siècle. Admirable !!!

"Un dimanche à Ville-d'Avray" de Dominique Barbéris (Arléa)

Dominique Barbéris est une romancière française née en 1958 au Cameroun (Afrique centrale). Agrégée de lettres modernes, enseignante universitaire, spécialiste en stylistique et ateliers d'écriture romanesque, elle est l'auteure de neuf romans dont "La Ville" (Arléa, 1996), "Les autres" (Gallimard). "L'année de l'éducation sentimentale" (Gallimard) a reçu le Prix Jean Freustié en 2018. Son dixième roman, "Un dimanche à Ville-d'Avray" a été sélectionné pour le Prix Goncourt et pour le Prix Femina à l'occasion de la rentrée littéraire 2019.

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Le film :
Le titre du roman de Dominique Barbéris, "Un dimanche à Ville-d'Avray", fait référence à "Cybèle ou les dimanches à Ville-d'Avray" (souvent abrégé en "Les dimanches de Ville-d'Avray"), film dramatique français réalisé en 1962 par Serge Bourguignon, récompensé par l'Oscar du meilleur film international en 1963.

Années 1960 en France.
Pierre, un ancien pilote de guerre, est devenu amnésique à la suite d'un accident d'avion en Indochine et ne parvient pas à se réintégrer au monde. Madeleine, une amie infirmière, lui consacre toute sa vie et sa tendresse de femme seule. Un jour, en la raccompagnant à la gare de Ville-d'Avray, Pierre rencontre Françoise, dix ans, orpheline de mère, qui vit dans un pensionnat religieux. La vision de l'enfant lui rappelle l'image d'une fillette qu'il pense avoir tuée en opération. Il se prend rapidement d'amitié pour Françoise. Puis, se faisant passer pour son père, il lui rend visite tous les dimanches. Une tendre et pure complicité s'établit entre eux. Mais cette relation fait bientôt scandale dans la ville...

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"Qui nous connaît vraiment ? Nous disons si peu de choses, et nous mentons presque sur tout. Qui sait la vérité ?"

L'histoire :

Deux soeurs. L'une, la narratrice, vit heureuse et épanouie dans l'agitation de Paris mais elle appréhende les dimanches ennuyeux et guindés chez sa soeur. L'autre, Claire Marie, s'efface pour sa famille, traditionnelle et sans surprises, en banlieue, à Ville-d'Avray, et elle déteste les dimanches chez sa soeur dont les amis sont trop expansifs pour elle.

Ce dimanche d'automne n'a rien de différent des autres dimanches. Profitant de l'absence de son compagnon, la narratrice décide de rendre visite à sa soeur. Est-ce le fait de se retrouver seules, toutes les deux, quelques instants dans l'après-midi, ou est-ce la lenteur morose d'une journée déprimante qui ravive en elles des souvenirs communs ? Leur enfance dans les années 1960, l'éducation qu'elles ont reçue, leurs jeux, leurs rêves, leurs passions pour des héros de télévision, Thierry la Fronde d'abord, puis Rochester, personnage du roman de Charlotte Brontë, "Jane Eyre", interprété au cinéma par le troublant Orson Welles.

Ce dimanche d'automne, comme tout autre dimanche, écrasant d'ennui, de nostalgie, de tristesse, devient, au détour d'une confidence inattendue lâchée presque par hasard, un dimanche particulier...

Mon avis :
On se reconnaîtra tous un peu dans la description de ces dimanches pesants, étranges, hors du temps, où tout peut arriver, où tout peut être dit, puis s'évanouir comme n'avoir jamais existé, comme ces petites scènes théâtrales inventées par les enfants. Ce livre est un bruissement de pas dans les feuilles mortes. Ce livre est le clapotis d'une pluie continue sur la surface d'un étang. Ce livre est un murmure, on tend l'oreille, on veut tout entendre, parce que c'est beau, romanesque, poétique, et profondément intime.

"La passion suspendue" - Marguerite Duras - Entretiens avec Leopoldina Pallotta della Torre (Points)

Marguerite Duras, de son vrai nom Marguerite Donnadieu, est née en 1914 à Saïgon (alors en Indochine française) d'une mère institutrice et d'un père professeur de mathématiques qui meurt de dysenterie en 1921. En Indochine, la famille est ruinée et Marguerite rentre en France suivre des études de Droit.

Pendant la guerre, elle participe à la Résistance et voit son mari, Robert Antelme, déporté à Dachau et revenir malade du typhus. Elle en fera le récit dans "La Douleur" paru en 1985. A la Libération, Marguerite Duras s'engage au Parti Communiste Français, en est exclue en 1950 mais continue de militer pour différentes causes comme la guerre en Algérie ou encore le droit à l'avortement.

Cette année-là (1950), elle publie son troisième livre, "Un barrage contre le Pacifique", roman autobiographique qui sera adapté au cinéma. Elle-même se mettra plus tard à écrire des scénarios ("Hiroshima mon amour" en 1959) puis passera à la réalisation, adaptant ses propres livres (comme "India Song" en 1975). Elle écrit également des pièces de théâtre dès 1955 avec "Le square" puis viendront "Des journées entières dans les arbres" (1965) et aussi "Savannah Bay" (1982).

Parmi ses livres-clé on peut citer "Moderato cantabile" (1958), "Le Ravissement de Lol V. Stein" (1964) ou encore "Le Vice-consul" (1966). En 1984, Marguerite Duras connaît un immense succès avec son roman "L'Amant" qui reçoit le Prix Goncourt. Malade de l'alcool depuis les années 1980, l'écrivaine renouvelle les cures de désintoxication. Elle meurt à Paris en 1996 à l'âge de 81 ans.

Leopoldina Pallotta della Torre est une journaliste italienne. Après la lecture de "L'Amant", elle décide d'écrire un article puis un livre sur Marguerite Duras, qu'elle rencontre entre 1987 et 1989.

***

Mon avis :

"On me reprochait toujours d'être folle, illogique. Mais en moi il n'y avait qu'une apparence de désordre, de contradictoire."

On l'adore ou on la déteste. Elle agace ou elle fascine. Marguerite Duras est une personne complexe. Elle n'aime pas ce qui est linéaire, en littérature comme dans tout autre domaine. Elle affectionne la solitude et le silence autant qu'elle en souffre. Dans cet entretien qu'elle accorde à la journaliste italienne Leopoldina Pallotta della Torre, l'écrivaine se dévoile de manière exceptionnelle avec beaucoup de liberté et de franc-parler, modeste (rarement), le propos amer (parfois), sévère avec ses contemporains (souvent), passionnée (toujours)... Nostalgique lorsqu'elle évoque son enfance en Cochinchine où elle est née... Touchante lorsqu'elle raconte son arrivée à Paris, jeune étudiante en Droit de dix-huit ans, ses rencontres, la guerre, les hommes... Lucide face au succès de "Un barrage contre le Pacifique", "L'Amant" et "La Douleur"... Captivante lorsqu'elle analyse son écriture, ses personnages, la littérature, le théâtre, le cinéma... Troublante lorsqu'elle confie sa conception de l'amour... Emouvante lorsqu'elle aborde son alcoolisme, la maternité, sa vie de femme entière et passionnée...

"Ecrire, ce n'est pas raconter une histoire : mais évoquer ce qui l'entoure, on crée autour de l'histoire un instant après l'autre."

"Né d'aucune femme" de Franck Bouysse (La Manufacture de livres)

Prix des libraires 2019
Prix du roman inspirant
"Psychologies Magazine" 2019
Grand Prix des lectrices "Elle" 2019
Prix Babelio - Littérature française 2019


Franck Bouysse est un écrivain né en 1965 à Brive-la-Gaillarde. Il a enseigné la biologie et l'horticulture avant de se consacrer à sa passion pour l'écriture. Ses romans "Grossir le ciel" (2014), "Plateau" (2016) et "Glaise" (2017) ont rencontré un large succès, public comme critique, et remporté de nombreux prix littéraires. Il partage aujourd'hui sa vie entre Limoges et un hameau de Corrèze.

L'histoire :
Gabriel, prêtre septuagénaire, se souvient avec une émotion toujours aussi vive et présente, de cette confession étrange entendue il y a de cela plus de quarante ans. C'était une voix féminine inconnue, hésitante, apeurée, une ombre fantomatique à peine aperçue dans l'église mais qui l'a mené aux carnets secrets de Rose, pensionnaire de l'asile. Après tant d'années, l'évocation de ces journaux intimes bouleverse encore le Père Gabriel...

Mon avis :
On pourrait situer l'histoire dans la France rurale du début du XXe siècle. Mais à dessein, l'auteur ne le précise pas. Au fond, quelle importance ? Car le destin de la jeune héroïne, sa force et son courage ont une résonance étrangement contemporaine. Violent et éprouvant, mais à la fois poétique et sensible, ce roman est tout simplement remarquable !

A noter la grande beauté de la photographie en première de couverture...

mercredi 12 février 2020

Février 2020 - "Polars glacés"



"Tous les démons sont ici" de Craig Johnson (Gallmeister)

Craig Johnson est un écrivain américain né en 1961 à Huntington, dans l'Etat de la Virginie-Occidentale. Il a fait des études de littérature classique et a obtenu un doctorat en art dramatique. Avant d'être écrivain, il a exercé différents métiers : policier à New York, professeur d'université, cow-boy, charpentier, pêcheur professionnel, ainsi que conducteur de camion ou ramasseur de fraises. Tous ces métiers lui ont permis de financer ses déplacements à travers les Etats-Unis, notamment dans les Etats de l'Ouest, et lui servent d'inspiration pour écrire ses livres et donner crédibilité à ses personnages.

Craig Johnson finit par s'installer à Ucross, à quelques miles de Buffalo, dans le Wyoming, état le moins peuplé des Etats-Unis, avec son épouse, Judy, leurs chevaux, leurs chiens et leurs chats. Comme son héros, il a construit lui-même son ranch. Il y travaille depuis l'âge de vingt ans.

La nature à perte de vue, il contemple les collines et au loin les Bighorn Mountains. Autour de bons whiskys et bourbons, Craig Johnson adore discuter avec ses amis shérifs et Indiens qu'il connaît depuis longtemps. Il aime cette nation indienne, apprécie ses traditions, et entend les inquiétudes de ces femmes et de ces hommes appartenant aux réserves des Crows et des Cheyennes.

Grand lecteur, son maître est Tony Hillerman et ses modèles sont Steinbeck, Faulkner, Dickens et Hugo. Il avoue s'être inspiré du personnage de Jean Valjean pour façonner son héros, le shérif Walt Longmire, large carrure, fort, juste, courageux, et meilleur ami de l'Indien Henry Standing Bear.

Dans son oeuvre, Craig Johnson mêle relations familiales, intrigues policières, sociologie, place des Indiens dans l'Amérique contemporaine, respect de la nature et humour. Adaptées à la télévision, les histoires du shérif Longmire rencontrent un très beau succès. Mais même s'il participe parfois aux scénarios, Craig Johnson préfère garder ses distances pour se consacrer en toute liberté à l'écriture de ses romans, tous publiés, en France, aux Editions Gallmeister.

L'histoire :

Walt Longmire, shérif du comté d'Absaroka, et son adjoint Santiago Saizarbitoria, dit "le Basque", sont chargés d'escorter Raynaud Shade, Hector Otero et Marcel Popp. Ces trois dangereux criminels vont être remis au FBI. Le lieu de rendez-vous est prévu à Meadowlark Lodge, au coeur des Bighorn Mountains. L'opération est conjointement menée par les comtés d'Absaroka, de Big Horn et de Washakie, le FBI et une société privée de transport de prisonniers.

Ce qu'ignoraient les shérifs locaux, c'est que, durant ce transfert, le FBI comptait obtenir les confessions de Raynaud Shade sur le meurtre d'un enfant de la région commis il y a dix ans. Longmire est sous le choc lorsqu'il entend le nom de la petite victime, Owen White Buffalo, une famille qui a déjà eu son lot de souffrances.

La sécurité de l'échange a été minutieusement préparée et les agents sont nombreux. Mais personne n'avait anticipé une tempête de neige en plein mois de mai...

"Nous étions installés dans la salle déserte, écoutant les réfrigérateurs ne rien réfrigérer et la pluie glacée tomber en sifflant sur le toit en zinc, tandis qu'un léger vent réveillait des fantômes de neige sur le lac couvert de glace. A priori, on était au printemps, mais chaque année, quelqu'un oubliait de le dire aux montagnes."

Mon avis :

Au beau milieu des forêts denses, inhospitalières, sauvages des Bighorn Mountains, terres sacrées pour les Indiens, sources des légendes les plus fabuleuses, à mesure que le rideau de neige s'épaissit et que le blizzard redouble de force, une chasse à l'homme musclée se transforme en expérience mystique, en quête intérieure, en quête de sens.

Magnifique épopée humaine et littéraire !

"Pendant les mois d'hiver, les bibliothécaires gardaient toujours un feu allumé dans la petite cheminée en marbre, et il y avait une immense table en chêne sur laquelle ont pouvait étaler ses livres. L'exemplaire qui s'y trouvait ("L'Enfer" de Dante) était un magnifique et vieux volume, la traduction du révérend Henry Francis Cary avec des illustrations de Gustave Doré."

"ADN" de Yrsa Sigurdardottir (Babel/noir)

Yrsa Sigurdardottir est née en 1963 à Reykjavik, en Islande. Elle est aujourd'hui l'un des auteurs de polar majeurs de la scène littéraire scandinave. Ses romans sont traduits dans une trentaine de langues et ont été récompensés par de nombreux prix littéraires dont le Icelandic Crime Fiction Award en 2011 et en 2014. "ADN" (paru en format poche chez Babel/noir en 2019) est le premier volet d'une série mettant en scène Freya, psychologue pour enfants, et Huldar, officier de police.

L'histoire :

1987
Suite à l'avis des services de la Protection de l'enfance, incertains de leurs réels liens de parenté, trois orphelins - deux frères de quatre et trois ans et leur petite soeur d'un an - vont être proposés à l'adoption séparément. En quelques instants, si elle ne l'est pas vraiment de sang, une fratrie de coeur sera brisée. Cette décision risque d'être lourde de conséquences à l'avenir.

Hiver 2015

Après le départ de son mari au bureau, Vedis s'étonne de voir les deux petits garçons, hagards, errant dans la rue, si tôt ce matin. Il n'est pas dans les habitudes de sa voisine de laisser traîner ainsi ses enfants dehors. Les frères racontent qu'à leur réveil, ils ont trouvé la porte de leur chambre fermée à clef. Personne ne répondant à leurs cris, ils sont sortis par la fenêtre. Vedis n'obtient pas davantage de réponse. Elle décide d'appeller la police.

Ce que découvrent l'inspecteur Huldar et ses collègues est un cauchemar. La jeune maman est retrouvée morte, assassinée dans sa chambre. La scène de crime est effroyable. Mais le comble de l'horreur est atteint lorsque l'inspecteur Huldar aperçoit Margret, l'aînée des enfants âgée de sept ans, blottie sous le lit de la victime, les mains pressées sur ses oreilles. La petite fille a été témoin du meurtre sadique de sa mère...

Mon avis :
Yrsa Sigurdardottir s'attarde peu sur la technique et la méthodologie de l'enquête. En revanche, elle consacre beaucoup de soin à la description de ses personnages, à leur vie, à leur personnalité. Ce qui offre un regard fouillé et très intéressant sur la société islandaise contemporaine. Le jeu du chat et de la souris entre la psychologue et le policier apporte un peu de sensualité dans cette histoire sombre et sensible.

"Hors cadre" de Stefan Ahnhem (Livre de Poche)

Stefan Ahnhem est né en 1966 à Stockholm (Suède). Scénariste pour la télévision et le cinéma, il a notamment écrit pour la série suédoise "Wallander" (2005), inédite en France et dans laquelle le rôle de Wallander est tenu par l'acteur suédois Krister Henriksson et non le britannique Kenneth Branagh. "Hors cadre" (Albin Michel, 2016) est son premier roman, récompensé du Prix de la révélation du polar en Suède en 2015. Son adaptation pour la télévision est en préparation. 

L'histoire :

Juillet 2010

Fabian Risk, inspecteur de police, sa femme Sonja, artiste-peintre, et leurs enfants, Theodor et Matilda, découvrent avec enthousiasme leur nouvelle maison située dans un charmant quartier de Helsingborg, ville d'enfance de Fabian. Ils arrivent tout juste de Stockholm et attendent le camion de déménagement. Après une période difficile dans la capitale suédoise et la démission de Fabian, la famille compte s'installer au plus vite et profiter de chaque instant des six semaines de vacances au terme desquelles le policier prendra ses fonctions à la brigade criminelle de Helsingborg. Malheureusement, le schéma de Stockholm semble se reproduire : le travail avant tout le reste. La première journée n'est pas encore terminée que Fabian reçoit la visite de sa future patronne, la commissaire Tuvesson. Elle n'avait pas d'autre choix que de le prévenir car la situation est singulière. Un meurtre a été commis et la victime est un ancien camarade d'école de Fabian. Une photographie de leur classe de troisième de 1982 était posée sur le cadavre...

Mon avis :
Harcèlements et violences en milieux scolaire et professionnel sont la toile de fond de cet excellent premier roman. Quand un polar vous tient ainsi en haleine jusqu'à la dernière ligne, il n'est pas nécessaire d'en ajouter davantage. Hormis se précipiter en librairie pour dévorer au plus vite le nouveau thriller de Stefan Ahnhem, paru chez Albin Michel en septembre 2019, "La neuvième tombe", avec l'espoir de retrouver la même intensité !

"Boréal" de Sonja Delzongle (Folio Policier)


Prix des Lecteurs au Festival du polar
de Villeneuve-lez-Avignon 2018


Sonja Delzongle est née en 1967 à Troyes d'un père français et d'une mère serbe. Elle a grandi entre Dijon et la Serbie. Diplômée en Langues, Lettres Modernes et de l'Ecole des Beaux-Arts de Dijon, elle a exercé le métier de journaliste pendant six ans, tout en commençant à écrire, riche de sa culture franco-slave et de sa passion pour le noir. C'est avec "Dust" (2015) qu'elle fait une entrée remarquée dans le monde du thriller. Suivent "Quand la neige danse" (2016), "Récidive" (2017), "Boréal" (2018) et "Cataractes" (2019), tous publiés chez Denoël.


inlandsis : glacier continental
pulka : traineau traditionnel des expéditions polaires
inukshuk (pl. inuksuit) : monticule de pierres à forme humaine, construction anthropomorphe inuite
nalluni : ensemble d'inuksuit


L'histoire :

Janvier 2017

La  Base ARCTICA, au nord-ouest du Groenland, accueille une nouvelle équipe scientifique internationale : Roger Fergusson, chef du groupe et sismologue danois ; Anita Whale, chef en second de la mission et climatologue britannique ; Atsuko Murata, géologue japonaise ; Dick Malte, glaciologue canadien ; Akash Mouni, cuisinier indien ; Mathieu Desjours, étudiant en sciences de l'environnement et photographe français, et son chien Lupin, un loup tchèque. Ensemble, ils sont chargés de veiller sur les conséquences du réchauffement climatique à l'endroit le plus reculé du globe avant le pôle.

Profitant d'une journée de météo favorable, bravant les températures polaires hivernales comprises entre - 29 et - 45°C, Roger, Anita, Atsuko, Dick et Mathieu avancent lentement, avec précautions, sur l'inlandsis pour récupérer des échantillons, quand soudain, stupéfaits, ils découvrent le cadavre d'un boeuf musqué, puis un autre, puis un autre encore... près d'un millier au total, prisonniers de la glace. Depuis combien de temps sont-ils là ? Pourquoi ? Epidémie ? Empoisonnement ? Frappés par la foudre comme récemment un troupeau de rennes en Norvège ? Les analyses le diront. Entouré d'inuksuit, l'endroit a des airs de cimetière sacré...

Mon avis :
Thriller scientifique intelligent, ce roman polaire traite aussi de la parentalité et, plus largement, de la transmission au sein d'une famille, d'un groupe, d'un peuple. Le rythme de l'ensemble est un peu lent. Certains lecteurs le regretteront, d'autres considéreront ce tempo en parfaite corrélation avec l'histoire.

mardi 14 janvier 2020

Janvier 2020 - "Le premier roman de..."





"Chroniques d'une station-service" d'Alexandre Labruffe (Verticales)

Alexandre Labruffe est né en 1974 à Bordeaux. Après des études de chinois, il a été en poste dans les Alliances françaises en Chine puis en Corée du Sud. A cette époque, il a publié avec Benjamin Limonet un récit expérimental à quatre mains, "Battre Roger" (Editions D'ores et déjà, 2008). Depuis son retour à Paris en 2016, tout en poursuivant sa thèse en Arts et Cinéma à l'Université Paris-3, il collabore à divers projets artistiques (avec la Villa des Arts dans le Bas-Montmartre), théâtraux (notamment avec le metteur en scène iranien Saeed Mirzaei) ou cinématographiques (avec le réalisateur coréen Jeon Soo-il, pour ses films "A Korean in Paris", "America Town" et le prochain, "Département de cinéma", en cours d'écriture).

Mon avis :
L'histoire se construit sur une suite d'anecdotes, de pensées, de récits courts ou de quelques mots. Galerie de portraits pris sur le vif, reflets de notre société contemporaine mixte et complexe, ces "brèves de station-service", recueillies par un pompiste philosophe décrivent un quotidien tantôt grotesque, tantôt inquiétant, tantôt sublime. C'est drôle, tendre, intelligent, un brin surréaliste, et totalement insolite.

Une très bonne surprise et une belle découverte !

"Court vêtue" de Marie Gauthier (Gallimard)


Prix Goncourt du premier roman 2019


Marie Gauthier est née à Annecy. Après des études de lettres à Lyon, elle s'est dirigée vers le théâtre. Elle vit à Paris.

L'histoire :

Félix est un adolescent de quinze ans mal dans sa peau, mal dans son corps et mal à l'école. La conseillère d'orientation lui propose un travail au grand air. Sans savoir ce que l'on attend de lui, le jeune garçon se retrouve dans un bourg inconnu, perdu en pleine campagne.

Le temps d'un été, il sera l'apprenti du cantonnier. L'homme au mégot est un taiseux mais bienveillant. Il accueille Félix dans sa grande maison vide et ancienne, où vivent aussi sa fille de seize ans, Gil, caissière à la superette, et le chien Dodo.

Les journées se passent dans le silence et les soirées dans la solitude. Félix découvre petit à petit tout ce qu'il ignorait de son propre corps : la musculature, les courbatures, les mains calleuses, l'apaisement d'un bain, et d'autres sensations qu'il n'imaginait pas en présence de la fille. Gil est un papillon : lumineuse, légère, virevoltante et libre de son corps...

"Il sentait vivre son corps tout à coup tandis que le désir irriguait son sang."

Mon avis :

Le corps est le fil rouge de ce très beau et poétique roman d'apprentissage. Le langage est celui des corps. Les mots ne viennent que peu à peu et ne sont guère indispensables. Le seul dont l'adolescent cherche le sens est celui du verbe "aimer". 

Coup de coeur !!!

"Il était peut-être venu ici pour ça, attendre une fille, avoir peur qu'elle ne revienne pas et s'ouvrir au pouvoir des mots."

"Le bal des folles" de Victoria Mas (Albin Michel)


Prix Renaudot des Lycéens 2019
Prix Stanislas du premier roman 2019


Victoria Mas est née en 1987 au Chesnay, dans les Yvelines. Fille de la chanteuse Jeanne Mas, elle passe une partie de son enfance dans le sud de la France, puis en Californie où elle poursuit sa scolarité. Elle étudie le cinéma et la littérature anglo-américaine. En 2014, elle publie un guide de la cuisine française "The Farm to table French Phrasebook" qui rencontre un beau succès aux Etats-Unis. Elle revient ensuite en France et continue ses études littéraires à La Sorbonne. Son premier roman, "Le bal des folles", s'inspire de faits réels.

Les faits réels :
En cette fin du XIXème siècle, le neurologue Jean-Martin Charcot tente de sauver ses patientes de la folie en organisant pour elles, à l'Hospice de la Salpêtrière, un bal chaque année lors de la Mi-Carême. La presse parisienne en parlait. De nombreuses personnalités, notamment du monde médical, y assistaient. Un autre bal était également donné pour les enfants épileptiques.

L'histoire :

Geneviève, Auvergnate, fille d'un médecin de campagne, est depuis plus de vingt ans l'assistante du Docteur Charcot, neurologue à Paris, autorité respectée sur qui reposent de grands espoirs pour tous les aliénés. Charcot est aussi à l'initiative du célèbre Bal de la Mi-Carême, qui aura lieu bientôt à la Salpêtrière, sorte de cabinet de curiosités où, derrière les déguisements, les fous sont exhibés au Tout-Paris.

Aujourd'hui, l'éminent spécialiste donnait un de ses cours publics très attendus : une séance d'hypnose, mise en scène comme un spectacle, dont l'objectif est de recréer une crise chez une patiente choisie jeune, jolie et sensible à un petit moment de gloire.

Ce 3 mars 1885, devant une assemblée exclusivement masculine composée de médecins, écrivains, journalistes, internes, personnalités politiques et artistes, le cas de Louise, jeune hystérique de seize ans, internée à la Salpêtrière il y a trois ans, était présenté.

Après cette journée de travail harassante, dans le silence de son modeste studio parisien, face au jardin du Luxembourg où, à la nuit tombée, déambulent encore quelques promeneurs, les pensées de Geneviève vont à sa soeur Blandine...

Mon avis :
C'est une impression en demi-teinte que laisse ce premier roman largement médiatisé et encensé. Très intéressante et instructive par son sujet, indiscutablement bien documentée, l'histoire, hélas sans surprise, manque de souffle, de profondeur et d'originalité. La petite touche de spiritisme à la Laura Kasischke ne suffit pas à convaincre. Néanmoins, il faut reconnaître à ce Prix Renaudot des Lycéens d'être une excellente base de réflexion et de discussion autour de ce thème de la condition des femmes et du traitement des maladies mentales en France à la fin du XIXème siècle.

mercredi 18 décembre 2019

Joyeuses Fêtes !!!




A vous tous...

Joyeux Noël !!!

Très Heureuse Année 2020 !!!


Décembre 2019 - "Voyage dans l'Histoire"






"L'écrivain public" de Dan Fesperman (Cherche-midi)

Dan Fesperman est né en 1955 à Charlotte, en Caroline du Nord (Etats-Unis). Reporter de guerre et auteur de romans policiers, il a couvert la plupart des conflits en Europe et au Moyen-Orient.

L'histoire :

Séparé de sa femme, sa fille de douze ans confiée à sa soeur, Woodrow Cain quitte la petite ville de Horton, en Caroline du Nord, où il était inspecteur principal. Le poids de son passé et de ses secrets sur les épaules, il arrive à New York le 9 février 1942, précisément le jour de l'incendie qui va détruire le Normandie, paquebot destiné à transporter les troupes américaines, sinistre dont certains accusent les Allemands d'être les auteurs. En ces temps de guerre, la City fourmille d'étrangers, européens pour la plupart fuyant le nazisme, mais parmi eux des espions sympathisants au régime d'Hitler.

Deux mois plus tard, Cain termine sa première journée en tant qu'inspecteur au New York City Police District lorsqu'un cadavre est repêché dans le fleuve, sans papiers sur lui ni aucun élément permettant de l'identifier. Le corps présente des traces de brûlures de cigarette sur le torse et un coup violent porté à la tête. Après le départ du fourgon de police, une voiture s'arrête près de Cain, resté seul sur les quais. Sans plus d'explications, un homme lui donne rendez-vous le lendemain à 12h30 au quartier général du 14e et l'ordre de n'en parler à personne.

Impressionné par la beauté du bâtiment abritant le siège de la police de New York, Cain l'est d'autant plus qu'il est reçu par le commissaire divisionnaire Valentine en personne. Ce dernier confie au nouvel inspecteur une mission difficile et possiblement dangereuse. Quelques jours après sa rencontre avec le grand patron, Cain fait la connaissance d'un vieux monsieur étrange et mystérieux, Danziger, écrivain public...

Mon avis :

Sur les trottoirs de New York, en cette année 1942, se presse une foule cosmopolite où se mêlent toutes les origines, nationalités, confessions religieuses, idéologies. Loin des combats et du feu, l'inquiétude est grande pour chacun, mais Gotham continue de bouillonner. Certains profitent de cette période trouble et la Mafia joue un rôle ambigu.

Très documenté, appuyé sur des faits historiques et un grand nombre de personnages réels, ce roman brillamment écrit bénéficie d'une intrigue solide, dense et absolument passionnante !

Coup de coeur !!!

"Les heures indociles" d'Eric Marchal (Pocket)

Eric Marchal est un écrivain français né à Metz en 1963. Après un diplôme de pharmacien, il entreprend une thèse de sciences à l'Université de Nancy. En 1995, il produit et présente le magazine de l'actualité des sciences Polaris avec France 3 Grand Est. Chercheur en immunologie, passionné par l'histoire de la médecine, il se lance dans le roman historique. Son premier roman, "Influenza", paru en deux tomes aux éditions Anne Carrière ("Les ombres du ciel", 2009, et "Les lumières de Géhenne", 2010), a reçu le Prix Carrefour Savoirs en 2009. Suivront "Le soleil sous la soie" (2011), "La part de l'aube" (2013), "Là où rêvent les étoiles" (2016), "Les heures indociles" (2018) et "Villa Imago" (2019), tous aux éditions Anne Carrière.

L'histoire :

Londres, 1908

Dans un pays gouverné par des hommes politiques conservateurs, attachés aux valeurs traditionnelles et opposés à tous mouvements avant-gardistes, les chemins de trois personnages au destin singulier vont se croiser.

Olympe Lovell est une jeune suffragette à l'énergie farouche. Militante déterminée, elle va connaître, avec ses soeurs de lutte, l'emprisonnement et des conditions de détention d'une grande brutalité.

Thomas Belamy est un brillant chirurgien français d'origine annamite, en poste à l'hôpital St Bartholomew de Londres grâce à l'Entente cordiale. Sa pratique de l'acupuncture, une médecine asiatique encore inconnue en Europe à l'époque, et ses excellents résultats étonnent mais ne font pas l'unanimité autour de lui.

Horace de Vere Cole, poète irlandais, compte parmi ses meilleurs amis Adrian Stephen, le frère de Virginia Woolf. Totalement imprévisible, autant insupportable par son irrévérence que touchant par son romantisme, il aime manigancer des canulars rarement de bon goût, maîtrisant à la perfection l'art de la provocation.

Mon avis :

Généreux (850 pages pour le format poche !), foisonnant d'aventures et de personnages, ce roman est une reconstitution soignée et très documentée, à la fois politique, sociétale et culturelle, de Londres, du Palais de Buckingham aux quartiers pauvres de l'East End, au tout début du XXème siècle, sous le règne d'Edouard VII, héritier de la longue ère victorienne. 

Captivant !

"Dissolution" de C. J. Sansom (Pocket)

C. J. Sansom est un écrivain britannique né en 1952 à Edimbourg (Ecosse). Après des études de lettres et un doctorat en Histoire, il exerce différents métiers, dont celui d'avocat-conseil. Il se consacre désormais à l'écriture de romans historiques.

     "La dissolution des monastères anglais entre 1536 et 1540 fut mise en oeuvre du début à la fin par Thomas Cromwell, vice-régent et vicaire général. Après avoir fait inspecter les monastères et recueilli une grande quantité de preuves accablantes, Cromwell fit voter en 1536 une loi parlementaire qui dissolvait les monastères de moindre importance. Mais, lorsque ses agents commencèrent à la mettre en application, une puissante révolte armée, le "Pèlerinage de la grâce", éclata dans le nord de l'Angleterre. Henri VIII et Cromwell la calmèrent en proposant aux meneurs l'ouverture de négociations, tout en attendant de lever une armée capable d'anéantir la rébellion."

L'histoire :

En cet hiver 1537, alors que la reine Jeanne, troisième épouse de Henri VIII, meurt en mettant au monde un fils, le prince Edouard, Thomas Cromwell, vicaire général et vice-régent du roi, orchestre depuis un an, au nom de la Réforme, la dissolution des monastères anglais.

Matthew Shardlake, avocat en mission pour Cromwell dans le Surrey, reçoit de son maître une convocation à le rejoindre sur-le-champ au Palais de Westminster à Londres. Au monastère de Scarnsea, un des grands domaines de la côte sud que la Couronne compte confisquer et sur lequel planent d'infâmes rumeurs, le commissaire Robin Singleton, chargé de soumettre les moines, a été assassiné.

Envoyés sur les lieux sur fond de menaces à peine voilées, Shardlake, le commissaire bossu, et son jeune protégé Mark Poer doivent désigner le ou les coupables au plus vite avant que Sa Majesté apprenne le crime et que sa colère bouleverse tous les plans de son ministre...

Mon avis :

Impossible de ne pas penser au célèbre Guillaume de Baskerville et à son novice Adso de Melk, créés par Umberto Eco dans "Le Nom de la Rose" (roman paru en 1980 soit deux décennies avant "Dissolution"), eux-mêmes inspirés des fameux personnages de Conan Doyle.

Au-delà de ces comparaisons élogieuses, C. J. Sansom se distingue par le choix de son époque, la Renaissance et le règne de Henri VIII, monarque parfaitement romanesque, illustre pour ses six épouses, la Réforme qu'il engagea, son goût pour les arts d'agréments et sa tyrannie.

L'excellente intrigue fictionnelle de Sansom dépeint avec précision la vie ecclésiastique, la répartition des tâches au sein d'un monastère, les liens complexes entre les moines, et leur rapport à l'argent. La narration est savoureuse. Les héros principaux sont séduisants et touchants. 

Un voyage dans le temps royalement réussi !